L'Église se mobilise et s'engage
UNESCO :
« L’EDUCATION ET LE RAPPROCHEMENT DES CULTURES »,
PAR MGR FOLLO (1)
PRÉPARATION DE
« L’ANNÉE INTERNATIONALE DU RAPPROCHEMENT DES CULTURES »
« L'éducation
et le rapprochement des cultures »
Paris, le 27 avril 2009
Monsieur le Président,
Cette 181ème
Session du Conseil Exécutif de l'UNESCO au point du jour 52 prône un plan
d'action pour l'année internationale du rapprochement des cultures 2010. À ce
propos le Saint-Siège souhaite
proposer
un réflexion sur la nature et les finalités d'une éducation à
l'interculturalité.
Le Saint
Siège se réjouit que l'art. 26 de la Déclaration universelle
des droits de l'homme, dont fêtons le 60ème anniversaire cette année, affirme
clairement que «
toute personne a
droit à l'éducation » (alinéa 1°), et que celle-ci vise « au
plein épanouissement de la personnalité humaine » (alinéa 2°). Cet article qui sert de base aux travaux de
l'UNESCO vient aussi faire écho aux réflexions que je vous offre.
En ce qui
concerne sa nature, je voudrais donner les observations suivantes. Il existe
actuellement une
tendance croissante à
orienter l'éducation sur un modèle de raison purement productrice, ce qui
en représente une déformation, car une orientation unilatérale de l'éducation
vers des
critères d'efficacité ne
peut qu'avoir des
conséquences grave.
La crise financière actuelle est riche d'enseignements à cet égard.
Seule la personne qui conçoit la relation
avec les autres au-delà des critères de productivité et de direction, peut
apprécier les choses à leur juste valeur et assumer une plus grande
responsabilité vis-à-vis de la réalité. En effet : les relations sociales
sont une fin en soi et non un moyen.
Ainsi, il est
souhaitable que les jeunes ne grandissent
pas dans un environnement segmenté selon l'origine, le niveau d'éducation
et les capacités. Reconnaître comme personnes des hommes peut-être totalement
différents, c'est-à-dire les accepter dans leur différence et, par cette
acceptation mutuelle parvenir à une communauté profonde, rend les hommes
vraiment éduqués et mûrs. Des efforts devraient donc être entrepris, partout où
c'est possible, pour que des hommes de différentes capacités, sains et malades,
jeunes et vieux, natifs et étrangers puissent se rencontrer sur le chemin de
leur formation. Ce n'est pas seulement un devoir moral vis-à-vis de ceux qui
seraient poussés en marge de la société, mais cela rend service aussi à ceux
qui, apparemment ancrés au milieu de la société, menacent de se replier sur
eux-mêmes.
Non seulement le
principe d'efficacité doit être dépassé en matière d'éducation inclusive, mais
cette éducation doit aussi passer par
l'autre. En effet, les jeunes n'ont pas seulement besoin d'une formation
professionnelle solide, ils ont aussi
besoin
d'un apprentissage social. De plus, les hommes, pour se connaître, ont
besoin de passer par l'autre. C'est pourquoi la recherche de cet autre est au
cœur de toute éducation, qui s'effectue aussi comme modelage culturel. En nous
ouvrant à notre propre culture, nous apprenons les chemins de la transcendance.
Ceci présuppose qu'il faille constamment rechercher et promouvoir la rencontre
entre les différentes cultures, pour que l'homme ne tombe pas dans le
solipsisme et continue à s'interroger sur le sens de l'existence. L'éducation,
donc, remplit pleinement sa vocation lorsque les adolescents entrent
consciemment en contact avec d'autres cultures et religions, et apprennent
ainsi avec attention les uns des autres.
Je résume cette
réflexion sur la nature d'une
éducation
tournée vers l'inclusion, comme suit :
l'éducation met au centre non l'homme - produit, mais l'homme -
personne , c'est-à-dire
faisceau de
relations avec les autres et l'Autre, pour qu'il puisse former en toute
autonomie sa conscience et, plus en général, pour contribuer à l'émergence de
la conscience humaine. J'en viens maintenant à la
finalité de cette éducation, qui vise à épanouir la personne humaine et
à l'éveiller aux questions ultimes et transcendantes de l'existence, et où
le maître joue un rôle fondamental.
Pour un
enseignant, éduquer le jeune, c'est l'éduquer à être sujet de sa raison et de
son cœur . Toutes les fois que la société séculière cache les possibilités
extrêmes de l'existence humaine, le vis-à-vis de la liberté face à l'Absolu de
Dieu, l'enseignant peut et doit
ouvrir dans
le plein respect de la conscience à une herméneutique du sacré, à travers
les signes et les traces de la question/quête religieuse de l'homme dans l'art,
dans l'histoire et dans la littérature. À ce propos, il est important de ne pas
écarter de l'école, au nom d'une laïcité mal comprise, la
réflexion sur les enjeux les plus décisifs :
l'éthique, la politique et la religion.
Il revient aux enseignants de conduire tous ceux qui leurs sont confiés jusqu'à
la possibilité la plus haute et la plus propre de l'esprit humain, à savoir
celle de se situer devant les signes du Divin qui opèrent dans l'Histoire.
C'est le
droit des jeunes au sens (signification et aussi direction) de la
vie. Ce sens passe par la transmission de la tradition dans laquelle ces
jeunes sont nés et aussi par la décodification des signes. C'est pour cette
raison, probablement, que les maîtres s'appellent
enseignants . Au-delà de toute spécialisation fonctionnelle, chaque
enseignant peut et doit vivre son
travail en se conformant à sa dignité de personne humaine ; de cette façon
les élèves seront conduits à découvrir leur dignité, qui n'est pas liée aux
simples facultés intellectuelles ou physiques. Si les
enseignants font d'eux-mêmes des personnes dans le sens plein du
mot, alors ils pourront faire émerger une personnalité authentique et mûre dans
le jeune, en l'aidant à se libérer de tout ce qui se dresse contre son
épanouissement et son développement. La première question donc, qu'il faut se
poser pour l'éducation, n'est pas
« que
faire pour faire l'école ? » mais «
comment être pour faire
l'école ? ». La réponse proposée est la suivante :
l'enseignant doit être une personne
consciente de sa dignité humaine au point de pouvoir la faire épanouir dans
les jeunes vies qu'il a devant lui, en leur donnant un regard positif sur la
réalité et en montrant que la question sur Dieu n'est pas contre la raison,
mais, au contraire, son sommet.
En effet, quelle est la question la plus
grande que l'homme puisse se poser à soi-même et aux autres ? La vie,
la mort, leur signification sont des thèmes importants, universels, mais, comme
l'affirme même l'écrivain d'origine hébraïque et lauréat du prix Nobel pour la
Paix, Elie Wiesel, la question la plus grave est autre : «
en fin de compte, l'existence de Dieu est le
seul problème authentique (...), dans lequel tous les autres problèmes
sont résumés et minimisés. » (A. Monda,
Tu credi ? Conversazione su Dio e la religione , Roma, 2006,
p. 145). Tel est le noyau du problème, central dans chaque existence. En effet,
chaque choix (existentiel, artistique ou politique) surgit directement de la
réponse donnée à cette «
grande
question ». Aider et donner des réponses à cette suprême question
signifie montrer la direction en ôtant le bandeau des yeux, c'est-à-dire les conditionnements
intérieurs et extérieurs limitant la tâche du maître.
Pour conclure,
si telles sont la nature et la fin de l'éducation, le Saint-Siège reste
conscient qu'il faut du temps pour atteindre un tel degré de qualité d'une
éducation qui ouvre a la rencontre des autres . Dans cette optique, le
Saint-Siège appuie tout effort fait par l'UNESCO dans cette direction, entre
autres l'inter-culturalité et la
rencontre des cultures - qui implique une fécondation réciproque - et l'accès du plus grand nombre aux TIC et
autres moyens d'échange, qui, bien loin d'être des solutions définitives,
peuvent néanmoins contribuer grandement au développement qualitatif de
l'éducation surtout celle inclusive. Le Saint-Siège soutient les objectifs de
la stratégie à moyen terme relatifs à l'éducation, présents dans le document 34
C/4 B.II, principalement la participation des groupes vulnérables et
désavantagés, tout comme des peuples indigènes, aux processus de développement
tout au long de la vie dans toutes les régions. Ces objectifs trouvent
d'ailleurs leur fondement dans les principes que je viens d'énoncer.
J'en terminerais
avec les mots du Saint-Père, le Pape Benoît XVI:
« Nous vivons, en effet, à une époque de rencontre des cultures,
du danger de la violence qui détruit les cultures, et de l'engagement
nécessaire de transmettre les grandes valeurs et d'enseigner aux nouvelles
générations la voie de la réconciliation et de la paix . Nous trouvons cette
voie en nous orientant vers le Dieu au visage humain, le Dieu qui s'est
révélé à nous dans le Christ. » (Audience du mercredi 12 mars 2008).
En effet,
on n'éduque pas seulement à
quelque chose, mais à quelqu'un qui dans le rapprochement nous enrichit.
Monsieur le
Président, Je vous remercie de votre attention.
1-
ROME, Vendredi 8 mai 2009 ( ZENIT.org
) - « L'enseignant doit être une personne consciente de sa dignité
humaine au point de pouvoir la faire épanouir dans les jeunes vies qu'il a
devant lui, en leur donnant un regard positif sur la réalité et en montrant que
la question sur Dieu n'est pas contre la raison, mais, au contraire, son
sommet », a fait notamment observer Mgr Follo dans une de ses trois
intervention d'avril à l'UNESCO, sur le thème : « L'éducation et le
rapprochement des cultures ». Voici le texte intégral (original en
français) de l'intervention de Mgr Francesco Follo, observateur permanent du
Saint-Siège à l'UNESCO, en avril dernier, lors de la 181ème Session du Conseil
Exécutif de l'UNESCO. Cet intervention porte sur le « Point 52 » de
l'ordre du jour qui est l' « Elaboration d'un plan d'action pour la
préparation de la célébration de l'Année internationale du rapprochement des
cultures »