Justice et Paix : NOUVELLES DE MISSIONNAIRES
- Engagements d'Eglise



JOURNAL DE VOYAGE  EN HAITI--.MARS 2008

ENFIN JE RETROUVE LE PAYS TANT AIME !!!! Après 10 ans d’absence je foule à nouveau cette terre rêvée et si désirée. Tout d’abord une belle impression : l’accueil à l’aéroport mérite de grands éloges. Apparemment tout le monde est bienvenu. . En ligne, comme dans tous les aéroports du monde, avec discipline, chacune attend son tour pour montrer ses papiers. Aux bagages, fini le cauchemar des 50 porteurs de valises qui se disputent vos mallettes afin de faire un bon  pourboire. Là  encore, le calme plat d’un lieu de villégiature bien programmé. Le passage aux douanes des temps de la dictature de Cédras ou de Duvalier où l’on vous fouillait systématiquement est révolu.
En sortant c’est la chaleur des Caraïbes  qui vous surprend si vous venez d’un pays froid et la foule des badauds ou des familles qui viennent recevoir très
chaleureusement les leurs, soupirant déjà  aux nombreux cadeaux qui font éclater
les nombreuses valises amenées  par les  gens de la diaspora de NEW YORK, Miami,
Montréal  ou Paris. N’oublions pas que plus de 2 millions d’Haïtiens vivent
dans ces pays et qu’ils font vivre, au moins partiellement  les 8 millions d’habitants
qui n’ont pas eu la chance de trouver un bateau boat people ou un avion bienveillant.

   Premier contact avec les routes de la République ou la conduite devient un
exercice de gymkhana  unique en son genre: passer entre les trous et les taps - taps
qui vous collent de très près
. Cela exige une maîtrise bien solide. De plus le
soleil qui vous réchauffe généreusement vous rend un peu plus nerveux. Mais si
vous prenez l’affaire  tranquillement rien ne vous arrivera.

La montagne de Furcy  située à 1800 mètres  d’altitude me fera vivre de beaux moments de fraîcheur et de bonheur en compagnie des paysans de cette région bénie, car la terre vous donne de bons fruits et légumes  qui nourrissent une bonne partie de la capitale. Il faut vous dire que les légumes  restent un privilège  de la classe moyenne  car leur coût dépasse le pouvoir d’achat des pauvres du pays. D’ailleurs la vie est devenue si chère  en quelques années  que le peuple n’a plus que le riz et les haricots  rouges pour combler sa faim. Le reste est totalement inaccessible. Peut - être que le   « maimoulen »  plat de maïs très apprécié  des haïtiens est encore consommable.

  Messe dominicale dans une église  pleine à craquer !!!!Chants créoles par une des 5 chorales de la paroisse aussi passionnants dans leur contenu que par le rythme de la jeune directrice de ce groupe appelé  « Kiro » (mouvement de jeunes très connu dans le  pays). L’envie  de dialoguer avec la foule me reprend, mais ce n’est pas facile : pas de micro portatif.

  À la sortie c’est la grande rencontre des amis du village : les jeunes font les yeux doux à toutes ces belles adolescentes habillées  de blanc, tandis que les vieux se retrouvent autour d’un petit verre de rhum ou de clairin. On jase tranquillement et on se prépare  au repas dominical qui sera un peu plus relevé que d’ habitude. Peut- être  qu’on   pourra se permettre une aile ou une cuisse de poulet dans le plat de riz et pois délicieux.

Du haut de son sommet, le morne Nacelle vous regarde avec fierté et vous
rappelle qu’Haïti  veut dire pays de montagnes. Un peu trop dénudé  bien sur,
comme tout le pays, mais comment faire pour cuire le manger quand le gaz coûte
pratiquement le salaire d’une employée   de maison
. Facile de condamner le peuple
mais a-t-il d’autre  solution ??? En tous  cas, dans notre école de Bel air avec
495 élèves qui rêvent  de manger une fois par jour un vrai plat, le chauffage au
gaz reste inaccessible.

Il faut vous dire aussi que Furcy est le lieu de résidence des privilégiés
durant les vacances, du moins traditionnellement. Actuellement j’ai l’impression que cette catégorie de population se repose à Miami ou le climat politique est plus calme ... en Février  2008 plus de  25 kidnappings ont secoué non seulement les riches mais aussi les pauvres . En ce domaine pas de privilèges ...
Une de mes amie prof a été  kidnappée, mais grâce  a Dieu elle n’a pas été maltraitée. Une bonne liasse de billets verts suffisent à  calmer l’appétit glouton de cette nouvelle race de privilégiés. Le bruit  court que certains membres de la police complètent leur salaire mensuel grâce à ces «  surplus » qui peuvent atteindre $ 50000 US. Parfois  cela  peut se terminer   très mal .

De retour en ville à Port au Prince, je prends une occasion au vol pour aller visiter un projet jardins miracles élaboré par un groupe de paysans de Verrettes, à 3h de mauvaise route au nord de  la capitale. Vous en sortez épuisés mais cela en
vaut la peine: Après ces mornes = montagnes dénudées  quel plaisir immense de retrouver des vaches et de la verdure le long du fleuve Artibonite. De belles tomates bien juteuses vous attendent et vous remplissent de fraîcheur. Sous cette chaleur de 33 degrés  cela vous réconforte  joyeusement .Grâce à l’Association Enfants Soleil de Dijon menée avec  une grande dose de générosité par Annie et Gérard, soutenus par Michel, ce projet pourrait devenir un grand ensemble de développement dans cette  région

Et maintenant un petit tour à Belair objet de toutes les peurs et des angoisses des ONGs. Ex. forteresse des  lavalassiens, écrasée par la peur des commandos de chimères qui ont fait fuir des centaines d’élèves des écoles , même de la notre , la Fraternité qui de 800 enfants et jeunes adolescents est arrivée aux environs de 500 !!! Martha Natoux reste fidèle dans la direction de cette école des enfants les plus pauvres du quartier. Une bonne partie vient des restavèks(1) qui travaillent comme domestiques dans les maisons du quartier. Située derrière la Cathédrale de Port - au - Prince, cette école attire le matin plusieurs centaines d’élèves « normaux » soutenus par l’éducation nationale. Celles de l’après-midi doivent se contenter de l’aide de bénévoles  ou de bienfaiteurs de NEW YORK et de Normandie, sans oublier ceux de province. Même  notre Grand Collège Lycée spiritain qui a formé des générations de politiciens et d’intellectuels a perdu  près de 800 élèves  suite aux manifestations des aristidiens qui ont balayé le quartier de leurs tirs  incontrôlés
Devant nous—professeurs et  directrice  -- plus de 490 enfants chantent à tue tête tout le répertoire de Bienvenue et de remerciement qu’on leur a appris pour les futures visites des Associations qui financent cette école. Depuis ce matin, ces enfants n’ont  pas mangé grand chose, mais chacune essaie de tromper sa faim en suçant un bonbon ou une glace enrobée  de jus de fruit ou de sirop. En classe, les professeurs d’un niveau variant entre la 3eme secondaire et le bac, essaient difficilement de faire répéter aux enfants quelque poésie ou histoire d’Haïti qui leur permettront de se défendre plus tard. Pour un salaire de $25 US par mois, ces jeunes profs persistent dans cette lutte contre l’analphabétisme. Mais quelle misère quand on sait que le moindre déplacement coûte 60 centimes de $. Sans compter la nourriture du midi qu’il faut trouver quelque part. Depuis mon arrivée, la même question revient sans cesse: comment le peuple de cette capitale de 2 millions d’habitants  peut - il  subsister dans ces conditions quand on sait que 70 % n’ont pas de travail fixe. Seul le commerce informel permet à la majorité de tromper sa faim. Des milliers de vendeuses se bousculent au centre ville pour vendre quelques tomates ou bien des batteries de rechange ou n’importe quelle gadget électronique envoyé  par une diaspora de New - York ou Miami. La vie est devenue si chère qu’il est absolument impossible -
rationnellement parlant - de se nourrir ou de se déplacer.

   Haïti est devenu le Miracle permanent des Amériques !!! La diaspora envoie chaque année $1.6 milliard US. La communauté  internationale bouche les trous de l’administration étatique - éducation nationale, justice, police - avec de grands soupirs de découragement  devant le manque d’organisation du  gouvernement .Mais que fait cette Communauté si riche pour former de vrais gestionnaires et comptables honnêtes - donc bien payés - qui pourront aider  cette administration publique à gérer les fonds qu’elle reçoit de la Banque Mondiale ou du FMI ??? .
     Une blague qui en dit long sur la situation du pays : René Préval, Président de la République, aurait dit qu’il était prêt à prendre la tête de manifestations contre la vie chère !!!


Mais que fait la  Minustha  forte de ses 8000 hommes  et femmes ? Elle se cache sur les routes et patrouille en ville à  la recherche  d’éventuels  kidnappeurs qui semblent toujours bien organisés, en particulier dans certains quartiers chauds. En février 2008 on parle d’une  trentaine  de personnes disparues brutalement. Evidemment si vous ne voulez pas payer on vous menace de toutes sortes de misères, dont la plus  atroce - dit-on sous forme de blague - est de vous couper en rondelles et vous jeter dans la mer !!! Les poissons feront le reste.  Je ne crois pas que ce soient les plus pauvres qui s’adonnent a de telles pratiques. Cela suppose une certaine formation en cruauté. On se rappelle les années de Duvalier qui a préparé  largement le chemin en coupant les têtes  des opposants  qu’il envoyait aux familles complètement terrorisées. En général elles s’enfuyaient à  l’étranger le plus vite possible... si on leur donnait le droit de quitter le territoire.

  Comment un professeur de primaire qui gagne $200 haïtiens par mois peut...
payer les frais de scolarité de $300 haïtiens  de sa fille de 18 ans qui étudie
en philosophie dans une école privée ? Normalement un prof du public gagne $1000
haïtiens par mois. Souvenez vous que $100 =500 gourdes et que le $US vaut 38ou40
gourdes. Je vous laisse faire le calcul ...
Haïti pays de miracles ou de la débrouille? Aujourd’hui à  Belair , avec les 18 profs qui gagnent une misère de $24US par mois, j‘entends encore les cris de découragement de ces  femmes, mères de famille de 2,3,4 enfants qui travaillent depuis 20 ans dans cette école  d’enfants pauvres dont personne ne veut s’ occuper car leur capacité de payer des frais de scolarité est insignifiante.  Seules des femmes pauvres et d’une générosité  extraordinaire peuvent accepter de gagner une telle misère et de payer en plus un transport qui mangera chaque mois 1|3 de leur salaire .De plus le ventre vide !!! Où sont les saints d’aujourd‘hui ?  Ou bien les plus exploités de la terre ? Dans les usines Renault  de Roumanie  ou bien dans ces écoles de misère ???

  Plusieurs jeunes profs de cette école de la Fraternité de Belair aimeraient poursuivre leurs études à l’Université du coin, mais comment assumer toutes ces demandes qui  traînent  sur mon bureau ce soir ?

   En guise de conclusion, je dirais que ce petit pays des Caraïbes de 8  ou 10 millions d’ habitants qui se meurent de faim ne peut être sauvé que par la Communauté Internationale unie à la Diaspora  Haïtienne en particulier américaine. Oui il est vrai que la classe des privilégiés n’a pas suffisamment  investit dans le pays, comme l’a fait  celle de la République Dominicaine. Mais que peut- elle faire dans un pays  où  la grande majorité de la population  ne trouve pas de travail et ne peut nourrir sa  famille. À long terme le tourisme pourrait donner un coup de fouet au développement du pays, mais ne pourra pas résoudre les problèmes de sous-nutrition des 30 ou 40% de la population.

    Pour commencer, il faut que le P.A.M. (2) donne à manger à tous les enfants des écoles, publiques ou privées (70% des écoles) à travers le P.N.C.S. (3)  qui a été mis sur pied par le gouvernement actuel. Encore une fois Haïti n’est qu’ un petit pays par rapport au Bengladesh ou le Darfour .

   Deuxième étape : alphabétiser tout le monde . On ne peut développer un pays avec 60 ou 70 % de gens qui ne savent ni lire ni écrire . Actuellement grâce à l’ aide de Cuba un programme audio-visuel d’ alphabétisation se met en place, mais ayant travaillé pendant 14 ans en vidéo grâce au CEPEDAV ou Centre Pédagogique Audio visuel, vu les problèmes énergétiques du pays, je ne vois pas comment ce programme pourra durer. Sans compter les problèmes techniques d’entretien des moniteurs de TV ou la  mauvaise qualité des réseaux .
      Il suffit de revenir à l’excellente méthode de Paulo Freire que nous avions expérimentée durant les années 86-88 avec la Mission Alpha, en espérant que personne ne viendra  mettre des obstacles à ce programme . !!!

    Troisième étape très importante : donner du travail à cette population dont les capacités d’endurance sont reconnues partout en Amérique du Nord ?  même dans les Antilles Françaises  et en Guyane. Je fais confiance à tous les grands experts internationaux et  haïtiens pour nous trouver les meilleures   formules .

Voilà  ce que je puis vous dire après  12 jours d’un séjour trop court  pour reprendre la vraie température du pays. Les manifestations de colère du peuple ces jours- çi ne font que confirmer l’URGENCE d’une prise en main sérieuse de la Communauté Internationale et de la Diaspora  haïtienne. La  production nationale de café et de riz reste absolument  insuffisante pour répondre aux besoins des 10  millions d’haïtiens qui ont faim terriblement faim !!!
Avec toutes mes amitiés

Soler , cssp .

Vitry sur Seine le 6-4-08.




1- Enfants qui sont au service de propriétaires.
2- Programme Alimentaire Mondial
3- Programme national des cantines scolaires/p>

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