Partenaires : AEFJN
ACADEMIE PONTIFICALE DES
SCIENCES
Casina Pio IV
V-00120 VATICAN CITY
Fax +39 0669885218
E-Mail: academy.sciences@acdscience.va
Buxelles, 8 avril 2009
Concerne: Semaine d'études de l'Académie Pontificale des
Sciences
"Les plantes transgéniques pour la sécurité
alimentaire dans le contexte du développement" à Rome, 15.-19. Mai
2009
Nous sommes membres du
réseau Afrique - Europe Foi & Justice mandaté par
50 congrégations missionnaires, soit 30 000 religieuses et religieux
actifs en Europe et en Afrique. L’objectif de ce réseau est de promouvoir
des relations économiques plus équitables entre les Institutions Européennes et
les pays d’Afrique Sub - Saharienne. Nous nous intéressons aux politiques ayant
une incidence sur les moyens d'existence des Africains et sur la sécurité alimentaire. Nos membres
sont actifs sur le continent africain depuis de nombreuses années. Leur mission
auprès des pauvres est de leur apporter le message évangélique et d’améliorer
leurs conditions de vie.
Nous sommes heureux
d'apprendre que l'Académie pontificale des Sciences organise une semaine
d'étude sur "
les plantes
transgéniques pour la sécurité alimentaire dans le contexte du développement".
Tout ce qui peut contribuer à lutter contre le fléau de la faim est d'une
grande importance pour nous et nous nous félicitons que l'Église au niveau
universel est impliquée dans le débat sur les cultures génétiquement modifiées
et leur impact sur le développement et la réduction de la pauvreté.
Toutefois,
en regardant le programme, nous avons été consternés de voir que la
liste des orateurs éminents contient
principalement ceux qui sont favorables aux plantes transgéniques.
Les voix critiques sont absentes. Le
débat scientifique sera, à notre avis, loin d'être satisfaisant. Il n'est pas
juste de rejeter les nombreuses études non favorables aux cultures
transgéniques comme non - scientifiques ou influencées par des groupes de
pression, alors que les études favorables aux OGM sont souvent financées par de
puissants lobbies des agro-industries. Afin de permettre une discussion ouverte
et équitable sur la question, nous voudrions
suggérer que les personnes scientifiquement compétentes qui sont critiques
à l'égard de plantes transgéniques aient l'occasion d'exprimer leurs arguments
et leurs conclusions au cours de la semaine d'étude.
Une
représentation partiale sur le panel d'intervenants peut facilement donner
l'impression que l'Académie pontificale des Sciences a déjà conclu que les
plantes transgéniques ne donnent que des avantages pour la sécurité alimentaire
dans le contexte du développement, et sont peut-être la solution comme le
prétendent certains groupes de lobby puissants, ce qui pourrait grandement
nuire à la réputation et la crédibilité de l'Académie pontificale.
Il
est difficile de comprendre que les conclusions du rapport de l'Evaluation
internationale des sciences et technologies agricoles pour le développement (
International Assessment of Agricultural
Science and Technology for Development
IAASTD) en
2008 ont été
ignorées dans la préparation de cette semaine d'étude. Dans ce rapport,
400 éminents scientifiques du monde entier
ont rassemblé les recherches les plus récentes sur les meilleures façons de
lutter contre la faim. Ce rapport
pose
un regard critique sur les cultures génétiquement modifiées, analyse
l'impact des droits de brevet sur les petits agriculteurs et il suggère un
changement de stratégie dans les politiques agricoles. Une Semaine d’étude sur
la sécurité alimentaire dans le contexte du développement ne peut pas ignorer
un rapport qui a été parrainé par la FAO, le PNUE, l'UNESCO, le PNUD, l'OMS et
la Banque mondiale et qui a été approuvé par 59 pays.
La semaine d'étude devrait également tenir compte du fait
que la majeure partie des pauvres sur le continent africain sont des petits
agriculteurs de subsistance. Elle doit par
conséquent tenir compte de l'impact des semences génétiquement modifiées sur
cette part de population pauvre. Le recours aux semences génétiquement
modifiées signifie que les agriculteurs ne peuvent plus conserver leurs propres
semences pour la saison suivante et qu’ils
deviennent
totalement dépendants des entreprises multinationales pour les semences et les
pesticides. L'expérience des paysans indiens avec les cultures de coton GM
s'est avérée désastreuse dans de nombreux cas. Du fait des droits de propriété
intellectuelle sur les graines, les agriculteurs d’une région entière peuvent
devenir dépendants de ces entreprises et ne plus être en mesure de poursuivre
leurs propres politiques agricoles.
Il serait également
souhaitable que, lors de la conférence,
non
seulement des scientifiques mais aussi des petits agriculteurs puissent
présenter leurs expériences positives et négatives avec des semences
génétiquement modifiées. Ceci contribuerait certainement à un meilleur
équilibre des conclusions et à des recommandations plus pragmatiques.
Nous vous demandons avec
insistance d'examiner nos suggestions et nous espérons que la semaine d'étude
sera une véritable contribution à la lutte contre la pauvreté et la faim dans
le monde.