Justice et Paix : ORGANISATIONS INTERNATIONALES
- DETTE
Dette Multilatérale : Un Pas
en Avant, Combien en Arrière ? 2 ans après sa signature, Eurodad analyse
l’accord d’annulation de la dette du G8 :
A l’issue du Sommet qu’ils
avaient tenu à Gleneagles en 2005, les dirigeants du G8 s’étaient engagés à
annuler 40 milliards de USD de dettes détenues par certains pays parmi les plus
pauvres et les plus endettés du monde. Le Premier Ministre britannique Tony
Blair avait alors déclaré que l’on se souviendrait du Sommet 2005 du G8 comme
du « Sommet 100% ». Presque 2 ans plus tard, le G8 a-t-il vraiment tenu sa
promesse ? Le nouveau rapport d’Eurodad nous fait des révélations étonnantes.
Quel
montant de la dette le G8 a-t-il réellement annulé à Gleneagles ? Le rapport récemment publié
par Eurodad sur l’accord du G8 pour l’annulation de la dette (rebaptisé
Initiative pour l’Annulation de la Dette Multilatérale ou IADM) révèle que ce
dernier a permis à 22 pays d’Afrique
subsaharienne et d’Amérique latine de réduire leur dette de 34,7 à 15,4
milliards de USD, en valeur actuelle nette.
Les 18 pays d’Afrique
subsaharienne concernés par l’accord obtiendront une annulation moyenne de 64,4% de la dette qu’ils détiennent envers le
FMI, la Banque Mondiale et la Banque Africaine de Développement, et non pas de 100% comme l’a annoncé le G8
en 2005. En 2007, les pays bénéficiaires économiseront 1,25 milliard de USD
en paiements de service de dette. La même année, cependant, ils rembourseront
un total de 1,43 milliard de USD de service de dette au FMI, à la Banque
Mondiale et à la Banque Africaine de Développement.
Combien de
pays ont bénéficié d’une annulation de dette ? 22
pays d’Afrique subsaharienne et d’Amérique latine ont jusqu’à présent bénéficié
d’une annulation de dette au titre de l’accord sur la dette multilatérale du
G8. 9 pays pauvres très endettés ayant entamé des programmes de réforme imposés
par le FMI et la Banque Mondiale pourraient venir s’ajouter à la liste dans les
prochaines années. Au total, un maximum
de 42 pays pourraient éventuellement se voir accorder une annulation de leur
dette, à condition qu’ils engagent (et
poursuivent) des programmes rigoureux de
réforme économique.
La liste des pays bénéficiaires a toujours été arbitraire et a
définitivement exclu un grand nombre d’autres pays pauvres sévèrement endettés,
comme le Kenya, le Lesotho, l’Equateur, le Pérou, le Vietnam, l’Indonésie, les
Philippines et le Bengladesh, pour ne citer qu’eux. Une étude a montré que ces
pays n’atteindraient les OMD que s’ils augmentaient tous leurs dépenses pour la
lutte contre la pauvreté. Pourtant, l’annulation totale de leur dette reste «
en tout cas pour le moment » aussi improbable qu’avant.
Quels sont
les créanciers concernés par l’accord ? L’Initiative pour l’Annulation de la Dette Multilatérale ne concerne que 3
créanciers multilatéraux : le FMI, la Banque Mondiale et la Banque Africaine de
Développement, sur un total de 23 créanciers multilatéraux participant à
l’Initiative PPTE.
Un seul nouveau créancier multilatéral est venu rejoindre les autres. En mars 2007, la Banque Interaméricaine de Développement
a en effet accepté d’annuler 4,4 milliards USD de dettes détenues par la
Bolivie, la Guyane, Haïti, le Honduras et le Nicaragua. Eurodad explique que,
pour compenser cette annulation de dette, l’institution prévoit de réduire
de façon drastique les financements qu’elle accorde et d’assortir ses
nouveaux prêts de taux d’intérêts plus élevés.
La Commission Européenne a déclaré avoir annulé 446
millions d’Euros de dettes détenues par 25 pays pauvres très endettés, mais
leur réclame encore près de 506 millions d’Euros supplémentaires !
Ce que
cache l’accord du G8 : L’annulation de la dette est
importante, car elle permet aux gouvernements d’allouer aux besoins
fondamentaux de la population des fonds qu’ils auraient normalement consacrés
au service de leur dette. Eurodad dresse la liste des promesses que les
gouvernements des pays pauvres ont faites pour allouer les gains réalisés sur
le service de dette à la lutte contre la pauvreté et aux infrastructures de
base.
Ainsi, le Ghana s’est engagé
à allouer les ressources tirées de l’IADM à l’énergie, à l’eau et à la
réhabilitation des autoroutes et voies de raccordement indispensables dans les
principales zones agricoles. Le Honduras s’est engagé à supprimer les frais de
scolarité publique.
Mais, comme Eurodad le
démontre, l’accord n’est pas ce qu’il prétend être. L’accord d’annulation de la
dette multilatérale du G8 ne représente pas autant d’argent supplémentaire dans
les budgets des pays pauvres que ce que l’on croyait, étant donné que les réductions de service de dette sont
compensées par une réduction équivalente des futurs prêts accordés par la
Banque Mondiale et la Banque Africaine de Développement. Les pays doivent donc « regagner » de
nouveaux financements concessionnels de la Banque, sur la base de « bonnes »
performances politiques. L’IADM a donc permis aux pays concernés de
dégager beaucoup moins de financements additionnels à allouer à la réduction de
la pauvreté que ce que les déclarations officielles ont pu laisser supposer.
Les
donateurs paient-ils ? En 2005, les donateurs se sont engagés à rembourser la Banque Mondiale
et la Banque Africaine de Développement pour les fonds que l’annulation de
dette leur ferait perdre. Eurodad révèle que, pour la Banque Mondiale, les donateurs
se sont engagés à hauteur de 5 milliards USD sur les 7 que la Banque prévoit
d’annuler entre 2006 et 2015. Dans la plupart des cas, ces promesses ne sont pas garanties, et risquent fort de ne pas se
matérialiser. Il faut encore que chaque gouvernement entame une procédure
législative au niveau national pour demander les fonds, et beaucoup d’entre eux
se demandent si la Banque Mondiale est la meilleure institution par laquelle
affecter des financements au développement.
Quelques
cas particuliers : En février 2007, la
République Kirghize a annoncé
qu’elle ne rejoindrait pas l’Initiative PPTE. Le pays rejetait l’annulation de
dette. Pourquoi ? Le parlement et les citoyens ont refusé de vivre entravés et
de devoir obéir au FMI et à la Banque Mondiale.
Eurodad révèle également que
la communauté a beau faire l’éloge du gouvernement d’Ellen Johnson-Sirleaf, les
bailleurs n’ont toujours pas annulé la
dette du Liberia. Au lieu de ça, ils exigent du pays qu’il rembourse
d’abord 1,47 milliard de USD d’arriérés au FMI et à la Banque Mondiale.
Et
maintenant ? Les créanciers craignent
qu’après avoir bénéficié de l’accord d’annulation de la dette du G8, les pays
en développement ne contractent à nouveau des dettes excessives. Alors que
la Guyane a reçu 1,1 milliard de USD d’annulation de dette, elle a contracté
900 millions de USD de nouvelles dettes. Eurodad argumente que pour éviter
qu’un scénario IADM II ne se produise d’ici 10 ans, les créanciers doivent
reconnaître leur part de responsabilité dans la crise de l’endettement.
Dans le cadre de l’accord du
G8, les dettes sont « annulées » sans qu’aucune réflexion ne soit menée sur le
comportement que les créanciers ont pu avoir par le passé. Eurodad appelle les pays débiteurs et les créanciers à travailler
ensemble à l’instauration d’un « cadre de prêt et d’emprunt responsables » et
de procédures justes et prévisibles de résolution des problèmes d’endettement.
Pour
consulter le rapport complet : http://www.eurodad.org/whatsnew/reports.aspx?id=1234
2° Le Monde Attend Toujours. Les Promesses Non Tenues du
G8 Coûtent la Vie à des Millions de Personnes :
Oxfam International ::http://www.oxfam.org.uk/what_we_do/issues/debt_aid/bp103_g8.htm
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