AFRIQUE - Burkina-Faso
LA SONAGESS DEVRAIT S’INTERESSER AU RIZ ETUVE PLUS QU’AU
RIZ PADDY !
abc Burkina n° 335
Le ministère de l'Agriculture, de
l'Hydraulique et des Ressources halieutiques a organisé, le samedi 6 juin 2009
à Bagré, un forum des producteurs de riz. Cette rencontre a regroupé des
représentants des producteurs de riz des régions de l'Est, du Centre-Est, du
Centre-Sud et du Centre-Ouest. Deux autres forums sont prévus ainsi qu'une
rencontre nationale où les prix et les modalités de cession du riz au
gouvernement seront fixés.
Ainsi,
le ministère de l’Agriculture semble vouloir améliorer la concertation avec les
producteurs de riz. Nous ne pouvons que nous en féliciter. Mais il y a urgence.
En effet, les producteurs de riz sont déjà en train de se préparer pour la
nouvelle saison de culture.
Au
cours de ce forum, le ministère de l'Agriculture a affirmé que le
soutien de l'année dernière, évalué à
plusieurs milliards de nos francs tant en semences qu'en engrais, sera
reconduit mais qu’il convient de s'entendre clairement sur les conditions de
cette aide. C’est une bonne nouvelle. Surtout pour les producteurs des
grandes plaines irriguées qui font deux saisons de culture par an. Mais,
« Il convient de s’entendre clairement sur les
conditions de cette aide »
Il
s’agit donc d’une
aide soumise à
conditions ? Pourquoi pas ? Pourvu que les conditions soient
clairement définies et connues avant que l’aide soit accordée. Mais les
conditions engagent les deux partis : les producteurs et l’Etat. Il serait
sans doute bon de parler de contrat, avec des engagements précis de chacun des
deux partis.
À quoi s’engageraient les producteurs ?
À
rembourser l’engrais (et éventuellement les semences)
selon le prix et le calendrier fixés à l’avance.
Il semble
que l’Etat voudrait être payé, au moins en partie, en nature. Pourquoi pas, si
les conditions sont bien définies ? Si l’Etat cède l’engrais à un prix
subventionné de l’ordre de 30 % (soit le sac d’engrais de 50 kg à environ
14 000 F), les producteurs de riz peuvent bien livrer une partie de
leur récolte à un prix en dessous du prix du marché. C’est la qu’une
concertation approfondie est nécessaire pour que ce prix, et la quantité à
livrer à l’Etat, soient fixés d’un commun accord.
Certaines rumeurs circulent.
L’État souhaiterait que les producteurs cèdent 15 % de leur riz paddy à 115 F
le kilo. Sur la base d’une réduction du prix de l’engrais de 30 %, cettre
proposition n’est pas inacceptable. Seulement cette proposition a
une grande faiblesse. Qui va vérifier
que les producteurs ont bien livré 15 % de leur récolte à la SONAGESS (puisque
c’est elle qui serait chargé d’acheter ce riz aux producteurs) ? Cela
risque d’être source de conflits et de détournements.
Mais
puisqu’avec ce 1er forum
, le débat est
maintenant public, j’aimerais faire
une
remarque et une proposition.
-
Une remarque : la SONAGESS ne cesse de répéter qu’elle
a besoin de riz pour les hôpitaux, les prisons, l’armée et les cantines
scolaires. Or, à ma connaissance, ces derniers n’ont pas besoin de riz paddy
mais de riz blanc décortiqué ou, mieux, de riz étuvé. Je dis
« mieux » car le riz blanc a perdu la plupart de ses éléments
nutritifs, ce qui n’est pas le cas du riz étuvé.
Pourquoi la SONAGESS ne semble pas s’intéresser au riz étuvé ? Aujourd’hui,
dans toutes les plaines rizicoles, les femmes sont organisées et capables de
fournir du riz étuvé de qualité et en quantité. Et cela offre aux familles de
producteurs des ressources complémentaires non négligeables.
C’est
tellement vrai, que mardi dernier, j’étais à Niassan (au Sourou), à
l’invitation d’une des quatre associations de femmes étuveuses. Elles avaient
organisé une fête. Elles voulaient célébrer la saison passée où elles avaient
réussi à vendre une importante quantité de riz étuvé à un prix rémunérateur. La
fête était belle, très réussie. Le riz gras très apprécié. Les danses se sont
prolongées jusque dans la nuit. Jour de joie, avant de reprendre les travaux
pour une nouvelle saison de culture.
Voici donc ma proposition, sur la base d’un
sac d’engrais vendu environ 14 000 F les 50 kg.
Les
associations de producteurs de riz céderaient le riz paddy aux femmes étuveuses
à 115 F ou 120 F le kilo.
Puis, ils
achèteraient le riz étuvé pour le livrer à la SONAGESS sur la base de
300 F le kilo. À chacun des partis de vérifier le bien fondé de cette
proposition.
La
SONAGESS devrait trouver ce prix raisonnable.
En effet, le riz étuvé est meilleur pour la santé que le riz blanc
décortiqué, et ce prix – 300 F le kilo - est à l’intérieur de la
fourchette proposée l’an passé par le gouvernement pour le riz blanc.
Cette
proposition, si elle était acceptée,
ferait
reculer la pauvreté dans les plaines rizicoles. N’est-ce pas un des
objectifs du gouvernement ?
L’engagement
du ministère de l’agriculture serait essentiellement de faire en sorte que les
semences et les engrais soient acheminés à temps auprès des producteurs. Il est
temps que les concertations s’accélèrent et qu’un dispositif consensuel soit
mis en place, si on ne veut pas que les retards constatés l’an passé se renouvellent.
Les producteurs devraient proposer dès
maintenant un calendrier clair et précis qui leur convient.
Koudougou, le13 juin 2009
Maurice Oudet
Président
du SEDELAN