Selon
un nouveau rapport de l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et
l’agriculture (1),
l'intensification de la production de biocarburants dans les pays en
développement pourrait exacerber la marginalisation des femmes dans les zones
rurales, menaçant ainsi leur moyens d'existence.
« La production de biocarburants offre sans
aucun doute de nouveaux débouchés pour les agriculteurs, mais ceux-ci ne se
répercuteront au niveau des exploitations et des femmes que si des politiques
en faveur des pauvres sont mises en place pour donner aux femmes les moyens
d'agir », a déclaré Yianna Lambrou, co-auteur du rapport, selon un
communiqué(2)
publié aujourd'hui à Rome.
Le
rapport, intitulé `Inégalité entre les sexes et production de biocarburants
liquides : minimiser les risques pour maximiser les opportunités´,
souligne que la culture de
biocarburants comme le bioéthanol requiert davantage d'intrants --; terre,
eau, engrais chimiques et pesticides --; dont l'accès est déjà limité aux
petits agriculteurs, dont les femmes.
Pour
Yianna Lambrou, les pays en développement vont devoir adopter des politiques
destinées à favoriser la participation des petits agriculteurs et des femmes en
particulier, s'ils veulent éviter l'accroissement des inégalités entre sexes et
de la vulnérabilité des femmes.
La
demande mondiale croissante de biocarburants pousse à la conversion des terres,
ce qui pourrait entraîner le déplacement partiel ou total des activités
agricoles des femmes vers des terres de plus en plus marginales, observe le
rapport, ce qui nuirait à leur capacité de produire de la nourriture.
Ce
changement pourrait par ailleurs priver davantage les ménages de bois et d'eau,
et constituer un danger pour la diversité agricole. Concernant la création
d'emplois, la production de biocarburants est susceptible d'offrir des emplois
pour travailleurs agricoles peu qualifiés, un secteur où les femmes sont de
plus en plus nombreuses -- 40% en Amérique latine et Caraïbes. Le rapport
insiste sur la nécessité d'approfondir
les recherches sur l'impact socio-économique de la production de biocarburants
sur l'inégalité hommes/femmes.
BIOCARBURANTS: RISQUE DE MARGINALISATION ACCRUE DES
FEMMES : LA FAO PRECONISE DES MESURES ECOLOGIQUEMENT DURABLES EN FAVEUR
DES PAUVRES (3)
L’intensification de la production de
biocarburants dans les pays en développement pourrait exacerber la marginalisation des femmes dans les zones rurales menaçant
ainsi leurs moyens d’existence, selon un nouveau rapport de la FAO.
Le rapport fait
remarquer que les grandes plantations destinées à la production de
biocarburants, comme le bioéthanol et le biodiesel, requièrent une utilisation intensive de ressources et d’intrants dont
l’accès est généralement limité aux petits agriculteurs, et en particulier
aux femmes. En tête de ces intrants figurent la terre et l’eau, les engrais
chimiques et les pesticides.
“Si les pays en développement n’adoptent pas
des politiques propres à renforcer la participation des petits agriculteurs, en
particulier les femmes, à la production de biocarburants - en augmentant leur
accès à la terre, au capital et aux technologies –, les inégalités entre sexes
seront plus marquées et la vulnérabilité des femmes à la faim et à la pauvreté
a de fortes probabilités de s’aggraver”, selon Yianna Lambrou.
Mme Lambrou est
co-auteur du document Gender and Equity
Issues in Liquid Biofuels Production – Minimizing the Risks to Maximize the Opportunities :
“La production de biocarburants offre
sans aucun doute de nouveaux débouchés pour les agriculteurs, mais ceux-ci ne
se répercuteront au niveau des exploitations et des femmes que si des
politiques en faveur des pauvres sont mises en place pour donner aux femmes les
moyens d’agir.”
Fortes pressions :
La demande croissante à l’échelle mondiale de biocarburants,
associée au besoin accrue en terres, pourrait mettre sous pression les terres
marginales qui assurent des fonctions de subsistance fondamentales pour les
ruraux pauvres et sont fréquemment exploitées par des femmes, indique le
rapport de la FAO.
La conversion de
ces terres en plantations pour la production de biocarburants “pourrait entraîner le déplacement partiel ou
total des activités agricoles des femmes vers
des terres de plus en plus marginales”, avec des répercussions
négatives sur leur capacité de cultiver et produire de la nourriture.
Toujours selon
le rapport, l’appauvrissement potentiel ou la dégradation des ressources
naturelles du fait des grandes plantations destinées à la production de
biocarburants pourrait imposer une charge supplémentaire aux agriculteurs, et
en particulier aux agricultrices, en se répercutant sur leur travail et leur
santé.
Si la production
de biocarburants rivalise, de façon directe ou indirecte, avec
l’approvisionnement en eau et en bois de feu, elle pourrait limiter la disponibilité de ces ressources pour les ménages.
Cela
contraindrait les femmes, généralement responsables de la collecte de l’eau et
du bois dans la plupart des pays en développement, à parcourir de plus longues distances, réduisant d’autant le temps
dont elles disposent pour se procurer des revenus d’autres sources.
Le rapport lance
une autre mise en garde: la substitution des cultures locales par des
monocultures énergétiques pourrait
menacer la biodiversité agricole, ainsi que les vastes connaissances et les
compétences traditionnelles des petits agriculteurs en matière de gestion,
sélection et stockage des cultures locales, activités habituellement réservées
aux femmes.
Inégalité des
opportunités d’emploi :
La création de
plantations pour la production de biocarburants est susceptible de créer de
nouveaux emplois dans les zones rurales, essentiellement pour les travailleurs
agricoles peu qualifiés, de plus en plus employés à titre saisonnier ou
journalier.
Toutefois, un
nombre grandissant de ces travailleurs sont des femmes (environ 40 pour
cent en Amérique latine et aux Caraïbes) qui, en raison des inégalités sociales,
sont particulièrement défavorisées en termes de salaires, de conditions de
travail et d’allocations, de formation et d’exposition aux risques
professionnels ou sanitaires.
Le rapport
insiste sur la nécessité d’approfondir
les recherches et les données sur les effets socio-économiques de la production
de biocarburants liquides sur les hommes et les femmes.
Le rapport
préconise une stratégie de développement des biocarburants écologiquement
durable et en faveur des pauvres, en intégrant les plantations énergétiques
dans les systèmes agroalimentaires locaux existants, et ce, afin de préserver les activités agricoles
traditionnelles des petits exploitants, leurs compétences et leurs savoirs
spécialisés, cruciaux pour la sécurité alimentaire et la résilience à long
terme des communautés rurales.
Des mesures
doivent être prises pour garantir aux femmes et aux ménages dirigés par des
femmes les mêmes opportunités qu'aux hommes pour prendre part à la production
durable de biocarburants liquides et en tirer profit. C’est d’autant plus
important que le nombre de femmes chefs de famille ne cesse d’augmenter
(environ 40 pour cent en Afrique australe et 35 pour cent aux
Caraïbes).