AFRIQUE - Burkina-Faso
FAIM DANS LE MONDE:
"IL FAUT METTRE EN PLACE DES DROITS DE DOUANE CONSEQUENTS"
ABC Burkina n° 331
Il y a moins d’un mois la revue
francophone l’Expansion.com a publié une interview très intéressante de M. Marc
Dufumier agronome et professeur titulaire de la Chaire d’agriculture comparée
et de développement agricole à l’Institut National Agronomique Paris. En voici
l’essentiel.
L’Expansion : La
crise économique, en fragilisant les pays en développement, pourrait-elle
entraîner de nouvelles émeutes de la faim ?
M. Dufumier : Oui, je suis très
pessimiste à ce sujet. Le problème de la pauvreté n'est pas du tout
réglé. Et la
pauvreté est la principale
origine de la faim. Environ les
trois
quarts des personnes affamées sont des agriculteurs qui n'ont pas assez de
revenus ou qui ne produisent pas assez pour se nourrir. Le quart restant
est constitué de ruraux qui ont migré vers les villes car ils n'étaient pas
suffisamment compétitifs. C'est cette population qui a participé aux émeutes.
Comment peut-on améliorer
le revenu de ces petits agriculteurs ?
Il faudrait mettre en place des droits de
douane conséquents pour leur permettre d'avoir un revenu
incitatif, rémunérateur et stable. Cette
politique
de prix garantis bénéficierait immédiatement à l'agriculture familiale.
C'est plus efficace que les aides publiques au développement qui sont souvent
détournées avant d'arriver dans les campagnes reculées. Les sommes ainsi
récoltées pourraient être redistribuées aux populations urbaines à travers des
créations d'emplois. L'Europe a mené cette politique au sortir de la Seconde
Guerre mondiale, ce qui lui a permis d'être rapidement excédentaire.
Pourquoi l'effort des
politiques agricoles doit-il porter sur l'agriculture familiale ?
Ce modèle a fait ses preuves pour lutter
contre la faim. L'agriculteur qui cultive
individuellement des terres sait se prémunir contre les aléas, en constituant
des stocks et en diversifiant leurs cultures et il sait utiliser les ressources
naturelles renouvelables. Au Brésil ou en Argentine, les cultures vivrières ont
été abandonnées au profit d'une agriculture salariée. Désormais, dès que les
coûts d'un salarié augmentent, on le remplace par un désherbant ou une machine.
Les paysans sont évincés de leur campagne alors qu'il n'y a pas d'emploi en
ville. Ces pays exportent des produits alimentaires, mais tous les habitants ne
mangent pas à leur faim.
Supprimer les
barrières protectionnistes des pays développés peut-il régler le problème de la
faim ?
L'Union européenne a promis de supprimer
les restitutions (subventions) aux exportations en 2013.
Cet outil autorise l'exportation de produits agricoles vers le Sud à un prix
inférieur au coût de production. C'est un progrès,
mais il reste d'autres subventions qui devraient être abandonnées.
On pourrait réorienter les aides vers des produits de qualité et vers les
marchés solvables comme les Etats-Unis ou l'Europe.
Parallèlement,
les
gouvernements des pays pauvres
devraient faire davantage confiance à leur paysannerie locale, pour les
choix d'investissement par exemple. Il y a actuellement une vraie coupure entre
ville et campagne.
La défense des
intérêts des urbains passe par l'amélioration de la situation économique des
agriculteurs. À Madagascar par exemple, le président déchu a fait preuve
d'un mépris pour les paysans en décidant de vendre la moitié des terres
cultivables à Daewoo, une société de la Corée du Sud.
Ces propositions
peuvent-elles être entendues par les décideurs politiques ?
(En
France) le ministre de l'agriculture
Michel
Barnier a récemment demandé une réorientation des aides au développement vers
l'agriculture. Mais les lobbies de l'agroalimentaire restent très puissants
et freinent cette évolution. La Commission européenne n'est pas favorable non
plus à un plus grand soutien aux pays en développement. La crise actuelle
pourrait cependant être l'occasion de remettre à plat tout le système
alimentaire mondial.
Marc
Dufumier, le 20 avril 2009
L’Expansion.com