NOUVELLES DE MISSIONNAIRES
JOURNAL de ARMEL DUTEIL
Père Armel DUTEIL Journal d’Armel reçu ce 7
Juin 2009
Mission Catholique
BP 2016
CONAKRY (Guinée)
Tél. : 00224 64 40 92 18
CCP NANTES 3832.64 A
E.MAIL :
armelduteil@yahoo.fr
Site internet P
Armel :
http://armel.duteil.free.fr/
Site internet
Justice et Paix:
http://justice.paix.guinee.free.fr/
Jeudi 7 Mai :
Après la rencontre avec C.R.S.,
les activités se multiplient : travail sur les projets avec l’O.C.P.H.
nationale (Organisation catholique pour la promotion humaine).
Jean-Paul revient d’une
session de Justice et Paix, au Cameroun, sur le problème des
mines et de la détérioration de l’environnement.
Je profite de son passage à Conakry pour finir de préparer la session de
formation que je vais assurer chez lui à Nzerekore la semaine prochaine.
Puis, avec Suzanne, de la
Pastorale sociale, nous étudions comment soutenir un groupe de femmes qui se
sont mises ensemble pour gagner leur vie et faire vivre leur famille en
fabriquant du savon à partir de l’huile de
palme.
Enfin, ce sont les affaires
courantes en retard à régler à la procure et au secrétariat de l’archevêché.
Avant de rencontrer le Nonce.
L’après-midi, nous nous
retrouvons avec la Commission de la Jeunesse pour tirer les conclusions des
deux rencontres de Katacodi (
voir les
« Nouvelles » des 1er-4 Avril) et de Conakry
(17-19 Avril).
Vendredi 8
Mai :
La matinée, préparation du programme
d’activités des deux commissions pour le mois de mai.
Puis, rencontre pour
l’accueil et le soutien des
mendiants
chassés du centre ville et la scolarisation de leurs enfants, avec Nadine,
une Française très engagée, veuve d’un
Guinéen torturé et tué du temps de Sékou Touré, fondatrice de l’ONG
Guinée Solidarité qui nous aide pour le transport du matériel depuis la France.
Ensuite, travail avec
Roberto, un prêtre du Prado,
aumônier des prisons. Il s’agit de
préparer une rencontre avec le Ministre de la Justice au sujet de la situation
des prisonniers en général qui est vraiment déplorable. Et en particulier,
celle des mineurs. Nous voudrions relancer les ateliers de formation pour les
enfants prisonniers, mais pour cela, il nous faut récupérer les bâtiments que
nous avons construits et qui ont été détournés de leur but initial.
Enfin, évaluation de notre
travail auprès des enfants de la rue.
Il me reste un peu de temps
pour ouvrir ma boîte mail au cyber (sans café !) de l’Archevêché et
commencer à répondre au courrier, et imprimer quelques documents. Mais le débit
est incroyablement faible et ça n’avance pas vite, comme très souvent. La suite
sera pour demain !
Samedi 9
Mai :
Réunion du
conseil épiscopal, autour de l’évêque
de Conakry, pour tirer les conclusions de la rencontre des évêques de Guinée
qui vient de se terminer, et voir la mise en pratique des décisions : nous
nous attardons spécialement sur les actions à mener dans les paroisses et au
travail en équipe entre prêtres.
Dimanche 10
Mai :
L’après-midi, avec XEC, un
salésien catalan, et Emile, un béninois responsable de
SOS-mineurs, une ONG qui travaille pour les enfants de la rue, nous
préparons un programme pour activités de vacances dans les quartiers populaires
de Conakry, en faveur des enfants nécessiteux et en difficultés.
Lundi 11
Mai : Rencontre pour la
Pastorale de l’Enfant.
Une action qui vient du
Brésil pour le suivi des femmes enceintes, des jeunes et de leurs bébés :
pesage, soin… À partir de cette action pour la santé, nous greffons une
éducation de la femme pour qu’elle connaisse ses droits et prenne davantage de
place, non seulement dans son foyer, mais aussi dans son quartier. Ensemble,
femmes et maris réfléchissent à une meilleure éducation de leurs enfants. Les
mères se retrouvent chaque mois pour une fête «
la célébration de la vie » qui leur permet de se connaître
dans la joie et, à partir de là, d’agir ensemble dans le quartier.
Je dois descendre à
Nzerekore, tout à fait au sud du pays, avec le nouvel évêque, Monseigneur
Raphaël GUILAVOGUI, pour une formation à «
Justice et Paix ». La distance est longue et la route très
mauvaise. Quatre fois, je vais au PAM
(Projet Alimentaire Mondial de l’ONU) pour partir par avion. Mais à la fin, on
me dit qu’il n’y a plus de place ! À mon retour, plusieurs personnes
m’attendent avec chacune son problème et ses souffrances.
Mardi 12
Mai :
Nouveaux essais pour avoir
une place dans l’avion d’une société minière : Rio Tinto. Même
réponse : pas de place ! Donc il va falloir descendre par la route,
et d’abord trouver une voiture ! Avant de partir, je récupère les
différents documents et compte- rendus des deux rencontres des jeunes de
Katacodi et Conakry (
voir
« Nouvelles » d’Avril) et aussi du pèlerinage de BOFFA ; je
les travaillerai dans le
taxi-brousse en
allant à Nzerekore (j’aurai le temps, il y a 18 heures de route !).
Fin du projet
SIDA.
Nous nous retrouvons autour
de l’Evêque avec 18 animateurs qui suivent les personnes vivant avec le SIDA.
Malheureusement,
le projet doit s’arrêter
par manque de moyens, mais aussi à cause d’une
mauvaise gestion de la part de l’équipe responsable de l’OCPH. Cela me fait très mal car ces animateurs
étaient très bien formés, suivaient et soutenaient très bien ces personnes et
leurs familles. Ils ne se contentaient pas de leur apporter de la nourriture
adaptée à leur condition physique et à assurer leur suivi au point de vue santé
et médicaments (Fournis gratuitement par l’hôpital), mais voyaient avec elles
tous les problèmes psychologiques, affectifs et moraux : faut-il en parler
à la famille ? peut-on se remarier ? doit-on avoir encore des
enfants ?... Ils étaient devenus de vrais amis et savaient très bien les
encourager et leur redonner la force de vivre. Et c’est à ces personnes
atteintes du SIDA que nous pensons d’abord. Nous voyons comment elles pourront
être prises en charge par une autre association. Mais toute cette affaire nous
fait beaucoup souffrir, car ce sont encore des pauvres, leurs familles et aussi
des animateurs ayant très bien travaillé qui vont en pâtir parce que d’autres
n’ont pas fait leur travail sérieusement. Et que l’on n’a pas eu le courage de
prendre les décisions nécessaires à temps.
Après cela, nous
réfléchissons avec les membres de «
Justice
et Paix » puis de la «
Pastorale
sociale » comment assurer le suivi pendant mon absence. Nous préparons
aussi les prochaines rencontres des deux commissions diocésaines.
Mardi soir : bien que
devant partir très tôt le lendemain matin, je ne veux pas annuler ma
rencontre avec l’équipe de volontaires de
la FIDESCO qui dirigent et animent le dispensaire St Gabriel. Un très gros dispensaire (plusieurs
centaines de consultations par jour) reconnu dans toute la ville de Conakry
pour la qualité de l’accueil et des soins, et le sérieux de la gestion qui
permet d’offrir des médicaments à très bas prix, sans détournement ni
corruption. Nous célébrons l’Eucharistie ensemble, puis nous échangeons
longuement sur le travail au dispensaire et les autres questions de notre
engagement qui nous touchent.
Mardi 13
Mai :
Voyage toute la journée.
Nous coupons la route en nous arrêtant visiter l’un ou l’autre prêtre. Dans une
des paroisses, l’une des jeunes filles de la chorale vient juste de mourir.
Nous prions avec la famille avant de continuer notre route. Nous arrivons en
pleine nuit.
Jeudi 14
Mai :
L’équipe diocésaine de
«
Justice et Paix » vient
me rejoindre tôt le matin et nous mettons au point le programme de la
formation. C’est un peu tard, mais les communications sont très compliquées
entre Conakry et Nzerekore : le téléphone passe difficilement et coupe
sans arrêt. Un seul cyber fonctionne, quand il n’est pas en panne. Les
participants ont pu être prévenus par la radio rurale, car la poste ne
fonctionne pas. Nous avons prévu la nourriture bien sûr, mais nous devons faire
au plus juste car nos fonds sont très limités et le coût de la vie a beaucoup
augmenté.
Ensuite, nous allons
rencontrer les autorités pour les informer de la formation et leur expliquer le
but de la Commission. Nous rencontrons successivement le préfet, le maire et la
présidente du tribunal, et encore beaucoup d’autres personnes. Nous sommes
guidés par le responsable de la société civile, qui nous présente également un
certain nombre d’ONG et d’Associations que nous invitons.
Vendredi 15
Mai : Session « Justice et
Paix ».
Dès l’heure prévue, tous les
participants sont là.
Nous allons
travailler avec beaucoup d’intensité, de 8 à 22 heures. Les participants
m’ont dit : «
Nous sommes venus
pour cela, il n’y a pas de problèmes ». Et ils acceptent de bon cœur
les conditions difficiles de travail.
Nous commençons par un temps
de
réflexion, menée en commun avec
participation de tous :
Qu’est-ce
que la justice ? Qu’est-ce que la paix ? La dimension « traditionnelle » de ces deux
termes : car nous voulons enraciner notre action dans la culture et la
religion traditionnelles, avec leurs valeurs. La dimension chrétienne ? Le point de vue de
l’Islam.
Ensuite, nous prenons le
temps
d’analyser la situation en petits
groupes (carrefours) : quelles injustices et manques de paix
voyons-nous ? Comment le Christ a-t-il réagi face à ces réalités ?
Que nous dit la Parole de Dieu sur cela (dans les différentes religions) ?
Que faire concrètement ? Quelles actions mener ?
Nous utilisons la méthode de
l’Action Catholique : Voir – Réfléchir – Agir. La mise en commun est l’occasion de débats intéressants et
approfondis.
Puis nous
passons
à l’aspect pratique :
-
Comment
mettre en place une Commission
paroissiale « Justice et Paix ». Comment agir : avec
qui ? selon quelle stratégie ? quels moyens et méthodes
utiliser ?
Nous abordons ensuite un certain nombre de points
importants :
v Notre engagement dans
l’évolution actuelle du pays
v Le travail dans les prisons.
v La protection de l’environnement.
v L’impact des sociétés
minières sur l’environnement, le développement du pays et la vie des
populations
.
v La formation d’observateurs indépendants pour les
prochaines élections.
v La migration des jeunes vers
l’Europe. (Voir la rubrique « Justice et Paix »).
v Le travail en pastorale
sociale. (Voir la rubrique de ce nom).
Pour terminer cette
formation,
chaque paroisse
(catholique ou protestante)
présente son
plan d’action et les actions par
lesquelles ils comptent commencer.
Après la session, nous avons une dernière séance de
travail avec la commission diocésaine pour évaluer la formation donnée et
préparer le travail des mois qui viennent.
En soirée, il me reste un
peu de temps pour rendre visite à des amis connus l’année dernière. Nous sommes
très heureux de nous retrouver. Et nous terminons la soirée avec deux prêtres
guinéens qui ont fait des études, comme moi, à Abidjan (une année de recyclage
en 1975-76). Nous mangeons ensemble un bon plat d’attiéké (un plat traditionnel
ivoirien), à la main, comme il se doit, dans la même assiette, c’est
meilleur ! Ce qui ne m’empêche pas de parler ouolof avec la serveuse qui a
travaillé au Sénégal. L’Afrique est vraiment internationale !
Lundi 18
Mai : Retour à Conakry.
Il se passe bien, en gros. Nous
n’avons pas d’argent pour acheter le carburant, aussi nous allons à la gare
routière chercher des clients, qui nous payent le voyage à prix réduit, ce qui
arrange tout le monde. Mais nous ne voulons pas faire du tort aux
transporteurs. Nous attendons donc que les taxis-brousse réguliers soient
remplis et partis, et, avec l’accord du syndicat, prenons les clients restés en
rade. Nous emmenons trois femmes venues du Liberia avec leurs enfants et qui
sont complètement perdues. Elles peuvent me parler en anglais et surtout je
vais pouvoir leur éviter toutes les tracasseries policières et racket qu’elles
auraient subies si elles avaient voyagé en taxi-brousse ordinaire.
Le voyage est très long, plus de 24 heures. On est en train de refaire
la route, mais le travail ne fait que commencer et va être bien ralenti, car la
saison des pluies est commencée. Nous dépassons quelques camions
embourbés ; nous arrivons à passer sans trop de problèmes, à part quelques
petits ennuis «
ordinaires » :
amortisseurs (silent – blocks à changer), crevaisons en pleine nuit. Je
m’arrange avec le chauffeur qui accepte de s’arrêter dans les différentes
paroisses que nous traversons (pour lui, ça lui fait des pauses !). Je
peux ainsi saluer des confrères que je n’ai pas revus depuis mon départ de
Mongo, il y a 2 ans. Et rapidement, je les informe sur la prochaine formation
de «
Justice et Paix » pour
le diocèse de Kankan. Dans un village, je rencontre d’ailleurs l’évêque de
Kankan, en tournée pastorale.
Nous
arrivons à Conakry en pleine nuit. Il n’y a pas de taxi. Aussi mes
passagers sont très heureux que nous fassions les crochets nécessaires pour les
amener jusque chez eux.
Mardi 19
Mai :
C’est dur de se lever ce
matin, mais de toute façon je suis réveillé par plusieurs coups de téléphone.
Les activités reprennent ! Cependant je me réserve le temps d’ouvrir ma
boîte mail et de répondre aux messages les plus urgents (le reste, on verra
demain) ! Et surtout d’enregistrer sur cassette audio les textes que j’ai
rédigés en sténo pendant le voyage pour les deux prochains numéros de la revue
du diocèse. Jean-Louis, notre procureur, rentre en France et expédiera la
cassette à Jocelyne par la poste, pour qu’elle la saisisse et me renvoie les
documents par mail. C’est ça la collaboration !