AFRIQUE - Burkina-Faso
LES PAUVRES ONT DROIT A PLUS DE RESPECT
ABC BURKINA N° 336
Il
y a environ un mois, j'ai été contacté par un responsable de la FAO, en poste à Ouagadougou. Il a la
responsabilité d'un projet d'urgence en faveur des agriculteurs les plus
démunis. Le projet couvre plusieurs provinces qui ont été déclarées
prioritaires. Parmi celles-ci, se trouve la province du Sanguié, proche de
Koudougou. Le coordonnateur de ce projet m'avait contacté pour me présenter le
projet et me demander si je pouvais l'aider à rejoindre les 600 paysans les
plus pauvres du Sanguié.
Le projet,
pour l'essentiel, consiste à
distribuer
des semences améliorées de sorgho (gros mil). J'ai fais remarquer qu'autour
de Koudougou, les sols étaient souvent épuisés. Et que les paysans les plus pauvres,
les plus démunis faisaient certainement partie de ceux dont les champs étaient
les plus fatigués. Offrir des semences améliorées à des agriculteurs non
préparés ne servirait à rien. J'ai proposé de se tourner vers les paysans
pauvres qui avaient commencé à faire le zaï.
Peut-être
ne connaissez-vous pas plus le zaï que mon interlocuteur. En voici donc une
brève présentation.
Une bonne façon de cultiver : le zaï :
Au
Burkina, surtout dans le nord du pays, les paysans cultivent, de plus en plus,
selon la méthode du zaï; Cette méthode vient du Yatenga. Elle donne de bon
résultats même quand la pluie est en retard, et même quand la pluie manque.
Quand
la pluie est bonne, les récoltes sont très bonnes.
Cette méthode est très bonne pour les semences améliorées qui ont
besoin d’une bonne nourriture.
Avant la pluie
Les
cultivateurs creusent des
petits trous
dans leurs champs. Ils placent ces trous comme pour semer, en lignes et
avec les bonnes distances entre eux (bons écartements).Ils font ces trous plus
grands que pour semer, ils les font grands comme une calebasse pour boire.
Ils
remplissent ces trous avec du fumier
bien décomposé ou du compost qu’ils apportent et ils ferment ces trous avec
la terre tirée du trou. Ils sèment tout de suite si la pluie peut venir vite ou
bien ils sèment après la première bonne pluie.
Pourquoi cette façon de faire est bonne là où il ne pleut
pas beaucoup ?
-
Les trous boivent l’eau des premières
pluies; elle ne coule pas et mouille bien la terre.
-
Le compost ou le fumier décomposé
retiennent bien l’eau : elle
s’évapore moins vite et ça sèche moins vite que la terre, et les cultures ne
souffrent pas trop si la pluie manque plusieurs jours.
-
Le compost ou le fumier sont une bonne
nourriture pour les cultures : les jeunes pieds de mil, de sorgho ou de maïs poussent vite.
Dans
la partie nord du Burkina, et même au centre, l’eau manquent souvent. Aussi, de
plus en plus, les cultivateurs font de cette façon qui s’appelle zaï au
Yatenga, son pays d’origine. Fais de même, tu ne seras pas déçu.
Mon interlocuteur m'a répondu qu'il
s'occupait d'un programme d'aide d'urgence, et pas de développement.
Qu'il n'était pas possible de se tourner seulement vers ceux qui pratiquent le
zaï.
J'ai
répondu : «
C'est bien dommage. L'urgence, pour les paysans du Sanguié
n'est pas d'utiliser des semences améliorées, mais bien d'apprendre à nourrir
la terre. Avec la pression démographique, la jachère a été supprimée. Elle
n'a pas été remplacée. Les semences ordinaires n'arrivent plus à produire leurs
fruits. Vos semences améliorées ne trouveront pas la nourriture nécessaire pour
développer leurs qualités. Au contraire, elles sont plus exigeantes, et donc
plus fragiles »
Il
m'a été répondu :
« De toutes
façons une semence améliorée, c'est mieux qu'une semence ordinaire !».
«
Hélas non; pas dans n'importe
condition ». Et en disant cela, je pensais aussi, aux «
super vaches laitières » – des
Girando du Brésil – dont on avait fait «
cadeau » aux éleveurs de Fada Ngourma et qui sont mortes en
moins de deux mois.
J'ai
poursuivi
qu'en réservant les semences
améliorées aux agriculteurs qui pratiquent le zaï, vous auriez eu la
possibilité de faire avancer rapidement ce type de culture dans cette
région, et aussi l'intérêt pour les semences améliorées. Les paysans qui
auraient vu les bons résultats du zaï avec des semences améliorées se seraient
intéressés à ces deux techniques, et cela aurait permis de faire reculer la
pauvreté.
Il m'a été répondu que ce n'était pas
possible.
Nous
nous sommes séparés là dessus. A peine monté dans ma voiture, j'ai pensé que je
n'avais pas été assez loin dans mes réflexions.
En
effet,
un tel programme risque bien de
détourner pour de nombreuses années les paysans du Sanguié des semences
améliorées. La récolte des paysans qui auront eu le «
privilège » d'être sélectionnés
pour profiter de cette aide d'urgence et donc de recevoir des semences
améliorées, ont toutes les chances de faire une récolte encore moins bonne que
les autres années. Ils n'auront aucune envie, à l'avenir, de dépenser de
l'argent pour de telles semences.
Maurice Oudet
Président du SEDELAN
Koudougou, le 16 juin
2009.