Justice et Paix : PARTENAIRES
- AEFJN



ACTIONS DU RESEAU FOI ET JUSTICE AFRIQUE EUROPE POUR LA SOUVERAINETE ALIMENTAIRE

LE CADRE
Notre projet en faveur de la souveraineté alimentaire s’appuie sur l’enseignement social de l’Eglise, la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme et plus particulièrement sur nos expériences missionnaires d’appui au développement économique et social envers des communautés humaines. Communautés que nous savons capables de construire leur avenir, mais qui est sans cesse menacé par un " désordre économique " qui exclut plus qu’il n’intègre, qui vise le court terme plus que le partage entre générations.

Citons par exemple :

L’esprit de la coopération internationale requiert qu’au dessus de la logique étroite du marché, il y ait la conscience d’un devoir de solidarité, de justice sociale et de charité universelle. Paul VI, Populorum progressio
…Parce qu’il existe " un certain dû à l’homme parce qu’il est homme, en raison de son éminente dignité " Jean Paul II, Centesimus annus

De la Déclaration Universelles des Droits de l’Homme:
Art.23 : Tout homme a droit au travail…Tous ont droit, sans aucune discrimination, à un salaire égal pour un travail égal.

Art.25 : Toute personne a droit à un niveau de vie suffisant pour assurer sa santé, son bien être et ceux de sa famille….
  • LA SOUVERAINETÉ ALIMENTAIRE
    C’est ce fameux droit des peuples à maîtriser leur propre alimentation et à vivre dignement de leurs activités agricoles. Cet étendard n’est pas nouveau, mais il faut sans cesse le brandir au gré des contextes qui tendent à marginaliser les familles rurales d’Afrique = 50 à 80 % de la population active de ce continent !
    La mise en œuvre de ce droit décline le plus souvent les quatre points suivants :
    • Permettre aux pays d’appliquer des politiques qui favorisent une agriculture familiale et une alimentation de qualité accessible à toutes et tous.
    • Assurer des prix agricoles qui permettent aux agricultrices et agriculteurs de vivre décemment de leur travail.
    • Respecter le droit de tous les pays de protéger leurs productions agricoles des importations à bas prix.
    • Impliquer les actrices et les acteurs concernés par l’agriculture et l’alimentation.
     
    LES ACCORDS DE PARTENARIATS ECONOMIQUES EUROPE – PAYS ACP
    L’Europe s’est appliquée ce droit à elle-même durant trente ans avec succès. La Politique Agricole Commune (PAC) a permis le développement d’une agriculture exportatrice et de maintenir une agriculture familiale viable dans un contexte d’industrialisation qui permettait d’absorber l’exode rural. Rien n’est parfait, mais l’histoire de la PAC reste une référence basée sur trois points :
    1- La protection douanière pour soutenir le développement et le revenu agricole
    2- Des politiques agricoles pour professionnaliser les filières de production
    3- Une intégration régionale pour consolider la sécurité et la force économiques

    Depuis quelques années les " économies émergentes "
    (Inde, Brésil, Asie du Sud Est…) bousculent les marchés dans un contexte de dérégulation de l’économie (un monde où les Etats comptent de moins en moins) :
      • D’où les négociations à l’OMC pour rompre les Accords préférentiels entre les Etats,
      • Les projets de réforme de la PAC pour diminuer les aides à l’agriculture,…
      • Et les négociations peu transparentes pour les APE entre Europe et pays ACP, à signer d’ici janvier 2008.
    Ces APE ressemblent aux accords de partenariats en " quartier d’orange " (USA / Amérique du Sud – Japon / voisins asiatiques…par méridiens nord / sud) par lesquels les puissances du Nord cherchent à s’assurer des débouchés au Sud – en réponse aux menaces chinoises, indiennes ou russes –et qui sait. L’idée n’est pas mauvaise en soi : face à l’Europe, l’Afrique est un marché de 1 à 2 milliards de clients / fournisseurs à l’horizon 2100.
    Reste que l’idée est mauvaise pour l’agriculture, puisque l’Europe invite l’Afrique à prendre le contre-pied des trois points cités précédemment pour développer son agriculture : ouverture des frontières, baisse de l’aide européenne au développement agricole, intégration régionale par la création " imposée " de 6 " zones de libre échange " dans les ACP.
    Les négociateurs européens font pression pour signer très rapidement des accords – incluant la promesse d’une aide financière. – et une période de transition plus ou moins rapide, de l’ordre de 10 ans. On imagine David contre Goliath, dans un contexte où la transparence démocratique semble bien réduite (que ce soit au sein du Parlement européen ou en Afrique). Bizarre, bizarre !
    Ce qui est peut être bon à long terme pour l’industrie et le commerce ne l’est pas pour l’agriculture, qui sert ici de monnaie d’échange (un cheval / une alouette !) pour des marchés bien plus lucratifs, ou des négociations internationales bien plus importantes.
    Ce rapport de force sera cause d’un accroissement de l’injustice, car elle va condamner des familles rurales à la pauvreté, à l’exclusion et à l’immigration désespérée
     
    LES ACTIONS 2006
    Prophètes de malheur ? C’est malheureusement un peu notre rôle, mais qui se fonde sur beaucoup de raisons réelles et rationnelles d’Espérer. Prophètes, oui, puisque nous savons qu’il y a d’autres chemins possibles pour un développement – plus lent peut-être, mais plus humain.
    L’alternative ?
    Aider les Etats africains à mettre en place de véritables " politiques agricoles  " en partenariat avec leur société civile afin de structurer des filières professionnelles de production pour assurer la souveraineté alimentaire nationale et régionale.
    AEFJN a participé à deux campagnes destinées à freiner les ardeurs de la Commission Européenne
    • Avec OXFAM – Agir ici ("APE : l’OMC en pire !") pour laquelle 110 signatures nous ont été communiquées sans parler de celles qui sont arrivées directement à Agir-Ici.
  • Avec le CFSI (" l’Europe est vache avec l’Afrique " ou comment l’exportation de poudre de lait subventionnée empêche le développement d’une production laitière en Afrique). Elle a recueilli 46 000 signatures, dont 10 000 du Niger (belle solidarité Nord/Sud !). Elle a été remise en mars aux responsables agricoles au dernier Salon de l’agriculture. Merci à tous ceux qui ont signé.
    Nous avons participé à toute sortes de rencontres aux Parlements européen et français, au Sénat, au Conseil Economique et Social… simplement pour faire modeste contrepoids à la pensée unique : l’Afrique ne peut s’en sortir seule, il faut l’aider, elle a besoin de nous ! Et si elle n’avait pas besoin de nous ? De ces rapports de force qu’on lui impose ? De ces divisions que l’on entretient ? Et si on lui donnait le temps de prendre la parole pour l’écouter ? Douce utopie ? Nous y croyons.
    La pression exercée par les ONGs a porté du fruit : des parlements et gouvernements européens et africains ont réagi et demandé des délais supplémentaires… Nous participons à la campagne envers les candidats aux élections présidentielles : il est intéressant de constater la façon dont ils réagissent ! Suivez bien leurs discours pour voir s’ils laissent une petite place pour de nouvelles relations entre la France et l’Afrique. Bref, nous avons terminé l’année 2006 avec un peu d’optimisme sur l’issue des négociations pour les APE. Affaire à suivre sans relâche, jusqu’à Noël 2007.
     
    PROSPECTIVES 2007
    Nous continuerons cette année notre action de vigilance dans le domaine de la souveraineté alimentaire autour des points suivants :
    • La poursuite des négociations des APE (échéance importante à venir : le G8 à Rostock, Allemagne, en juin 2007). Avec une relance d’une action auprès de la Présidence allemande, en mai juin 2007. (les modalités de cette relance nous seront communiquées prochainement).
    • La réforme de la PAC qui doit être " retoilettée " prochainement, et qui aura des conséquences au Sud. Si la réforme des soutiens à I'exportation peut être plus favorable pour le Sud, le principe des soutiens directs aux exploitations risque fort de maintenir un biais dans la libre concurrence Nord- Sud, de même que les diverses barrières sanitaires aux importations.
    • Les négociations de l’OMC, actuellement bloquées – justement sur les questions agricoles - , les puissants préférant se dépêcher d’imposer des accords bilatéraux à leurs partenaires du Sud, plutôt que de subir des règles identiques pour tous !
    • L’émergence du " marché équitable " - qui semble traverser une crise de croissance, avec la multiplication de labels peu identifiables. Simple mode ? Epiphénomène économique ? Nouvelle façon d'aider, de nouer des partenariats durables?
    • Le développement des " agrocarburants " qui risque fort de reconfigurer le marché mondial des ressources agro–environnementales, et des produits alimentaires. Ce qui se passe autour du maïs entre les USA et le Mexique est fort intéressant à suivre pour se faire une idée des enjeux futurs : hausse des prix des céréales, hausse des importations suite à l'abandon de politiques agricoles, hausse des prix du foncier (et destruction de la forêt à prévoir ? ), augmentation des mouvements migratoires, dépréciation de la monnaie la plus fragile...tout se tient !
    Une note d'optimisme heureusement : face au défi alimentaire (nourrir 9 milliards d'humains) et énergétique. L'agriculture a devant elle un bel avenir : espérons que les Etats sauront réguler les mouvements de capitaux qui s'investiront dans ce secteur pour que cela bénéficie aux familles rurales du monde plus qu'aux complexes agroindustriels nécessaires mais dont la mécanique du profit est rarement compatible avec la bonne gestion de la Création.
    À suivre, donc, en particulier au travers d’un projet de déclaration commune (concernant la SA) aux antennes AEFJN d’Europe, coordonné par le Bureau International de Bruxelles et qui vous sera communiqué bientôt. .
    F Bruno MELLET – 26/03/2007

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