Nouvelles d'Afrique

LETTRE PASTORALE DE LA CONFERENCE DES EVEQUES DE GUINEE

12 Avril 2009
ASPIRATIONS AU CHANGEMENT : EFFORT DE TOUS ET DE CHACUN


Bien Chers Compatriotes,

Une série d’évènements importants ébranlent la vie politique de notre pays depuis la seconde quinzaine du mois de décembre 2008 : la disparition de l’ancien Chef de l’Etat et le coup d’Etat sans effusion de sang et dans un calme étonnant, opéré par un groupe d’officiers et de civils, constitué en Conseil National pour le Développement et la Démocratie (CNDD). Tous ces évènements graves se sont produits à quelques jours de la célébration de la fête de Noël.

À plusieurs reprises, la Conférence Episcopale de Guinée a  invité les chrétiens et le peuple de Guinée au jeûne et à la prière pour exorciser les démons qui pervertissent le cœur et l’esprit de chacun d’entre nous, nous empêchant d’être des serviteurs du bien commun de notre pays. C’est pourquoi elle salue le courage des dirigeants actuels et leurs efforts de s’attaquer de front aux maux qui minent notre société guinéenne. Et elle saisit cette opportunité pour faire ici quelques propositions au CNDD et à tous les guinéens, comme sa modeste contribution, en vue de la reconstruction de la Guinée.

Notre réflexion s’articule autour de trois axes : sur le plan historique, la Guinée est fortement marquée par une histoire mouvementée, ponctuée par de nombreux rendez-vous manqués. Les Guinéens veulent le changement. Au fond, de quel changement s’agit-il ? Quel pourrait être la signification de ce changement ainsi que son contenu ? Enfin, nous développerons les principes et les conditions de changement pour mieux mettre en lumière les responsabilités des gouvernants, d’une part, et des gouvernés, d’autre part, dans cette nouvelle étape dans laquelle se trouve notre pays.

I- LE REGARD SUR LE PASSÉ : UNE HISTOIRE MOUVEMENTÉE ET DES RENDEZ-VOUS MANQUÉS :
Depuis 1958, l’année à laquelle notre pays, la Guinée, opta pour l’indépendance immédiate, rompant tout lien avec la France, son histoire n’a cessé d’être une histoire mouvementée.
Les années 1958-1974 constituent la période rouge de cette histoire tourmentée ; car elles marquent le point culminant de la direction dictatoriale de Ahmed Sékou TOURE ; elles enregistreront de nombreux complots et procès.
Il faut attendre les années 1975-1978 pour voir une timide tentative de rapprochement avec la France. Cette première expérience douloureuse du peuple se clôt le 26 mars 1984 par la mort du Président Sékou TOURE. Une ère nouvelle, pleine d’espérance, s’ouvre devant un peuple martyr.
C’est ainsi, que le 3 avril 1984, le peuple de Guinée commence la rédaction d’une autre histoire : une histoire au menu garni de plats invitant à toutes sortes de bonheur pour les populations. Une histoire qui inspira des chants de liberté sans précédent dans la vie de nos citoyens. Et à la tête de cette nouvelle aventure, il y a le Colonel Lansana CONTE, nouveau Chef de l’Etat, qui se voit tout de suite confronté à de graves difficultés économiques mais qui peut compter sur l’enthousiasme et l’adhésion de tous, hommes et femmes, jeunes et adultes, au programme de reconstruction de la nation.

En 1990, une nouvelle Constitution, approuvée par référendum, met fin au régime militaire et introduit le multipartisme. Mais au lieu d’être un facteur positif, ce passage au multipartisme devient une autre page noire de l’histoire de la nation. Pendant toute cette période, la vie sociale, économique et politique du pays fait une chute jamais connue dans l’histoire de notre chère patrie. Comme par ironie du sort, il faut attendre la mort du Général Président Lansana CONTE pour voir le peuple guinéen contempler un autre espoir, une autre chance offerte par le destin pour sortir de ce tunnel. L’avènement du CNDD marque le troisième rendez-vous que la providence fixe à la Guinée et aux guinéens.
Nous voici donc, une fois encore, au point de départ, contemplant l’avenir avec optimiste certes, mais aussi avec des interrogations : N’est-ce pas le temps opportun pour sortir de cette histoire tourmentée, ou faut-il en attendre un autre ? Que sera de l’espoir de ce peuple crucifié par ses propres fils ? Quelle autre surprise l’avenir nous réserve-t-il ?

II- LA GUINÉE ASPIRE AU CHANGEMENT :
a)- Un changement concret :
Etant donné l’état actuel de pauvreté généralisé, le changement souhaité prend des formes très concrètes : ce que les guinéens souhaitent, c’est :
-         La baisse du prix de l’essence, du riz et des autres produits alimentaires,
-         Une meilleure éducation et
-         Un meilleur système de santé, de l’eau et de l’électricité.
-         Les paysans ne veulent pas être oubliés,
-         Les chômeurs souhaitent avoir un travail,
-         Les travailleurs veulent un meilleur salaire.
-         Tous veulent davantage de sécurité et sortir de la situation actuelle pour profiter des richesses du pays, au lieu qu’elles partent à l’étranger.

b)- Un changement plus profond :
Mais peut-on se contenter d’un changement économique pour que le pays puisse se redresser durablement ? Le Christ disait : « l’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu » (Mt 4,4). Pour arriver à un développement économique vrai et qui profitera à tous, il est nécessaire de commencer par un changement de mentalité au niveau personnel et communautaire. Sinon il n’y aura pas de changement de comportement et les choses resteront comme avant. Il faut donc utiliser toutes les possibilités pour faire réfléchir et éduquer les gens : télévision, journaux, radios, rencontres dans les quartiers et les villages… À tous les niveaux : écoles, associations de jeunes, centres culturels, associations de femmes, groupes divers. Et en utilisant des moyens accessibles aux analphabètes.

Ce changement de mentalité devra aboutir à un engagement de tous et de chacun, sans attendre que les choses soient décidées d’en-haut. Pour cela, il faut que tous, en particulier les analphabètes, les gens du secteur informel, les paysans etc… se sentent respectés et soient écoutés. À ce moment-là, ayant compris les choses, ils accepteront de faire des efforts personnels.

Il faut éduquer toujours à la vérité et susciter une volonté forte de se mettre au travail. Mais cela suppose que les gens soient sûrs de profiter du fruit de leur travail et de leurs efforts. D’où l’importance d’assurer par exemple un avancement au mérite dans les services et non pas par favoritisme et népotisme ni seulement par ancienneté. Cela suppose que chacun cherche à se former afin d’acquérir les compétences nécessaires. Ce qui pose toute la question de l’enseignement et de la formation à tous les niveaux, avec une pédagogie adoptée. La formation initiale, mais aussi la formation continue.

III- L’EXPÉRIENCE DE L’ÉGLISE EN MATIÈRE DE SOCIÉTÉ :

Pour bâtir la société, l’Eglise Catholique peut s’appuyer sur une expérience et un enseignement éprouvés de plusieurs siècles. Nous voudrions rappeler ici les points essentiels de cet enseignement qui pourra servir de base, avec d’autres éléments, pour construire la société guinéenne, comme cela s’est fait dans de nombreux autres pays.  En fonction de cette doctrine sociale, l’Eglise Catholique est prête à s’engager pour le bien commun et le bonheur des guinéens et guinéennes. Depuis longtemps, nous formons déjà nos fidèles dans ce sens. Car c’est Dieu qui a créé le monde et qui nous a donné notre pays pour que nous construisions «une terre nouvelle, où la justice habitera», comme le dit Saint Pierre à la suite du prophète Isaïe.
Voici donc les dix principes sur lesquels repose l’enseignement social de l’Eglise. Ils offrent une base solide pour construire notre société guinéenne.

- 1) La dignité de la personne humaine. Tout être humain est créé par Dieu et c’est cela sa dignité. Il mérite le respect. Comme le rappelle également le premier article de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, que  notre pays a signé dès son accession à l’indépendance.
« Tous les hommes naissent libres et égaux en dignité et en droits ». Par conséquent, les hommes doivent être respectés pour eux-mêmes, et non pour ce qu’ils peuvent apporter : travail, argent, etc… Il est urgent de donner à tous les hommes la place à laquelle ils ont droit dans la société guinéenne. Ce n’est pas l’argent, ni l’ethnie, ni la région qui fait la dignité d’un homme.
Mais il ne s’agit pas ici d’individualisme. Au contraire, la personne humaine est communautaire : elle est faite pour vivre avec les autres. Il s’agit de développer dans la formation (à l’école par exemple) et la pratique, le sens communautaire et l’action en commun.

- 2) Le respect de la vie humaine. Le commandement de Dieu : « Tu ne tueras pas » est valable pour tous. Chaque homme a droit à la vie. Aucune loi humaine ne peut remplacer cette volonté de Dieu.
Dans notre pays où se multiplient les avortements et les assassinats, on devra donc lutter contre l’insécurité et chercher à protéger davantage la vie, dès la naissance. On devra aussi interdire les exécutions sommaires. Et réfléchir sérieusement à la suppression de la peine de mort.

- 3) Le principe d’association. L’homme est une personne sociale. Les initiatives et les activités des partis politiques, des syndicats et de toutes les associations qui ont fait preuve de sérieux et qui aident les citoyens à grandir en communauté, doivent être soutenues, encouragées et protégées. En se rappelant que la première association c’est la famille : c’est la première communauté à soutenir et à promouvoir.

- 4) La participation. Les gens ont le droit et le devoir de participer à la société pour chercher ensemble le bien commun et le bien-être de tous, spécialement des pauvres et des personnes vulnérables. Empêcher cette participation, c’est conduire les gens à ne pas prendre leurs responsabilités. Les choses ne devraient donc pas être décidées toujours d’en-haut, sans consultation de la base. Ce qui ne supprime pas la mise en place d’un suivi et d’un système de contrôle et d’évaluation des actions.

- 5) La protection des pauvres et des personnes vulnérables.  Ils sont les privilégiés de la société. Dans le programme de la reconstruction de notre nation, une place de choix doit leur être réservée. Le pouvoir a le sacré devoir de penser d’abord à eux, et de susciter une vraie lutte contre la pauvreté et toute sorte de situations qui contribuent à les maintenir dans cet état de vulnérabilité. Mais hélas, on s’est souvent contenté jusqu’à maintenant de discours, quand le peu de fond destiné à cette noble cause n’était pas détourné par les chargés d’affaires.

- 6)- La Solidarité.  Citoyens du même pays, nous avons le devoir de travailler pour la justice sociale. Et de mettre en place des structures sociales plus justes, pour le bien de tous.

- 7) Le respect de la création. Dieu nous a donné notre terre, la terre guinéenne. Notre devoir est de la respecter et de l’entretenir pour qu’elle produise beaucoup de fruits. Cela veut dire que nos quartiers et nos villages doivent être protégés. Nous devons lutter contre les feux de brousse, la déforestation et la pollution (par les mines en particulier). Tous les services de l’Etat, en particulier ceux des Eaux et Forêts, doivent travailler davantage dans ce domaine.

- 8) La subsidiarité. Elle signifie, laisser les gens de la base prendre leurs responsabilités, ne pas chercher à tout diriger d’en-haut. Ou encore, ne pas faire au niveau supérieur ce qui peut être fait au niveau inférieur. Ainsi chacun pourra apporter sa contribution pour étudier les problèmes et les réalités, et trouver des solutions plus adaptées.

- 9) Le principe de l’égalité humaine de tous les citoyens. Il faut absolument traiter tous les citoyens à égalité ; lutter contre toutes les formes d’exclusion et discrimination. Cette notion d’égalité est un des premiers principes de la justice. Car la justice, c’est de rendre à chacun ce qui lui revient et d’abord la dignité et le respect. Par conséquent, les riches ne doivent pas avoir raison aux dépends des pauvres ; les scolarisés ne doivent pas minimiser les analphabètes ; les nationaux ne doivent pas exploiter les étrangers ; etc…

- 10)- Le bien commun. Il ne s’agit pas seulement du bien-être matériel, mais de toutes les conditions sociales qui permettent aux gens d’atteindre leurs pleines potentialités et de réaliser leur dignité humaine. Cela suppose le bien être et le développement social, le maintien de la sécurité par l’autorité publique pour le juste développement des personnes et des familles. Sans l’esprit communautaire, c’est la guerre et le pays s’écroule.

À partir de ces principes essentiels, nous pouvons nous poser deux questions :
        
-         2° Et quels changements opérer ?

Nous proposons ici quelques réponses à ces questions.

IV- LES LIEUX ET DOMAINES DU CHANGEMENT :
- 1) L’homme guinéen. Il est nécessaire que le Guinéen se libère de la peur et de la superstition  qui conduisent à la fatalité et à l’inaction. Il faut que tous les Guinéens se mettent au travail, qu’ils laissent la tricherie et la corruption, pour vivre dans la vérité et l’honnêteté. Il faut que chacun se décide fortement à traiter chaque homme et chaque femme vivant dans le pays à égalité et avec respect. Il est essentiel que tous ceux qui ont des responsabilités montrent l’exemple et changent leur comportement, car « si tu es blessé à la tête, le sang coule sur tout le corps ». D’où l’importance de l’audit, du contrôle et des évaluations du travail de chacun. Mais il faut aussi faire comprendre à toute la population que nous sommes tous responsables des maux et des difficultés du pays, par notre laisser aller, notre manque de courage au travail, par le manque de rigueur et de bon entretien de ce que nous avons, par la dilapidation des ressources du pays et le gaspillage de nos ressources propres. D’où la nécessité d’une éducation à la base et dès le début de l’enfance, à l’école mais d’abord dans la famille.

- 2)- La famille. C’est dans la famille que l’enfant est éduqué en premier lieu. Il est donc important que les parents prennent maintenant leurs responsabilités et jouent mieux leur rôle. Par exemple en participant aux réunions des parents d’élèves… à condition que l’Association des parents et amis de l’Ecole (APAE) ne soit pas récupérée par quelques uns pour leur profit personnel. À côté des syndicats, l’Etat devrait susciter des associations de parents et des organisations familiales. Il est également important d’étudier la culture guinéenne traditionnelle pour en tirer le positif et par exemple, redonner à la femme et à l’enfant la place à laquelle ils ont droit.

Cela demande aussi de la part de l’Etat un contrôle des médias publics et privés. Il y a trop de films pornographiques qui transmettent aux enfants le culte de l’argent, leur présentent comme modèles des gens qui ne vivent que pour eux-mêmes et qui construisent leur avenir en écrasant les autres et en vivant dans la violence. Est-ce avec de tels modèles que l’on va construire le pays ?

         Si l’Etat et les familles démissionnent devant les jeunes, et ne les éduquent pas, nous ne devrons pas être étonnés qu’ils se lancent éperdument dans l’alcool, la drogue et l’immoralité.

         Un soutien aux familles consiste à se lancer concrètement et efficacement dans la lutte contre la pauvreté. Pour que chaque père de famille puisse nourrir ses enfants. Sinon, comment sera-t-il respecté par sa femme et ses enfants ? Comment alors s’étonner que les jeunes ne pensent qu’à quitter le pays ? Qui pourra alors développer la Guinée ?

- 3)- L’école. Elle doit assurer non seulement un enseignement valable (l’instruction), mais aussi une vraie éducation. D’abord, il faut sortir du par cœur pour apprendre aux élèves à réfléchir. Sinon, ils ne seront jamais des citoyens responsables et engagés. Ensuite, l’enseignement doit être plus adapté aux réalités du pays, être pratique et beaucoup moins théorique.
         On devra alors revoir par exemple la situation de nos lycées où on fait de la chimie sans laboratoire, et celle de nos Instituts Supérieurs d’élevage où il n’y a ni ferme ni laboratoire. Pour qu’on n’apprenne plus à soigner les animaux dans les livres ou sur un tableau noir. On devra aussi créer des écoles techniques et donner des moyens de travailler aux centres professionnels. Enfin, on devra mobiliser les enseignants non seulement par des augmentations de salaires mais surtout par une conscientisation et une motivation morale et des sanctions positives. Il s’agit d’adopter un système de reconnaissance, d’encouragement et de promotion basée sur le mérite et le travail réalisé et pas seulement sur l’ancienneté, encore  moins sur les relations et la corruption. Il s’agit aussi d’éviter d’envoyer prioritairement en secteur rural les enseignants incompétents ou manquant de conscience professionnelle, car ce sont les enfants et finalement tout le pays qui vont en souffrir.

- 4)- La Société Civile. Qu’on lui donne vraiment la liberté et les moyens de  s’exprimer au lieu de chercher à la récupérer et à l’utiliser. C’est dans la mesure où la société civile est responsable qu’elle peut apporter des idées positives et aussi mobiliser tous les guinéens pour l’avancée du pays.
         On devra alors développer les associations tout en veillant à ce qu’elles travaillent pour la paix sociale et l’intérêt de tous, et non pas des intérêts partisans ou inavoués. C’est ainsi que la population toute entière passera à l’action avec ses petits moyens, au lieu de tout attendre de l’Etat. On veillera aussi à ce que ces associations restent ouvertes pour éviter l’ethnocentrisme et acquièrent peu à peu un sens national.

- 5)- Les Syndicats. Ils ont joué un rôle, reconnu par tous, en 2006-2007. Mais il faudra veiller à ce qu’ils ne s’enferment pas dans un égoïsme de classe ou de groupe professionnel. Qu’ils cherchent vraiment le bien de tous les travailleurs, y compris ceux du secteur informel ou du monde rural. Car, jusqu’à maintenant, il n’y a pas de syndicats de paysans. Et qu’ils ne se préoccupent pas seulement  de leurs intérêts politiques ou financiers, sinon ils ne pourront pas jouer leur rôle.
- 6) Les partis politiques. La Guinée en compte plus de cinquante (50) ! Est-ce raisonnable ? En réalité, ces partis sont liés à une personne ou à base ethnique. Ce qui constitue un gros danger potentiel pour le pays et un risque de guerre civile.
         On devra alors revoir les règles pour le choix et la reconnaissance des partis politiques. Par exemple, n’accepter désormais que les partis ayant une représentation véritablement nationale et qui soient pluriethniques, ou encore, supprimer l’agrément à tout parti qui n’obtiendra pas 5% des voix aux prochaines élections. Il faudra aussi exiger que ces partis présentent un véritable programme. Et que les candidats fassent preuve de sagesse et de probité morale, qu’ils n’aient pas été condamnés pour détournements ou autres fautes graves.
         Cela aussi demande une éducation de toute la population, car c’est elle seule qui pourra exiger des chefs politiques un changement de comportement et les sanctionner par son choix au moment des élections. Cette éducation commence à l’école, où l’on doit mettre en place une instruction civique qui soit une véritable éducation citoyenne et pas seulement un apprentissage formel de notions théoriques qui n’ont aucune efficacité ni influence sur la vie concrète.

- 7) Le CNDD. Son immense service consiste à poser dès aujourd’hui des bases solides et irréversibles et à donner une nouvelle orientation au pays. IL s’agit avant tout de créer un esprit attaché aux valeurs de paix, de justice, de réconciliation, d’égalité et de solidarité. Mais aussi d’honnêteté, d’engagement et de persévérance, marqué par l’amour des autres et du pays tout entier. Le succès de ce programme suppose l’adhésion du maximum de citoyens. Cela nécessite beaucoup d’explications et surtout un bon exemple de la part du CNDD et un changement de comportement des militaires. Et aussi, comme on l’a souvent dit, une responsabilisation de la société civile. Qu’elle se sente écoutée, si non elle va rapidement se démobiliser. Le rôle du CNDD est donc de donner la parole à tous, tout en maintenant la cohésion entre les différents acteurs, pour une action coordonnée au profit de tous.

         Nous ne pouvons aujourd’hui qu’être d’accord avec les décisions du CNDD, en particulier pour tout ce qui touche la lutte contre la drogue et la corruption, la sécurité et la baisse du coût de la vie, et également la lutte contre le mensonge. Mais toute la population n’attend que des actions, pas des paroles. Car elle a été trop souvent trompée. Le souhait de tous est que ces actions soient menées d’une manière réfléchie et dans le respect des personnes. La présence d’un véritable esprit de concertation au sein du CNDD est une des conditions pour la réussite de leur louable programme de reforme.

         Parmi les actions attendues du CNDD, on peut citer la revue du fonctionnement de toutes les institutions nationales et une plus grande responsabilisation du gouvernement.
Il y a aussi la réforme de la justice pour qu’on juge désormais selon le droit en se libérant du pouvoir de l’argent et de toute vénalité. Nous signalons ici la nécessité impérieuse de juger aussi bien les responsables des tueries de janvier-février 2007, que les auteurs de détournements et les trafiquants de drogue. Et tout cela dans le respect de la justice et de leurs droits. Nous signalons aussi l’urgence d’assurer non seulement l’hygiène et un minimum vital aux prisonniers, mais aussi le respect et la dignité.
- 8) Le gouvernement : Son travail devra être évalué aussi bien par le CNDD que par la société civile. Le premier problème qu’il doit régler est celui du secteur économique. Il s’agit de s’attaquer aux causes véritables de notre pauvreté. Il s’agit aussi de chercher à produire par nous-mêmes, en particulier par l’agriculture et l’élevage, en donnant plus d’importance au monde rural. Cela permettra de limiter l’exode rural, donc aussi le surpeuplement des villes, les bidonvilles non aménagés, la délinquance et la pauvreté. Et pour cela, donner aux paysans les moyens de travailler. Par exemple, que les services d’agriculture, d’élevage et des eaux et forêts fassent vraiment leur travail de formation, d’encadrement et de soutien au monde rural. Il s’agit enfin d’amener les Guinéens à compter sur leurs propres forces, et de les mettre sérieusement au travail pour produire et non seulement consommer. Sinon, nous serons de plus en plus pauvres.

Conclusion.
Le changement espéré ne viendra donc que grâce à l’effort courageux et persévérant de tous et de chacun. La présente lettre des évêques de Guinée se veut un soutien pour l’accomplissement de cet effort. Le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob encourage à lutter contre le mal sous toutes ses formes. Autrement dit, nous ne devons pas être complices des personnes et des institutions dans le vol et les détournements de deniers publics, le mensonge, le trafic de drogue, les situations d’injustice, etc… Nous devons construire une Guinée nouvelle où tous sont heureux et pourront vivre en paix et où chacun aura sa place.
         Conakry, le 12 Avril 2009
Fêtes de Pâques de notre Seigneur Jésus 2009
Pour la Conférence des Evêques de GUINEE
+ Vincent COULIBALY
Archevêque de CONAKRY
PRESIDENT