La tomate : un "produit sensible" qui montre
bien qu'il ne faut pas signer les APE avant la conclusion du cycle de Doha à
l'OMC !
ABC Burkina n° 224
Savez-vous où poussent les tomates qui
permettent aux italiens d'inonder l'Afrique, notamment l'Afrique de l'Ouest, de
ses concentrés de tomates ? Dans le sud de l'Italie ? Non !
En Chine ? Oui !
Les
commerçants chinois exportent leurs concentrés de tomates vers l'Italie. Ces
concentrés n'ont pas la qualité qui permettrait aux Italiens de les vendre sur
leur propre marché. Aussi, les Italiens se contentent de les mettre en boîte
avec leurs propres marques et le label "produit en Italie". Ce qui ne
garantit pas l'origine des tomates, mais seulement la mise en boîte. C'est une
pratique courante.
C'est
ainsi qu'au Togo, vous trouvez de la noix de coco râpée et séchée importée du
nord de la France. C'est ainsi que Nestlé commercialise au Ghana du lait
concentré liquide "fabriqué au Ghana à partir de lait pur de vache".
Mais quand vous téléphonez au service consommateur de Nestlé, on vous dit que
les vaches qui ont produit ce lait sont en Europe !
Encore
un exemple. C'est ainsi qu'à Ouagadougou vous trouvez plusieurs sortes d'huiles
de table "garantie 100 % OGM", et importées du nord de la
France. Des huiles de table que vous auriez du mal à trouver dans tout Paris !
Or,
que se passe-t-il aujourd'hui ? L'Union Européenne est en train de
négocier des Accords de Partenariat Economique (APE) avec quatre régions
d'Afrique (dont l'Afrique de l'Ouest), plus le Pacifique et les Caraïbes
(c'est-à-dire les pays ACP). Un point crucial de ces négociations, c'est la
liste des
produits sensibles.
C'est-à-dire la liste des produits qui seront
à l'abri de la libéralisation des échanges entre l'Union Européenne et
les pays ACP. La liste des produits qui pourront être protégés par des
taxes à l'importation.
Or
le cycle actuel des négociations à l'OMC (Organisation Mondiale du Commerce),
appelé cycle de Doha, contient également une négociation très importante sur
les produits sensibles. L'Europe met constamment en avant les règles
commerciales de l'OMC dans ses négociations avec les pays ACP. Or, ces règles
sont en train d'être négociées. La question des produits sensibles est au coeur
de ces négociations. Il est donc
urgent
d'attendre avant de signer un Accord de Partenariat Economique avec l'Union
Européenne.
Prenons un exemple. Celui de la tomate et de ses
produits dérivés, comme le concentré de tomates. On peut penser que l'Afrique
de l'Ouest obtiendra que la tomate soit reconnue comme un produit sensible à
l'OMC, mais pas par l'Europe dans ses négociations avec l'Afrique de l'Ouest.
Cela veut dire que la Chine continuera à inonder l'Afrique de l'Ouest en
concentré de tomates "made in Italy" ou "mis en boîte en
Italie".
Or la marge
de manoeuvre des négociateurs africains face à l'Union Européenne (et de son
arme de dissuasion massive qu'est le Fonds Européen de Développement) semble
très faible, et pas à la hauteur des espérances des paysans africains.
Il semble que l'OMC soit plus favorable au
développement de l'Afrique que les APE que proposent les commerçants de l'Union
Européenne. Pour limiter la casse, une première étape décisive dans les
négociations avec l'Union Européenne en vue des APE serait de ne rien signer
avant les conclusions du cycle de Doha, donc avant la fin du cycle actuel de
négociations à l'OMC.
En conclusion : il est urgent d'attendre
!
Koudougou, le 7 avril
2007
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Maurice Oudet
Président du SEDELAN
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