Justice et Paix : ORGANISATIONS INTERNATIONALES
- DETTE



Comment annuler les dettes odieuses ?


Les citoyen(ne)s du Sud et du Nord et leurs élus ont à leur portée un instrument de droit pour aborder les dettes odieuses : l’audit. Préconisation de longue date des mouvements sociaux du Sud, l’audit permet de revendiquer l’annulation des dettes que l’analyse aura révélé illégitimes. Et de mettre fin à l’impunité en faisant la lumière sur les sombres pratiques liées aux dettes odieuses.

Faire la lumière sur les dettes passées :

L’audit est l’instrument approprié pour identifier les dysfonctionnements des contrats passés. Il consiste à analyser, pour chaque prêt, les conditions auxquelles il a été contracté, l’identité de l’emprunteur, l’utilisation des fonds. Il permet de déterminer le chemin emprunté par les capitaux, la responsabilité de chacune des parties, les montants détournés. C’est un instrument indispensable pour retracer l’historique de l’endettement, alors que les rééchelonnements de la dette tendent à noyer les prêts odieux dans la dette globale. L’audit doit permettre, in fine, de distinguer entre les dettes légitimes et illégitimes, pour déterminer celles qui doivent être annulées (ou répudiées),les montants et les biens mal acquis qui doivent être restitués. Il s’agit d’une annulation au sens étymologique : déclarer ces dettes nulles (et non avenues), en raison de leur caractère illégitime. Quelle que soit la forme qu’il prend, l’audit répond à un droit élémentaire : celui, pour les citoyen(ne)s de demander des comptes.

Tentative d’audit des créances françaises

La réalisation d’audits par les pays du Nord est aussi cruciale. La plate-forme Dette & Développement a lancé en 2005 une campagne auprès des parlementaires pour la création d’une commission d’enquête qui fasse la lumière sur les créances françaises vis - à - vis des pays du Sud. Deux propositions de résolution ont été déposées à l’Assemblée Nationale, toutes deux rejetées par la majorité parlementaire. Les rapports des commissions concernées ont cependant admis l’origine douteuse des dettes de la Coface et pointé la nécessite d’un contrôle parlementaire accru. Permettant ainsi, au moins, d’engager le débat.

Un instrument contre l’impunité :

Alors que l’amnistie des dirigeants s’est parfois greffée aux dettes odieuses héritées des dictatures, l'audit remet en cause l’impunité juridique et économique. En mettant en lumière la véritable genèse des prêts et de l’accumulation de la dette, en exposant les échecs et la criminalité qui les ont jalonnés, il évite que l’annulation de la dette n’apparaisse comme un sauf-conduit pour les criminels, en faisant simplement table rase de leurs agissements passés, via une annulation salutaire.
Ces processus devraient ainsi contraindre les gouvernements à rendre davantage de comptes à leurs parlements et à leurs citoyens et être plus regardants dans la conduite de leurs politiques de prêt.

Au Sud, une revendication suivie d’effets

Certains audits ont été impulsés par des citoyens. En 1999, un tribunal contre la dette extérieure s’est tenu au Brésil sous les auspices de la Conférence Nationale des Evêques et du Mouvement des Travailleurs ruraux sans Terre. Le verdict a entre autres reconnu le lien existant entre la dette brésilienne et la dictature qui a sévi pendant plus de deux décennies.
D'autres audits ont été le fait des autorités publiques : toujours au Brésil, le pouvoir exécutif a commandité un audit public sur la dette en 1932. Au Pérou, le pouvoir législatif - le congrès péruvien -, a créé une commission d'investigation sur la dette externe. Cette dernière a mis en évidence le caractère massif des irrégularités de gestion de l'endettement sous Fujimori entre 1990 et 2000, a déclaré la dette nulle et non avenue et appelé à sa répudiation.
Le pouvoir judiciaire a aussi su prendre l'initiative : en Argentine la sentence Olmos (évoquée antérieurement) déclarait nulle la dette contractée sous la dictature militaire. Le parlement ne s’appuya pas à l’époque sur cette sentence pour répudier la dette argentine, mais des députés continuent à ce jour d’exhorter le parlement à réexaminer la question.


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