São Tomé et Principe atteint le point d’achèvement de
l’initiative PPTE
INFODETTE 17 AVRIL 07
Les bonnes performances que le petit état ouest africain a mené au
niveau des reformes macroéconomiques et de bonne gouvernance, selon les
critères des IFI, ont permis à l’archipel de São Tomé et Principe (STP)
d’atteindre le point d’achèvement de l’initiative PPTE en mars 2007. Selon la
Banque mondiale « Sao Tomé et Principe a accompli toutes les conditions
visant à garder une stabilité macroéconomique, a respecté les engagements de sa
stratégie nationale de réduction de la pauvreté, a renforcé la gestion des
dépenses publiques, a amélioré la qualité de l’éducation ainsi que les
résultats concernant la lutte contre la malaria ». L’île « chocolat »
(appelée ainsi pour sa base économique historique, l’exportation du cacao)
devient ainsi le 22
ème PPTE arrivé au point d’achèvement à
bénéficier de l’initiative multilatérale d’annulation de la dette lancée en
2005 par le G8 de Gleneagles.
São Tomé & Principe et les IFIs
Mais si l’annulation d’une partie de sa dette apportera certainement des
ressources nécessaires à la lutte contra la pauvreté,
sa portée doit être relativisée tant par rapport aux conditions qui y
sont attachées (le pays reste sous la tutelle des IFIs) que par rapport aux
besoins nationaux de ce pays pauvre qui
occupe le 127ème poste mondial (sur 177) en terme de
développement humain et dont les effets des ajustements structurels appliqués
depuis 1985 se font encore sentir…
En effet, c’est
en 1987 que,
sous les auspices de la Banque mondiale et puis du FMI,
São Tomé et Principe met en place une politique d’ajustement structurel
basée entre autres sur la libéralisation et la privatisation des entreprises
publiques, notamment dans le secteur agricole, jusque là géré
majoritairement par l’Etat.
Mais après
ces programmes, le niveau de pauvreté continuait d’augmenter et, en 2000,
la situation économique du pays était très
difficile
en termes de déficit fiscal, de revenus d’exportation (chute des prix de
matières premières) et du
poids du
service de la dette1.
Ainsi, le PIB du pays était passé de 49.3 millions $ en 1980 à 43.5 en 2000, le
stock de la dette publique avait été multiplié par dix, passant de 23.5
millions $ en 1980 à 293.6 millions en 2000 et son ratio dette/exportations
passait de 100.7 en 1980 à plus de 2
000 en 1998 pour se stabiliser autour de 1 800 à partir de 1999
2.
En 2002, le pays a adopté des programmes avec la Banque mondiale et le FMI,
dans lesquels on retrouve le
nouveau
cadre de conditionnalités prôné par ces institutions, fortement axé sur la
bonne gouvernance. Ce cadre se base notamment sur des
réformes institutionnelles et la gestion des dépenses publiques.
Mais certaines de ces réformes continuent d’être largement inscrites dans le
cadre macroéconomique de l’ajustement structurel. Il s’agit, entre autres, de
la
privatisation du secteur financier,
de l’énergie et des télécommunications et de la réforme du système fiscal, dont
l’élargissement de l’imposition indirecte et l’adoption d’un nouveau code
d’investissements qui garantit le rapatriement sans restrictions des
bénéfices, ainsi que la création des
conditions
nécessaires pour des régimes d’exemption fiscale.
Cette dernière réforme prend un intérêt tout particulier après la récente
découverte d’un important gisement de
pétrole dans le Golfe de Guinée, faisant de cette industrie un secteur
émergent dans ce petit pays et qui devrait, par ailleurs, constituer la
principale source de revenus dans les prochaines années. Il est, dés lors, l’un
des secteurs clés dans lequel le pays a déjà mené une série de réformes,
pilotées par la Banque mondiale dans le cadre du DSRP. Si le gisement de Sao
Tomé Principe s’avère suffisamment important pour en faire son principal
secteur économique (il y a encore une incertitude sur la véritable envergure
des réserves du pays jusqu’en 2012, où l’exploitation devrait commencer) ceci
constituera un enjeu géostratégique de taille dans un contexte où le pétrole
devient une ressource plus rare et sachant que les réserves du Golfe de Guinée
sont aussi importantes que celles du Golfe Persique…
Le parcours de São Tomé & Principe dans
l’initiative PPTE
São Tomé & Principe
figure parmi les pays les plus endettés au monde. En
1999, il consacrait 294 millions $ au service de la dette, soit
624% de son PIB !
En 2000, le
pays arrivait au point de
décision de l’initiative PPTE renforcée, bénéficiant d’une contribution de
97 millions $, afin de rendre son niveau d’endettement soutenable
3.
Pour sa part, le Club de Paris approuvait un rééchelonnement des dettes à
partir de mars 2000.
En juillet 2002, le
gouvernement approuvait une
facilité pour la réduction de la pauvreté et la croissance (FRPC) avec le FMI
et, en décembre de la même année, adoptait un nouveau DSRP avec la Banque
mondiale, conditions préalables pour atteindre le point d’achèvement de
l’initiative PPTE. Mais de « mauvaises performances » dans les
politiques monétaires et fiscales n’ont pas permis au pays d’avancer sur la
FRPC et une
nouvelle facilité a du être
signée en 2005. Cette dernière a été jugée satisfaisante par le FMI et a
permis au pays de se qualifier pour le
point
d’achèvement en mars 2007. L’AID et le FMI ont alors
accordé un allègement de 314 millions
$, ce qui comprend le cadre PPTE, AIDM et une partie de financements
additionnels pour compenser son niveau d’endettement encore trop élevé.
Suite au point d’achèvement, quelles dettes seront
annulées4
Le stock nominal de la dette
du pays était en 1999 de 292.9 million $. En 2005 il est passé à 324.6 millions
$, dont 62% est multilatéral et 14% est dû au Club de Paris.
Après les
allègements dans le cadre PPTE, le
stock de
la dette externe est estimé, pour 2005 à 61.7 millions $, soit un
ratio dette/exportation de près de 300%
soit le double du niveau considéré soutenable par les IFIs.
Dans le cadre
de l’initiative PPTE renforcée :
Multilatéraux :
plus de 70% des
annulations de dettes (soit 71 millions $ en valeur nette actualisée)
proviennent notamment de l’AID et AfDF5.
D’autres agences multilatérales participent aussi dans une moindre mesure (l’
IFAD
6,
l’UE, l’OPEP
7,
la BADEA
8).
L’AID participe en 24
millions $ VNA
9.
Vu la forte insoutenabilité de la dette du pays, l’une des plus hautes au
monde,
l’AID accordait une réduction de
100% du service de la dette pendant la période intérimaire (2000-2003) et
une
assistance provisoire a été accordée
par l’AID depuis 2004, pour 90% du service de la dette. Le
AfDF a accordé 43 millions $ VNA, soit 80%
de réduction du service de la dette. L’IFAD, pour sa part, a accordé 3
millions $ et le montant accordé par l’UE, l’OPEP et la BADEA est de 9 millions
$.
Bilatéraux : le
Club de Paris apportera 14.5 millions $ VNA. Depuis 2005, le Club
avait négocié un rééchelonnement des dettes du pays en termes de Cologne pour
les dettes allant de 2001 à 2007. Par ailleurs, plusieurs accords bilatéraux
avaient été signés avec l’Allemagne, la France, la Russie et l’Espagne.
D’autres créanciers bilatéraux devrait apporter un traitement semblable au Club
de Paris, pour environ 13.4 millions $ VAN. Il s’agit principalement de
l’Algérie, l’Angola le Portugal et la Chine .
Dans le cadre
de l’initiative IADM :
Comme prévu, suite au point
d’achèvement, São Tomé et Principe bénéficiera d’allègements additionnels dans
le cadre IADM. Le pays a reçu une assistance additionnelle (topping up) dans la
cadre PPTE afin de ramener son niveau de soutenabilité à 150 ce qui fait que
mes l’assistance totale IADM sera de 50.3 millions$ en valeur nominale. Ainsi,
l’AID apportera 36.4 millions $, soit
une économie de 1.1 million $ annule en service de la dette pendant 20 ans.
Le FMI apportera 2 millions $, ce qui
fait, en moyenne, une économie de 0.51 millions $ annuels en service de dette
durant les quatre prochaines années.
L’AfDF
apportera 39.4 millions $, soit une économie annuelle de 1.02 millions de $ en
service de la dette sur les 20 prochaines années.
Impact de
l’IADM en millions $
|
AID
|
Service de
dette AID
|
FMI
|
Service
dette FMI
|
AfDF
|
Service
dette AfDF
|
Total
|
28.8
|
0.6 sur 20 ans
|
1.4
|
0.3 sur 4 ans
|
20.1
|
0.62 sur 20 ans
|
50.3
|
A qui profite l’AIDM ?
Avec
un PIB per capita d’environ 400$10,
Sao Tomé et Principe compte parmi les plus pauvres de la planète. Il est, par ailleurs, largement dépendant de l’aide extérieure, qui
représente encore plus de la moitié de son PIB. Malgré une petite population
d’environ 200 000 habitants, plus de la moitié vivent en dessous du seuil de la
pauvreté
11,
20% n’ont pas accès à l’eau potable et à peine 30% des enfants accèdent au
cycle scolaire secondaire. Le budget consacré à la santé dépasse à peine 7% du
PIB, alors que le pays dépense aujourd’hui 15.4% du PIB au service de la dette.
Cette proportion a, par ailleurs, plus que triplé depuis 1990 (avant l’entrée
en vigueur de l’initiative PPTE), lorsque le service de la dette représentait
moins de 5% du PIB du pays
12.
A croire que l’initiative PPTE n’ait pas vraiment contribué à alléger le poids
de la dette sur le budget du pays…
Selon
la Banque mondiale, ce niveau excessif d’endettement est encore prévu sur les
sept prochaines années, avant l’exploitation du pétrole en 2012, mais il
s’explique surtout par des facteurs exogènes (comme la baisse des prix des
exportations). Bref, le niveau de soutenabilité de la dette de Sao Tomé et Principe
reste très vulnérable et l’initiative PPTE n’a pas contribué à l’améliorer.
Selon les IFIs, le niveau de soutenabilité
est largement dépendant de l’évolution du secteur pétrolier et seule
l’exportation de cette matière première permettrait au pays de retrouver un
endettement soutenable. En attendant, l’initiative IADM ne libère
qu’environ 1.5 millions de $ par an du service de la dette alors que les
besoins sont énormes, à la lumière des indicateurs sociaux.
Reste à voir si les nouvelles ressources
pétrolières seront réinvesties durablement, dans le cadre d’une politique de
développement qui profite véritablement à la population de São Tomé et
Principe.