DROITS DE L'HOMME
APPEL D'OFFRES SUR LA RETENTION :
LA CIMADE CONTESTE LA
DECISION DU MINISTERE DE L'IMMIGRATION(1)
Les décisions
d'attributions du marché public relatif à la défense des droits des étrangers
placés en centre de rétention administrative confirment la
volonté du ministère de l'Immigration de mener à son terme l'entreprise
de démantèlement de cette mission associative unique en Europe.
La Cimade a
décidé de contester juridiquement cette réforme par la voie d'un référé pré -
contractuel. Ce contentieux vise à annuler cette procédure d'appel d'offres qui
ne peut que conduire à la quasi -
impossibilité pour les étrangers d'exercer leurs droits en rétention,
contrairement à ce que la loi prévoit :
-
Le choix du recours
à l'appel d'offres, à la mise en concurrence de prestataires de service
pour assurer une mission de défense des droits de l'Homme,
n'est pas neutre. Au-delà de l'affaiblissement de la qualité de
l'aide juridique apportée aux étrangers, de la disparition d'une vision et
d'une analyse globale de la situation des centres de rétention administrative,
les associations attributaires vont se trouver dans une complète dépendance
vis-à-vis des pouvoirs publics.
- Le
bon accomplissement de cette mission de défense des droits génère
nécessairement une position de tension constante voire d'opposition avec
l'Administration qui met en œuvre les expulsions.
Dans le cadre d'un renouvellement de ces marchés publics tous les ans,
l'Administration privilégiera naturellement ceux qui font le moins obstacle à
la réalisation de ses quotas d'expulsion.
- Les
décisions d'attributions rendues publiques vendredi 10 avril sont un premier
exemple de cette logique à l'œuvre. Ainsi les résultats font apparaître que La
Cimade est l'association qui recueille toujours la note la plus faible pour le
critère de la «
compréhension des enjeux
».
Sans doute qu'après 25 ans de défense
des étrangers en rétention, La Cimade n'a pas la même appréciation des « enjeux » de cette mission.
Dans un contexte
européen marqué par une politique de plus en plus répressive à l'égard des
étrangers, et alors que le Président de la République vient de demander au
ministre de l'Immigration de transposer au plus vite la «
directive de la honte » dans la législation nationale, la
France semble s'engager dans un mouvement
tendant à réduire les obstacles à la politique d'expulsion systématique :
-
Diminution
des garanties juridiques par une volonté de « simplifier » le contentieux de la
reconduite à la frontière,
-
Affaiblissement
du rôle de contrepoids des ONGs,
-
Signature
d'accords de réadmission avec les pays d'origine ou de transit.
Quelle que soit
l'issue des contentieux engagés,
La
Cimade est déterminée à poursuivre son action avec ses partenaires en France,
en Europe comme dans les pays du Sud, pour défendre et construire une
vision des mouvements de population qui sache respecter d'abord les droits et
la dignité des personnes migrantes.
1- Communiqué de presse de
la Cimade du
16 Avril 2009