SRI LANKA - SYNDICALISTES AU PILORI
Appel n° 304 (du 21 mars au 30 mai 2007)
Ces derniers mois, le coût de la vie a énormément augmenté au Sri
Lanka, provoquant un grand mécontentement chez les travailleurs. Pour
répondre aux multiples menaces de grèves dans différents secteurs de
l’économie, les autorités ont adopté de
nombreuses mesures destinées à mettre un terme aux protestations. Dans ce
contexte, la campagne de discrédit et de
diabolisation lancée en février dernier à l’encontre d’un groupe de syndicalistes
indépendants et qui vise à les associer à l’insurrection terroriste des
Tigres tamouls(1) suscite une
particulière inquiétude. Les menaces et intimidations dont ils sont victimes se
sont en effet multipliées après qu’ils aient organisé une manifestation devant
la gare du Fort de Colombo pour protester contre l‚enlèvement de trois employés
d‚un journal syndical de cheminots, le 6 février dernier.
Cette situation fait craindre une dérive répressive, qui pourrait aboutir à la
suppression systématique des libertés syndicales dans le pays. Une grave menace pèse aujourd’hui sur ces
syndicalistes et si rien n’est fait pour entraver ce processus de discrédit
mené par les autorités, c’est non seulement la liberté mais également la
vie des syndicalistes qui seront menacées.
Anton
Marcus, responsable du Syndicat des zones franches et des services généraux
(FTZ-GSEU) et partenaire de longue date de Peuples Solidaires (cf. „En savoir
plus‰) compte parmi les dirigeants syndicaux ayant participé à la manifestation
du 7 février. Il affirme qu’avec d’autres dirigeants syndicaux de premier plan,
notamment Sman Ratnapriya et Ravi Kumudesh de l’Alliance syndicale du secteur
de la santé (HSTUA) et Joseph Stalin du Syndicat des enseignants de Ceylon
(CTU), ils
courent actuellement le
risque d’être kidnappés, arrêtés, voire même tués en raison des fausses
accusations de terrorisme dont ils sont la cible(2).
Tentatives de
discrédit :
Ce
groupe de syndicalistes indépendants est en première ligne dans la lutte pour
les libertés syndicales fondamentales. Ils ont récemment participé à des
campagnes qui dénonçaient le rôle du gouvernement dans des atteintes au droit
de grève et des réformes arbitraires de la législation du travail. Bénéficiant
du soutien de nombreux travailleurs victimes d’exploitation, ils sont devenus
une source de préoccupation pour les employeurs et pour le gouvernement ...
Bien
qu’ils aient affirmé qu’ils n’avaient aucune intention de contrecarrer les
plans du gouvernement pour maintenir l’ordre et le respect de la loi en matière
de terrorisme,
des avis de recherche
portant leurs noms et les accusant d’être des terroristes ont été placardés aux
quatre coins du pays, aux abords des zones franches, dans les transports
publics, les hôpitaux etc. Il semblerait en outre que les médias nationaux se
préparent à lancer une
campagne de
diabolisation des syndicats concernés. En jetant ainsi le discrédit sur les
syndicats, cette campagne vise à semer le doute dans l’esprit des citoyens et
des travailleurs et met en danger la vie de ces syndicalistes. Plusieurs
menaces de mort ont déjà été proférées à l’encontre de militants syndicaux et
il est à craindre que ceux-ci soient prochainement victimes d’enlèvements ou
d’arrestations en raison de leur prétendue complicité avec le mouvement
terroriste.
Menaces d’enlèvement
Tout
porte à croire que l’enlèvement, le 6 février dernier, de Nihal Serasinghe,
Lalith Seneviratne et Sisira Priyankara, trois collaborateurs du journal
syndical Akuna, constitue en réalité une mesure de répression syndicale. Ce
secteur est en effet traditionnellement considéré comme l’un des plus actifs
dans le monde syndical et les cheminots sont connus pour leur lutte obstinée en
faveur des droits syndicaux. Peu de temps avant d’être kidnappé, Sisira Priyankara,
le rédacteur du journal, avait d’ailleurs participé au dépôt de plusieurs
plaintes auprès des tribunaux, concernant des augmentations salariales
accordées de manière illicite à des hauts responsables du gouvernement. Sous la
pression des syndicats qui menaçaient de lancer de nouvelles actions de
protestation contre la multiplication des enlèvements, le gouvernement
annonçait que les trois hommes avaient en fait été arrêtés par la police
d’investigation criminelle, placés en garde à vue et soumis à des interrogatoires.
Des vidéos montrant les trois militants confesser leurs " crimes "
ont par la suite été présentées aux journalistes. On y voit Nihal Serasinghe ;
Lalith Seneviratne et Sisira Priyankara décrire, chacun leur tour, leurs
projets d’attentats et leur entraînement militaire chez les Tigres tamouls.
Reporters sans frontières a dénoncé ces les méthodes de pression auxquelles la
police criminelle a visiblement eu recours pour obtenir ces révélations, et a
déclaré que "
des confessions
enregistrées dans un lieu inconnu, par des personnes inconnues, après une
arrestation qui ressemble plus à un kidnapping, n’ont aucune valeur juridique".
Les autorités doivent
réagir
Le
21 février,
deux des syndicats visés par
cette campagne de discrédit, le FTZ-GSEU et le HSTUA ont
déposé plusieurs plaintes auprès de la
police, pour demander d’une part que leur protection soit assurée et pour
réclamer d’autre part, qu’une enquête soit menée sur cette campagne de
désinformation qui met en péril leur liberté et leur vie.
Mais les autorités chargées d’appliquer la loi n’ont jusqu’à présent
pas pris les mesures nécessaires pour garantir la sécurité des syndicalistes
menacés. En tant que membre de l’Organisation internationale du travail et
ayant ratifié la Convention sur la liberté syndicale et la protection du droit
syndical
(3),
ainsi que la Convention sur le droit d’organisation et de négociation
collective
(4),
les autorités Sri Lankaises ont le devoir de prendre les mesures qui s’imposent
pour protéger l’exercice des droits syndicaux et garantir la liberté
d’association.
POUR EN SAVOIR
PLUS :Anton Marcus,
responsable du Syndicat des zones franches et des services (FTZ-GSEU) l’un des
dirigeants syndicaux menacés par la campagne de discrédit menée par les
autorités sri lankaises, a notamment participé aux travaux du séminaire
international sur les Appels urgents que nous avons organisé en 2005. Il s’est
également déplacé dans plusieurs villes de France afin d’apporter sa
contribution à des événements organisés par des associations locales (groupes
Peuples Solidaires, centres RITIMO, boutiques Artisans du Monde etc.)
La campagne qui vise à associer les
syndicalistes à des terroristes a fait l’objet d’une dénonciation sans ambages
de la part de nombreuses organisations :
L’ Asian
Human Rights Commission (AHRC) (en
anglais)
La Clean Clothes Campaign (en anglais)
La Confédération Syndicale Internationale
ÉCRIVEZ !
Par courrier électronique : gosl@presidentsl.org - Cc :
ftzunion@wow.lk
Par lettre : vous pouvez copier le
modèle de lettre ci-dessous ou
le télécharger . N’oubliez pas de mettre
vos coordonnées et de signer ! (Timbre : 0,85 •).
Coupon partenaire : pour que le FTZ-GSEU ait
un aperçu concret des soutiens sur lesquels il peut s’appuyer, envoyez-lui un
message de soutien.
Délai de réaction : dès réception,
et jusqu‚au 30 mai 2007.
TRADUCTION DES MESSAGES
Traduction du message de protestation :
Monsieur le Président,
J’ai été informé(e) par le Réseau-Solidarité des risques que courent
les syndicalistes dans l’exercice de leur activité légitime au Sri Lanka. Le 6
février, trois collaborateurs d’un journal syndical ont été enlevés à Colombo
et accusés de collaboration avec les insurgés des Tigres tamouls. Les
principaux dirigeants syndicaux qui ont participé à une manifestation pour
réclamer leur libération sont aujourd’hui publiquement accusés d’être des
terroristes, et sont en conséquence victimes de graves menaces. Le FTZ-GSEU et
le HSTUA ont déposé des plaintes auprès de la police réclamant la protection de
leurs droits syndicaux et de leur vie, mais les autorités responsables n’ont, à
ce jour, rien fait. Les droits syndicaux sont inscrits dans les Conventions 87
et 98 de l’OIT, ratifiées par votre pays. Je vous exhorte donc à prendre
immédiatement les mesures nécessaires pour :
-
Veiller
à la sécurité de tous les syndicalistes actuellement exposés à des menaces et
garantir le libre exercice des activités syndicales ;
-
Ouvrir
des enquêtes en règle sur la base des plaintes déposées par les syndicalistes ;
-
Veiller au respect de la garantie suffisante
du droit pour tout cas de menace et d’intimidation.
(Salutations)
Traduction du message de soutien :
Chers amis du
FTZ-GSEU,
J’ai été informée par Peuples Solidaires
des risques que courent les syndicalistes dans l’exercice de leur activité
légitime au Sri Lanka. Je suis très préoccupé(e) par la campagne visant
explicitement à associer les syndicalistes avec les insurgés et des graves
menaces qui ont été proférées à votre encontre.
(Salutations)
Paris, March 28 , 2007
The President,
Democratic Socialist Republic of Sri Lanka
His Excellency Mahinda Rajapakshe
President‚s House
„Temple Tree‰
Colombo 3
SRI LANKA
Adresse électronique :
gosl@presidentsl.org
Dear Mr President,
I am Christian Thuet. I have been working for many
years in Africa (8 in Madagascar and 2 in Cameroon). I have been informed, by
the Solidarity Network of Peuples
Solidaires, about the risks that trade unionists face while carrying out
their legitimate activities in Sri Lanka. On 6 February, three collaborators of
a trade union journal have been abducted in Colombo, and accused of
collaboration with Liberation Tigers of Tamil Ealam insurgents. Key trade union
activists, who participated in a protest for the release of the abducted men,
are now being publicly accused of being covert terrorist operatives, and, as a
result, seriously threatened. The FTZ-GSEU and the HSTUA lodged complaints with
the police to seek protection for their trade union right and for their lives,
but to date, the law enforcement authorities have failed to take constructive
measures to guarantee their safety. The exercise of trade union rights is
enshrined in ILO Conventions 87 and 98, to which your country is a signatory. I
therefore urge you to take immediate measures in order to:
Guarantee the
safety of all trade unionists under threat, and ensure the free exercise of
trade union activities;
Investigate the
complaints lodged by the aforesaid trade unionists and guarantee their safety;
process of law on all acts of threats and intimidation.
I look forward to your timely intervention and
response.
Yours respectfully,
Paris, March 28 , 2007
Free Trade Zones & General Services
Employees Union (FTZ-GSEU)
Reg : No 7223141,
Ananda Rajakaruna Mawatha
Colombo 10
SRI LANKA
Adresse électronique : ftzunion@wow.lk
I am Christian Thuet. I have been working for many
years in Africa (8 in Madagascar and 2 in Cameroon). I have been informed by Peuples Solidaires about the risks that
trade unionists face while carrying out their legitimate activities in Sri
Lanka. I am alarmed by the campaign explicitly aimed at linking trade unionists
with Liberation Tigers of Tamil Ealam insurgents and the serious threats that
have been made against trade unionists as a result of this campaign. I support
your action and sent a letter to the President of Sri Lanka, urging him to take
immediate measures in order to implement your demands.
With warm regards,
Christian THUET
1- Le mouvement des Tigres
de libération de l’Eeaam Tamoul (LTTE-Liberation Tigers of Tamil Ealam) est une
organisation indépendantiste tamoule du Sri Lanka fondée en 1976 et dont le but
est la création d’un État, le Tamil Ealam, dans le nord-est de l’île. Ils
prirent les armes en 1972 et furent le premier mouvement à utiliser
l’attentat-suicide comme moyen d’action.
2- Appel lancé par
Anton Marcus, disponible en anglais.
3- Convention n°87 de 1948,
ratifiée par le Sri Lanka en 1995.
4- Convention n°98 de 1949,
ratifiée par le Sri Lanka en 1972.
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