DROITS DE L'HOMME
DÉLIT DE SOLIDARITÉ : "
UN CLIMAT DÉLÉTERE DEPUIS
PLUSIEURS MOIS"(1)
La question
n’est pas de savoir s’il y a eu 2, 20 ou 200 personnes poursuivies et
condamnées pour aide au séjour irrégulier parce qu’elles ont eu des gestes
d’humanité.
Ce que nous dénonçons aussi, surtout, c’est
un climat délétère entretenu depuis des mois :
- Ce sont des
pressions des administrations sur les associations et les travailleurs sociaux
pour qu’ils donnent les renseignements facilitant l’expulsion des sans papiers.
- C’est la
pression
sur les centres d’accueil pour demandeurs d’asile pour qu’ils fassent
sortir les déboutés du droit d’asile des foyers, avec la menace pour les
organismes gestionnaires de perdre une partie de leurs financements.
- Ce sont des
intimidations
de bénévoles et de militants d’association, convoqués par la police,
parfois à la demande des procureurs, pour qu’ils s’expliquent sur l’aide
humanitaire, sociale ou juridique qu’ils apportent aux sans papiers.
- Ces sont des
futurs
conjoints de français, poursuivis et pour certains condamnés pour avoir osé
aimer un sans papier et avoir voulu se marier avec.
- Ce sont des
contrôles
de police effectués à proximité immédiate des permanences d’accueil ou de
domiciliation, pour y contrôler les étrangers et arrêter ceux qui n’ont pas
de titre de séjour.
- Ce sont des
citoyens
poursuivis ou condamnés pour outrage, pour incitation à la rébellion, tout
simplement parce qu’ils sont intervenus lorsqu’ils étaient témoins de
brutalités policières lors des expulsions.
Contrôles,
intimidations et convocations des personnes, poursuites pénales, chantages aux
financements sur les établissements d’accueil, sur les associations...
C’est ce climat
qui est inacceptable, et que nous dénonçons aujourd’hui par cette mobilisation
citoyenne.
M. Besson nous
écrivait hier pour se féliciter du «
remarquable
effort de pédagogie » que nous avons fait avec Emmaüs, le secours
Catholique, la FNARS et la FEP dans une brochure destinée aux bénévoles et
travailleurs sociaux. «
Accueil des sans
papiers et interventions policières : que dois-je faire ? ».
Si nous avons
réalisé ensemble ce document, c’est bien parce que les membres de nos
associations et les travailleurs sociaux sont de plus en plus inquiets face aux
demandes de la police, des préfectures, des services de l’Etat, et qu’ils
craignent des sanctions ou des poursuites.
M Besson nous
félicite pour notre effort de pédagogie : Et bien nous ne pouvons que l’inviter
à faire le même effort de pédagogie à l’égard de tous les fonctionnaires de son
ministère, à l’égard des préfectures, à l’égard de la police, des magistrats et
des procureurs.
Une explication de texte s’impose pour que
tous les services de l’Etat comprennent clairement - le ministre l’a
lui-même reconnu à France Inter - que « aidant » et « trafiquant » sont deux
mots bien distincts, et qu’en semant la confusion entre les deux, la loi ouvre
la voie à des pratiques que nous réprouvons profondément.
Pour que cette pédagogie soit
efficace et sans ambiguïté, le plus simple est d’aller jusqu’au bout de
l’intention qu’il exprime, en changeant la loi.
1-
Intervention de Laurent Giovannoni, secrétaire Général de la
Cimade