Partenaires : AEFJN

AFRICA-EUROPE FAITH AND JUSTICE NETWORK

Rue Joseph II, 174
B-1000  Brussels - Belgium
Tel. +32- (02) 234 68 10   fax +32-(0)2 231 1413
e-mail: aefjn@aefjn.org  site:  http://www.aefjn.org
cfouarge@aefjn.org
        + 32 234 68 24

ACADEMIE PONTIFICALE DES SCIENCES

Casina Pio IV
V-00120 VATICAN CITY
Fax +39 0669885218
E-Mail: academy.sciences@acdscience.va

Buxelles, 8 avril 2009

Concerne: Semaine d'études de l'Académie Pontificale des Sciences
"Les plantes transgéniques pour la sécurité alimentaire dans le contexte du développement" à Rome, 15.-19. Mai 2009

Nous sommes membres du réseau Afrique - Europe Foi & Justice mandaté par 50 congrégations missionnaires, soit 30 000 religieuses et religieux actifs en Europe et en Afrique. L’objectif de ce réseau est de promouvoir des relations économiques plus équitables entre les Institutions Européennes et les pays d’Afrique Sub - Saharienne. Nous nous intéressons aux politiques ayant une incidence sur les moyens d'existence des Africains et  sur la sécurité alimentaire. Nos membres sont actifs sur le continent africain depuis de nombreuses années. Leur mission auprès des pauvres est de leur apporter le message évangélique et d’améliorer leurs conditions de vie.

Nous sommes heureux d'apprendre que l'Académie pontificale des Sciences organise une semaine d'étude sur "les plantes transgéniques pour la sécurité alimentaire dans le contexte du développement". Tout ce qui peut contribuer à lutter contre le fléau de la faim est d'une grande importance pour nous et nous nous félicitons que l'Église au niveau universel est impliquée dans le débat sur les cultures génétiquement modifiées et leur impact sur le développement et la réduction de la pauvreté.

Toutefois, en regardant le programme, nous avons été consternés de voir que la liste des orateurs éminents contient principalement ceux qui sont favorables aux plantes transgéniques. Les voix critiques sont absentes. Le débat scientifique sera, à notre avis, loin d'être satisfaisant. Il n'est pas juste de rejeter les nombreuses études non favorables aux cultures transgéniques comme non - scientifiques ou influencées par des groupes de pression, alors que les études favorables aux OGM sont souvent financées par de puissants lobbies des agro-industries. Afin de permettre une discussion ouverte et équitable sur la question, nous voudrions suggérer que les personnes scientifiquement compétentes qui sont critiques à l'égard de plantes transgéniques aient l'occasion d'exprimer leurs arguments et leurs conclusions au cours de la semaine d'étude.
Une représentation partiale sur le panel d'intervenants peut facilement donner l'impression que l'Académie pontificale des Sciences a déjà conclu que les plantes transgéniques ne donnent que des avantages pour la sécurité alimentaire dans le contexte du développement, et sont peut-être la solution comme le prétendent certains groupes de lobby puissants, ce qui pourrait grandement nuire à la réputation et la crédibilité de l'Académie pontificale.

Il est difficile de comprendre que les conclusions du rapport de l'Evaluation internationale des sciences et technologies agricoles pour le développement (International Assessment of Agricultural Science and Technology for Development  IAASTD) en 2008 ont été ignorées dans la préparation de cette semaine d'étude. Dans ce rapport, 400 éminents scientifiques du monde entier ont rassemblé les recherches les plus récentes sur les meilleures façons de lutter contre la faim. Ce rapport pose un regard critique sur les cultures génétiquement modifiées, analyse l'impact des droits de brevet sur les petits agriculteurs et il suggère un changement de stratégie dans les politiques agricoles. Une Semaine d’étude sur la sécurité alimentaire dans le contexte du développement ne peut pas ignorer un rapport qui a été parrainé par la FAO, le PNUE, l'UNESCO, le PNUD, l'OMS et la Banque mondiale et qui a été approuvé par 59 pays.
 
La semaine d'étude devrait également tenir compte du fait que la majeure partie des pauvres sur le continent africain sont des petits agriculteurs de subsistance. Elle doit par conséquent tenir compte de l'impact des semences génétiquement modifiées sur cette part de population pauvre. Le recours aux semences génétiquement modifiées signifie que les agriculteurs ne peuvent plus conserver leurs propres semences pour la saison suivante et qu’ils deviennent totalement dépendants des entreprises multinationales pour les semences et les pesticides. L'expérience des paysans indiens avec les cultures de coton GM s'est avérée désastreuse dans de nombreux cas. Du fait des droits de propriété intellectuelle sur les graines, les agriculteurs d’une région entière peuvent devenir dépendants de ces entreprises et ne plus être en mesure de poursuivre leurs propres politiques agricoles.
 
Il serait également souhaitable que, lors de la conférence, non seulement des scientifiques mais aussi des petits agriculteurs puissent présenter leurs expériences positives et négatives avec des semences génétiquement modifiées. Ceci contribuerait certainement à un meilleur équilibre des conclusions et à des recommandations plus pragmatiques.
        
Nous vous demandons avec insistance d'examiner nos suggestions et nous espérons que la semaine d'étude sera une véritable contribution à la lutte contre la pauvreté et la faim dans le monde.