Les biocarburants – cui bono?
Poussés par le désir
de remplir les obligations contractées du Protocole de Kyoto, les pays européens veulent à tout prix remplacer
leurs systèmes énergétiques à base de
combustibles fossiles par d’autres utilisant des
biocombustibles. Sous ce
prétexte, des
alliances
dangereuses se concluent entre l’industrie agricole et l’industrie pétrolière. En plus, il
faudrait inclure dans cette alliance
l’industrie biotechnologique.
Contrairement à ce qu’affirment leurs promoteurs, comme les Etats-Unis et l’Union
Européenne, qu’il s’agirait d’une
réponse écologiquement adaptée face au changement climatique produit par
les combustibles dérivés du pétrole,
cette nouvelle vague de monocultures industrielles ne freinerait aucun des
problèmes existants et en créerait de
nouveaux.
En Amérique
latine, en Asie et en Afrique, on
affecte des terres à vocation agricole à la plantation de cultures
appropriées pour la fabrication de
biocarburants. Et
il faut d’énormes surfaces pour les
produire. Avec la quantité de céréales nécessaire pour remplir le
réservoir d’une camionnette, on peut
alimenter une personne une année entière.
Les conséquences de
ce développement se manifestent à l’exemple du
Mexique. Le
Mexique fut autrefois le producteur
principal de maïs jusqu’à l’adhésion du gouvernement à l’accord du libre-échange nord-américain (ALENA) en
1994. Après la chute des barrières
douanières, beaucoup de paysans mexicains ne pouvaient plus concurrencer
avec le maïs bon marché des Etats-Unis
et ils ont abandonné leur production
. Maintenant le Mexique importe la moitié de ses besoins en maïs. Comme le
Mexique n’arrive plus à garantir son
autosubsistance, il est dépendant des caprices du marché mondial, ou autrement dit des Etats-Unis. Le
maïs, l’alimentation de base en Mexique
se vend actuellement à des prix fantaisistes au marché mondial.
La
raison pour cela est l’exploitation du maïs pour la production de
bioéthanol et ensuite du carburant
pour les voitures. La concurrence entre la voiture et les -hommes fera monter les prix à un niveau
inabordable. Déjà maintenant des
millions de familles mexicaines n’arrivent plus à payer le prix pour cet
aliment de base. En plus,
cette crise alimentaire, créée de façon
artificielle, sert de prétexte pour
l’industrie biotechnologique d’introduire massivement du maïs génétiquement modifié en Mexique.
L’industrie biotechnologique voit dans
la production des biocarburants une
occasion d’élargir son champ d’action. Elle -cherche à réintroduire la semence génétiquement modifiée par la
voie des «biocarburants» en dépit de
l’opposition des consommateurs du monde entier qui ont refusé les produits transgéniques dans leur nourriture.
L’utilisation du
soja transgénique pour la production de biocarburant a été
présentée par le président
Lula comme la réponse idéale à la
polémique sur le soja génétiquement
modifié au Brésil: «Au lieu de le manger, on en fera du biodiesel et la voiture ne va pas s’opposer.»
Le
principal bénéficiaire de cette affaire
sera la société américaine Monsanto qui percevra des redevances
sur la vente de ses semences
transgéniques brevetées et sur le produit de la récolte. La plupart du maïs utilisé aux Etats-Unis pour
la production d’éthanol est sans doute
d’origine transgénique. Chaque litre d’éthanol vendu grossira ainsi les recettes des entreprises biotechnologiques
détentrices des brevets sur les
semences transgéniques, telles que Monsanto,
Syngenta ,
Bayer et
Dupont et aggrave dans le monde entier
la contamination avec la semence
génétiquement modifiée.
Il est indispensable de réfléchir sur
le problème de l’énergie. Pourquoi ne
pas se concentrer sur une consommation
prudente, soigneuse et prévoyante? Le problème de l’énergie concerne
chaque individu. Combien de courant
électrique est nécessaire pour mener une vie
satisfaite? Arrêtons d’admirer une innovation technique uniquement parce
qu’elle est neuve et technique. Chacun
peut attribuer à ce que la consommation d’énergie ne monte pas au même niveau inimaginable comme aux Etats-Unis.
Sinon, nous continuons à vivre dans
l’Occident aux dépens des pays auxquels on fait la guerre à cause de leurs ressources premières ou de ceux qu’on
colonise avec de la semence
génétiquement modifiée.
Sources: Agrocombustibles contre souveraineté
alimentaire, www.tlaxcala.es Qui
tire profit du commerce des biocarburants? Mouvement mondial pour les forêts, www.mondialisation.ca
Tortilla-Krise in Mexiko, Ralf
Streck, 29/1/07, www.heise.de/tp/r4/artikel/24/24543/i.html
(Horizons et débats ,
23 avril 2007, 7 eannée, N°15)
mise à jour
le 24/04/07
Sommaire