NOUVELLES DE MISSIONNAIRES
FRERE JOSEPH DOUET :
MARTYR DE LA FOI EN GUINEE
Cette page est consacrée au Frère Joseph DOUET. Celui qui vient d’être
assassiné sauvagement à Kataco, par des bandits, pendant qu’il priait.
Frère Joseph DOUET est bel et bien un martyr de la foi que les Frères de Saint
Gabriel viennent de donner à notre Eglise de Guinée et à l’Eglise
Universelle. Puisse ce sang innocent versé sur le sol guinéen irriguer le coeur
de pierre de notre peuple et le transformer pour la gloire de Dieu et le salut
du monde. Puisse-t-il aussi être pour nous semence de nombreuses et saintes
vocations sacerdotales et religieuses.
Comme sa Sainteté le Pape Benoît XVI l'a fait
lui-même à l'Angélus du dimanche 13 avril, en parlant de cet assassinat de
Kataco, nous prions pour le Frère Joseph et pour tous les missionnaires. La vie et la mort du Frère Joseph DOUET sont
pour nous une invitation pressante à imiter le Christ en participant à son
témoignage et à son oeuvre de salut. « En vérité, en vérité, je vous le dis, si le grain de blé tombé en terre
ne meurt pas, il demeure seul ; mais s’il meurt, il porte beaucoup de
fruit. Qui aime sa vie la perd ; et qui hait sa vie en ce monde la
conservera en vie éternelle. Si quelqu’un me sert, qu’il me suive, et où je
suis, là aussi sera mon serviteur. Si quelqu’un me sert, mon Père
l’honorera » (Jn 12, 24-26).
Puissent ces paroles se
réaliser aujourd’hui pour Frère Joseph DOUET, le Serviteur fidèle !
Vincent COULIBALY Archevêque
de CONAKRY
Homélie
Messe-funérailles du Fr Joseph DOUET
Mgr Vincent Coulibaly,
Archevêque de Conakry
Kataco, le 11 avril 2008
Frères
et soeurs en Christ,
En ce Temps de Pâques, où
nous célébrons la victoire de la vie sur la mort. La victoire de la lumière, de
la vérité, de l’amour et de la transparence sur les ténèbres du mensonge, de la
haine, de la cruauté. De la méchanceté du coeur humain, qui devient très
souvent et même très volontiers le siège du Malin et de ses oeuvres, nous qui
nous nourrissons de l’espérance du Ressuscité, nous sommes invités aujourd’hui à chanter haut et fort la victoire de
l’Espérance sur la haine et le découragement. Et qu’est ce qui nous fait
chanter cette Espérance sinon la foi en la Résurrection de celui qui est
l’Alpha et l’Oméga, Celui qui est au commencement et à la fin de notre histoire
et de l’histoire de l’humanité !
Frères et soeurs, qu’il me
soit permis de me poser ces quelques questions aujourd’hui : Peuple de
Guinée, sommes-nous des hommes et des femmes de foi ? Peuple de Guinée,
sommes-nous des hommes et des femmes qui aiment Dieu ? Peuple chrétien de
Guinée, sommes-nous des hommes et des femmes qui ont la foi et qui craignent
Dieu ?
Les événements déroutants
que nous vivons en Guinée nous poussent parfois à croire que nous sommes très
loin d’être un peuple qui aime et craint Dieu. Parmi ces événements, nous
pouvons citer le massacre des Guinéens par d’autres Guinéens. Ces massacres qui
font, qu’aujourd’hui, de la Guinée, montent vers Dieu des plaintes, des pleurs
et de grandes lamentations. La Guinée
pleure ses enfants, et elle ne veut pas être consolée, car ils sont morts, ses
fils et ses filles pour des raisons obscures et inavouées.
C'est dans ce tourbillon de
cruauté et de méchanceté du coeur de l’homme guinéen qu’est tombé, il y a
quelques jours, le Frère Joseph DOUET, pourtant Missionnaire de l’amour dans
notre pays.
Mais pourquoi le frère Joseph a-t-il été si atrocement abattu ? Quel mal a-t-il commis pour
mériter un sort si cruel ? En laissant la justice et les hommes de bonne
volonté faire tout ce qui est de leur ressort pour que la vérité triomphe dans
cette affaire, je n’hésiterai guère de dire et de soutenir fortement que notre
frère a été victime de la méchanceté du coeur humain, de la barbarie des hommes
qui ne veulent ni Dieu, ni ses oeuvres qui s’accomplissent par ses envoyés.
Oui, le Frère Joseph a été
assassiné chez nous en Guinée, et précisément à Kataco, parce qu’il est de Dieu
par vocation : il avait laissé son peuple, sa famille pour être témoin de
l’amour de Dieu parmi nous. En étant de Dieu, toutes ses oeuvres étaient celles
de Dieu. En cela, nous osons dire que Dieu
était du côté du Frère Joseph parce que ses oeuvres étaient celles de Dieu.
Avec l’Apôtre Paul, le
protecteur des Missionnaires de tout temps et de tout lieu, nous
redisons ceci : « Frères,
si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ? Qui accusera ceux que Dieu a
choisis ? Qui pourra nous séparer de l’amour du Christ ? La
détresse ? L’angoisse ? La persécution ? La faim ? Le
dénuement ? Le danger ? Le supplice ? Non, car en tout cela nous
sommes les grands vainqueurs grâce à celui qui nous a aimés ... » (Rm
8, 31s).
Dans son apostolat chez nous
à Ourous et à Kataco, le Frère Joseph, et avec lui les autres Missionnaires en Guinée et au Bagataye,
en particulier, ont connu la détresse,
l’angoisse, la persécution, le dénuement, le danger et le supplice dont
parle l’Apôtre Paul ; et Frère Joseph est resté attaché au Christ et à son service sans jamais se séparer de son
amour ! Il est resté fidèle jusqu’au bout.
L’intention de ces hommes
sans scrupules qui se disent « taillons
l’arbre à la racine » et ainsi il ne fleurira plus. Ces hommes sans vergogne qui ont
volontairement émousser leur conscience et veulent
assassiner Dieu et son oeuvre dans le coeur des hommes et des femmes de notre
peuple en assassinant ses missionnaires. Ces hommes sont avertis par
l’Apôtre Paul en ces termes : « J’en
ai la certitude : ni la mort ni la vie, ni les esprits ni les puissances,
ni le présent ni l’avenir, ni les astres, ni les cieux, ni les abîmes, ni
aucune autre créature, rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu qui est
en Jésus Christ notre Seigneur ». (Rm 8, 38-39)
Comme la puissance du mal
n’a pu enfermer pour toujours dans le silence de la tombe le Fils de Dieu et
son oeuvre, ainsi les menaces, les angoisses, les persécutions et les dangers
subis par notre Frère avant d’être abattu par des hommes, qui ont profané en
eux-mêmes l’image de Dieu, ne pourront mettre fin à sa vie et à son oeuvre dans
le coeur de notre peuple, ce peuple qu’il a portant aimé et voulu servir
jusqu’au bout. Jusqu’à la mort.
Frères et soeurs en Christ,
prenons conscience d’une chose : toute personne ou peuple qui assassine un
Missionnaire est une personne ou un peuple attaché à un dieu, qui n’est pas le
Dieu de Jésus - Christ. Ces faux dieux,
que nous appelons communément les idoles, ne sont rien d’autres que des oeuvres
insignifiantes de nos mains de pécheurs. Ces dieux qui ont des bouches et ne
parlent pas ; des yeux et ne voient pas ; des oreilles et n’entendent
pas ; des pieds et ne marchent pas ; des coeurs et n’aiment pas. Assassiner un Missionnaire c'est vouloir
assassiner Dieu lui-même pour installer des idoles à sa place.
Frères et soeurs,
permettez-moi de vous le dire devant Dieu et devant son peuple : le sort
de cette portion de notre Eglise me préoccupe ! Combien de difficultés
dans la vie des Missionnaires qui y travaillent ! Combien de soucis pour
que l’Evangile soit réellement accueilli dans la vie de ses fils et de ses
filles !
Frères et soeurs en Christ
du Bagataye, unissons-nous dans la
prière et invoquons la miséricorde de Dieu pour son serviteur Joseph qui
entre aujourd’hui dans la longue lignée de ces nombreux témoins qui ont tout
abandonné pour porter leur croix à la suite du Christ, pour la gloire de Dieu
et pour le salut de notre Guinée. Il est désormais du nombre de ces saints qui
« viennent de la grande épreuve et
qui ont lavé leurs vêtements, et les ont purifiés dans le sang de
l’Agneau ».
En invoquant la miséricorde
de Dieu sur nous et sur ceux qui ont commis ce crime odieux, nous prions Dieu afin que le sang de notre Frère
versé par notre peuple et pour notre peuple irrigue nos coeurs de pierre et
les transforme en coeurs de chair capables d’aimer et de servir le seul vrai
Dieu, en aimant et en servant l’homme créée à son image et à sa ressemblance.
Puisse le Seigneur nous donner d’abattre les idoles qui éloignent nos
coeurs du seul vrai Dieu Un et Trine . Nous demandons cette grâce à Lui, Dieu, notre
Père, à son Fils, Jésus Christ, notre frère venu pour nous sauver des forces du
mal et à l’Esprit Saint notre Consolateur, aujourd’hui et pour les siècles des
siècles !
Mot du Frère
Jean-Paul MBENGUE Supérieur provincial des Frères de Saint Gabriel
Chant : Je crois en toi, mon Dieu, Je crois en toi, Vivant, mystérieux,Si
près de moi.
Dans tous les désarrois Tu garderas ma foi.Je crois en toi, mon Dieu ;
Je crois en toi.
Excellence, Monseigneur
Vincent Coulibaly, Archevêque de Conakry, Révérend Frère Jose Thottiyil,
Vicaire général des Frères de Saint-Gabriel, Excellence Monsieur l’Ambassadeur
de France en Rép. de Guinée, Excellence Monsieur l’Ambassadeur du Sénégal en
Rép. de Guinée représenté, Monsieur le Procureur de la Rép. de Guinée,Messieurs
les Autorités civiles, administratives et militaires, Chers parents du Frère
Joseph DOUET absents, Révérend Père Armel DUTEIL, Curé de la Paroisse
Saint-Jean de Kataco et vous tous de l’équipe pastorale paroissiale, Chers
frères de l’église anglicane de Guinée, Chers paroissiens de Kataco et de
Kamsar, Chers frères croyants musulmans de Kataco et d’ailleurs, Chers parents
anciens et actuels de l’internat de Kataco, Vous tous amis arrivés de Kamsar,
Boké, Boffa, Conakry et d’ailleurs, Chers confrères de Saint-Gabriel, Très
chers internes anciens et actuels,
Que le Dieu de la paix et de l’espérance soit votre
réconfort !
Il est des circonstances qui commandent de garder le silence . Celle qui nous rassemble
en ce jour en est une. Et j’aurais aimé tant me taire en ce moment, ne rien
dire, tant la parole me semble de trop, superflue, risquée.
Frère Joseph est mort, de la
façon que nous connaissons : tragique, injuste, inhumaine, ignominieuse.
Cela doit rappeler aux chrétiens présents dans cette église le sacrifice du
Dieu d’amour, le dieu de Joseph, célébré il y a seulement quelques semaines et
que nous renouvelons aujourd’hui pour accompagner Frère Joseph à sa dernière
demeure.
Nous sommes indignés. Nous
nous posons des questions, beaucoup de questions. Je voudrais, en ce moment, emboîtant le pas au Père Armel depuis que
c’est arrivé, nous inviter au calme. Dieu nous garde de tout sentiment de
haine et de vengeance, de toute conjecture malveillante ! Des professionnels se
sont saisi de la question et nous avons grand espoir qu’ils parviendront pour
très bientôt à des résultats satisfaisants.
J’aurais aimé me taire,
dis-je, car le Frère Joseph n’a rien dit. Il aurait été tué alors qu’il priait
avec son bréviaire. Mais je veux bien vous adresser quelques mots sur lui tant
il est vrai que la vie d’un homme, quel qu’il soit, est un discours. Qui était
le Frère Joseph ? Voici très brièvement retracée sa vie.
Le Frère est né le 20 mars
1946 au Pin en Mauges, en France. Tout jeune, Dieu lui avait découvert qu’il le
voulait tout donné à lui et aux autres. C’est ainsi qu’on le voit de 1959 à
1962 au Petit Juvénat de la Tremblaye. C’est le début de sa formation à la vie
religieuse qui le mènera de 1962 à 1964 au Grand Juvénat à Saint-Laurent
s/Sèvre, de 1964 à 1966 au Noviciat au Boitissandeau, de 1966 à 1968 au
Scolasticat à la Garde à Avrillé. Sa formation terminée, il est affecté comme
instituteur à l’école Gélusseau de Cholet de 1968 à 1971. 1971 marque le début
de son séjour au Sénégal, où il arrive pour effectuer son service militaire en
tant que coopérant. De 1971 à 1976, on le voit au Collège du Sine à Fatick,
d’abord comme professeur puis directeur de 1976 à 1985. Exigent et rigoureux
pour lui-même, il ne l’était pas moins pour les autres. C’est un homme qui
semblait être fait pour diriger. On a encore une illustration de cela en 1985
où, libéré de la direction du Collège du Sine, il lui est confié celle du Petit
Juvénat de Fatick., qu’il ne quittera en 1986 que pour prendre celle du
Scolasticat Keur Montfort de Dakar jusqu’en 1988. Entre temps, une terrible
maladie, le cancer, s’était déclarée chez lui. Grâce à Dieu et aux médecins
mais sans doute aussi à son moral de fer, il en triomphera. Nous y vîmes un
signe de Dieu au point que d’aucuns n’hésiteront pas à le surnommer le
miraculé. C’est ainsi que les Frères n’eurent aucune peine à le choisir comme
leur Supérieur provincial en 1988, charge qu’il ne laissera qu’en 1995, après
deux mandats. Un appel retentissait alors de la Guinée : Nous voulons des
Frères chez nous pour l’éducation des enfants. Joseph, libéré de ses charges de
Provincial, alors qu’il pouvait prétendre à une année sabbatique bien méritée,
se dit disponible pour aller lancer les Frères en Guinée. C’est à Ourous
(Koundara) où il demeurera jusqu’en 2000. Enfin, à partir de 2000, il est à
Kataco jusqu’à ce mardi soir 08 avril 2008 où la mort est venue nous l’arracher
de façon si brutale.
Que retenir de cette vie si riche ?
Le Frère Joseph laisse le
souvenir d’un homme de foi et de prière.
La mort ne l’a-t-elle pas trouvé en
pleine prière ? Pour rien au monde il ne voulait manquer le
rendez-vous quotidien avec son Seigneur dans l’Eucharistie. Une foi qui se
manifestait aussi à travers un attachement visible à sa congrégation. L’insigne
de sa famille religieuse qu’il a porté au cou jusque dans la mort en est une
preuve éloquente.
Frère Joseph aimait le
Christ. Il l’avait découvert et voulait aider à le faire découvrir plus et
mieux. C’est ainsi qu’il a été plusieurs années durant animateur de sessions
spirituelles pour jeunes profès et professes, d’abord au Sénégal puis en République
de Guinée.
L’homme était doué comme son
nom, avec une bonne intelligence pratique. Plus d’une installation en
électricité et en plomberie dans nos structures sont son oeuvre. On trouve même
des plans de construction, tel celui de la chapelle de Fédé (Ourous) réalisés
par lui.
Que dire de son amour de la
vérité, de son franc-parler et de son refus de la facilité qui en auront gêné
plus d’un ? Frère Joseph est un
martyre de la vérité.
Que dire de sa disponibilité
qui l’a conduit à venir lancer la congrégation à Ourous puis à
Kataco ? Que dire de sa simplicité ?
Que dire ? Que dire ?
Il y aurait encore beaucoup de choses à souligner
chez le Frère Joseph. Ma prière pour chacun de nous est que son esprit puisse
saisir, sa mémoire retenir et sa vie exprimer tout ce qu’il admire dans la vie
de cet homme.
Le Frère Joseph est donc
mort, Population de Kataco. Notre premier envoyé en terre guinéenne a été
éliminé. Et, conformément à une décision capitulaire prise il y a quelques
années, sa place était dans le cimetière paroissiale de Sainte-Anne à Thiès au
Sénégal. Mais, nous vous le laissons, pour signifier toute sa passion pour Dieu
et pour l’humanité, une passion qui l’avait mené jusqu’à vous. Il n’a jamais
reculé devant le danger. Il a mis la main à la charrue et n’a jamais regardé en
arrière. Il a quitté père, mère, frères et soeurs, pays. L’amour de vous et de
vos enfants l’a conduit à la mort. Qui sommes-nous alors pour entacher une
telle oblation en vous le retirant pour le Sénégal ?
Frère Joseph est donc mort, Peuple de Guinée. Alors
que nous aimerions bien faire voir ses restes au gros de notre Province qui se
trouve au Sénégal. Nous vous le laissons au nom de notre amour pour vous et de
notre attachement pour la Guinée. Frère Joseph est mort, mais la mission
continue. Nous sommes avec vous aussi longtemps que le Seigneur le voudra.
C’est, à n’en point douter,
une grosse erreur que d’avoir tué le Frère Joseph. Et ma conviction est que ceux qui l’ont fait se sont trompés d’ennemi.
Nos ennemis à nous, Africains, sont bien
connus. Ils ont pour noms : ignorance, pauvreté, paresse, division,
corruption, etc. Contre de tels ennemis, aucune aide n’est de trop.
Accueillons mieux ceux qui viennent nous aider. Merci d’être venu prier avec
nous. Puisse le sang répandu du Frère
Joseph être semence de chrétiens, tout simplement, semence de croyants
craignant Dieu et respectant les hommes.
Chant : J’espère en toi, mon Dieu,
J’espère en toi.Ta main, du haut des cieux, Prends soin de moi. Quand sous
l’effort je ploie, Quand sombre toute joie, J’espère en toi, mon Dieu, J’espère
en toi.
MESSAGE DU PERE PERE ARMEL, CURE DE KATACO
Le frère Joseph, homme de
Dieu
Le frère Joseph était un
homme très entreprenant et courageux. Il aurait pu terminer sa vie
tranquillement au Sénégal. Il a accepté de venir lancer deux nouvelles
activités de sa congrégation à Ourous d'abord, puis à Kataco.
À Kataco, il a regardé ce
qu'il y avait à faire. Il a voulu lancer des écoles de villages et un centre
d'agriculture. Malheureusement, la population n'a pas répondu à son espoir.
Il a soutenu l'école primaire, mais surtout il a lancé l'internat pour une
meilleure éducation des enfants. Cela répondait à un vrai besoin, les
demandes venaient très nombreuses : il ne pouvait pas toutes les satisfaire.
Les parents ont été unanimes pour reconnaître
la qualité de l'éducation donnée à l'internat. La vie communautaire, le
partage et l'amitié y régnaient, de même que le respect des différentes
religions. Le frère Joseph faisait venir un maître islamique pour les enfants
musulmans, pour qu'ils soient formés dans leur religion. À la suite du père
Bienvenu, il avait mis en place un système de parrainages, auquel ses propres
parents participaient activement. Ce qui lui permettait d'accueillir des
enfants de familles nécessiteuses, pour leur permettre de faire des études.
C'était cela le frère Joseph.
Il avait aussi un grand désir de la vérité. Il ne
supportait pas le mensonge et n'avait pas peur de dénoncer les vols,
détournements et autres méfaits. C'était un grand travailleur doué aussi bien
au niveau manuel qu'intellectuel. Il
aimait le travail bien fait et il était exigeant envers ceux qui travaillaient
avec lui. C'est même sans doute ce qui a entraîné sa mort. Beaucoup n'ont
pas compris que c'était sa façon de vivre et de faire vivre l'Evangile et qu'il
agissait ainsi pour faire grandir les personnes, pour l'avancée du village, le
développement du pays et le bien de tous. Ils n'ont pas su découvrir la
gentillesse et le bon coeur du frère Joseph, qu'il cachait par pudeur et
simplicité.
En tout cas, il était courageux. Et malgré les menaces de mort à son sujet depuis
2001, il a tenu à rester à Kataco pour continuer son oeuvre d'éducation et
d'Evangélisation. Bien plus, quand l'évêque a dû enlever les prêtres de la
paroisse à cause de ses mêmes menaces. C'est le frère Joseph qui l'a tenu
pendant une année. Et par la suite, avec humilité, il a su laisser la place au
nouveau curé, tout en continuant à participer activement à la vie de la
paroisse. C'est lui qui chaque semaine composait les introductions et
commentaires de la messe. Il dirigeait la liturgie de la Parole pour les
enfants. L'année dernière, c'est lui qui avait fait la 1ère conférence de
Carême.
Pour ses frères, en
communauté, il était vraiment le grand frère, sur lequel les plus jeunes
pouvaient s'appuyer. Là - aussi il était toujours avec le même sérieux et la
même exigence, mais plein de bonté et de compréhension.
Dans notre équipe
apostolique, il tenait sa place de la même façon. Toujours présent à la prière de l'office, que nous récitons chaque
jour ensemble, prêtres, frères et soeurs. Il avait toujours une bonne parole pour chacun avec un sens de l'humour très
développé qui n'appartenait qu'à lui. Il était toujours prêt à rendre service, mettant volontiers ses
connaissances techniques au service de tous.
Nous étions les 2 vieux de
cette équipe apostolique. Pour moi, c'était vraiment un frère dans tous les
sens du terme. Il y avait entre nous une grande amitié et une vraie complicité.
Et on a assassiné le frère Joseph.
Que dire, devant un tel
crime odieux ? Nous ne comprenons pas et nous avons plutôt envie de nous taire.
Dans notre coeur, nous cherchons à accueillir les pensées du Seigneur et son
pardon. Nous ne voulons pas la vengeance. Nous ne voulons pas nous laisser
prendre par la méchanceté à notre tour. Il y a déjà trop de violences autour de
nous. Au contraire, nous nous engageons à lutter contre tout cela. Nous
demandons simplement que justice soit faite et toute la lumière.
Contenter d'entendre dire :
“Le Père Joseph a été tué par deux
voleurs”. Il y a plus que cela. Encore une fois, il y eu des menaces de
mort, depuis 2001. Et aussi contre les autres prêtres, frères et soeurs. Le
verdict attendu de la justice nous édifiera sur les efforts fournis à
différents niveaux pour la sécurité des missionnaires. Nous voulons savoir ce (ceux) qu'il y a vraiment derrière cet
assassinat. Nous le devons à la mémoire du frère Joseph.
Et
maintenant que faire ? Bien sûr, nous
allons continuer le travail du frère Joseph : son travail dans la
paroisse et son travail d'éducation. Et nous souhaitons que la communauté
chrétienne de Kataco et tout le village comprennent les leçons que la vie et la
mort du frère nous enseignent. Que nous cherchions la vérité en toutes circonstances.
Que nous sachions dire la vérité sans cacher les choses. Et surtout, que nous sachions vivre dans la vérité.
Que nous luttions
contre le vol et les détournements d'argent qui tuent nos communautés et
nos villages.
Que nous sachions éduquer nos enfants, pas par
la peur et les coups, mais par la douceur, les conseils, l'amour et surtout
notre exemple.
Que les jeunes acceptent de travailler et d'aider leur famille, au lieu de
dépenser leur argent uniquement dans les vidéo clubs et les soirées dansantes.
Que nous nous attachions à notre foi, selon l'exemple
du frère Joseph.
Que nous laissions les sacrifices traditionnels et
les pratiques de fêtichisme et de sorcellerie.
Que nous sachions construire de vraies communautés
chrétiennes, car c'est en communauté que nous pouvons vivre l'Evangile,
comme le frère Joseph.
Et si nous voulons que
l'oeuvre du frère Joseph puisse durer à Kataco, il faudra nous impliquer davantage et prendre en charge notre école, notre
collège et notre internat, et toute l'éducation de nos enfants. Nous ne pouvons
pas toujours attendre des parrainages ou des cadeaux venant d'ailleurs. Il faut
nous prendre en charge. C'est une question de dignité.
Frère Joseph, tu as combattu
le bon combat. Tu as donné ta vie pour l'Evangile et pour le salut de tes
frères spécialement des jeunes et des enfants. Va maintenant retrouver le
Seigneur que tu as aimé, prié et servi dans toute ta vie. Nous prions pour toi
et pour ta famille, qui t'a donné à l'Eglise du Sénégal et de Guinée. Va en
paix et entre dans la lumière du Christ, pour y vivre de la joie qui ne finit
pas. Jusqu'au jour où nous te retrouverons dans le bonheur sans fin du Christ.
Toi non plus, ne nous oublie pas et prie pour nous. Que le Seigneur nous
protège de la méchanceté et de la violence.
“C'est bien, bon et fidèle
serviteur, tu as été fidèle dans les petites choses. Entre dans la joie de ton
Maître”. Mt 25, 23
TEMOIGNAGE
DE PARENTS D'ELEVES A LA CEREMONIE D'INHUMATIONS DU FRERE MARIE JOSEPH DOUET,
DIRECTEUR DE L'INTERNAT DE KATACO : Intervention d’Alexandre François LAMA
en service à CBG, Père de 3 enfants internes depuis 2000 :
Le frère Marie Joseph DOUET
est mort des mains des guinéens méchants ici à Kataco. Nous adressons à toute
l’Eglise de Guinée, aux frères de la Congrégation de Saint Gabriel nos
condoléances les plus attristées.
Qu’a-t-il fait pour mériter
ce sort ? Et pourtant, le Frère DOUET était une gentille personne et très
utile à nous tous. Nous parents d’élèves qui avons fréquenté le frère sommes
profondément attristés par sa disparition.
Pour nous, qui était le
frère Marie Joseph DOUET ? C’était un très bon religieux, un bon Chrétien,
un bon catholique. Il respectait sa vocation ; celle de sa congrégation en
plus de l’amour qu’il témoignait aux hommes. Il était un professionnel de la formation et de l’éducation des enfants. C’est
lui DOUET qui allait, venait, rôdait sur toutes les aires des marchés de la
localité : Kataco, Kamsar, Kollaboui pour sélectionner, acheter, stocker
et gérer la provision pour la restauration des enfants de l’internat.
Quel témoignage que nous
venons d’assister au marché de Sahara à Kamsar ! Au passage du cortège
funèbre, toutes ces femmes vendeuses de riz, de poisson, d’huile de condiments
étaient toutes alignées au bord de la route pour exprimer à haute voix leur
compassion et leurs plaintes. Que leurs prières montent au ciel.
Qui de nous parents d’élèves
peut s’occuper correctement aujourd’hui de la formation et de l’éducation de
ses enfants ? Personne de nous ne doute la réponse. Elle est négative.
Sous le poids et les exigences des corvées professionnelles, il nous est pas
aisé de s’acquitter correctement de cette responsabilisé qui nous incombe.
Le frère Marie Joseph DOUET était par vocation et par compétence notre
grand recours ; il aimait tellement nos enfants qu’il partageait avec
eux des repas et des peines.
En ces tristes moments, une
question surgit et explore nos idées. Pourquoi l’a-t’on torturé et tuer si
sauvagement ? Nous sommes presque tous ainsi par des idées et vengeance. Prions
Dieu qu’il nous éloigne ces idées. Mais nous exigeons, nous parents d’élèves,
que les auteurs de ce crime crapuleux soient démasquées et que justice soit
rendue.
Nous supplions le Frère
Marie Joseph DOUET de nous excuser et d’intercéder pour nous au près de la
Vierge Marie. Que les anges du ciel prennent le frère Marie Joseph DOUET dans
les cieux et que son âme repose ici en paix. Amen
INTERVENTION
DE OUMAR GUEYE, DIRECTEUR DU BUREAU D’ETUDES BERCA-BAARA KAMSAR, PERE DE QUATRE
ENFANTS INTERNES DEPUIS 2001 :
C’est un homme ému,
profondément touché qui prend la parole au nom des parents d’élèves internes,
en cette circonstance douloureuse ce vendredi saint du 11 avril 2008 devant la
dépouille mortelle du frère Joseph DOUET.
En religieux, nous dirons que
c’est le destin qui s’est accompli, le tout puissant en a décidé ainsi pour
Frère DOUET qui a été assassiné pendant qu’il priait à 18h30 dans son bureau.
Dieu a fait accomplir le
destin du Frère DOUET devant ses confrères religieux venus de différents pays.
Qui parmi eux pensait à la mort du Frère dans ces circonstances, assister à son
enterrement avec tous les honneurs et ces hommes religieux et prestigieux qui
sont regroupés autour de sa dépouille mortelle ?
Je voudrais relater
l’environnement dans lequel se situe cette école. À Kamsar, situé à 11 km
d’ici, l’école des expatriés de CBG était la seule bonne école et comme son nom
l’indique, elle n’est pas accessible à tout le monde. Cette école Saint Gabriel
de Kataco a comblé ce déficit pour les multiples prestataires de CBG, les
populations de Kamsar, de Kataco et autres projets désireux de donner une bonne
éducation et dans la foi religieuse à leurs enfants.
Je mesure à juste titre la
mission de cette école qui fait payer 110 000 fg par mois et par élève
interne et ce montant se décompose comme suit : scolarité 10 000 fg
internat 90 000 fg et éducation coranique 10 000 fg. Les écoles qui
fournissent la qualité en Guinée comme la Citadelle, école Turque située à Kipé
fait payer 10 000 000 fg Guinée par an et par interne.
La présence de cet internat
dirigé par le Frère Joseph DOUET qui avait un gan de velours sur une main de
fer, a permis à plusieurs pères de familles de renouer avec leurs enfants et
leurs épouses grâce au changement de comportement de ces enfants.
Pour l’année scolaire
2006-2007, cette école a présenté 32 candidats à l’examen d’entrée en 7ème
année, le taux de réussite a été de 100 % contrairement aux autres écoles.
Pour nous parents d’élèves
qui l’avons côtoyé, nous devons profité de cette occasion pour dire qu’il est
mort au service de la communauté pour la quelle il est venu à Kataco.
Le Frère DOUET, n’a pas de distinction entre fils de pauvres et de riches,
fils de chrétiens ou de musulmans, il a donné la chance à tous ceux qui veulent éduquer leurs enfants avec la foi
religieuse.
Je dois dire ici haut et
fort que le Frère a prôné le dialogue
islomo - chrétien, il a été un adepte dans son comportement, car beaucoup
de musulmans ne voulaient pas envoyer leurs enfants à l’internat de peur qu’ils
ne soient chrétiens.
En l’abordant à ce sujet, il
me dit Monsieur GUEYE, se sont des détracteurs, le vendredi je fais conduire
les enfants musulmans à la mosquée située à côté de notre internat. Mieux j’ai
en projet de recruter un maître coranique ; ce projet, il l’a réalisé
avant de mourir, pour preuve voici le dernier reçu du versement que j’ai
effectué le 02 avril 2008 sur le quel, il est mentionné.. « reçu de
880 000 fg de Monsieur GUEYE pour les mois de mars et avril 2008 pour :
scolarité, internat et maître coranique », voici le reçu sans commentaire.
Le Frère Joseph DOUET est
mort au service de la communauté en accomplissant ses prières, que son âme
repos en paix. Amen