Pour aller plus loin : puiser à la source
UNE ANNEE ENTIERE POUR MONTRER AUX PRETRES L’AMOUR DE
L’ÉGLISE (1)
Entretien avec le
préfet de la Congrégation pour le clergé
ZENIT : Quel est l'objectif principal de l'année
sacerdotale?
Card. Cláudio Hummes : Tout d'abord la
circonstance.
Cette année sera une année
jubilaire pour les 150 ans de la mort de saint Jean-Marie Vianney, le saint
curé d'Ars. Telle est l'occasion, mais la raison fondamentale c'est que le pape
veut donner aux prêtres une importance spéciale et leur dire combien le pape
les aime et veut les aider à vivre avec joie et ferveur leur vocation et
mission.
C'est surtout cela qu'il veut, à un moment où l'on
assiste à une vaste expansion d'une nouvelle culture. La culture qui prévaut
aujourd'hui est une culture postmoderne, relativiste, urbaine, pluraliste,
laïciste, dans laquelle les prêtres doivent vivre leur vocation et leur
mission.
Le
défi est de comprendre comment être prêtre dans ce nouveau moment, non pas
pour condamner le monde mais pour le sauver, comme l'a fait Jésus qui a dit ne
pas être venu pour condamner le monde mais précisément pour le sauver.
Le prêtre doit faire cela avec son coeur,
en étant ouvert, sans diaboliser la société. Il doit s'intégrer à la société,
mais empreint de cette joie missionnaire de vouloir conduire les personnes à
Jésus-Christ.
Il
faut
donner l'occasion à tous de prier
avec les prêtres et pour les prêtres, les inviter à prier, le faire le
mieux possible dans la société actuelle et, éventuellement, susciter des
initiatives afin que les prêtres vivent leur vocation et leur mission dans les
meilleures conditions possibles.
Cette
année est une année positive et prépositive. Il ne s'agit pas d'emblée de
corriger les prêtres. Il y a des problèmes qui doivent être corrigés et
l'Eglise ne peut fermer les yeux, mais nous savons que la très grande majorité
des prêtres est dotée d'une grande dignité et adhère à son ministère, à sa
vocation. Ils donnent leur vie pour cette vocation qu'ils ont acceptée
librement.
Hélas,
il y a des problèmes dont on a beaucoup entendu parler ces dernières années,
qui concernent la pédophilie et d'autres graves délits sexuels, mais cela
concerne peut-être que 4% du clergé. L'Eglise veut dire aux 96% des autres
prêtres que nous sommes fiers d'eux et qu'ils sont des hommes de Dieu, que nous
voulons les aider et reconnaître tout ce qu'ils font comme témoignage de vie.
C'est
aussi un bon moment pour
intensifier et
approfondir la question de comment être prêtre dans ce monde qui change et
que Dieu a mis devant nous pour sauver.
ZENIT : Pourquoi le
pape a-t-il pris saint Jean-Marie Vianney comme modèle pour les prêtres?
Card.
Cláudio Hummes : Parce que depuis très longtemps Jean-Marie Vianney est le
saint patron des curés. Il fait partie du monde des prêtres. C'est le prêtre
que nous voulons présenter, mais nous
encourageons
les différentes nations, conférences épiscopales et Eglises locales à choisir,
quelques prêtres exemplaires dans leur région et de le présenter aux
prêtres et au monde. Nous demandons de présenter des hommes et des prêtres qui
soient véritablement des modèles d'inspiration, qui puissent donner et
renouveler la conviction que le ministère sacerdotal est un ministère important
et de grande valeur.
ZENIT : Pour vous, en
tant que prêtre, quel est le plus bel aspect de cette vocation?
Card.
Cláudio Hummes : Cette question me renvoie en esprit à Saint François
d'Assise qui a dit un jour : «
Si je
rencontrais sur la route un prêtre et un ange, je saluerais d'abord le prêtre et puis l'ange. Pourquoi ? Parce
que c'est le prêtre qui nous donne le Christ dans l'Eucharistie ». C'est le
point le plus fondamentale et le plus merveilleux qui soit : le
prêtre a reçu le don et la grâce de Dieu
d'être le ministre de ce grand mystère de l'Eucharistie. Le sacerdoce a été
institué par Jésus-Christ durant la dernière Cène, quand il a dit : «
Faites ceci en mémoire de moi ». Aux
apôtres a été donné le commandement mais aussi le pouvoir de faire cela, de
faire ce que Jésus a fait durant la dernière Cène. Et ces apôtres, à leur tour,
ont transmis ce ministère et ce pouvoir divin aux hommes qui sont les évêques
et les prêtres.
Ceci est la chose la plus importante et
centrale.
L'Eucharistie est le centre de
l'Eglise. Le pape Jean- Paul II a dit que l'Eglise vit de l'Eucharistie. Le
prêtre est le ministre de ce grand sacrement et mémorial de la mort de Jésus.
Puis
il y a le sacrement de la réconciliation. Jésus est venu réconcilier le
monde avec Dieu et les êtres humains entre eux. Il a donné l'Esprit Saint aux
apôtres en soufflant sur eux.
Il
a donné aux apôtres, au nom de Dieu et en son nom propre, ce que Lui avait
acquis par son sang et sa vie sur la croix, transformant la violence en un acte
d'amour pour le pardon des péchés.
Et il
dit aux apôtres qu'ils seront les ministres de ce pardon. Ceci est
fondamental pour tous. Chacun veut être pardonné de ses péchés, être en paix
avec Dieu et avec les autres. Le mystère de la réconciliation est très
important dans la vie du prêtre.
Et
puis il y a tant
d'autres actions comme
l'évangélisation, l'annonce de la personne de Jésus-Christ mort et
ressuscité, l'annonce de son Royaume. Le monde est en droit de savoir et de
connaître Jésus-Christ et tout ce que signifie son Règne. Ceci est un autre
ministère spécifique du prêtre, qui le partage avec l'évêque et avec les laïcs
qui annoncent la Parole et doivent conduire les personnes à faire l'expérience
d'une rencontre forte et personnelle avec Jésus-Christ.
ZENIT : Quelles sont
selon vous, les difficultés majeures et les nouveaux défis auxquels doivent faire
face les jeunes qui pensent à la vocation?
Card. Cláudio Hummes :
Je veux répéter que
nous ne devons pas
diaboliser la culture actuelle qui, malgré la présence d'autres cultures
dans le monde, se répand de plus en plus et devient une culture dominante.
Cette
nouvelle culture ne veut plus être ni religieuse ni chrétienne.
Elle veut être laïque et refuse, veut
refuser, toute ingérence religieuse. Les adolescents, les jeunes, se trouvent
dans cette nouvelle situation, une situation différente de celle que nous avons
vécue, nous qui sommes nés dans une culture très religieuse et qui se
reconnaissait chrétienne et catholique. Actuellement, il n'en est plus de même.
Je pense que pour les adolescents et pour
les jeunes, il est réellement plus difficile d'avoir le courage d'accepter un
appel de Dieu qui naît en eux. Répondre est aujourd'hui plus
compliqué car la société ne valorise plus le sacerdoce. Mais un travail de foi
et d'évangélisation peut constituer une possibilité car quand Dieu appelle, il
donne toujours toutes les grâces qu'il faut pour y arriver.
La
paroisse doit
offrir aux jeunes et aux
adolescents l'opportunité de parler de ce qu'ils sentent au plus profond de
leur coeur, de parler de cet appel, car s'ils n'ont pas la possibilité d'en
parler avec une personne de confiance, ils n'en parleront avec personne et peu
à peu cette voix disparaîtra. C'est là qu'entre en jeu la pastorale des
vocations, dont nous avons vraiment besoin aujourd'hui.
Une paroisse
bien organisée est capable d'aller vers les jeunes et les adolescents, de leur
donner la possibilité de parler de cet appel qu'ils sentent en eux. Les prières
pour les vocations aussi sont aujourd'hui encore plus importantes que par le
passé.
Le
nombre des candidats au sacerdoce a probablement diminué aussi parce que les
familles sont moins nombreuses. Elles
ont peu d'enfants ou aucun, ce qui rend tout plus difficile. Dans divers pays,
le nombre des prêtres a beaucoup diminué. Nous suivons cette situation avec
très grande inquiétude.
ZENIT : Comment
doit être, selon vous, la formation d'un séminariste aux plan spirituel,
intellectuel, pastoral et liturgique? Quels sont les aspects incontournables?
Card. Cláudio Hummes :
L'Eglise parle de
quatre dimensions
sur lesquelles il faut travailler avec les candidats :
-
En premier lieu la
dimension humaine, affective, toute la question de la personne, sa
nature, sa dignité et sa maturité affective normale. Ceci est important
parce que c'est une base.
-
Vient ensuite la
dimension spirituelle. Aujourd'hui, nous avons à faire à une
culture qui n'est plus ni chrétienne ni religieuse, et il est d'autant plus
nécessaire de développer la spiritualité des candidats.
-
Puis il y a la
dimension intellectuelle. Il faut enseigner aux candidats la
philosophie et la théologie afin qu'ils soient capables de parler et d'annoncer
Jésus-Christ et son message, et qu'émerge toute la richesse du dialogue entre
la foi et la raison humaine. Dieu est le
logos
de toutes les choses et Jésus-Christ est l'explication de tout.
-
Et puis,
bien entendu, il y a la
dimension de
l'apostolat, autrement dit il faut préparer les candidats à être des
pasteurs dans le monde d'aujourd'hui. Dans ce contexte pastoral,
l'élément missionnaire est aujourd'hui
très important. C'est-à-dire que préparer les prêtres ne suffit plus, il faut
aussi les stimuler fortement à ne pas se limiter à recevoir et offrir leurs
services à ceux qui viennent vers eux, mais à aller d'eux-mêmes vers les
personnes, à aller vers ces baptisés notamment ceux qui se sont éloignés parce
qu'ils n'ont pas été suffisamment évangélisés et qui ont le droit d'être
évangélisés, car nous avons promis de porter Jésus-Christ, d'éduquer dans la
foi.Ceci n'a pas souvent été fait, ou bien peu. Le prêtre doit aller en mission
et préparer sa communauté à aller annoncer Jésus-Christ aux personnes, du moins
à ceux qui sont sur le territoire de la paroisse, mais au-delà aussi.
Aujourd'hui
cette dimension missionnaire est très importante. C'est le disciple qui
devient missionnaire par son adhésion enthousiaste, joyeuse, capable d'investir
inconditionnellement toute sa vie en Jésus-Christ. Nous devons être comme les
disciples: fervents, missionnaires, joyeux. Voila la clef et le secret.
ZENIT : Quelles seront
les activités particulières de cette année pour les jeunes et pour les prêtres
?
Card. Cláudio Hummes : Il y aura des
initiatives dans le cadre de l'Eglise universelle, mais l'année sacerdotale
doit être célébrée aussi au niveau local, dans les diocèses, dans les
paroisses, car les prêtres sont les ministres du peuple et ils doivent donc
impliquer les communautés.
Les diocèses doivent entreprendre des
initiatives d'approfondissement et de célébration pour porter aux prêtres le
message que l'Eglise les aime, les respecte, les admire, qu'elle est fière d'eux.
Le
pape ouvrira l'année sacerdotale le 19
juin, en la fête du Sacré Coeur de Jésus, car c'est la journée mondiale
pour la sanctification des prêtres. Les vêpres seront célébrées dans la
basilique Saint-Pierre et les reliques du Curé d'Ars seront exposées. Son coeur
sera dans la basilique, signe de l'importance que le pape veut donner aux
prêtres. Nous espérons que de très nombreux prêtres seront présents.
La
clôture aura lieu un an plus tard. Il reste encore à définir la date de la
grande rencontre du pape avec les prêtres, à laquelle seront invités tous les
diocèses. Mais il y aura beaucoup d'autres initiatives. Nous pensons à un
congrès théologique international quelques jours avant la clôture, et il y aura
des exercices spirituels. Nous espérons pouvoir impliquer également les
universités catholiques afin qu'elles approfondissent le sens du sacerdoce, la
théologie du sacerdoce et tous les thèmes jugés importants pour les prêtres.
ZENIT : Comment un
prêtre peut-il rester fidèle à sa vocation dans un siècle aussi antireligieux?
Card. Cláudio Hummes :
L'Eglise, à travers ses séminaires et ses formateurs, doit avant tout procéder
à une
sélection très rigoureuse des
candidats. Il faut ensuite une
bonne
formation au niveau humain, intellectuel, spirituel, pastoral, missionnaire.
Il est fondamental de se souvenir que le prêtre est le disciple de Jésus-Christ
et être sûr qu'il a eu une
forte
rencontre personnelle et communautaire avec Jésus, qu'il adhère vraiment à Lui.
Chaque Eucharistie peut être un moment fort de cette rencontre, et cela vaut
aussi pour la lecture de la Parole de Dieu.
Comme
disait Jean-Paul II, nombreuses sont les occasions pour témoigner de sa
rencontre avec Jésus-Christ. Il est fondamental d'être un missionnaire capable
de renouveler l'élan sacerdotal et de se sentir joyeux et convaincu de sa
mission et du fait que celle-ci a un sens fondamental pour l'Eglise et pour le
monde.
Je
dis toujours que
l'importance du prêtre,
à l'intérieur de l'Eglise, ne peut être considérée sous son seul profil
religieux. Il réalise aussi un énorme travail dans la société, car il
sème de grandes valeurs humaines : la
solidarité, la charité, l'attention aux droits humains. Je crois que nous
devons aider les prêtres à vivre cette vocation dans la joie, lucidement, et
avec le coeur aussi, pour qu'ils soient heureux, vu que l'on peut être heureux
dans le sacrifice et dans la fatigue.
Etre
heureux n'est pas en contradiction avec la souffrance : Jésus sur la croix
n'était pas malheureux. Il souffrait terriblement, mais il était heureux parce
qu'il savait qu'il le faisait par amour et que tout avait un sens fondamental
pour le salut du monde. C'était un geste de fidélité au Père.
ZENIT : A quels
autres saints pensez-vous comme modèles pour les prêtres d'aujourd'hui?
Card. Cláudio Hummes :
Bien entendu, le grand idéal est toujours Jésus-Christ, le bon Pasteur. Pour
les apôtres, surtout saint Paul que nous célébrons cette année. Paul était une
figure réellement impressionnante et qui peut être source de grande inspiration
pour les prêtres, surtout dans une société qui n'est plus chrétienne. Il a
passé les frontières d'Israël pour être l'apôtre des nations, l'apôtre des
païens. Dans un monde en train de s'éloigner de toute manifestation religieuse,
son exemple est fondamental.
1-
ROME, Jeudi 4 juin 2009
(ZENIT.org <
http://www.zenit.org/>
) - L'année sacerdotale voulue par Benoît XVI, qui s'ouvrira le 19 juin à
l'occasion du 150ème anniversaire de la mort du saint curé d'Ars, saint
Jean-Marie Vianney, tâchera de montrer aux prêtres l'amour que l'Eglise éprouve
pour eux. C'est ce qu'explique le cardinal Cláudio Hummes, o.f.m., préfet de la
Congrégation pour le clergé, ancien archevêque de Sao Paulo (Brésil), dans cet
entretien accordé à ZENI.T Je souhaite envoyer cette information a´ un ami
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http://www.zenit.org/article-21196?l=french>