Il n’y a pas de
paix sans justice» La conception de l’homme est capitale
Entretien avec
l’ancien ministre allemand du Travail et des Affaires sociales
Norbert Blüm
(1), Bonn
Horizons et débats: Monsieur Blüm, vous avez écrit un
nouveau livre intitulé «Gerechtigkeit. Eine Kritik des homo oeconomicus»
(«Justice. Critique de l’homo oeconomicus»). Pourriez-vous, pour commencer, en préciser les principaux
thèmes?
Norbert Blüm: L’idée fondamentale concernant la
justice tourne depuis 2000 ans autour de la thèse «
à chacun son dû.» Mais il
faut
d’abord préciser qui est ce «chacun». Le socialisme répond: C’est
l’être
social, l’être générique. Pour le libéralisme,
l’homme est un individu et
rien d’autre.
Ce sont là deux vérités
partielles. Un homme est aussi bien
un individu qu’un être social. L’hérésie à laquelle nous sommes
brutalement confrontés est le
néolibéralisme, qui est un individualisme, comme le
libéralisme, mais
particulier, plus accentué: il
réduit
l’individu à sa seule dimension
économique. On fait de l’homme un
homo
oeconomicus qui n’a rien d’autre en
tête que la recherche de son avantage. Ce n’est pas seulement une caricature d’homme, c’est un homme amputé de
son humanité. Chaque chose a son prix,
et ce qui n’a pas de prix ne vaut rien, voilà l’affirmation fondamentale: Nous avons affaire là à un pur matérialisme
et à des individus atomisés.
Or la dignité de l’homme relève d’une
autre catégorie. Elle n’est pas
cotée en Bourse et les meilleures qualités de l’homme ne s’expriment pas en euros et en centimes.
La réduction de l’homme à une entité
économique est la pire atteinte, l’atteinte la plus brutale à
l’intégrité de la personne humaine.
C’est une guerre menée non pas avec des armes, mais au moyen du lavage de cerveau. L’homme ne pense plus
qu’en termes économiques: ce qui ne
m’apporte pas d’avantage, je ne le fais pas. L’homme est privé de son
essence, le monde devient un monde d’égoïstes, un monde triste, très fatigant,
car l’homme doit toujours calculer.
C’est un monde voué à l’effondrement. Il n’y a
aucun individu qui ne dépende pas d’autrui. Et si un jour on
l’inventait, ce serait un voisin très
désagréable, probablement dépourvu d’amour.
Il fut un temps où ce que vous décrivez dans votre livre et dont vous nous parlez était évident
pour beaucoup de gens. Qu’est-ce qui
s’est passé, d’après vous, et quand cela s’est-il passé pour que ce ne soit plus le cas aujourd’hui?
Il y a certainement plusieurs raisons à cela. Une
des raisons pour lesquelles le
néolibéralisme est devenu si sauvage réside dans la fin de la
concurrence entre le système de l’Est
et celui de l’Ouest.
Tant qu’il avait le
socialisme comme mouvement opposé, le
libéralisme se devait d’être social car il était obligé de prouver qu’il servait mieux l’homme que le
socialisme. Après l’effondrement de ce
dernier, beaucoup de gens ont pensé qu’il n’y avait plus d’obstacle. Ce
fut alors la loi de la jungle.
La deuxième
raison réside dans les efforts
considérables déployés à grands frais pour influencer l’opinion
concernant l’écoulement des biens de
consommation: on a
sanctifié le
consommateur. Comme s’il n’y avait
rien d’autre. L’opinion publique est concentrée sur cette question. La contribution des associations
patronales allemandes aux réformes sociales
peut se résumer à un seul terme:
baisse
des coûts. L’homme n’apparaît plus
que comme un facteur de coûts. Puisque nous sommes face à une concurrence globale, c’est le meilleur marché qui
l’emportera. Cette logique nous amènera à
réintroduire le travail des enfants et à considérer l’exploitation de
l’homme comme une chose convenable.
Dans les mines chinoises, 6000 mineurs par an sont victimes d’accidents mortels. Il n’y a pas de protection contre
les accidents du travail. Si tel est le
critère, nous devrons nous y conformer. Une fois par mois environ, je lis dans les journaux que telle
ou telle rivière chinoise est polluée.
Il n’y a pas de protection de l’environnement.
Quand ce ne sont que les coûts
qui comptent, on ne respecte plus ni l’homme ni la nature. C’est assurément la fin de l’humanité; et ce qui
est bête, c’est que ce ne sont plus
seulement les pauvres qui seront concernés. Ce que les riches n’ont pas
pris en considération, c’est qu’il n’y
aura pas d’île salvatrice pour eux. Nous nous comportons comme des moutons qui
se jettent dans l’abîme.
Est-ce qu’on peut nommer les responsables de cette évolution? Par exemple des partis, des
associations, des groupes financiers,
des individus?
Ce n’est
pas compliqué, ce sont les hommes. Mais
la démocratie a l’avantage que chacun peut
participer à la formation de l’opinion. Il faut s’en servir.
Mais il faut toutefois percer une épaisse couche d’idéologie. C’est un
postulat des Lumières que nous devons
aujourd’hui opposer au lavage de cerveau néolibéral.
Emmanuel Kant disait: «Aie
le courage de te servir de ta raison».
Nous
devons revenir à la raison. Mais
cette raison est encore mise hors service par un marketing subtil au service
des détenteurs de capitaux.
Est-ce qu’il existe des pays qui profitent particulièrement du néolibéralisme?
Je crois
que
personne n’en profite réellement et si c’est le cas, cela ne durera
pas. Et on ne peut plus situer les
profiteurs dans un ou plusieurs Etats précis. Les 385 familles les plus riches du monde possèdent
la moitié du produit social
mondial. Elles sont
partout. Même
la Russie, l’Etat qui a succédé à la
grande Union soviétique, compte aujourd’hui 20 milliardaires. Personne ne peut prétendre que c’est le résultat de leur
application et de leur esprit économe.
C’est le résultat d’une corruption présentable, d’une économie sans règles. Nourris par les idées des
Chicago Boys
qui ont dit aux réformateurs russes
qui avaient envie de s’instruire pour bâtir le système post-soviétique: dérégulation,
privatisation, concurrence. C’est tout. C’est
ainsi qu’on crée la prospérité. Et effectivement, une certaine
prospérité a été créée, on peut la
contempler sur la Riviera ou à Chypre où la mafia l’a transférée. Mais les masses n’en ont pas profité.
C’est le suicide du capitalisme, car sans prospérité pour tous, il n’y a plus, à la longue, de prospérité
pour les riches. C’est ce que savait le vieil
Henry Ford(3): Je ne peux m’enrichir que si mes ouvriers
peuvent acheter les automobiles que je fabrique.
Mais de cette manière, le capitalisme de luxe ira à sa perte. Il n’aura plus d’acheteurs. Qui va, à la
longue, acheter des T-shirts produits par
des ouvrières qui ne gagnent qu’un dollar par jour? Peut-être qu’on
pourra encore écouler ces T-shirts en
Occident, mais je ne peux pas mettre plus de cinq T-shirts par jour. Même s’ils sont gratuits.
Si les pauvres ne deviennent pas
des clients eux-mêmes, le capitalisme ira à sa perte, et il est sur
cette voie.
Une partie des richesses est de nature purement virtuelle. Elles ne correspondent ni à des biens
ni à de la création de valeur, c’est un
pur jeu de paris organisé par les
hedge
funds(4)
et les grandes banques. 95% des Milliards de dollars n’ont rien à voir avec
des bien réels, c’est un jeu purement
virtuel.
Et vous pouvez être sûr qu’un
jour ce jeu prendra fin. Seulement
cette fin sera terrible. Nous devons éviter cet effondrement parce qu’il entraînera beaucoup de monde. Nous avons
maintenant besoin à l’échelle globale
de l’ordre créé jadis à l’échelle nationale.
Mais comment faire? Je ne crois pas que ce
soit en créant un Etat mondial. Ce
serait impossible et cela n’est pas souhaité, mais il faut des règles du jeu pour l’économie financière
internationale. Le
FMI et la Banque Mondiale devraient se souvenir
qu’ils ont une mission de régulation et
l’Organisation internationale du travail ne pas se borner à rédiger
des conventions comme les lapins font
des petits, mais les
faire
respecter: convention sur la protection
des travailleurs, convention sur la protection des enfants. Tout le monde les signe, mais on ne les applique
pas. On rédige des textes et on croit
que tout est bien.
Quelle est la position des
partis représentés au Bundestag face à
ces questions?
Je crois que les partis allemands sont dans l’incertitude et
qu’ils compensent cela par du verbiage.
Ainsi je considère le fait que la CDU (Union chrétienne démocrate) ait intitulé son programme de base «Une nouvelle
justice grâce à plus de liberté» comme
un aveu d’impuissance. Quelle est cette liberté? Celle de
Bill Gates? Et pour qui?
Que
signifie «liberté»? Est-ce la loi de la jungle où le plus fort mange le plus faible?
Dans ce
contexte,
«liberté» signifie manifestement optimisation des possibilités
de choix. Si c’est là la forme la
plus développée de la liberté, alors le prototype en sera l’idiot. Il
n’a pas d’attaches. Il a un grand
nombre d’options. Il peut faire ce qu’il veut. Cette liberté n’est pas liée à la responsabilité.
Et la justice,
qu’est-ce qu’il faudrait changer à la
justice traditionnelle? Je pense qu’elle
obéit à la conception de l’homme selon laquelle chacun aura son dû.
Qu’est-ce l’homme? Si ce n’était qu’un
individu égoïste, la justice serait différente, elle ne serait qu’une justice
d’échange. S’il était un être collectif, il n’y aurait qu’une justice collective. Mais dans la
tradition chrétienne, la justice a au moins trois dimensions :
-
Premièrement, entre les individus: c’est le principe d’équivalence.
-
Deuxièmement,
il y a la justice distributive,
souvent critiquée: Qu’est-ce que
l’individu peut attendre de la collectivité?
-
Et troisièmement, il y a la
justice légale: Que doit faire
l’individu pour la collectivité?
Et
c’est uniquement dans cette «Trinité», du
moins selon l’optique chrétienne, que
la justice est pleinement établie. Si on l’ampute, si on la réduit à la justice d’échange, elle ne
répondra pas aux grandes questions du
monde, c’est-à-dire la paix, la protection de la nature.
Que signifie la liberté, à la différence de ce que vous venez de dire?
Si l’on
remonte dans la tradition de la
philosophie chrétienne, on en arrive à la
notion
de nature humaine. On n’entend pas
du tout par là notre équipement théologique mais notre nature d’êtres de raison. Laisser s’épanouir la raison,
c’est là le but de la vie humaine. Un
arbre peut dépérir ou rester un arbre. Un homme peut réussir ou échouer dans ses entreprises, il peut
suivre sa vocation ou la rater. Mais
quelle est sa vocation? Elle réside dans sa
part de responsabilité à l’égard des
autres. Les Grecs utilisaient le très joli mot d’eudaimonia, grand
bonheur. Pour
Aristote, ce bonheur ne
pouvait pas se réduire à la jouissance, sinon un bœuf qui mange du raisin serait l’être le plus heureux du monde.
Ce doit être
l’état de celui qui réussit sa vie dans une bonne société. C’est cela,
le but de la justice. Elle a encore
deux aspects :
-
D’une
part, elle
est une vertu et
-
De l’autre, elle est
un principe qui structure notre société.
Le but de la liberté, c’est de satisfaire cette exigence, d’épanouir ce
telos. Bien sûr cela ne peut être
imposé.
C’est cela, la part
individuelle de la notion chrétienne de liberté. Cela commence par le
respect de l’autre, par la dignité de l’homme. La dignité, dans la conception chrétienne, ne vient pas du pouvoir, elle est donnée par Dieu. Elle échappe donc à la manipulation humaine. Tous les
hommes ont cette dignité et cette
conception chrétienne ne peut justifier ni une société raciste ni une société de classes.
Si les partis n’ont pas d’idée précise de la justice, où voyez-vous
aujourd’hui des alliés?
Je pense que
nous vivons dans une phase transitoire
et que les gens ne sont pas d’accord avec ce qui est proposé comme solution à
la mode. Ils ont compris que le néolibéralisme
est déjà sur le déclin. Les précurseurs actuels n’ont pas encore
découvert qu’ils sont déjà
l’arrière-garde. C’est arrivé fréquemment au cours de l’histoire.
Les gens ne se laissent pas faire, ils
ne veulent pas être considérés
uniquement comme des facteurs de coûts. Les meilleures forces humaines, culturelles et religieuses se
révoltent contre cela. Le
fondamentalisme est une des formes de
révolte, certes totalement inadéquate
et surtout barbare. Mais il
s’est
développé parce que le projet de vie
occidental – toujours plus haut, plus vite, plus loin –
ne satisfait pas les besoins métaphysiques de l’homme.
L’Occident a laissé un espace libre pour ceux
qui voulaient davantage que l’offre et la demande. S’il ne satisfait pas
ce besoin, il disparaîtra.
Mais je
constate que la
prise de conscience augmente dans les Eglises, dans le monde entier. Beaucoup de gens qui réfléchissent ne
participent plus à l’abêtissement général.
Dans le fond, tout cela n’est que du marketing. Les grandes
multinationales ne sont
plus qu’un service de logistique avec
marketing. Il n’y a plus rien
derrière qu’un label de marque. La société
Nike, le grand équipementier
sportif, fait fabriquer ses articles ailleurs et colle son logo sur
la marchandise. C’est tout.
Vous diriez donc que les
Eglises pourraient contribuer
grandement à amorcer un retour en arrière?
Je crois que
les chances n’ont jamais été aussi
grandes. Au cours des 150 à 200 dernières années, leurs grands concurrents
furent le libéralisme puis le socialisme. Elles étaient prises au piège entre les deux. Cette
concurrence n’existe plus. Du socialisme, il ne reste plus que des ruines. Et
le capitalisme n’a tenu aucune de ses
promesses.
Les hommes sont à la
recherche d’un ordre qui évite les erreurs aussi bien socialistes que capitalistes. Et là, l’Eglise offre sa
doctrine sociale chrétienne, si elle comprend sa chance.
Une nouvelle
encyclique sociale n’est pas nécessaire
car tout a été dit.
Ce qu’il faut, c’est
quelques personnes qui incarnent cette
doctrine et quelques évêques qui élèvent la voix et parlent si possible de manière concrète, qui appellent
l’exploitation exploitation, qui
qualifient de barbare cette flexibilisation qui efface aussi les
dimanches. Peut-être faut-il dire aux
capitalistes et à leurs estimés représentants qu’ils sont des barbares, des gens incultes. C’est ce que l’Eglise doit
dire sans ménagement, et peut-être faire mettre à la porte un de ces grands
exploiteurs. Le pape
Pie XII(5)
ne s’est pas gêné d’excommunier des
communistes, ce qu’à l’époque j’ai trouvé assez dur et impitoyable. Ce
serait bien d’excommunier un de ces
gros exploiteurs. Si le Vatican a besoin
d’adresses, je peux lui en fournir.
Dans votre livre, vous écrivez que vous avez quelques réserves à formuler envers la Conférence
épiscopale allemande.
Le message
social des évêques allemands du 12
décembre 2003, «Das Soziale neu denken» (Repenser le Social) est à mon avis un catalogue de platitudes néolibérales.
C’est qu’il a été écrit par des
personnes fidèles à cette tradition. Monsieur
Tietmeyer, ancien président de la Banque fédérale, s’y connaît en
matière d’argent. Je crains qu’il n’ait
pas encore lu
Thomas d’Aquin(6).
Mais le
texte des évêques est un aveu d’impuissance quant à la doctrine
sociale. C’est une hérésie d’écrire
que c’est à l’individu qu’il revient de gérer ses affaires.
L’individu
n’a qu’une part de responsabilité. Il n’existe pas de «moi» sans «toi». Il ne peut se retrouver lui-même
en tant que personne qu’à travers le
«toi» et le «nous». Ce n’est pas un individu qui se tourne ensuite
socialement vers son prochain, il ne
peut être individuellement responsable qu’à travers sa part de responsabilité commune. On a pu
constater, après le raz-de-marée de la Nouvelle-Orléans, ce qu’était un monde
de responsabilités individuelles : ceux
qui avaient assez d’argent sont montés dans leur voiture et sont partis
et les autres se sont noyés.
Nous avons mieux à offrir dans notre
tradition que la théorie libérale
de la justice de
Rawls(7)
qui
juge légitime et juste un changement lorsqu’il profite le plus aux
plus défavorisés. Et c’est à lui
que les évêques allemands se réfèrent. Je vais vous montrer la banalité de cette théorie à l’aide d’un
exemple. Une personne a huit saucisses, l’autre n’en a qu’une. Celui qui a huit
saucisses lui en donne deux. L’autre a
maintenant trois saucisses et lui six. Et avec cela, on n’est même pas
sûr que ce soit juste. Rawls lui-même,
ce que les évêques ne disent pas, ne s’en sort
pas sans postuler des biens de base, les mêmes pour tous. Comment
peut-on faire de si pauvres emprunts à
une théorie de la justice certes respectable, mais qui n’a rien à voir avec la tradition
chrétienne, qui n’est qu’une variante de la
théorie libérale de la justice? C’est comme des soldes. Le titre du
texte des évêques est déjà suspect.
J’aurais plutôt dit
Penser la
nouveauté socialement.
Vous placez donc pour le moment peu d’espoir dans les institutions allemandes établies?
Je ne dirai
pas cela non plus. Tout le monde peut
apprendre. J’estime par exemple que
Josef Ratzinger(8)
a assez de bon sens pour ne pas laisser se noyer la doctrine sociale catholique dans la soupe
inconsistante du néolibéralisme. Je
n’attends pas de l’Eglise catholique, qu’elle s’occupe de la manière
d’organiser les retraites. Mais elle
doit énoncer les grands principes de la doctrine sociale.
Qu’est-ce que le
personnalisme, la solidarité, la subsidiarité? J’entends toujours dire que
subsidiarité signifie responsabilité individuelle. C’est faux.
La
subsidiarité, c’est le principe de compétence de la solidarité. Elle donne des structures à la solidarité.
Sans solidarité, la subsidiarité n’est que du vent.
Est-ce que plus de démocratie directe changerait quelque chose en Allemagne
actuellement?
Je ne sais
pas. Ce que je vois maintenant, c’est
que la «Bild-Zeitung» pollue les esprits. Les
gens, pour le problème des retraites par exemple, répéteraient sans
doute les bêtises que la «Bild-Zeitung»
leur prêche tous les jours. Et ce qu’elle prêche est inspiré par le grand groupe d’assurances
Allianz
(9).
Le
plus important, c’est l’éducation des
gens. Une démocratie vaut ce que valent les gens qui y vivent. Directe ou indirecte, c’est une
question d’organisation. Mais sans éducation, sans culture, ils ne font rien
bouger du tout, en tout cas rien de sensé. Il y a encore les organisations professionnelles du mouvement ouvrier
catholique, les familles Kolping. Ce
seraient les premières, à qui confier cette mission d’éducation. Et les chaires de doctrine sociale ont connu des
jours meilleurs. Il nous faudrait un
Nell-Breuning(10)
.
Terminons par une question qui préoccupe de nombreuses personnes. Quel est le rapport entre la
justice et la paix?
Il n’y a pas de paix
sans justice. C’est une évidence. Où naissent les conflits? Là où les gens
ont un sentiment d’injustice. Ils sont
très sensibles à l’injustice. Il n’est pas nécessaire d’avoir étudié
Platon. Nous
ne savons pas toujours ce qui est juste, mais
chacun sait ce qui est injuste.
Quand
30 000 personnes meurent chaque jour parce qu’elles n’ont rien à manger, on n’a pas besoin de cours sur la
philosophie de la justice, on a besoin
de justice. Et si un milliard de personnes n’ont pas d’eau potable, il n’y aura pas de paix.
Elles ne mourront pas de soif en silence
comme des moutons. Elles lutteront. Et les 600 millions de personnes qui
n’ont pas de toit n’accepteront pas
cela. Ce n’est qu’une question de temps. Nous
allons vers une grande catastrophe mondiale. Et les pays industrialisés
très développés ne sont pas aussi
solides qu’ils le pensent. Leur complexité les rend vulnérables. Il suffit de peu pour faire perdre pied à une grande
civilisation. •
(Horizons et débats ,
2 avril 2007, 7 eannée, N°12)
mise à jour
le 03/04/07
1- Norbert Blüm est né le 21 juillet 1935 à Russelsheim. Catholique, marié et
père de trois enfants, il vit à Bonn. Après l’école primaire, il fait un
apprentissage d’outilleur, puis il fréquente des cours du soir et obtient son
baccalauréat. Il fait alors des
études de philosophie, de linguistique, d’histoire et de théologie et passe son doctorat en philosophie. Depuis
1969, il fait partie de la direction fédérale de la CDU. De 1977 à 1987, il est
président central des commissions sociales des travailleurs chrétiens démocrates. De 1981 à 1982, il est
député au Bundestag à Berlin, ministre des Affaires nationales et représentant
du land de Berlin au niveau national. Du 4 octobre 1982 au 26 octobre 1998, il
est ministre du Travail et des Affaires sociales. Depuis 2002, il s’engage de
plus en plus en faveur des Palestiniens des Territoires occupés. Il participe à
plusieurs voyages en Palestine avec le fondateur de Cap Anamur Rupert Neudeck.
Son dernier livre est intitulé
«Gerechtigkeit. Eine Kritik des homo oeconomicus» (ISBN-10:
3-451 05789-1; ISBN-13:
978-3-451-0578-2)
2-
Les Chicago Boys furent, dans les années 1970, un groupe d’économistes libéraux qui avaient
fréquenté l’université de Chicago.
Ils conseillèrent entre autres Augusto Pinochet dans sa politique économique et
financière. Le groupe se composait d’ Arnold
Harberger (Latin American Finance Workshop), de Milton Friedman (Money
and Banking Workshop) et d’autres adeptes de l’école de Chicago. L’idée fondamentale des Chicago Boys était que l’Etat
doit se tenir le plus possible à l’écart de la vie économique et laisser faire
le secteur privé, qu’il doit se limiter à la politique monétaire.
3-
Henry Ford (né
le 30 juillet 1863 à Wayne County,
Michigan, USA, et mort le 7 avril 1947 à Dearborn, Michigan) a fondé la Ford
Motor Company. Il a perfectionné de façon systématique la technique des chaînes de montage pour la
construction des automobiles et a rendu
possible la construction en série de voitures particulières à un coût peu élevé. Ses employés avaient une journée de
travail de 8 heures et ils recevaient
en 1913 déjà un salaire journalier de cinq dollars, nettement au-dessus de
la moyenne d’alors. Pendant la
fabrication du modèle T, produit à plus de quinze millions d’exemplaires entre 1908 et 1927, les salaires sont même
montés à 6 dollars. Ford a également
offert à ses employés un système nouveau de
participation aux bénéfices. Le fait que les salaires dépassaient considérablement ce qui était habituel
jusque-là relevait d’un calcul
économique: Ford voulait augmenter le pouvoir d’achat de ses ouvriers
pour assurer l’écoulement de ses
produits fabriqués en série.
4-
Hedge Funds. Ce
sont des produits du marché des capitaux émis par des sociétés d’investissement de capitaux et dont les
investisseurs peuvent acquérir des
parts. À l’aide du capital recueilli, le fonds achète essentiellement
des titres appartenant à différents
secteurs d’investissement pour augmenter le capital investi sur les marchés financiers internationaux. À la
différence des autres fonds
d’investissement, les hedge funds sont beaucoup plus libres dans le choix des stratégies d’investissement. Au plan
international, il n’existe pratiquement
aucune règle, si bien que la structure, la composition et les risques
des hedge funds peuvent être très
divers. Comme tous les fonds d’investissement, ils visent l’optimisation du profit. Les hedge funds émis ailleurs
qu’en Allemagne sont soumis à une
surveillance plus ou moins stricte mais échappent la plupart du temps au système de contrôle des marchés
financiers et ont la plupart du temps
leur siège dans des paradis fiscaux. À la fin de 2006, l’ensemble des hedge funds représentaient dans le monde un
volume d’environ 1,3 billions de
dollars.
5-Pie XII (Eugenio
Maria Giuseppe Giovanni Pacelli) , né le 2 mars
1876 à Rome et mort le 9 octobre 1958 à
Castel Gandolfo fut Pape de 1939 à 1958.
6-
Saint Thomas d’Aquin: Son éthique
concilie celle d’Aristote avec l’éthique
chrétienne augustinienne. La vertu consiste dans la mesure, dans
l’équilibre entre des oppositions
contraires à la raison. Le comportement moral se caractérise par le respect de l’ordre de la raison (droit
naturel, éthique naturelle) et
correspond ainsi à la volonté de Dieu. Saint Thomas a remplacé les quatre vertus cardinales classiques par les
trois vertus chrétiennes que sont la foi,
l’amour et l’espoir.
7-
John Rawls (né
le 21 février 1921 à Baltimore et mort le 24 novembre 2002 à Lexington,
Massachusetts) était un philosophe américain considéré comme le principal théoricien du libéralisme politique. Sa
théorie de la justice est une simple
théorie des procédures de justice.
8-
Josef Ratzinger:
Benoît XVI.
9-
Allianz est
une compagnie d’assurances privée à but lucratif présente dans le monde entier. Elle offre des assurances-vieillesse
dont les bénéficiaires économisent un
capital qui leur est remboursé à partir d’un certain âge en une fois ou
sous forme de retraite. L’idée
fondamentale de solidarité n’existe plus. Celui qui verse beaucoup reçoit plus tard
(éventuellement) beaucoup d’argent et celui qui verse peu ne reçoit que peu d’argent.
10-
Oswald von Nell-Breuning SJ (né le 8 mars 1890
à Trêves et mort le 21 août 1991 à
Francfort-sur-le-Main) était un théologien catholique, un économiste et
un philosophe social. Il est considéré
comme le «père de la doctrine sociale
catholique». Il a élaboré les fondements de la doctrine sociale
catholique et influencé son
développement pendant des décennies. Il s’est investi de diverses manières dans l’application des trois
principes qui constituent la base d’une
politique sociale: personnalité, solidarité et subsidiarité. Les thèmes
centraux de ses quelque 1700
publications sont les relations entre le travail et le capital, l’importance des syndicats, la
cogestion et le marxisme.
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