Justice et Paix : ORGANISATIONS INTERNATIONALES
- DETTE



Qui doit payer pour des dettes odieuses ?


Ce n’est assurément pas aux populations de pays débiteurs de payer pour les dettes odieuses. Aux bénéficiaires d’en assumer le coût. Mais au-delà du paiement des dettes odieuses se pose la question essentielle de la réparation : rendre aux populations les sommes qui ont enrichi, à leurs dépens, des régimes despotiques et leurs alliés au Nord.

Qui doit payer pour des dettes odieuses ?

Si le poids de la dette odieuse ne retombe pas sur les populations, qui doit en assumer le coût ? Deux interprétations sont possibles. Si le contrat est déclaré nul et non avenu, le poids de la dette retombe alors sur le créancier ; si le contrat ne lie pas le créancier à l’Etat débiteur mais au régime déchu, il appartient à ce dernier d’honorer ses dettes. Ainsi pour les créanciers, publics ou privés, s’attaquer à la fortune amassée par le clan Mobutu (6 Mds$) ou le clan Marcos (20 Mds$) ne serait pas un vain exercice.
La question se pose pour les acteurs privés : les entreprises et individus dans les pays du Nord bénéficiaires, en connaissance de cause, de ces créances odieuses, ne doivent-ils pas aussi en supporter le coût ?
Dans les cas fréquents de prêts à des régimes autoritaires uniquement destinés à promouvoir les exportations du pays prêteur ou pour des projets contraires aux intérêts des populations, accompagnés de généreux pots-de-vin et rétro-commissions, les contribuables sont en droit de protester contre l’utilisation faite de l’argent public et de réclamer que les bénéficiaires complices de tels montages paient le prix de leurs forfaits.
Au-delà du paiement des dettes odieuses,  il s’agit de décider si les créanciers doivent indemniser les débiteurs pour les dommages provoqués par des régimes qu’ils ont aidé à maintenir au pouvoir.

Le Paraguay répudie sa dette
Au début des années 90, le gouvernement paraguayen refusa de payer les dettes contractées auprès des banques sous la dictature d’Alfredo Stroessner. La juridiction suisse, où les créanciers avaient porté plainte, donna raison aux banques, condamnant le Paraguay à rembourser la totalité de a dette. Mais en 2005, le parlement rejeta fermement cette décision, déclara, preuves à l’appui, ces dettes illégales et argua que l’Etat n’avait aucune obligation de les rembourser.

Au delà de l’annulation : la  réparation

La question du droit à la réparation est une revendication centrale des sociétés civiles du Sud. Les pays débiteurs qui ont déjà versé des remboursements au titre de la dette odieuse ont hérité de contrats de prêts illégitimes. Ces derniers peuvent donc être frappés de nullité et donner lieu à des réparations. Il en est de même pour les profits réalisés (par l’exploitation des ressources naturelles du pays par exemple) par les entreprises ou les banques étrangères et dont les financements ou les contrats ont constitué une manne financière inespérée pour les despotes au pouvoir.
Les populations peuvent exiger d’être rétablies dans leurs droits et de recevoir une compensation à travers le retour des sommes perçues illégitimement par ceux qui ont alimenté ces régimes. C’est pourquoi l’annulation de la dette doit se faire au terme d’un audit mené par les populations concernées et leurs élus, qui déterminera l’ampleur de ces réparations.

Les Sud-africains demandent réparation

En 2001, la société civile, menée par l’Archevêque de Cape Town Njongonkulu Ndungane, et soutenue par l’Archevêque prix Nobel de la Paix Desmond Tutu demandait réparation aux gouvernements des pays occidentaux en ces termes : « nous aspirons à une compensation équivalente au capital et aux intérêts payés au titre du service de la dette par le régime précédent de 1948 à 1993… Nous demandons également aux créanciers de l’apartheid de restituer le capital et les intérêts reçus depuis décembre 1993 ».  Soit, d’après les estimations de la société civile sud-africaine, au moins 78 mds$.

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