BULLETIN
SPIRITAIN JPIC
Mai 2007
Chers confrères et amis,
Ce bulletin a été préparé quelques
jours avant une importante réunion spiritaine. A cause des délais requis pour
la traduction, vous le recevez après la fin de la réunion. Celle-ci a pris
place à Durban, en Afrique du Sud, du 15 au 29 avril. La plupart de nos
confrères spiritains qui travaillent avec les demandeurs d’asile, les réfugiés
et les populations déplacées y ont échangé leurs expériences ; ensemble,
ils ont prié, rêvé et fait des plans pour l’avenir de notre engagement et de
notre présence spiritaine parmi cette part d’humanité, trop souvent oubliée et
négligée.
Il est probable que vous recevrez
d’autres rapports du Généralat à propos de cette importante réunion, mais dans
ce numéro du bulletin JPIC, nous désirons ouvrir un espace aux confrères qui
travaillent avec les réfugiés, les
chercheurs d’asile et les populations déplacées, pour qu’ils puissent partager
un peu de leur travail. Nous y avons inclus des extraits de rapports préparatoires
de trois confrères qui s’emploient à ces tâches en France, en Tanzanie et en
Mauritanie.
Plusieurs caractéristiques lient
entre eux tous les rapports préparatoires qui décrivent plusieurs des aspects
importants de JPIC pratiqué par des Spiritains. Tous décrivent des situations
de grandes souffrances, insécurités et injustices. Les Spiritains travaillant
dans ces situations ont entendu le cri de détresse d’individus et de groupes
(Ex 3,7-9). Ils sont allés généreusement vers les gens qui vivent ces situations,
même si, trop souvent, ils n’avaient que peu de ressources ou peu de formation
spécifique pour ce ministère. Ce qu’ils offrent de bon cœur, c’est leur foi,
leur présence et leur cœur, la bienvenue, un encouragement, le partage du peu
dont ils disposent, tout comme l’établissement de contacts et d’une communauté.
Leur façon de faire s’appuie sur une foi solide que leurs efforts valent
vraiment la peine ; que la valeur de leur ministère ne se mesure pas à des
résultats spectaculaires, et que le relèvement de la dignité de chaque personne
humaine, même brisée ou ignorée, est au centre de leur mission.
Entendre les cris des
malheureux et les rejoindre décrit bien aussi le ministère d’autres Spiritains
présentés dans ce bulletin. Leurs contextes et leurs ministères sont variés
- les sans abri des rues de Chicago, ceux qui restaurent l’équilibre
écologique dévasté par la pauvreté qui écrase ; éduquer les gens dans la
dignité de chaque personne, aider le réseau des groupes de base à affronter les
problèmes de leur vie et de leurs communautés au niveau international et
s’engager dans les efforts pour donner force à la voix des pauvres à travers
les instances de pression aux Nations Unies. Par toutes sortes de démarches,
toutes ces activités du ministère constituent un panorama très riche et varié
du ministère des Spiritains aujourd’hui. Le titre du livre récent de Tony
Gittins, présenté plus bas dans ce bulletin, résume bien cet engagement
spiritain en JPIC :
où il y a de
l’espoir, il y a de la vie.
Puissions-nous être,
nous tous, un peuple d’espérance et de foi en la vie !
En attendant de continuer la route
Jérome Dukiya
(
dukiyao@yahoo.fr)
fait partie du groupe qui s’occupe des migrants à
Nouadibhou, en Mauritanie. Beaucoup cherchent à entrer finalement en Europe.
Malheureusement, Jérôme a eu des difficultés de visa et n’a pas pu participer à
la réunion de Durban. Ce qui suit est un abrégé du rapport qu’il a envoyé.
Nouadhibou, capitale économique de
la Mauritanie, est un pôle d’attraction où se retrouvent de nombreuses
personnes à la recherche d’un travail. La population dont le nombre ne cesse de
croître (naissances et arrivées massive d’étrangers) est d’environ 120.000
habitants, vivant essentiellement des activités de la pêche et de la SNIM
(Société Minière ).
Les conditions de vie de la majorité
de la population de Nouadhibou sont très difficiles. Cette situation d’extrême
pauvreté s’accentue avec la baisse des revenus au niveau local, conséquence
d’une activité de pêche essentiellement tournée vers l’exportation d’une part,
et d’autre part de l’exploitation anarchique des richesses maritimes qui mène à
l’épuisement progressif des réserves.
Le nombre d’étrangers est estimé à
10.000 personnes, à 95% d’origine subsaharienne. Si certains arrivent avec des
contrats de travail (asiatiques, européens, quelques africains), la majorité
africains, arrivent à Nouadhibou dans la perspective de continuer leur périple
vers l’Europe. On rencontre aussi à Nouadhibou des réfugiés, au nombre de 350
environ : sierra - léonnais, libériens, sahraouis, congolais, Ivoiriens,
etc…
En attendant sa chance, le migrant
cherche à travailler, tout d’abord pour se nourrir, et se loger, mais aussi
pour amasser la somme nécessaire qui lui permettra de poursuivre son voyage
hypothétique. Mais en réalité, pour la quasi totalité d’entre eux, Nouadhibou
(« bouchon » dans la langue locale) se révèlera être une impasse.
Ces migrants venus d’horizons divers
sont confrontés à d’énormes problèmes d’adaptation sociale, économique et
culturelle. Lors d’une réunion avec nous en Décembre de l’an passé, certains
d’entre eux énuméraient leurs principaux problèmes : sentiment de rejet et
d’insécurité dans la vie courante comme au travail, difficultés pour se loger,
pour accéder aux soins, pour scolariser leurs enfants, pour épargner leur
argent…Rares sont ceux qui possèdent une qualification, la majorité vivant des
petits métiers liés à la construction.
Les Spiritains (de la paroisse
catholique de Nouadhibou) se sont déjà
montrés très actifs pour les aider. Afin d’atténuer leur isolement et leur
solitude, ils ont ouvert un modeste lieu de convivialité, d’échanges, de
loisirs et d ‘informations. Ils ont
également démarré un système de boîte à lettres qui permet une épargne
accessible et sécurisée.
Notre communauté chrétienne est
formée dans sa presque totalité d’un bon groupe de ces hommes et femmes en
quête d’un mieux être social. Les autres se départagent dans les autres églises
disponibles ou sont musulmans.
La paroisse ,se montre très active
pour accompagner et aider ces personnes. Pour cela plusieurs activités ont été
mis en place à leur intention :
1)
L’alphabétisation en plusieurs langue : anglais, français et espagnol.
Elle a pour but de leur permettre une meilleure communication et ainsi une
meilleure adaptation. Nous sommes aidés par l’un ou l’autre coopérant de passage
sinon, nous sommes obligés d’embaucher un enseignant. Ce qui nécessite des
frais.
2)
Par des micro-crédits (individuel ou par
petit groupe,) nous voulons leur permettre de mettre en place de petites
activités génératrices de revenus. De cette façon, ils peuvent subvenir aux
besoins élémentaires de chaque jour. L’un ou l’autre parvient ainsi à s’en sortir et à faire même quelques
petites économies.
3)
Nous disposons aussi pour eux d’une boîte postale,qui leur permet de rester en
contact avec la famille et leurs amis, mais aussi d’une petite caisse à épargne
pour leurs économies. Ainsi ils viennent récupérer le courrier aux heures de
permanence. Ceci constitue de moments de rencontre avec les responsables de la
paroisse pour des échanges ou des
confidences.
4) Nous disposons de quelques petites chambres
que nous mettons à la disposition de l’un ou l’autre nouvel arrivant le temps
qu’il retrouve un membre de famille ou soit accueillie par sa communauté
d’origine.
5)
L’aide médicale est presque aussi un problème quotidien : honorer les
ordonnances à la mesure de nos
possibilités car nous ne disposons d’aucun fond pour cela. Les sœurs
travaillant à l’hôpital, essayent aussi de leur favoriser l’accès aux soins dans
les divers services.
6)
L’assistance légale et même juridique à travers les relations avec les
autorités (gendarmerie, police et avocat dans certains cas) est un autre
élément de notre présence à cette population.
7) Conférences débats sur différents thèmes
(SIDA, MST, dangers de m’immigration)
8) Formation à quelques petit métier et la gestion d’une maison tel que: couture,
teinture, cuisine, repassage … etc.
9) Centre de formation pour les femmes en
difficultés (prostituées).
10)
Enfin, nous sommes aussi pour les cas de rapatriements volontaires ou forcés
(évacuations sanitaires, expulsions du territoires) au niveau financiers ou
pour des papiers (certificats de baptême ou de bonne conduite) qui leur
facilitent le voyage.
11)
Activité sociale, Dance, Football, Télévision, animation musique… etc.
Nous sommes confrontés dans ce désir
d’aider ces populations à d’énormes difficultés financières. En effet plusieurs
activités ont été pris en charge pendant un temps par Caritas Mauritanie qui
depuis 2003 a mis fin à ces activités. Nous fonctionnons maintenant sur
certains dons ponctuels d’amis en visite. Vu l’immensité des besoins toute
d’aide de quelques nature que ce soit est la bienvenue.
« Moments de grâce »
Gervase Tatatara (gervasetaratara@yahoo.com)
a préparé un rapport détaillé pour la réunion spiritaine internationale de
Durban. Ce qui suit est une version révisée du rapport, et décrit en
détail le ministère de grande valeur dans lequel nos confrères se sont engagée
dans les camps de réfugiés en Tanzanie.
Depuis dix ans, le SRS (équipe
spiritaine pour les réfugiés), s’est occupée des réfugiés qui sont le produit
d’une longue et sale histoire. En juillet 1995, quand les camps furent fermés
aux réfugiés rwandais dans le diocèse de Rulenge, où nous avions travaillé pendant près de deux ans, j’ai suggéré à
l’évêque, Mgr Ruzoka, de prendre contact avec notre provincial à Arusha pour le
service des réfugiés dans son diocèse. Au début 1995, alors que j’attendais
d’être ordonné, j’ai participé à la formation de la Caritas Kigoma, laquelle
devait devenir une organisation diocésaine responsable du service des réfugiés
qui s’accumulaient en provenance du Burundi, du Rwanda et du Congo.
Les
réfugiés dont nous avons été chargés, avaient fui directement le Burundi. La
majorité venaient des régions de l’ouest, du sud et de l’est du pays. Trois
facteurs devinrent germes de profondes divisions 1) Beaucoup de gens qui
avaient des us et coutumes différentes se sont trouvés soudain vivre ensemble
dans des camps surpeuplés et étroits. 2) Le syndrome Nord-Sud qui surgit de la
conviction des Burundis du nord d’être en situation d’autorité, ce qui avait
été assumé auparavant par les gens du sud. 3) La tension entre ceux qui voulaient
user de la force et ceux qui préféraient la diplomatie comme la manière de
résoudre ce long confit qui a éclaté en 1993.
Notre ministère a consisté en partie
à faire les intermédiaires et résoudre le conflit dans les camps, et hors des
camps. Nous avons organisé des séminaires d’éducation à la paix dans nos camps,
d’abord pour nos chrétiens, et nous avons invité des personnes de tendances
antagonistes pour qu’ils transmettent à leur tour les messages à ceux qui
étaient de leur bord. Ces séminaires ont créé une atmosphère de confiance entre
les personnes qui avaient été séparées, aussi bien qu’entre les groupes
antagonistes. Nous avons aussi rencontré des Burundis qui vivaient en dehors
des camps, mais y exerçaient de l’influence. Nous leur avons demandé de
travailler pour l’unité, et non pour la division.
C’est en 1998 que des sérieuses
négociations pour la paix au Burundi ont atteint leur plein. J’ai rencontré
plusieurs membres de l’équipe de médiation ainsi que des experts de la
communauté internationale. Je leur ai demandé d’inviter aux entretiens pour la
paix non seulement des représentants des camps, mais aussi d’autres groupes non
politiques de la société civile, et ma demande a été reçue. J’ai aussi
rencontré des Burundis ; ceux qui représentaient le gouvernement qui
s’était juste mis en place par la force, et ceux aussi qui avaient été écartés
du pouvoir. J’ai aussi rencontré l’opposition des Hutus et des Tutsis. Mon
message à leur adresse a été simple : il faut qu’ils travaillent à une
solution durable et acceptable pour tous. Je leur ai demandé de voir
les temps des négociations comme un moment
de grâce qui ne doit pas se terminer sans porter des fruits - cette paix
que tous les Burundis attendent.
En réalisant que la politique des réfugiés,
qui restreint les crédits officiels pour l’éducation à l’égard de l’éducation
primaire, allait créer un déséquilibre entre les enfants restés dans le pays et
ceux en exil, nous avons fait appel aux décideurs, à travers les bureaux locaux
de l’Unicef et les services des ONG de la Communauté, pour reconnaître et
soutenir les initiatives mis en train par les réfugiés eux-mêmes pour assurer
l’éducation primaire. Nous avons demandé au Haut Commissariat des Nations-Unies
pour les Réfugiés de donner des certificats aux candidats qui ont terminé
l’école post-primaire, et que ces certificats soient reconnus comme
d’authentiques documents scolaires. Nous avons fait une demande directe à
Misereor pour financer la construction de bibliothèques dans les trois écoles,
et un salaire pour les trois enseignants.
Nous sommes devenus le pont
entre les réfugiés et quelques organismes charitables comme
Voisins Sans Frontières et
Foncaba, qui désiraient beaucoup
soutenir l’éducation post primaire, mais n’avaient pas l’autorisation d’entrer
dans les camps de réfugiés. Ils ont pu fournir de l’argent pour des salles de
classes, du matériel éducatif, des salaires pour les enseignants. Grâce à leurs
donations, on a créé un système d’éducation français semblable à celui du Burundi,
pour permettre à ceux qui vont y retourner de s’inscrire dans le système
scolaire Burundi. Outre ces initiatives, dans une lettre ouverte aux
négociateurs pour la paix au Burundi, nous avons fait appel aux politiques pour
qu’ils reconsidèrent leur politique de financement restrictif pour l’éducation,
que nous tenons pour préjudiciable à une vraie paix.
Nous nous sommes aussi employés à
une pratique régulière des sacrements. Nous travaillons à construire des
relations mutuelles entre les communautés d’accueil et celles des camps. Nous
avons travaillé avec l’Eglise du Burundi à travers la Commission Mixte pour les
Réfugiés, pour recommander le rapatriement progressif des réfugiés et les visiter dans tous les camps de Tanzanie,
aussi bien que dans ceux des populations déplacées au Burundi.
En regardant les douze années
écoulées depuis le début du ministère des réfugiés, particulièrement les dix
années de ministère parmi les réfugiés Burundi, je suis convaincu qu’elles ont
consolidé notre expérience. Elles devraient nous aider à discerner s’il nous
faut nous tourner vers la tâche de la construction de la paix et de la
réconciliation au Burundi, de sorte à soigner les blessures historiques de ce
pays et de prévenir le possible retour d’un conflit destructeur ; ou bien
si nous avons à continuer notre ministère auprès des réfugiés en dehors du
pays. Selon la plupart des confrères, l’une et l’autre options seraient
possibles. Nous encourageons ceux qui sont dans ce type de ministère de nous
venir en aide, pour que nous puissions être les instruments de Dieu pour la
paix au bénéfice du peuple du Burundi.
« J’étais un
étranger et vous m’avez accueilli »
L’Europe est trop souvent une lieu froid, difficile et peu accueillant
pour ceux qui arrivent comme réfugiés, chercheurs d’asile et migrants. Michel Thomas (michelthomas2004@yahoo.fr) décrit
les efforts d’accueil des Spiritains en faveur des ceux qui arrivent à Rennes,
en France.
Je suis à Rennes, dans l’ouest de la
France. La population étrangère est moins nombreuse que dans certaines autres
villes française, mais elle a augmentée ces dernières années. Depuis plus de
trois ans je milite au sein d’une association dénommée « Relais
étrangers », c’est une association aconfessionnel qui regroupe une
trentaine de membres tous bénévoles. L’association a pour objectif d’accueillir
et de défendre les droits des étrangers. Notre mission peut se résumer, si tant
est que l’on puisse enfermer l’accueil en quelques mots, en accueillir,
écouter, conseiller, accompagner.
La permanence(sans rendez-vous) est,
pour une majorité de personnes, la manière de prendre contact avec relais
étrangers ; c’est souvent par le bouche-à-oreille mais aussi de plus en
plus souvent orientées par les services sociaux, la mairie, les associations
que les gens viennent nous voir. Le premier contact permet d’évaluer l’urgence
de la demande. Le travail de fond se fait ensuite lors d’entretien ultérieur.
En effet les situations que nous rencontrons ne sont pas toujours facile à
résoudre, et cela d’autant plus que les lois sur l’émigration changent souvent
et sont de plus en plus complexes. Nous rencontrons souvent des personnes qui
sont « sans papiers », vivant dans la clandestinité depuis déjà un
certain temps, leur régularisation est parfois périlleuse, parce que en se
signalant aux autorités, ils risquent l’expulsion.
Nous disposons d’un fond
documentaire important sur la législation au sujet des étrangers qui nous
permet de trouver des solutions, mais malgré tout nous sommes régulièrement
confrontés à des situations complexes pour lesquelles aucune solution véritable
n’est envisageable dans l’immédiat et l’issue des démarches que nous pouvons
suggérer reste incertaine face à une réglementation de plus en plus restrictive
et des administrations soumises à l’autorité de l’Etat. Nous accompagnons les
personnes dans les différentes démarches auprès des administrations, cela nous
semble important ; les personnes accueillies, dans une situation sociale
et juridique fréquemment précaire, parfois très mal en point sur la plan
physique et psychologique, se sentent rassurées, restaurées dans leur dignité
malmenée, même si nos démarches ne sont pas toujours couronnées de succès.
Pour
les problèmes sociaux (santé- logement…) nous travaillons en partenariat avec
d’autres associations spécialisées dans ces domaines.
Ma présence au sein
de l’association « Relais Etrangers » est appréciée à cause de mon
expérience de l’Afrique (28 ans au Cameroun). Plusieurs membres s’adressent à
moi quand ils rencontrent des africains qui sont en situation difficile ou
délicate.
Je participe
également à la pastorale diocésaine des migrants. Avec ce groupe nous
sensibilisons les communautés paroissiales à l’accueil des migrants, nous les
aidons également à réfléchir sur les dangers de la politique migratoire de la
France, surtout en cette période de campagne électorale où le problème de
l’émigration est encore assez sensible.
La communauté
spiritaine de Rennes est également un lieu d’accueil et de rencontre
particulièrement pour les africains. Nous avons des célébrations liturgiques
spécifiques pour les chrétiens venant d’Afrique et surtout nous les aidons à
s’intégrer dans les paroisses où ils prennent une place de plus en plus importante.
Nouvelles et
information fraîches
« Où il y a de l’espoir, là est la vie »
Tony Gittins (
anthonygittins@aol.com) a enseigné la théologie au Catholic Theological Union de Chicago au
cours des dernières vingt années. Depuis les dernières années de 1970, il a
travaillé comme volontaire dans les abris pour les sans-domiciles de Chicago –
surtout dans les abris pour femmes. Dans son livre récent -
Where
There’s Hope There’s Life: histoires de femmes sans abri et leur survie, avec
réflexions théologiques et pastorales (Liguori, 2006), Tony nous emporte
dans le monde des femmes sans-abri où il a travaillé des nombreuses années
durant.
La long de chapitres distincts, Tony
offre à douze femmes de partager leur vie en profondeur ; elles racontent leurs histoires personnelles,
elles esquissent leurs rêves et parlent de leur foi à un niveau aussi profond
qu’intime. En bref, donne force à la voix des femmes sans abri. Il s’appuie sur
leurs histoires pour construire une réflexion théologique très riche dans le
contexte tout à fait missionnaire de la vie quotidienne des sans abri. De
cette manière, Tony a porté à
l’attention des lecteurs une théologie informelle à partir de situations de
souffrances et d’injustice qui fait rarement place à une théologie académique.
Le livre questionne aussi, de ce fait, les lecteurs sur les méthodes et les
attitudes dans le service des pauvres.
Les lecteurs spiritains feront
aisément le lien entre ce livre et nos récents documents. Par ex., il décrit
très bien la démarche pastorale et missionnaire que nous ont recommandé nos
chapitres généraux récents : trouver le sens et l’énergie pour la mission
en étant présent activement et respectueusement à la vie des gens que nous
servons, spécialement à la vie des pauvres. Nous trouvons aussi dans ce livre
une très riche spiritualité. Tony nous confie comment la vie et le partage des
femmes sans abri l’ont aidé à questionner ses propres valeurs et sa propre
spiritualité. A travers son livre, de façon informelle, il
nous livre à nous tous qui travaillons à la mission, une feuille de
route : elle nous indique comment nous pouvons, nous aussi, élaborer notre
spiritualité, en même temps propre et tout à fait spiritaine, en entrant dans
le monde des pauvres.
Blog sur la dignité de la personne humaine
Neil
McQuillan (
neilmcq@hotmail.com),
de
Puerto Rico, avec l’aide de ses
étudiants, a récemment élaboré un « blog » sur le thème de la dignité
de la personne humaine » en espagnol. On peut le trouver à :
http://dignidads.blogspot.com/. Il
contient de récents documents de l’Eglise relatifs à la dignité de la personne
humaine ainsi que des critiques d’articles publiés dans des revues théologiques
qui touchent de quelque manière à ce thème. On peut adjoindre des commentaires
sur tous les sujets traités.
Neil dit que « le blog en est
encore à ses débuts, mais j’espère de le faire croître régulièrement. Mes
étudiants satisfont à une partie de ce
qui leur est demandé pour un cours de théologie que je donne à l’Université
Catholique, en chargeant le blog des reprises de critiques qu’ils font pour le
cours. »
Peut-être avez-vous créé quelque
chose de semblable – et si c’est le cas, s’il vous plaît, faites le nous savoir
contactez
cspjupax@tin.it, svp.
« Un
autre monde est possible »
Le
Forum Social Mondial (WSF) a pris place à Nairobi, au Kenya, à la fin janvier.
John Mahon (johnmahon@hotmail.com) y a pris part avec des membres du groupe avec lequel
il travaille. Ce qui suit est son commentaire sur cet événement.
Je suis l’un des trois confrères auxquels on a demandé de représenter la
Congrégation au récent Forum Social Mondial, à Nairobi (20-26 janvier). J’ai
fait plusieurs essais d’inscription par internet, mais ce fut un échec à chaque
fois, tellement l’organisation de l’événement était chaotique. Les Kényans
pauvres sont restés dehors ; ils ne pouvaient pas le droit d’entrée de 500
shillings (6 euros, 7 $USA) au stade international Moi, où étaient programmés
beaucoup de rencontres. Quelques jeunes se sont débrouillés pour avoir une
entrée aux lieux de rencontre et à la consternation de quelques 50.000 délégués
étrangers, ils se sont livrés au pillage de la nourriture du magasin d’un hôtel
de luxe.
Le Forum Social Mondial est fait
pour être un lieu de rencontre pour réfléchir à des problèmes tels que le
réchauffement global, la désertification, les abus contre les droits de
l’homme, les taudis urbains, le sida, la pauvreté, le manque d’éducation
primaire partout, les accords en matière de commerce mondial, la situation
grave des éleveurs, l’effacement de la dette, etc. qui affectent les peuples
les plus pauvres du monde. Le Forum cherche à ouvrir des voies pour amener à un
ordre social plus équitable
(« Another
World is Possible ») où la société détermine son propre programme
économique. C’est le contraire d’une approche néo-libérale qui voit le capital
comme le décideur de la manière dont la société doit évoluer, et donc se plier
à l’assemblée commune des huit nations les plus riches, réunies à Davos, en
Suisse. Nairobi devait être la première réunion plénière du Forum en Afrique.
Il me semble que le modèle du Forum
était étranger aux Kényans, dont 70% vit au-dessous du seuil de pauvreté. La Forum rassemblait au spectacle d’un route
touristique avec des acteurs, leurs attractions répétées à l’avance et données
en spectacle dans des salles occupées par des ONG subventionnés, par
l’administration publique et par des agences de la société civile.
Spontanément, les pauvres de Nairobi organisèrent un autre forum sur une place
du centre ville, où tout le monde pouvait entrer et le débat était animé sur
les problèmes de faim, de logement et de manque d’emploi. On avait laissé à
l’Eglise le soin faire connaître aux
visiteurs délégués les mouvements authentiquement populaires et leur vitalité.
A travers Kutoka (Exode), un réseau
de 18 villes aux paroisses de bidonvilles, l’Eglise catholique a invité les
délégués du Forum à être témoins de la variété des activités des bidonvilles et
à des célébrations eucharistiques dans cet environnement. Les réponses de foi
de la communauté aux problèmes tels que la réhabilitation des enfants de la
rue, la honte du Sida, les petites ressources qui génèrent des activités, la
jeunesse et la justice, les droits des femmes, les oppositions tribales,
l’amélioration des bidonvilles, les expulsions et démolitions, la terre et le
logement, ont fait connaître la situation précaire des habitants des
bidonvilles aux délégués du WSF. Sans l’engagement de l’Eglise catholique, très
peu d’initiatives de la base auraient été connues. Je devrais aussi dire que
les paroisses bidonvilles sont presque exclusivement aux soins des
congrégations missionnaires d’hommes et de femmes. Sur ces questions de JPIC,
l’Eglise missionnaire montre visiblement la route à la société Kényane et à
l’Eglise locale.
Mulunga Peter (pmulyanga@yahoo.co.uk)
faisait aussi partie du groupe spiritain au Forum Social Mondial. Il a préparé
un rapport très détaillé des événements. Ce qui suit est une version révisée de
son rapport.
Les
Spiritains qui ont participé aux WSF ont salué les circonscriptions
suivantes : le P. Chissengueti Belmiro Cuica de la province d’Angola, les
PP Mulyanga Peter et John Ngobi de la Province d’Afrique de l’Est, le P. John
Mahon du district du Kenya et Leobardo Mecalco (étudiant spiritain en
stage) du Groupe international de
Mexico. Le WSF a exercé une pression, il a été un défenseur ; il avait
pour thème
« Un autre Monde est
Possible ». Avec ce genre de thème en tête, nous, Spiritains, nous
avons eu une large opportunité d’exprimer notre solidarité, de bénéficier de
l’action collective et de développer des initiatives pour la société civile où
nous travaillons.
Nous avons participé au WSF de
différentes manières. Par ex., il y avait beaucoup d’activités organisées au
niveau des bidonvilles dans la banlieue de Nairobi, grâce à un groupe connu
comme le réseau Kutoka (c’est-à-dire Exode), ensemble avec la Coalition pour la
Terre et le Logement, et d’autres partenaires. Le réseau Kutoka est un
rassemblement bénévole d’équipes de chrétiens qui travaillent parmi les gens
vivant dans plus de 200 bidonvilles de Nairobi. Ces bidonvilles accueillent 2
millions et demi des 4 millions qui s’entassent dans simplement 5% de la ville.
Le dimanche 21 janvier, un bon nombre de Spiritains délégués choisirent de
rejoindre des délégués du WSF à la célébration eucharistique dans une paroisse
bidonville, l’église catholique du Christ Roi, à Kibera.
Le lundi 22 janvier 2007, trois
Spiritains d’entre nous, avec une centaine d’autres religieux et missionnaires,
nous participions à une conférence organisée par le
Réseau Afrique-Europe Foi et Justice (AEFJN). Elle était offerte
par sa coordinatrice, Sr Begona Innara MSOLA, en anglais et en français. AEFJN
est un réseau international basé sur la foi, mandaté par 48 Instituts de
religieux et religieuses catholiques (y compris les Spiritains), et travaillant
en Afrique et en Europe. Sa fondation remonte à 1988, pour promouvoir des
relations économiques équitables entre l’Afrique et l’Europe. Il est basé à
Bruxelles, en Belgique.
Avant le début du WSF, nous avons
aussi participé au
Forum Mondial pour la
Théologie de la Libération à la communauté carmélitaine de Lang’ata, à
Nairobi. C’était le second forum de ce genre ; il a pris place du 16 au 19
janvier 2007. Il avait pour thème :
Spiritualité
pour un autre monde possible. Il y avait environ 450 délégués, y compris
des théologiens professionnels, hommes et femmes, de différentes dénominations
religieuses, engagés dans des groupes et des mouvements sociaux qui luttent
pour le développement et la libération. Ensemble, ils ont participé et
donné plusieurs présentations sur la
foi, l’expérience sociale ; il y a eu aussi des conférences académiques.
Les Spiritains ont aussi fait une contribution signifiante à ce forum en
invitant un couple musulman – Mr Abdalla Nginyanga et Mme Amina Galgalo ;
ils ont organisé avec eux la présentation de deux forums.
Des
enfants qui protègent l’environnement.
Dans le numéro de mars de « Kibanda projet », Jean-Yves
Urfié (jyurfie2003@yahoo.fr) décrit
son travail avec les écoliers pour protéger l’environnement dans la région haïtienne de Kenscoff.
Pays essentiellement montagneux,
Haïti est presque totalement déboisé, avec une couverture végétale de moins de
2%. La majeure partie des Haïtiens vit à la campagne, avec le revenu moyen par
habitant le plus bas des Amériques (environ 300 $ par an) et une densité de
population extrêmement élevée (8 millions d'habitants pour 28.000 km
2).
Les ressources naturelles ne suffisent pas à la survie de tous. Ils en sont
même parfois réduits à couper les derniers arbres pour produire du charbon de
bois. L'indice de sécurité alimentaire est l'un des plus bas, puisque prés de
75% du riz, base de la nourriture haïtienne, est importé. En ville, plus de la
moitié de la population est sans emploi.
La dégradation de l'environnement
dans les environs de Port-au-Prince requiert des mesures radicales. La
dégradation des sols, due à la perte de l'humus emporté par les pluies
torrentielles vers les rivières et la mer, semble impossible à juguler. Ceci
entraîne de plus en plus les paysans vers les bidonvilles, et même vers les
risques pris par les boat people qui recommencent à prendre la direction des Bahamas
et de la Floride.
Pour la région de Kenscoff, qui
comporte encore quelques îlots de végétation; on notera que le fleuve Rouyonne
y prend sa source, mais il inonde périodiquement la région de Léogane, par
suite du déboisement incontrôlé.
La stratégie choisie vise à trouver
les voies et les moyens de réalisation du programme en accord avec les
associations rurales et les écoles participantes. On favorise l'implication des
écoliers et des étudiants dans les activités régulières de sauvetage de l'environnement,
par l'usage des espèces agro forestières locales, en vue d'augmenter la
couverture végétale des communautés rurales et urbaines. La participation des
bénéficiaires est essentielle afin qu'ils déterminent eux-mêmes les espèces à
planter, espèces qui soient adaptées à la fois à leur expérience et à leur
besoins économiques.
J'ai effectivement fait une
expérience avec un groupe réduit d'enfants des écoles. J'ai commencé avec 10
jeunes (5 garcons, 5 filles) qui, pendant les vacances scolaires de 2004, ont
semé 5.000 plantules à eux seuls. J'étais moi-même étonné des résultats. Ces
plantules ont ensuite été plantées par les paysans de l'OPF (Organisation des
Paysans de Furcy).
En complément, pour les encourager,
je leur ai donné des semences de fleurs. Le produit a été vendu chez les
fleuristes et a permis de payer les frais scolaires de ce premier groupe. Comme
les autres enfants ont vu que les fleurs permettaient de payer les frais scolaires,
j'ai eu ensuite beaucoup de volontaires, mais mes moyens ne me permettent pas
de les prendre tous.
Si le projet pilote réussit, il
devrait s'étendre à beaucoup d'autres écoles privées et publiques. On espère
mobiliser plusieurs milliers d'élèves, d'étudiants et d'étudiantes. Des écoles
ayant déjà participé à des efforts de ce genre dans la capitale seront
invitées à venir se joindre aux sessions de plantations.
Le lancement de ce programme dans
quatre nouvelles écoles coûtera 7.000,00 $ par école, c'est-à-dire 28.000,00 $
pour la prochaine l'année de plantation (mai 2007 - avril 2008).
VIVAT : Un lobby missionnaire JPIC aux Nations
Unies
Christian Roberti (c.roberti@brutele.be)
coordinateur de JPIC pour la Province de Belgique et également pour l’Union des
Circonscriptions d’Europe, a participé récemment à un atelier VIVAT à Rome.
Voici son rapport :
Du onze au quinze mars dernier,
trente-cinq religieuses et religieux appartenant à huit congrégations
missionnaires et provenant de douze pays d’Europe se sont réunis à Rome pour
participer à un atelier organisé par la plate-forme
VIVAT International;
parmi eux/elles, il y avait six spiritains et une spiritaine.
Mais qu’est-ce que
VIVAT
International ?
Le nom
VIVAT vient de la prière
des missionnaires du Verbe Divin « Que vive le Dieu Un et Trine. »
VIVAT
peut signifier « laissez vivre », « laissez vivre les gens,
laissez vivre la paix, laissez vivre la justice » ou encore « puisse
Dieu vivre en nous et dans nos cœurs. »
VIVAT International a été
créée en novembre 2000 par la Société du Verbe Divin (SVD) et sa branche
féminine, les Servantes du Saint Esprit (SSpS.) Depuis lors, cinq autres
congrégations ont rejoint le réseau
VIVAT, dont les spiritains. Les
membres de ces congrégations sont disséminés dans tous les continents,
spécialement ceux de l’Hémisphère Sud. Ils vivent et travaillent dans des
situations où la Justice, la Paix et l’Intégrité de la création sont
régulièrement menacés.
VIVAT a pour
but de promouvoir, grâce à ses membres présents sur le terrain, la collaboration
avec l’Organisation des Nations Unies (O.N.U.) en vue de favoriser les droits
humains, les relations harmonieuses entre les peuples, enfin le bien-être
socio-économique et écologique de l’humanité. Concrètement, depuis 2002,
Vivat s’est concentrée sur les droits
humains avec quatre priorités: l’éradication de la pauvreté, l’émancipation de
la Femme, le développement durable et la culture de la paix.
En 2004,
VIVAT a obtenu pour 3 ans
un statut consultatif spécial (sorte
d’accréditation) auprès de l’ECOSOC (Le Conseil Economique et Social des
Nations Unies) et ensuite le statut d’association auprès du DPI (Département de
l’Information Publique des Nations Unies.)
Le bureau de
VIVAT est situé à New
York, à un jet de pierre de la « maison de verre » ; l’équipe
exécutive se compose du père
Bernard
Espiritu, SVD, un philippin, et de la sœur
Gretta Fernandes, SSpS, originaire des Indes. La congrégation du
Saint Esprit a le statut de membre associé depuis 2005 et deviendra pleinement
membre en juillet de cette année ; mais John Kilcrann est d’ores et déjà
devenu un membre influent de
VIVAT et fut un des organisateurs de
l’atelier de Rome.
Grâce à
VIVAT chaque spiritain a
aujourd’hui la possibilité de faire remonter la voix des sans voix jusqu’aux
portes de l’O.N.U. Nous avons aussi en
VIVAT l’avantage d’être à plusieurs congrégations pour faire entendre
cette voix.
Site sur la toile :
www.vivatinternational.org
Adresse électronique
de l’équipe exécutive à New-York :
viny@vivatinternational.org
Traduction Christian de Mare CSSp