L'Église se mobilise et s'engage
JEUNES CITOYENS EN
DÉBAT
La Politique une
Bonne nouvelle à Bruxelles (1)
Du vendredi 8 au dimanche 10 mai, 130
jeunes chrétiens se sont retrouvés à Bruxelles pour réfléchir aux enjeux des
élections européennes de juin prochain. Reportage.
Faire mentir les
sondages :
Deux tiers des jeunes Européens déclarent «
ne pas s’intéresser à la politique »
et «
ne faire aucune confiance dans
les hommes politiques » (Etude Euyoupart, Cevipof, 2006). Cette forte
défiance envers la politique et son personnel est particulièrement forte chez
les jeunes Français. Pourtant, selon la même étude, 77% d’entre eux considère
aussi que le fait même d’aller voter est très important pour le bon
fonctionnement de la démocratie
(2) .
La perspective
des élections européennes du 7 juin 2009 peut-il renouveller l'intérêt pour les
institutions européennes et pour les enjeux de ce scrutin ? C'est le pari lancé
par une équipe de jeunes Français et Belges, membres de l'association La
Politique une bonne nouvelle, en organisant au mois de mai trois jours de
conférences et de débats, dans la ville même de Bruxelles, siège d'une partie
des institutions communautaires. Pari gagné :
cent trente chrétiens, étudiants et professionnels de 18 à 32 ans, ont
répondu présents pour approfondir la question européenne. Histoire de
démentir les sondages ? Retour sur ces journées intenses et passionnantes,
à la rencontre des intervenants et des participants
(3) .
L’Europe, une
construction récente :
Il est
13h15
lorsque nous arrivons en car à Bruxelles, au cœur du quartier européen. Les
bâtiments à l’architecture audacieuse côtoient les maisons belges typiques,
étroites et très hautes. Nous retrouvons d'autres jeunes venus par leurs
propres moyens. Pas le temps de s’ennuyer
,
nous entrons directement dans le vif du sujet en nous rendant au Parlement
européen. Nous passons les grandes portes vitrées et le contrôle de
sécurité, récupérons nos badges d’identification. C’est parti !
«
L’Europe, un bel héritage, une grande
aventure ? »
Paul
Collowald, témoin de la construction de la communauté européenne à ses
débuts, nous rappelle l’atmosphère de l’après-guerre. Proche de Robert Schuman,
il a vécu de près la fondation de l’Union Européenne et désire nous transmettre
«
cette flamme jaillie le 9 mai 1950 », jour où Robert
Schuman prononça sa déclaration fondatrice
(4).
Dans la salle feutrée du PPE, le Parti Populaire Européen, groupe de
droite au Parlement européen, confortablement installés dans les grands
fauteuils des parlementaires et encadrés par 23 cabines de traduction, nous
plongeons dans le passé pour mieux comprendre le présent. Paul Collowald nous
transmet l’une de ses convictions : «
La démocratie a deux
ennemis : l’indifférence et l’ignorance ».
Un fonctionnement
complexe :
Après cette entrée en matière hautement symbolique, nous
écoutons
Niall O’Neill, administrateur
au Secrétariat général du Parlement européen. Il nous
présente les trois institutions centrales de l’Union
Européenne : la
Commission, le
Parlement et le
Conseil des Ministres. Il est temps à présent de faire l’expérience
concrète du fonctionnement de ces institutions en nous fondant dans la peau de
Parlementaires et de Ministres. Le jeu de rôle proposé nous offre de tester
l’élaboration d'une directive, équivalent d’une loi au niveau européen,
proposée par la Commission au Parlement et au Conseil des ministres.
Croiser intérêts
nationaux et programmes des partis :
Nous nous séparons en deux groupes représentants ces deux
institutions : nous allons débattre et négocier afin d’aboutir à un texte
commun sur une proposition fictive concernant l’intégration des énergies
renouvelables.
Dans une
ambiance passionnée, les «
Parlementaires »
du jour, attachés aux valeurs de leurs différents partis politiques,
représentants des citoyens qui les ont élus, défendent becs et ongles leurs
opinions. Le climat neutre et calme des discussions parlementaires européennes
n’est pas tout à fait respecté, tradition française oblige !
Les «
Ministres » des 27 pays quant à eux
défendent leurs intérêts nationaux respectifs.
À travers le jeu, nous percevons la
complexité des négociations, croisement des intérêts nationaux et des
programmes politiques partisans. Pourtant, nous bénéficions d’un avantage sur
nos
« vrais »
représentants : nos négociations se déroulent en langue française, et nous
n’avons pas à traduire toutes les discussions dans les 23 langues de l’Union !
Les enjeux de la
construction européenne : convaincus ou sceptiques?
C’est sous un soleil radieux que nous commençons la journée
du samedi 9 mai, «
journée de l'Europe ».
Direction le
Comité économique et social européen, à quelques pas du Parlement. À travers
plusieurs ateliers animés par des acteurs ou des experts (fonctionnaires
européens, diplomates, universitaires), nous abordons «
les questions qui fâchent : gouvernance
juste dans la crise; énergie et climat; voix de l'Europe dans le monde;
migrations. Nous nous informons, nous débattons ».
Après le
déjeuner, ces sujets sont repris avec des
députés
européens de divers groupes politiques : Parti Socialiste Européen,
Verts européens, Parti Populaire Européen. Campagne oblige, les intervenants
mettent en avant leur programme ! Le débat – pourtant serein - n’a pas pour
autant changé le regard négatif d’Amandine sur les hommes politiques :
étudiante en psychologie, elle «
apprécie
plus le discours des experts que celui des représentants politiques ».
Pas non plus de
velléité d’investissement dans un parti politique : Anastasia, 23 ans,
étudiante en philosophie, conserve sa préférence pour un engagement dans la
«
Cité » en
travaillant directement dans les institutions ou dans une association. Lucie,
23 ans, partage cette posture. Travaillant dans une administration qui traite
de dossiers relatifs à l’Union Européenne notamment, elle ne soutient pas un
parti, mais
« bosser dans une institution qui favorise cette réflexion sur l’Europe »,
ça l’intéresse. Arnaud, étudiant en science politique, est plus nuancé. Il a pu
mesurer durant ces deux jours «
l’intérêt
de s’engager en politique », ce qu’il fera «
peut-être plus tard ».
« L’Europe,
c’est ton destin » :
C’est le slogan lancé par un des intervenants (Philippe
Lamberts, Verts) pour nous encourager à croire en l’Europe : «
L’Europe, c’est ton destin. Et si tu le
reprenais en main ? ». Ca tombe bien, le 9 mai, c’est la journée
de l’Europe ! Les rues de Bruxelles sont plus que jamais à l’heure européenne.
Les enfants portent des ballons bleus étoilés, les parents des sacs de
prospectus. Les institutions européennes ouvrent leurs portes. La journée se
veut pédagogique et ludique.
Dans les locaux
de la Commission, un quizz géant nous apprend que l’Aquavit, une liqueur
suédoise, est distillée à partir de pomme de terre. À l'extérieur, on peut
assister à un concert, déguster des spécialités belges, tenter sa chance à un
jeu sur les 10 ans de l’euro, récupérer une immense carte de l’Europe. Sous un
fin crachin, nous nous mêlons aux badauds et poursuivons notre balade au cœur
du quartier européen. Ce «
Bruxelles »
institutionnel dont les journaux ne cessent de parler prend tout à coup un
visage et les discours sur l’Europe une autre dimension...
L’Europe, un
projet spirituel ?
Notre dernière journée à Bruxelles se déroule sous le signe
de la société civile, et plus particulièrement des liens entre les Eglises,
l'Europe et ses institutions. Comment être chrétien en Europe
aujourd’hui ? Pavel Fischer, ambassadeur de la République Tchèque en
France témoigne qu’au sein des institutions européennes, «
il y a énormément de place pour les
chrétiens » car «
ils ont
l’habitude de partir du particulier pour aller vers l’universel ».
Le Pasteur
Jean-Arnold de Clermont, président de la Conférence des Eglises européennes,
rappelle qu'on ne peut assimiler le christianisme à un parti politique précis.
Pour Pierre, un participant, «
notre
rôle de chrétiens est de contribuer à garder hautes les valeurs humaines à
mesure que l’Europe s’élargit ».
Cet enjeu d'une
Europe respectueuse des valeurs humaines a été évoqué à plusieurs reprises et semble
toucher les participants. Pour Anastasia, cela va de pair avec un «
esprit de laïcité » qui seul
permettra de tenir à distance la guerre, notamment en Europe de l’Est, «
ce qui n’exclut pas les religions » ,
précise-t-elle.
Une espérance pour
l’Europe :
Notre rencontre s'achèvera par une prière œcuménique et par
un déjeuner sous le radieux soleil bruxellois. Au sortir de ces trois jours,
quelle est l’espérance des participants quant à l'avenir de l'Union
Européenne ? Pour Anastasia, il importe de «
continuer à avancer et lutter contre les réseaux russes qui sapent le
travail démocratique de l’UE dans les pays de l’Est ». Guillaume,
quant à lui, plaide pour «
une
vraie volonté de construire l’Union, en rapprochant ses politiques de celles
Etats membres ». A nous désormais de transmettre autour de nous cet
enthousiasme pour l’Europe reçu durant trois jours et… à nous d'aller voter le
7 juin !
1-
Jeanne Chauvel et Alex Mech
erikunnel Mai 2009 Jeanne Chauvel et Alex Mecherikunnel sont
doctorants en Sciences Politiques. Jeanne Chauvel représente le Ceras dans
l'association la Politique une bonne nouvelle. Pour citer cette page :
Jeanne Chauvel et Alex Mecherikunnel, « Jeunes citoyens en débat »,
Avenir de la démocratie, Ceras - revue Projet . URL :
http://www.ceras-projet.com/index.php?id=182.
2-
Voir aussi l'enquête Démocratie 2000
et l’article d’Anne Muxel et de Gérard Grunberg, « La dynamique des
générations », dans La démocratie à l’épreuve. Une nouvelle approche de
l’opinion des Français , G.Grunberg, Nonna Myaer, Paul M.Sniderman (dir),
Paris, Presses de Sciences Po, 2002
3-
Depuis 1996, « La Politique une
bonne nouvelle » propose tous les deux ans une session d'été d'une
semaine, à Aix-en-Provence. La prochaine aura lieu en août 2010. Plus d'une
centaine d'étudiants et de jeunes professionnels sont attendus. En août 2009,
une rencontre plus restreinte est organisée à destination de personnes déjà
engagées dans la vie professionnelle et cherchant à nourrir leurs engagements
politiques, sociaux, associatifs pour trouver un équilibre dans leur vie
personnelle et familiale, à la lumière de la foi chrétienne. Du samedi 15 au
vendredi 21 août 2009. En savoir plus : "Engagements, vie
personnelle, quel équilibre ?"
4- « L’Europe
ne se fera pas d’un coup ni dans une construction d’ensemble. Elle se
fera par des réalisations concrètes, créant d’abord une solidarité de fait. Le
rassemblement des nations européennes exige que l’opposition séculaire de la
France et de l’Allemagne soit éliminée. L’action entreprise doit toucher au
premier chef la France et l’Allemagne. Dans ce dessein, le gouvernement
français propose de porter immédiatement l’action sur un point limité mais
décisif. Le gouvernement français propose de placer l’ensemble de la production
franco-allemande de charbon et d’acier sous une haute autorité commune dans une
organisation ouverte à la participation des autres pays de l’Europe. Cette
production sera offerte à l’ensemble du monde sans distinction ni exclusion,
pour contribuer au relèvement du niveau de vie et au progrès des œuvres de
paix. L’Europe pourra, avec des moyens accrus, poursuivre la réalisation de
l’une de ses tâches essentielles : le développement du continent africain.
Par la mise en commun des produits de base et l’institution d’une haute
autorité nouvelle, dont les décisions lieront la France, l’Allemagne et les
pays qui y adhéreront, cette proposition réalisera les premières assises
concrètes d’une fédération européenne indispensable à la préservation de la
paix. ». Pour aller plus loin, consulter European Navigator, site
multimédia sur l'histoire de la construction européenne.