NOUVELLES DE MISSIONNAIRES

MISSIONNAIRE A DIMEKA : ETHIOPIE :

Je m’appelle Paddy Moran. Je suis missionnaire spiritain et travaille dans un petit village de l’Ethiopie du sud-ouest appelé Dimeka. Je suis le coordinateur pastoral et responsable du développement dans cette région appelée Sud-Omo. Je vis avec un groupe ethnique appelé Hamar compose d’environ 25000 personnes. Je travaille dans cette région depuis presque trois ans maintenant. Au long de cet article, j’espère expliquer un petit peu la culture et les traditions des Hamars. Les Hamars sont des gens aimant raconter des histoires. Pour eux, le passé est aussi important que le futur. Ils sont modelés, moulés par les événements du passé.
Par conséquent, une partie de cet article montrera le souci qui a guidé les spiritains   lorsqu’ils ont lancé la mission au sein des Hamers dans le contexte d’un travail œcuménique avec l’église orthodoxe éthiopienne. Comme spiritains nous vivons en accord avec les valeurs conservées dans notre Règle de vie spiritaine. Celle - ci déclare : « Les divisions entre Chrétiens sont un scandale dans le monde et un obstacle a la prédication de l’évangile. » En conclusion, j’essaierai de montrer le futur réservé à la société Hamer aux prises avec une Ethiopie changeant rapidement.

Les Hamers du Sud de l’Ethiopie :
Les Hamers sont des éleveurs nomades ayant des traditions et une culture qui, au travers des générations ont évolués en des systèmes religieux et sociaux très élaborés … Au centre de leur compréhension religieuse est un Dieu appelé « Barjo ». Du point de vue occidental, la vision Hamer de Dieu combines les attributs de deux personnes de la Trinité : Dieu comme Père et Dieu comme Saint - Esprit. Au centre de leur système social se trouvent les pratiques suivantes : polygamie, le mariage avec un système de dote et des rites d’initiation conduisant les garçons à devenir des hommes. Tous ces systèmes sociaux créent des relations entre familles qui a leur tour affermissent les liens communautaires en vue d’une plus grande cohésion sociale. Il est aussi important de noter que les Hamers identifient leurs champs et bétails comme références de leur système religieux et social. Le pays qu’ils habitent est au centre de leur compréhension de Dieu et d’eux - mêmes.   Les Hamers sont centrés sur eux - mêmes et eux - mêmes seulement et ne se sentent pas parti prenante de la nation           Éthiopienne.

Les semences d’évangile dans la vie des Hamers.
Réfléchissant sur mon expérience de vie en milieu Hamer, je suis convaincu que les Hamers vivent déjà comme chrétiens ne connaissant pas encore le Christ. Dans leur vie quotidienne, je trouve beaucoup d’exemples de vie Chrétienne :
Chaque jour commence par une prière dite par le chef de maison, prière pour la pluie, la santé et la paix. La boisson traditionnelle des Hamers est l’écale de café (sans le grain) avec de l’eau chaude. Le chef de maison crachera sur le sol, symbolisant la bénédiction de Dieu qui rend la terre fertile par la pluie. Ces mots et actions traduisent une théologie riche qui apprécie tout ce que Dieu apporte par sa bénédiction. Un autre aspect montrant les fruits de l’évangile est la façon dont les hamers partagent leur nourriture avec une considération spéciale pour les pauvres. Un autre fruit de l’évangile est leur hospitalité. Il y a une riche tradition de partage de nourriture et de boisson avec une envie d’écouter ce que les gens ont à dire. Peu a été écrit au niveau de la grammaire Hamer, j’ai passé des heures à écrire mots et phrases pour essayer de donner sens à leur langage. Je ne peux m’empêcher de penser qu’ils n’auraient pas la même patience, s’ils étaient appelés à apprendre l’anglais en Irlande.

Fondation théologique de notre travail avec les Hamers :
À la base de notre travail se trouvent deux textes bibliques du Nouveau Testament. Le premier est la prière pour l’unité dans Jean 17 :21  Jésus lui - même, a l’heure de sa passion, a prie « afin que tous soient Un .» « Cette unité, Que le Seigneur a donne à son église et dans laquelle il veut embrasser tout le monde, n’est pas quelque chose d’ajouté, mais se trouve au cœur de la mission du Christ. » (Ut Unum Sint 9) Inspirés par ces paroles, nous , comme missionnaires travaillant dans le Sud Omo, choisissons de placer notre pélerinage avec l’Église orthodoxe éthiopienne au cœur de notre mission. Faire cela veut dire s’engager à chercher l’unité, basée sur les valeurs de notre règle de vie spiritaine et sur la conviction que « la division des Chrétiens est une réalité sérieuse qui fait obstacle au travail du Christ. » (Evangeli Nuntiandi 77) Le deuxième texte pris dans l’évangile de Luc est l’histoire des compagnons d’Emmaüs (Lc 24 :13-35.) Au coeur du passage est l’image de voyager sur une route ensemble. L’image de la route est souvent utilisée dans les écrits sur l’oecuménisme. Par exemple, en Novembre 1981, le pape Jean-paul II a reçu en audience Abuna Tkle Haymanot, le patriarche de l’église orthodoxe éthiopienne. Le pape a insisté sur la nécessité d’avoir des contacts plus étroits et un dialogue plus profond entre les deux églises. Il a appelle une nouvelle collaboration entre les deux églises. Il a conclu en disant : « le besoin d’un effort proportionnel à la route à suivre. » D’autres images de la route à suivre se trouvent dans les documents du Vatican.   La coopération oecuménique est appelée « la route dynamique vers l’unité » (Ut Unum Sint 40.) plus encore :  « à travers une telle coopération, tous les croyants en Jésus - Christ sont capables d’apprendre facilement comment ils peuvent se comprendre mieux et s’apprécier plus encore, et comment la route vers l’unité peut - être rendue plus facile. » (Unitatis Redintegratio 12) L’image la plus inspirante dans l’épisode d’Emmaüs est que la route les mène quelque part mais pas la où les compagnons pourraient le croire. Les disciples n’arrivent en fait pas à Emmaüs. Ils retournent à Jérusalem raconter leur rencontre avec le Seigneur ressuscité. L’histoire perdrait de sa puissance si les disciples seraient simplement allés à Emmaüs, comme si rien ne s’était passé sur la route. Inspirés par le besoin d’aller plus loin ensemble, inspirés par « le besoin d’aller au delà du degré de communion déjà atteint (orientale Lumen 17), nous prions pour le force et le courage de trouver la route qui nous mènera à la maison ensemble.

Le commencement de la mission avec les Hamers :
Dans le pays Hamer le programme d’évangélisation conjoint a commencé en 1984. Au mois d’Août 1983, l’évêque Orthdoxe Abuna Zacharias a signé un document avec son homologue catholique Mgr Bomers, pour commencer un programme d’évangélisation conjointe en pays Hamer. Pour cette mission, un prêtre orthodoxe et missionnaire spiritain ont établi une base à Dimeka. L’approche missionaire orthodoxe a été choisie. En pratique cela correspond avant tout à introduire une présence physique de l’église. L’église est le centre qui attire les gens. Une église a donc été immédiatement construite à Dimeka, dédiée à Notre Dame, Ste Marie des Hamers. Durant tout ce tant, les missionnaires ont appris la langue et la culture Hamer pour explorer les possibilités d’introduire le message de Jésus respectant la façon de vivre des Hamers. Les fruits de ce travail ont conduit à la construction de deux autres églises paroissiales dans les déserts des terres basses : St Michael a Turmi et St Gabriel a Omo Rate au milieu des Dassenech. Des textes bibliques ont aussi été traduits en Hamer et Dassenech et un dictionnaire est en cours d’édition. Le crédit de ce long travail est a mettre au compte   de ces pionniers qui ont établis de solides fondations sur lesquels notre travail continue encore aujourd’hui.

La mission avec les Hamers aujourd’hui :
Les fondations posées, il y a 23 ans déjà, continuent d’être posées aujourd’hui. Sur le terrain les relations avec les prêtres et communautés orthodoxes sont bonnes   à Dimeka, Turmi et Omo Rate. Toutes ces paroisses sont vivantes et actives. Nous sommes bien reçus dans ces communautés et invités aux célébrations et fêtes importantes. Nous avons bon espoir qu’un linguiste italien viendra cet été à Dimeka pour structurer et finaliser tout le travail fait ces dernières années   autour d’un dictionnaire de la langue Hamer. Notre programme pastoral avec les communautés Hamers continue, spécialement sous la forme de séminaires de formation. Pendant ces séminaires, les valeurs de l’inculturation sont profondément explorées. Nous avons une meilleure connaissance de la spiritualité des Hamers, et leur façon de prier a été adoptée lors de ces séminaires. Il y a toujours beaucoup de chemin à faire pour inculturer profondément le message de Jésus - Christ dans la vie des Hamers. Je réalise qu’il y a pour moi beaucoup à apprendre au niveau du langage et de la culture Hamer.   Le progrès est lent mais sur, tout se fait mais en son temps, au temps de Dieu. L’église orthodoxe apprécie le travail que nous essayons de faire. Nous bâtissons sur plus de vingt ans de travail en commun.

Vers le futur : la société Hamer dans une Ethiopie changeante.
Il y a dix ans, j’ai vécu deux ans en tant qu’étudiant à Dimeka. Il n’y avait pas de téléphones, de télévisions ou d’électricité. Maintenant Dimeka a un téléphone d’où je peux téléphoner en Irlande. Il est difficile d’y croire, mais Dimeka a des télévisions ayant des chaînes du monde entier. Il y a maintenant un générateur fournissant trois heures d’électricité chaque soir. L’éducation a toujours été difficile avec les Hamers ; ils ne voulaient pas envoyer leurs enfants à l’école de peur qu’ils perdent leur identité de Hamer. Aujourd’hui est un temps fascinant la mission en Pays Hamers. Beaucoup de jeunes vont à l’école, quittant leur maison rurale pour avoir plus de possibilités à la ville. Beaucoup de traditions sont en transition pour les Hamers. Les anciens résistent péniblement en face du changement de leur société et les jeunes acceptent difficilement les vielles traditions qui leurs sont inculquées. La plupart les Hamers   vivent dans la simplicité tout en étant ouverts aux autres. J’espère qu’ils préserveront leurs valeurs traditionnelles. Une partie de moi voudrai   toujours les voir dans leur style de vie et une autre partie réalise que s’ils ne s’engagent pas dans l’éducation, la santé, le gouvernement local, leur style de vie ne pourra plus continuer. Je prie pour que les Hamers soient toujours fiers de leur identité. L’écrivain Maurice west écrivait :  « c’est la main de la misericorde qui couvre le voile du futur » Le futur n’est peut être pas clair, mais les Hamers ont du ressort et des ressources. Je leur dois beaucoup et les remercie de leur patience à m’enseigner leur langue et leur façon de vivre. Ils sont mes meilleurs enseignants et mes meilleurs amis.
Père Patrick Moran, CSSp