Justice et Paix : ORGANISATIONS INTERNATIONALES
- DETTE



Pour un cadre à l’endettement international

La revendication d'annulation des dettes (odieuses ou non) ne doit pas être isolée de celle d’une démocratisation des rapports entre Etats. Faute d’un cadre contraignant à l’égard de l’ensemble des créanciers, le système de traitement de la dette s’est avéré à ce jour inefficace. Seule la mise en place d’un véritable droit international de la dette peut mettre fin à l’arbitraire qui préside à la gestion de la dette.

Pour une reconnaissance internationale des dettes odieuses
La doctrine de la dette odieuse et les différents cas de jurisprudence offrent permet un recours du droit au service des populations : celui du droit.Cette doctrine repose déjà sur les principes généraux du droit les plus communément admis. Il revient aux Etats du monde d’en faire un traité international.Ceci aura différents avantages :
- Pour qu’au moins que joue l’effet préventif : que le soutien financier à des dictateurs cesse d’être une pratique acceptée des relations internationales, à l’heure où de nouveaux créanciers émergent sur la scène internationale, armés des même velléités pécuniaires que leurs prédécesseurs.
- De manière plus large, un cadre international, qui distingue entre les créances légitimes et les créances illégitimes est nécessaire pour mettre fin aux pratiques de prêt intéressées et éviter le retour au surendettement pour certains pays du Sud. Les IFIs laissent en effet entendre leur inquiétude quant à un réendettement massif, au vu devant les comportements irresponsables de certains prêteurs en Afrique ; , telle la Chine et oucertains bailleurs privés prêteraient sans condition à des gouvernements peu recommandables contre l’assurance d’être remboursé ou approvisionné en matières premières.
- La mise en place d’un tel cadre est ainsi indispensable non seulement d’un point de vue éthique mais également dans un souci de rationalité économique.

Un recours pour les futurs démocrates

En devenant une norme internationale, la dette odieuse permettrait que tout nouveau prêt destiné à des régimes oppressifs et dont l’utilisation ne serait pas strictement encadrée puisse être qualifié d’odieux et son remboursement sera Surtout, ilIl garantirait surtout l’exercice du droit : celui, pour un régime démocratique parvenant au pouvoir, de mettre en cause les responsabilités des régimes précédents et de ceux qui les ont soutenus. Ainsi, les futurs démocrates togolais pourraient dénoncer les prêts effectués actuellement par la Chine contre le pillage de leurs sols , ou les démocrates congolais pourraient faire déclarer nulles et non avenues les dettes envers les banques et les sociétés pétrolières ayant accordé des prêts gagés contre le pétrole à des prix modiques (comme la française Elf et sa banque la FIBA ou les établissements bancaires Paribas et le Crédit agricole).

Pour un droit international de la dette

L’architecture financière internationale penche aujourd’hui unilatéralement en faveur des créanciers. Seul l’établissement d’un mécanisme où débiteurs et créanciers sont mutuellement tenus de rendre des comptes pourra mettre un terme à des pratiques de financement irrespectueuses du droit, génératrices de pauvreté et d’inégalités. Alors qu’à travers le monde les riches sont de plus riches et de plus en plus nombreux(1), il faut enrayer un système qui participe conduit à l’appauvrissement des populations les plus vulnérables. Au-delà de l’annulation, il s’agit d’abolir la dette comme système de domination des pays du Nord sur les pays du Sud et de mettre fin à l’arbitraire qui préside à sa gestion.

Mettre fin à l’arbitraire

L’inefficacité du système actuel de traitement international de la dette est pour une large part due à l’asymétrie entre créanciers et débiteurs. Le pouvoir de décision est concentré entre les mains de ceux qui détiennent les créances, réunis au ( G8, au FMI, à la Banque M mondiale, au Club de Paris) . À A la fois juges et parties, ils décident seuls s’ils doivent être remboursés ou non, dans quelles proportions et selonà  quelles conditions. Ces instances, soumises auxdominés par les intérêts de leurs actionnaires (pour les IFI), souffrant d’illégitimité (Club de Paris notamment) ont de ce fait témoigné de leur incapacité à gérer de manière impartiale l’endettement des pays pauvres ; . Les mesures successives de traitement de la dette entreprises jusqu’ à ce jour n’ont fait que renforcer ce monopole décisionnel des créanciers.
Seul le rééquilibrage des pouvoirs entre débiteurs et créanciers permettra de sortir de cet arbitraire. La mise en place d’une instance internationale indépendante et de règlement des différends s'avère donc indispensable. Le cadre de l’ONU semble aujourd’hui le plus légitime pour en assurer son élaboration, avec l’ensemble des acteurs concernés. Un telle instance serait ensuite chargée d’assurer l’ application quer des règles du jeu claires et équitables élaborées par l’ensemble des acteurs : un véritable droit international de la dette.

Garantir la primauté des droits humains
Ce droit international de la dette devra définir des règles justes et transparentes ainsi que leur cadre d’application. Il devra ainsi par exemple préciser les conditions de validité d’un contrat d’endettement. Ces dernières font appel à certains principes généraux du droit universellement admis, tel le consentement des parties au contrat. Par ailleurs, un pays peut être confronté à des contraintes externes ou internes de différentes natures plus ou moins graves qui l’empêchent d’honorer ses obligations au niveau international ou représentent une menace pour sa survie politique ou économique : fluctuation s du prix des matières premières ou des produits agricoles, instabilités politiques graves, etc. Le droit de la plupart des Etats envisage ces situations sous le nom de force majeure et d’état de nécessité. Il revient à un droit international de préciser à quelles conditions et dans quelles circonstances les Etats pourront évoquer ces notions.
Quant à la dette des dictateurs, le droit international aura aussi pour rôle de statuer sur les responsabilités des dirigeants et de leurs soutiens et notamment sur la question de la restitution des biens mal acquis.
Le droit international au service des droits humains
Le droit international plaide en faveur de la primauté des droits fondamentaux des populations En particulier, l ; La Déclaration universelle des droits de l’homme et le Pacte international relatif aux Droits économiques, sociaux et culturels (2), sont incompatibles avec le remboursement d’une dette illégitime. Dans ce Pacte, les Etats membres de l’ONU expriment clairement leur préoccupation concernant les « incidences néfastes du fardeau de la dette et des mesures d'ajustement » sur les droits fondamentaux des populations (dans un grand nombre de pays), appelant à ce qu’aucune mesure économique (ou d’ajustement structurel par exemple) préconisée pour le traitement de la dette n’entrave la satisfaction de ces droits.
Un dialogue multi-acteurs sous l’égide de l’ONU
Répondant à une revendication de longue date des organisations des sociétés civiles du Sud et du Nord, l’ONU a réuni le premier Dialogue multi-acteurs sur la dette. Réunissant pour la première fois l’ensemble des acteurs concernés (créanciers, débiteurs, secteur privé, experts, sociétés civiles, organisations internationales), il a donné lieu à 3 rencontres (New-York, Hararé et Genève) de mars à juin 2005. La session finale du Dialogue a précisé la nécessité d’examiner les questions  
- D d’un « code de conduite pour les débiteurs souverains et leurs créanciers »,
de « l’opérationnalisation de la doctrine de la ‘dette odieuse’ » ainsi que
- de De « dispositifs d’arbitrage et de médiation pour faciliter le règlement de différends ».

Il a en outre conclu à la nécessaire amélioration de la transparence entre créanciers et débiteurs. Ce dialogue devrait se poursuivre en 2008. Un premier pas vers la démocratisation du traitement international de la dette ?


1- En mars 2007, le magazine américain Forbes relevait l’existence de 946 milliardaires dans le monde, accumulant une fortune totale de 3500 Mds de dollars, soit 2 fois le PIB de la France. Par comparaison, le remboursement de la dette coûte chaque année aux pays du Sud 200 Mds de dollars.
2- Adopté par une résolution de l’Assemblée Générale des Nations Unies à New-York en décembre 1966, il est entré en vigueur après sa ratification par 35 Etats en janvier 1975.