NOUVELLES DE MISSIONNAIRES

FRERE JOSEPH DOUET : MARTYR DE LA FOI EN GUINEE


Cette page est consacrée au Frère Joseph DOUET. Celui qui vient d’être assassiné sauvagement à Kataco, par des bandits, pendant qu’il priait. Frère Joseph DOUET est bel et bien un martyr de la foi que les Frères de Saint Gabriel viennent  de donner à notre Eglise de Guinée et à l’Eglise Universelle. Puisse ce sang innocent versé sur le sol guinéen irriguer le coeur de pierre de notre peuple et le transformer pour la gloire de Dieu et le salut du monde. Puisse-t-il aussi être pour nous semence de nombreuses et saintes vocations sacerdotales et religieuses.
Comme sa Sainteté le Pape Benoît XVI l'a fait lui-même à l'Angélus du dimanche 13 avril, en parlant de cet assassinat de Kataco, nous prions pour le Frère Joseph et pour tous les missionnaires. La vie et la mort du Frère Joseph DOUET sont pour nous une invitation pressante à imiter le Christ en participant à son témoignage et à son oeuvre de salut. « En vérité, en vérité, je vous le dis, si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il demeure seul ; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit. Qui aime sa vie la perd ; et qui hait sa vie en ce monde la conservera en vie éternelle. Si quelqu’un me sert, qu’il me suive, et où je suis, là aussi sera mon serviteur. Si quelqu’un me sert, mon Père l’honorera » (Jn 12, 24-26).
Puissent ces paroles se réaliser aujourd’hui pour Frère Joseph DOUET, le Serviteur fidèle !
Vincent COULIBALY    Archevêque de CONAKRY




Homélie Messe-funérailles du Fr Joseph DOUET
Mgr Vincent Coulibaly, Archevêque de Conakry
Kataco, le 11 avril 2008


Frères et soeurs en Christ,

En ce Temps de Pâques, où nous célébrons la victoire de la vie sur la mort. La victoire de la lumière, de la vérité, de l’amour et de la transparence sur les ténèbres du mensonge, de la haine, de la cruauté. De la méchanceté du coeur humain, qui devient très souvent et même très volontiers le siège du Malin et de ses oeuvres, nous qui nous nourrissons de l’espérance du Ressuscité, nous sommes invités aujourd’hui à chanter haut et fort la victoire de l’Espérance sur la haine et le découragement. Et qu’est ce qui nous fait chanter cette Espérance sinon la foi en la Résurrection de celui qui est l’Alpha et l’Oméga, Celui qui est au commencement et à la fin de notre histoire et de l’histoire de l’humanité !
Frères et soeurs, qu’il me soit permis de me poser ces quelques questions aujourd’hui : Peuple de Guinée, sommes-nous des hommes et des femmes de foi ? Peuple de Guinée, sommes-nous des hommes et des femmes qui aiment Dieu ? Peuple chrétien de Guinée, sommes-nous des hommes et des femmes qui ont la foi et qui craignent Dieu ?
Les événements déroutants que nous vivons en Guinée nous poussent parfois à croire que nous sommes très loin d’être un peuple qui aime et craint Dieu. Parmi ces événements, nous pouvons citer le massacre des Guinéens par d’autres Guinéens. Ces massacres qui font, qu’aujourd’hui, de la Guinée, montent vers Dieu des plaintes, des pleurs et de grandes lamentations. La Guinée pleure ses enfants, et elle ne veut pas être consolée, car ils sont morts, ses fils et ses filles pour des raisons obscures et inavouées.
C'est dans ce tourbillon de cruauté et de méchanceté du coeur de l’homme guinéen qu’est tombé, il y a quelques jours, le Frère Joseph DOUET, pourtant Missionnaire de l’amour dans notre pays.
Mais pourquoi le frère Joseph a-t-il été si atrocement abattu ? Quel mal a-t-il commis pour mériter un sort si cruel ? En laissant la justice et les hommes de bonne volonté faire tout ce qui est de leur ressort pour que la vérité triomphe dans cette affaire, je n’hésiterai guère de dire et de soutenir fortement que notre frère a été victime de la méchanceté du coeur humain, de la barbarie des hommes qui ne veulent ni Dieu, ni ses oeuvres qui s’accomplissent par ses envoyés.
Oui, le Frère Joseph a été assassiné chez nous en Guinée, et précisément à Kataco, parce qu’il est de Dieu par vocation : il avait laissé son peuple, sa famille pour être témoin de l’amour de Dieu parmi nous. En étant de Dieu, toutes ses oeuvres étaient celles de Dieu. En cela, nous osons dire que Dieu était du côté du Frère Joseph parce que ses oeuvres étaient celles de Dieu.
Avec l’Apôtre Paul, le protecteur des Missionnaires de tout temps et de tout lieu, nous redisons ceci : « Frères, si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ? Qui accusera ceux que Dieu a choisis ? Qui pourra nous séparer de l’amour du Christ ? La détresse ? L’angoisse ? La persécution ? La faim ? Le dénuement ? Le danger ? Le supplice ? Non, car en tout cela nous sommes les grands vainqueurs grâce à celui qui nous a aimés ... » (Rm 8, 31s).
Dans son apostolat chez nous à Ourous et à Kataco, le Frère Joseph, et avec lui les autres Missionnaires en Guinée et au Bagataye, en particulier, ont connu la détresse, l’angoisse, la persécution, le dénuement, le danger et le supplice dont parle l’Apôtre Paul ; et Frère Joseph est resté attaché au Christ et à son service sans jamais se séparer de son amour ! Il est resté fidèle jusqu’au bout.
L’intention de ces hommes sans scrupules qui se disent « taillons l’arbre à la racine » et ainsi il ne fleurira plus. Ces hommes sans vergogne qui ont volontairement émousser leur conscience et veulent assassiner Dieu et son oeuvre dans le coeur des hommes et des femmes de notre peuple en assassinant ses missionnaires. Ces hommes sont avertis par l’Apôtre Paul en ces termes : « J’en ai la certitude : ni la mort ni la vie, ni les esprits ni les puissances, ni le présent ni l’avenir, ni les astres, ni les cieux, ni les abîmes, ni aucune autre créature, rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu qui est en Jésus Christ notre Seigneur ». (Rm 8, 38-39)
Comme la puissance du mal n’a pu enfermer pour toujours dans le silence de la tombe le Fils de Dieu et son oeuvre, ainsi les menaces, les angoisses, les persécutions et les dangers subis par notre Frère avant d’être abattu par des hommes, qui ont profané en eux-mêmes l’image de Dieu, ne pourront mettre fin à sa vie et à son oeuvre dans le coeur de notre peuple, ce peuple qu’il a portant aimé et voulu servir jusqu’au bout. Jusqu’à la mort.
Frères et soeurs en Christ, prenons conscience d’une chose : toute personne ou peuple qui assassine un Missionnaire est une personne ou un peuple attaché à un dieu, qui n’est pas le Dieu de Jésus - Christ. Ces faux dieux, que nous appelons communément les idoles, ne sont rien d’autres que des oeuvres insignifiantes de nos mains de pécheurs. Ces dieux qui ont des bouches et ne parlent pas ; des yeux et ne voient pas ; des oreilles et n’entendent pas ; des pieds et ne marchent pas ; des coeurs et n’aiment pas. Assassiner un Missionnaire c'est vouloir assassiner Dieu lui-même pour installer des idoles à sa place.
Frères et soeurs, permettez-moi de vous le dire devant Dieu et devant son peuple : le sort de cette portion de notre Eglise me préoccupe ! Combien de difficultés dans la vie des Missionnaires qui y travaillent ! Combien de soucis pour que l’Evangile soit réellement accueilli dans la vie de ses fils et de ses filles !
Frères et soeurs en Christ du Bagataye, unissons-nous dans la prière et invoquons la miséricorde de Dieu pour son serviteur Joseph qui entre aujourd’hui dans la longue lignée de ces nombreux témoins qui ont tout abandonné pour porter leur croix à la suite du Christ, pour la gloire de Dieu et pour le salut de notre Guinée. Il est désormais du nombre de ces saints qui « viennent de la grande épreuve et qui ont lavé leurs vêtements, et les ont purifiés dans le sang de l’Agneau ».
En invoquant la miséricorde de Dieu sur nous et sur ceux qui ont commis ce crime odieux, nous prions Dieu afin que le sang de notre Frère versé par notre peuple et pour notre peuple irrigue nos coeurs de pierre et les transforme en coeurs de chair capables d’aimer et de servir le seul vrai Dieu, en aimant et en servant l’homme créée à son image et à sa ressemblance.
Puisse le Seigneur nous donner d’abattre les idoles qui éloignent nos coeurs du seul vrai Dieu Un et Trine . Nous demandons cette grâce à Lui, Dieu, notre Père, à son Fils, Jésus Christ, notre frère venu pour nous sauver des forces du mal et à l’Esprit Saint notre Consolateur, aujourd’hui et pour les siècles des siècles !


Mot du Frère Jean-Paul MBENGUE Supérieur provincial des Frères de Saint Gabriel

Chant : Je crois en toi, mon Dieu, Je crois en toi, Vivant, mystérieux,Si près de moi.
Dans tous les désarrois Tu garderas ma foi.Je crois en toi, mon Dieu ;
Je crois en toi.

Excellence, Monseigneur Vincent Coulibaly, Archevêque de Conakry, Révérend Frère Jose Thottiyil, Vicaire général des Frères de Saint-Gabriel, Excellence Monsieur l’Ambassadeur de France en Rép. de Guinée, Excellence Monsieur l’Ambassadeur du Sénégal en Rép. de Guinée représenté, Monsieur le Procureur de la Rép. de Guinée,Messieurs les Autorités civiles, administratives et militaires, Chers parents du Frère Joseph DOUET absents, Révérend Père Armel DUTEIL, Curé de la Paroisse Saint-Jean de Kataco et vous tous de l’équipe pastorale paroissiale, Chers frères de l’église anglicane de Guinée, Chers paroissiens de Kataco et de Kamsar, Chers frères croyants musulmans de Kataco et d’ailleurs, Chers parents anciens et actuels de l’internat de Kataco, Vous tous amis arrivés de Kamsar, Boké, Boffa, Conakry et d’ailleurs, Chers confrères de Saint-Gabriel, Très chers internes anciens et actuels,

Que le Dieu de la paix et de l’espérance soit votre réconfort !
Il est des circonstances qui commandent de garder le silence . Celle qui nous rassemble en ce jour en est une. Et j’aurais aimé tant me taire en ce moment, ne rien dire, tant la parole me semble de trop, superflue, risquée.
Frère Joseph est mort, de la façon que nous connaissons : tragique, injuste, inhumaine, ignominieuse. Cela doit rappeler aux chrétiens présents dans cette église le sacrifice du Dieu d’amour, le dieu de Joseph, célébré il y a seulement quelques semaines et que nous renouvelons aujourd’hui pour accompagner Frère Joseph à sa dernière demeure.
Nous sommes indignés. Nous nous posons des questions, beaucoup de questions. Je voudrais, en ce moment, emboîtant le pas au Père Armel depuis que c’est arrivé, nous inviter au calme. Dieu nous garde de tout sentiment de haine et de vengeance, de toute conjecture malveillante ! Des professionnels se sont saisi de la question et nous avons grand espoir qu’ils parviendront pour très bientôt à des résultats satisfaisants.
J’aurais aimé me taire, dis-je, car le Frère Joseph n’a rien dit. Il aurait été tué alors qu’il priait avec son bréviaire. Mais je veux bien vous adresser quelques mots sur lui tant il est vrai que la vie d’un homme, quel qu’il soit, est un discours. Qui était le Frère Joseph ? Voici très brièvement retracée sa vie.
Le Frère est né le 20 mars 1946 au Pin en Mauges, en France. Tout jeune, Dieu lui avait découvert qu’il le voulait tout donné à lui et aux autres. C’est ainsi qu’on le voit de 1959 à 1962 au Petit Juvénat de la Tremblaye. C’est le début de sa formation à la vie religieuse qui le mènera de 1962 à 1964 au Grand Juvénat à Saint-Laurent s/Sèvre, de 1964 à 1966 au Noviciat au Boitissandeau, de 1966 à 1968 au Scolasticat à la Garde à Avrillé. Sa formation terminée, il est affecté comme instituteur à l’école Gélusseau de Cholet de 1968 à 1971. 1971 marque le début de son séjour au Sénégal, où il arrive pour effectuer son service militaire en tant que coopérant. De 1971 à 1976, on le voit au Collège du Sine à Fatick, d’abord comme professeur puis directeur de 1976 à 1985. Exigent et rigoureux pour lui-même, il ne l’était pas moins pour les autres. C’est un homme qui semblait être fait pour diriger. On a encore une illustration de cela en 1985 où, libéré de la direction du Collège du Sine, il lui est confié celle du Petit Juvénat de Fatick., qu’il ne quittera en 1986 que pour prendre celle du Scolasticat Keur Montfort de Dakar jusqu’en 1988. Entre temps, une terrible maladie, le cancer, s’était déclarée chez lui. Grâce à Dieu et aux médecins mais sans doute aussi à son moral de fer, il en triomphera. Nous y vîmes un signe de Dieu au point que d’aucuns n’hésiteront pas à le surnommer le miraculé. C’est ainsi que les Frères n’eurent aucune peine à le choisir comme leur Supérieur provincial en 1988, charge qu’il ne laissera qu’en 1995, après deux mandats. Un appel retentissait alors de la Guinée : Nous voulons des Frères chez nous pour l’éducation des enfants. Joseph, libéré de ses charges de Provincial, alors qu’il pouvait prétendre à une année sabbatique bien méritée, se dit disponible pour aller lancer les Frères en Guinée. C’est à Ourous (Koundara) où il demeurera jusqu’en 2000. Enfin, à partir de 2000, il est à Kataco jusqu’à ce mardi soir 08 avril 2008 où la mort est venue nous l’arracher de façon si brutale.
Que retenir de cette vie si riche ?
Le Frère Joseph laisse le souvenir d’un homme de foi et de prière. La mort ne l’a-t-elle pas trouvé en pleine prière ? Pour rien au monde il ne voulait manquer le rendez-vous quotidien avec son Seigneur dans l’Eucharistie. Une foi qui se manifestait aussi à travers un attachement visible à sa congrégation. L’insigne de sa famille religieuse qu’il a porté au cou jusque dans la mort en est une preuve éloquente.
Frère Joseph aimait le Christ. Il l’avait découvert et voulait aider à le faire découvrir plus et mieux. C’est ainsi qu’il a été plusieurs années durant animateur de sessions spirituelles pour jeunes profès et professes, d’abord au Sénégal puis en République de Guinée.
L’homme était doué comme son nom, avec une bonne intelligence pratique. Plus d’une installation en électricité et en plomberie dans nos structures sont son oeuvre. On trouve même des plans de construction, tel celui de la chapelle de Fédé (Ourous) réalisés par lui.
Que dire de son amour de la vérité, de son franc-parler et de son refus de la facilité qui en auront gêné plus d’un ? Frère Joseph est un martyre de la vérité.
Que dire de sa disponibilité qui l’a conduit à venir lancer la congrégation à Ourous puis à Kataco ? Que dire de sa simplicité ? Que dire ? Que dire ?
Il y aurait encore beaucoup de choses à souligner chez le Frère Joseph. Ma prière pour chacun de nous est que son esprit puisse saisir, sa mémoire retenir et sa vie exprimer tout ce qu’il admire dans la vie de cet homme.
Le Frère Joseph est donc mort, Population de Kataco. Notre premier envoyé en terre guinéenne a été éliminé. Et, conformément à une décision capitulaire prise il y a quelques années, sa place était dans le cimetière paroissiale de Sainte-Anne à Thiès au Sénégal. Mais, nous vous le laissons, pour signifier toute sa passion pour Dieu et pour l’humanité, une passion qui l’avait mené jusqu’à vous. Il n’a jamais reculé devant le danger. Il a mis la main à la charrue et n’a jamais regardé en arrière. Il a quitté père, mère, frères et soeurs, pays. L’amour de vous et de vos enfants l’a conduit à la mort. Qui sommes-nous alors pour entacher une telle oblation en vous le retirant pour le Sénégal ?
Frère Joseph est donc mort, Peuple de Guinée. Alors que nous aimerions bien faire voir ses restes au gros de notre Province qui se trouve au Sénégal. Nous vous le laissons au nom de notre amour pour vous et de notre attachement pour la Guinée. Frère Joseph est mort, mais la mission continue. Nous sommes avec vous aussi longtemps que le Seigneur le voudra.
C’est, à n’en point douter, une grosse erreur que d’avoir tué le Frère Joseph. Et ma conviction est que ceux qui l’ont fait se sont trompés d’ennemi. Nos ennemis à nous, Africains, sont bien connus. Ils ont pour noms : ignorance, pauvreté, paresse, division, corruption, etc. Contre de tels ennemis, aucune aide n’est de trop. Accueillons mieux ceux qui viennent nous aider. Merci d’être venu prier avec nous.   Puisse le sang répandu du Frère Joseph être semence de chrétiens, tout simplement, semence de croyants craignant Dieu et respectant les hommes.

Chant : J’espère en toi, mon Dieu, J’espère en toi.Ta main, du haut des cieux, Prends soin de moi. Quand sous l’effort je ploie, Quand sombre toute joie, J’espère en toi, mon Dieu, J’espère en toi.

MESSAGE DU PERE PERE ARMEL, CURE DE KATACO

Le frère Joseph, homme de Dieu
Le frère Joseph était un homme très entreprenant et courageux. Il aurait pu terminer sa vie tranquillement au Sénégal. Il a accepté de venir lancer deux nouvelles activités de sa congrégation à Ourous d'abord, puis à Kataco.
À Kataco, il a regardé ce qu'il y avait à faire. Il a voulu lancer des écoles de villages et un centre d'agriculture. Malheureusement, la population n'a pas répondu à son espoir.
Il a soutenu l'école primaire, mais surtout il a lancé l'internat pour une meilleure éducation des enfants. Cela répondait à un vrai besoin, les demandes venaient très nombreuses : il ne pouvait pas toutes les satisfaire. Les parents ont été unanimes pour reconnaître la qualité de l'éducation donnée à l'internat. La vie communautaire, le partage et l'amitié y régnaient, de même que le respect des différentes religions. Le frère Joseph faisait venir un maître islamique pour les enfants musulmans, pour qu'ils soient formés dans leur religion. À la suite du père Bienvenu, il avait mis en place un système de parrainages, auquel ses propres parents participaient activement. Ce qui lui permettait d'accueillir des enfants de familles nécessiteuses, pour leur permettre de faire des études. C'était cela le frère Joseph.
Il avait aussi un grand désir de la vérité. Il ne supportait pas le mensonge et n'avait pas peur de dénoncer les vols, détournements et autres méfaits. C'était un grand travailleur doué aussi bien au niveau manuel qu'intellectuel. Il aimait le travail bien fait et il était exigeant envers ceux qui travaillaient avec lui. C'est même sans doute ce qui a entraîné sa mort. Beaucoup n'ont pas compris que c'était sa façon de vivre et de faire vivre l'Evangile et qu'il agissait ainsi pour faire grandir les personnes, pour l'avancée du village, le développement du pays et le bien de tous. Ils n'ont pas su découvrir la gentillesse et le bon coeur du frère Joseph, qu'il cachait par pudeur et simplicité.
En tout cas, il était courageux. Et malgré les menaces de mort à son sujet depuis 2001, il a tenu à rester à Kataco pour continuer son oeuvre d'éducation et d'Evangélisation. Bien plus, quand l'évêque a dû enlever les prêtres de la paroisse à cause de ses mêmes menaces. C'est le frère Joseph qui l'a tenu pendant une année. Et par la suite, avec humilité, il a su laisser la place au nouveau curé, tout en continuant à participer activement à la vie de la paroisse. C'est lui qui chaque semaine composait les introductions et commentaires de la messe. Il dirigeait la liturgie de la Parole pour les enfants. L'année dernière, c'est lui qui avait fait la 1ère conférence de Carême.
Pour ses frères, en communauté, il était vraiment le grand frère, sur lequel les plus jeunes pouvaient s'appuyer. Là - aussi il était toujours avec le même sérieux et la même exigence, mais plein de bonté et de compréhension.
Dans notre équipe apostolique, il tenait sa place de la même façon. Toujours présent à la prière de l'office, que nous récitons chaque jour ensemble, prêtres, frères et soeurs. Il avait toujours une bonne parole pour chacun avec un sens de l'humour très développé qui n'appartenait qu'à lui. Il était toujours prêt à rendre service, mettant volontiers ses connaissances techniques au service de tous.
Nous étions les 2 vieux de cette équipe apostolique. Pour moi, c'était vraiment un frère dans tous les sens du terme. Il y avait entre nous une grande amitié et une vraie complicité. Et on a assassiné le frère Joseph.
Que dire, devant un tel crime odieux ? Nous ne comprenons pas et nous avons plutôt envie de nous taire. Dans notre coeur, nous cherchons à accueillir les pensées du Seigneur et son pardon. Nous ne voulons pas la vengeance. Nous ne voulons pas nous laisser prendre par la méchanceté à notre tour. Il y a déjà trop de violences autour de nous. Au contraire, nous nous engageons à lutter contre tout cela. Nous demandons simplement que justice soit faite et toute la lumière.
Contenter d'entendre dire : “Le Père Joseph a été tué par deux voleurs”. Il y a plus que cela. Encore une fois, il y eu des menaces de mort, depuis 2001. Et aussi contre les autres prêtres, frères et soeurs. Le verdict attendu de la justice nous édifiera sur les efforts fournis à différents niveaux pour la sécurité des missionnaires. Nous voulons savoir ce (ceux) qu'il y a vraiment derrière cet assassinat. Nous le devons à la mémoire du frère Joseph.
Et maintenant que faire ? Bien sûr, nous allons continuer le travail du frère Joseph : son travail dans la paroisse et son travail d'éducation. Et nous souhaitons que la communauté chrétienne de Kataco et tout le village comprennent les leçons que la vie et la mort du frère nous enseignent. Que nous cherchions la vérité en toutes circonstances. Que nous sachions dire la vérité sans cacher les choses. Et surtout, que nous sachions vivre dans la vérité.
Que nous luttions contre le vol et les détournements d'argent qui tuent nos communautés et nos villages.
Que nous sachions éduquer nos enfants, pas par la peur et les coups, mais par la douceur, les conseils, l'amour et surtout notre exemple.
Que les jeunes acceptent de travailler et d'aider leur famille, au lieu de dépenser leur argent uniquement dans les vidéo clubs et les soirées dansantes.
Que nous nous attachions à notre foi, selon l'exemple du frère Joseph.
Que nous laissions les sacrifices traditionnels et les pratiques de fêtichisme et de sorcellerie.
Que nous sachions construire de vraies communautés chrétiennes, car c'est en communauté que nous pouvons vivre l'Evangile, comme le frère Joseph.
Et si nous voulons que l'oeuvre du frère Joseph puisse durer à Kataco, il faudra nous impliquer davantage et prendre en charge notre école, notre collège et notre internat, et toute l'éducation de nos enfants. Nous ne pouvons pas toujours attendre des parrainages ou des cadeaux venant d'ailleurs. Il faut nous prendre en charge. C'est une question de dignité.
Frère Joseph, tu as combattu le bon combat. Tu as donné ta vie pour l'Evangile et pour le salut de tes frères spécialement des jeunes et des enfants. Va maintenant retrouver le Seigneur que tu as aimé, prié et servi dans toute ta vie. Nous prions pour toi et pour ta famille, qui t'a donné à l'Eglise du Sénégal et de Guinée. Va en paix et entre dans la lumière du Christ, pour y vivre de la joie qui ne finit pas. Jusqu'au jour où nous te retrouverons dans le bonheur sans fin du Christ. Toi non plus, ne nous oublie pas et prie pour nous. Que le Seigneur nous protège de la méchanceté et de la violence.

  “C'est bien, bon et fidèle serviteur, tu as été fidèle dans les petites choses. Entre dans la joie de ton Maître”. Mt 25, 23

TEMOIGNAGE DE PARENTS D'ELEVES A LA CEREMONIE D'INHUMATIONS DU FRERE MARIE JOSEPH DOUET, DIRECTEUR DE L'INTERNAT DE KATACO : Intervention d’Alexandre François LAMA en service à CBG, Père de 3 enfants internes depuis 2000 :

Le frère Marie Joseph DOUET est mort des mains des guinéens méchants ici à Kataco. Nous adressons à toute l’Eglise de Guinée, aux frères de la Congrégation de Saint Gabriel nos condoléances les plus attristées.
Qu’a-t-il fait pour mériter ce sort ? Et pourtant, le Frère DOUET était une gentille personne et très utile à nous tous. Nous parents d’élèves qui avons fréquenté le frère sommes profondément attristés par sa disparition.
Pour nous, qui était le frère Marie Joseph DOUET ? C’était un très bon religieux, un bon Chrétien, un bon catholique. Il respectait sa vocation ; celle de sa congrégation en plus de l’amour qu’il témoignait aux hommes. Il était un professionnel de la formation et de l’éducation des enfants. C’est lui DOUET qui allait, venait, rôdait sur toutes les aires des marchés de la localité : Kataco, Kamsar, Kollaboui pour sélectionner, acheter, stocker et gérer la provision pour la restauration des enfants de l’internat.
Quel témoignage que nous venons d’assister au marché de Sahara à Kamsar ! Au passage du cortège funèbre, toutes ces femmes vendeuses de riz, de poisson, d’huile de condiments étaient toutes alignées au bord de la route pour exprimer à haute voix leur compassion et leurs plaintes. Que leurs prières montent au ciel.
Qui de nous parents d’élèves peut s’occuper correctement aujourd’hui de la formation et de l’éducation de ses enfants ? Personne de nous ne doute la réponse. Elle est négative. Sous le poids et les exigences des corvées professionnelles, il nous est pas aisé de s’acquitter correctement de cette responsabilisé qui nous incombe.
Le frère Marie Joseph DOUET était par vocation et par compétence notre grand recours ; il aimait tellement nos enfants qu’il partageait avec eux des repas et des peines.
En ces tristes moments, une question surgit et explore nos idées. Pourquoi l’a-t’on torturé et tuer si sauvagement ? Nous sommes presque tous ainsi par des idées et vengeance. Prions Dieu qu’il nous éloigne ces idées. Mais nous exigeons, nous parents d’élèves, que les auteurs de ce crime crapuleux soient démasquées et que justice soit rendue.
Nous supplions le Frère Marie Joseph DOUET de nous excuser et d’intercéder pour nous au près de la Vierge Marie. Que les anges du ciel prennent le frère Marie Joseph DOUET dans les cieux et que son âme repose ici en paix. Amen

INTERVENTION DE OUMAR GUEYE, DIRECTEUR DU BUREAU D’ETUDES BERCA-BAARA KAMSAR, PERE DE QUATRE ENFANTS INTERNES DEPUIS 2001 :

C’est un homme ému, profondément touché qui prend la parole au nom des parents d’élèves internes, en cette circonstance douloureuse ce vendredi saint du 11 avril 2008 devant la dépouille mortelle du frère Joseph DOUET.
En religieux, nous dirons que c’est le destin qui s’est accompli, le tout puissant en a décidé ainsi pour Frère DOUET qui a été assassiné pendant qu’il priait à 18h30 dans son bureau.
Dieu a fait accomplir le destin du Frère DOUET devant ses confrères religieux venus de différents pays. Qui parmi eux pensait à la mort du Frère dans ces circonstances, assister à son enterrement avec tous les honneurs et ces hommes religieux et prestigieux qui sont regroupés autour de sa dépouille mortelle ?
Je voudrais relater l’environnement dans lequel se situe cette école. À Kamsar, situé à 11 km d’ici, l’école des expatriés de CBG était la seule bonne école et comme son nom l’indique, elle n’est pas accessible à tout le monde. Cette école Saint Gabriel de Kataco a comblé ce déficit pour les multiples prestataires de CBG, les populations de Kamsar, de Kataco et autres projets désireux de donner une bonne éducation et dans la foi religieuse à leurs enfants.
Je mesure à juste titre la mission de cette école qui fait payer 110 000 fg par mois et par élève interne et ce montant se décompose comme suit : scolarité 10 000 fg internat 90 000 fg et éducation coranique 10 000 fg. Les écoles qui fournissent la qualité en Guinée comme la Citadelle, école Turque située à Kipé fait payer 10 000 000 fg Guinée par an et par interne.
La présence de cet internat dirigé par le Frère Joseph DOUET qui avait un gan de velours sur une main de fer, a permis à plusieurs pères de familles de renouer avec leurs enfants et leurs épouses grâce au changement de comportement de ces enfants.
Pour l’année scolaire 2006-2007, cette école a présenté 32 candidats à l’examen d’entrée en 7ème année, le taux de réussite a été de 100 % contrairement aux autres écoles.
Pour nous parents d’élèves qui l’avons côtoyé, nous devons profité de cette occasion pour dire qu’il est mort au service de la communauté pour la quelle il est venu à Kataco.
Le Frère DOUET, n’a pas de distinction entre fils de pauvres et de riches, fils de chrétiens ou de musulmans, il a donné la chance à tous ceux qui veulent éduquer leurs enfants avec la foi religieuse.
Je dois dire ici haut et fort que le Frère a prôné le dialogue islomo - chrétien, il a été un adepte dans son comportement, car beaucoup de musulmans ne voulaient pas envoyer leurs enfants à l’internat de peur qu’ils ne soient chrétiens.
En l’abordant à ce sujet, il me dit Monsieur GUEYE, se sont des détracteurs, le vendredi je fais conduire les enfants musulmans à la mosquée située à côté de notre internat. Mieux j’ai en projet de recruter un maître coranique ; ce projet, il l’a réalisé avant de mourir, pour preuve voici le dernier reçu du versement que j’ai effectué le 02 avril 2008 sur le quel, il est mentionné.. « reçu de 880 000 fg de Monsieur GUEYE pour les mois de mars et avril 2008 pour : scolarité, internat et maître coranique », voici le reçu sans commentaire.

Le Frère Joseph DOUET est mort au service de la communauté en accomplissant ses prières, que son âme repos en paix. Amen