AFRIQUE - Burkina-Faso
DEWRAL - TERIYA - ZOODO – ALLIANCE OU AMITIE
ABC Burkina n° 330
Il y a
quelques jours, j’étais dans un village au sud-ouest du Burkina. Là j’ai pu me
réjouir en voyant les fruits et les bienfaits de l’amitié entre éleveurs et
agriculteurs.
Mais hier soir, j’ai téléphoné à un de mes amis peuls
au sud du pays pour avoir de ses nouvelles. Il me disait qu’ils étaient tristes
et inquiets car ils avaient, encore une fois, perdu un de leur berger, mort
assassiné. C’est pourquoi, aujourd’hui, je me dis que nous ne pouvons pas
rester à rien faire, attendant seulement que les
conflits entre agriculteurs et éleveurs se multiplient. Et que
bientôt, nous ne soyons plus maîtres de la situation.
Il
y a bientôt un an, je me suis arrêté pour échanger avec un ami agriculteur dans
la province du Tuy, près de Houndé. Il me disait qu’il participait à un projet
baptisé « Teriya » (en jula, amitié). J’ai interrogé mon ami pour
avoir plus de précisions. Il m’a expliqué que ce projet, soutenu par
Fertipartenaires,
invitait quelques
éleveurs et agriculteurs à cultiver une herbe fourragère,
le Mucuna, en vue de fertiliser le sol et
d’augmenter la quantité de fourrage disponible.
Mais
ce qui a le plus retenu mon attention,
c’est
le nom de ce projet : « teriya, l’amitié » ! Je me suis
dit, de fait, plutôt que de laisser se développer les conflits entre éleveurs
et agriculteurs, pourquoi ne pas essayer de développer de façon plus
systématique des alliances entre agriculteurs et éleveurs. D’où le titre de cet
article : zoodo voulant dire amitié ou alliance (en moore), et dewral
voulant dire alliance (en fulfulde). On pourrait aussi utiliser Yigiraagu qui
veut dire amitié en fulfulde. En effet,
agriculteurs
et éleveurs ont besoin les uns des autres. Les éleveurs manquent
cruellement de fourrage, spécialement à la saison sèche. Les agriculteurs
manquent souvent de fumier pour fabriquer assez de compost de bonne qualité.
Les
éleveurs pourraient acheter suffisamment de semences d’une plante fourragère,
pour eux-mêmes,
et pour en offrir à des
amis ou voisins agriculteurs. À charge pour ces derniers d’offrir le fourrage
aux éleveurs en échange d’une quantité de fumier convenue à l’avance.
J’ai
interrogé un bon nombre d’éleveurs et d’agriculteurs pour voir quelle serait,
d’après eux, la plante fourragère la plus appréciée pour cette opération.
La grande majorité s’est prononcée en
faveur du niébé fourrager. Des paysans affirment qu’un kilogramme de
semences de niébé fourrager peut produire jusqu’à une tonne de bon fourrage. De
plus, ils peuvent consommer les haricots qui sont bien appréciés.
À noter que le niébé est également très
utile pour améliorer la fertilité du sol, notamment
grâce à sa capacité à fixer l’azote de l’atmosphère. Au moment où on cherche à
diversifier les cultures, nul doute que le niébé a sa place, entre autres, dans
une bonne rotation des cultures. Rotation nécessaire pour assurer une bonne
fertilité des sols, mais aussi pour freiner le développement de la plupart des
nuisibles.
Le
temps des semailles approchent.
Il est donc
temps de faciliter aux éleveurs (et agriculteurs) l’acquisition de semences de
niébé fourrager. Il devrait être possible de se fournir auprès des stations
de l’INERA de Saria (le kg de semences de niébé fourrager est vendu à 1500 F).
Koudougou, le
10 mai 2009
Maurice Oudet Président du SEDELAN