Droits de l'homme
L’ARMEE FRANÇAISE, POURQUOI FAIRE ?
Le bouclage du Livre blanc qui doit contenir les grandes lignes de la politique de défense et de sécurité de la France pour les quinze années à venir est désormais imminent. Le virage atlantiste de Nicolas Sarkozy a-t-il des conséquences sur notre politique de défense ?
Les missions de l’armée française vont être redimensionnées. La présence de la France dans le monde et particulièrement en Afrique va être revu à la baisse, contraintes budgétaires obligent.
Dans un entretien au
Monde (26 avril), le général Vincent Desporte (
La Guerre probable, Économica, 2007) et commandant du Centre de doctrine des forces (CDEF) du ministère de la Défense expose ses idées sur le rôle international que la France doit ou peut encore jouer. Les différents points qu’il développe nourrissent le débat concernant la diplomatie du chef de l’État et l’emploi de nos forces armées.
L’environnement international a changé. La France en prend tardivement conscience. "
Les Français ont de plus en plus de mal à faire le rapport entre l’effort de défense et leur propre sécurité. La professionnalisation de l’armée a distendu le lien armée - nation. Alors que les menaces et les dépenses militaires augmentent partout dans le monde, " il y a une espèce d’autisme européen ". L’Europe, et la France en particulier, diminuent leurs efforts dans le domaine de la sécurité militaire.
Au XXe siècle, il y avait une "
sorte d’équivalence entre l’efficacité militaire et la destruction ". Il faut revenir à la conception de Lyautey ou de Gallieni pour qui l’important n’était pas de détruire mais de construire.
Aujourd’hui il faut être capable d’utiliser ses armes avec la plus grande violence et de venir au secours des populations civiles.
L’intervention américaine en Irak marque de ce point de vue un tournant.
Jusqu’ici, les Américains ne se préoccupaient pas de l’après-guerre (Day after). Les Américains ont pris conscience que
la supériorité technologique qui leur assure la victoire ne peut leur assurer ipso facto des résultats politiques.
Les menaces aujourd’hui portent sur des théâtres d’opérations très éloignés. Les opinions publiques comprennent difficilement que leur sécurité dépend d’interventions aussi lointaines.
Cela
pose la question de notre " droit d’intervenir " dans le cadre d’une " prévention active ". Selon Vincent Desportes, "
ce que disait saint Thomas d'Aquin est toujours vrai : on a le droit d'intervenir si on est à peu près persuadé, en son âme et conscience, que le bien à venir est supérieur au mal passager que l'on va créer. " Pour autant, "
le concept de guerre juste est dangereux. Il suppose une "dissymétrie morale" entre les adversaires. Cette dissymétrie est dangereuse ".
Il n’est
pas très cohérent de s’orienter vers une réduction des effectifs militaires au moment où se multiplient les crises extérieures. Si "
les capacités d'action militaire se trouvaient fortement réduites, de quel droit la France pourrait-elle exhorter ses partenaires à s'engager avec elle dans une défense atlantique et européenne renforcée et restructurée " ?
Aujourd’hui, le poids politique des nations ne se mesure plus en terme nucléaire mais par leur capacité d’intervention extérieure. En deçà d’un certain seuil, la baisse des effectifs, même technologiquement bien équipés, transformera nos forces en armées de deuxième rang.
Il
manque aujourd’hui une vision d’ensemble à notre défense pour les années à venir. "
La vision gaullienne des années 1960, c'était l'indépendance et la dissuasion, l'une étant la condition de l'autre. En 1994, lors du précédent Livre blanc , la vision était celle de la professionnalisation et de la projection des forces. " Dans l’actuel
Livre blanc, cette vision globale n’existe pas. La population française risque de ne pas adhérer au nouveau modèle d’armée proposée. Quant à la communauté militaire, déstabilisée par ce manque de perspective, elle peut aussi se politiser ; une tentation à laquelle elle avait échappé jusqu’ici.
<>B> Pour en savoir plus :
Vincent Desporte,
La Guerre probable , Économica, novembre 2007, 150 p., 17,10 €