Du courage pour l’emploi !
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Les Français inquiets s’interrogent :
oui, pensent-ils, il faut réduire le
chômage et revenir au plein emploi. Mais comment faire ? Qui est le
plus à même d’y parvenir, toute opinion politique mise à part ? Il y
a accord sur l’objectif, mais doute et scepticisme profond sur les moyens
d’y parvenir. Comment peut-on éclairer ce débat difficile et crucial, à partir,
notamment des travaux menés au sein du Conseil d’orientation pour l’emploi ?
Première
constatation :
la question de l’emploi, de par sa nature propre, se prête mal aux
débats électoraux et au souci des candidat(e)s de proposer des mesures simples,
faciles à comprendre, et porteuses d’une apparente efficacité massive.
Hélas, il n’y a pas de remède miracle au chômage ! Les mesures phares des
uns ou des autres (heures supplémentaires sans charges sociales, deux nouveaux
emplois sans charges pour tous, emplois aidés massifs, notamment pour les
jeunes) ont toutes une certaine efficacité, des effets pervers importants et un
résultat final ambivalent que chacun peut interpréter du bon ou du mauvais côté selon ses préférences
politiques ; mais de là à régler
le problème français du chômage, il y a un gouffre.
Deuxième constatation :
mais quel est-il, précisément, ce problème français ? Voilà la question
première. On nous donne des réponses, mais, au fait, quelle est la
question ?
Quelle est la cause du
chômage français ? Sur ce sujet, pourtant central, c’est le grand
silence. Sans doute parce que
cela oblige à aller au fond des choses, à
critiquer nos dysfonctionnements collectifs, eux-mêmes bien partagés, ce
qui est peu rentable électoralement. Et pourtant, c’est bien à ces
dysfonctionnements qu’il faut remédier ! Que nous disent, en effet, les expériences réussies des différents
pays ? Qu’il y a
plusieurs voies
pour revenir au plein emploi, mais que chacune suppose une cohérence de mesures fondées sur un diagnostic clair et un engagement
collectif dans la durée :
-
Soit on laisse, pour
l’essentiel, le marché, avec sa rudesse et son efficacité, gérer cette coordination.
-
Soit on l’encadre, pour l’humaniser, par des
institutions (droit du travail, protection sociale, assurance - chômage,
service public de l’emploi). Mais il faut alors que celles-ci soient bien
coordonnées entre elles, et convenablement coordonnées avec le marché. Le
corporatisme, l’égoïsme, le chacun pour soi, sont alors les ennemis de
l’emploi.
Troisième
constatation : notre pays est pris en tenaille entre ses désirs et sa réalité. Il
ne veut pas du strict modèle libéral, avec la dérégulation forte qu’il
implique. Il est
incapable de reproduire le modèle scandinave, faute d’avoir
les structures collectives, le sens du compromis et la morale civique
correspondante. Il mélange hardiment les genres, une pincée de libéralisme
par-ci, une goutte de social-démocratie par-là, mais sans grande cohérence.
-
Nous
oscillons en permanence entre le
libéral-populisme (demander plus à l’impôt et moins au contribuable)
et le social-corporatisme (l’addition
des multiples et légitimes demandes sociales estompent la priorité due à
l’emploi).
-
Et
lorsque nous mettons en œuvre des
politiques saines, nous les détournons de leur sens : La CSG qui
devait soulager l’appareil de production a servi à financer un surcroît des
dépenses sans lien avec l’emploi. Les allègements de charges servent en fait à
compenser les hausses du smic, évitent les suppressions d’emplois. Quant aux
politiques d’insertion, souvent innovantes, au lieu de viser la qualité, la
sécurité et la pérennité, elles sont tombées dans le défaut inverse. Tout ceci
est corrigible. Encore faut-il en être conscient et le vouloir.
Quatrième
constatation :
notre pays aspire, implicitement, au plein emploi de qualité :
du travail pour tous, mais un travail de qualité, qui ait du sens, assorti de
possibilités de formation et de promotion, avec une bonne couverture sociale.
Objectif légitime, mais ambitieux.
Sommes-nous
vraiment prêts à en payer le prix, à y consacrer tous les efforts et l’argent public nécessaires ?
L’emploi de qualité coûte cher. Il
suppose
un niveau élevé de prélèvements obligatoires
et un système redistributif qui privilégie l’emploi, tant par la manière dont il prélève les ressources
que par la manière dont il les redistribue.
Il suppose aussi que l’on préfère l’emploi au revenu chaque fois
que la question se pose en ces termes.
Cinquième
constatation : pour
avancer dans cette voie française, assez consensuelle malgré les apparences, le
cahier des charges est le même pour tous, le contenu des réponses
pouvant varier selon l’option politique retenue, plutôt libérale ou plutôt
sociale-démocrate :
-
Comment soutenir l’initiative, sous différentes formes, puisque c’est
l’initiative qui crée l’emploi ? Comment soutenir ceux qui prennent le
risque d’entreprendre et ne sont pas même couverts en cas d’échec et de
chômage ?
-
Comment faire évoluer le mode de formation des salaires pour mieux optimiser le
couple emploi/pouvoir d’achat, en faisant jouer un rôle moins grand au Smic
et plus grand à la négociation sociale afin que les salaires augmentent là où
il y a des possibilités de les augmenter et non de manière aveugle ou
discrétionnaire. Comment optimiser les allègements de charges pour qu’ils
favorisent l’emploi de qualité ? Quelle évaluation peut-on faire de la PPE
et de son articulation avec la politique du Smic ? Quelle place donner à
l’économie solidaire?
-
Comment dynamiser et sécuriser les parcours professionnels ? Comment les multiplier, les diversifier pour qu’ils
soient accessibles à chacun et qualifiants. Il faut choisir d’expérimenter de
nouvelles formes de droits (contrat de
travail unique, contrat d’activité, droits de tirage sociaux) et articuler
étroitement les services de placement, l’indemnisation du chômage, l’accès à la
formation et les politiques d’insertion.
-
Comment sortir par le haut du débat piégé sur les 35 heures ? Le temps ne serait-il pas
venu de faire enfin l’option du temps choisi, ce qui suppose le refus du temps
partiel imposé, le droit à travailler plus et à gagner plus, et par conséquent
à faire des heures supplémentaires sur
une base volontaire, et le droit aussi de travailler et de gagner moins si on
le désire, temporairement ou durablement, sans priorité ni pénalité, cela dans
un cadre organisé par l’entreprise selon ses propres rythmes ?
-
La
question de la régulation du capitalisme mondialisé, enfin, est
aujourd’hui clairement posée.
Comment
freiner la course aux taux de rentabilité exagérés qui se retournent contre
l’emploi ? Comment promouvoir des comportements socialement responsables ?
Sur tous les sujets,
on peut progresser, mais il faut s’en donner le temps. Le retour au plein
emploi est une démarche collective vitale qui doit tous nous impliquer à un
titre ou à un autre. C’est l’engagement de notre vivre ensemble.
Raymond Soubie, Président du
Conseil d’Orientation pour l’Emploi
Jean-Baptiste de Foucauld,
Président de Solidarités Nouvelles face au Chômage