L'Église se mobilise et s'engage
INITIATIVE DE
CHRETIENS POUR L’EUROPE (IXE)
APPEL
LANCE AUX CITOYENS EUROPÉENS À L’OCCASION DES ELECTIONS EUROPEENNES DE JUIN
2009
Surmonter
la crise et les défis des temps actuels grâce à une Europe plus unie, plus
solidaire, plus ouverte sur le monde
À l’heure où les
citoyens européens vont envoyer de nouveaux députés au sein du Parlement,
chacun pressent que nous vivons des moments particulièrement lourds de
difficultés mais aussi déterminants pour notre propre avenir et pour celui de
nos enfants.
Les signataires(1) , membres d’Initiative de Chrétiens pour l’Europe, issus de
pays de l’Union Européenne ou candidats à l’adhésion, lancent un appel
: « l’Evangile
et les traditions qui s’en réclament nous proposent de déchiffrer ces signes des temps qui invitent à changer nos vies pour que puisse advenir une société plus
humaine et respectueuse du bien-être de tous. Seule l’Europe unie peut
répondre aux défis actuels en exprimant ses valeurs profondes de solidarité, de
justice et de paix dans le monde. Prenons conscience de notre responsabilité
personnelle dans la construction européenne ».
Après une longue période d’incertitude,
les Européens aspirent à se rassembler. En même temps, l’Europe est atteinte de plein fouet par la
crise financière, économique et morale, autant que spirituelle, qui affecte
aujourd’hui le monde entier. La
confiance
perdue ne reviendra qu’au prix d’un sursaut général dans lequel l’Europe a
une place capitale à tenir, alors même que les institutions sont affaiblies par
les aléas qui pèsent encore sur le processus de ratification du traité de
Lisbonne.
La
crise planétaire est une
rude épreuve à traverser, spécialement
pour les plus démunis parmi les hommes et les nations. Mais elle constitue en
même temps une
occasion unique de
réorienter nos économies et opérer une
mutation
de nos comportements. Elle ouvre aussi à l’Europe la possibilité de
s’affermir sur de nouvelles bases, à condition que nous maintenions en éveil
notre capacité de résistance aux adversités, notre vigilance à préserver les
valeurs qui forment depuis l’origine le terreau de cette construction originale
au sein de l’humanité toute entière.
Mettons en œuvre dès que possible les dispositions du Traité de Lisbonne
Pour permettre à l’Europe, dans ce contexte de crise
économique, de jouer pleinement son rôle sur la scène internationale et de se
doter d’institutions démocratiques et efficaces, nous invitons tout d’abord nos
gouvernements et les citoyens européens à soutenir l'entrée en vigueur du
Traité adopté à Lisbonne par les chefs d'Etat et de gouvernement.
Ce traité donne de réels moyens d’action et
un fondement plus solide à la recherche en commun de solutions adaptées.
Nous nous réjouissons, à cet égard, que l’Irlande ait accepté de reconsidérer
son vote négatif.
Ce Traité, il
faut le reconnaître, est d’une rédaction complexe et pas toujours accessible au
lecteur non - averti, comme tout texte issu de délibérations entre 27 pays ;
pourtant, comme jamais auparavant, le traité prend des positions non ambiguës
sur les valeurs fondamentales de l’Europe et entend doter l’Union européenne de
processus permettant des décisions plus efficaces dans le contexte de l’Europe
élargie. Ce même
traité conditionne
aussi la capacité de l’Union Européenne à être un pôle de stabilité, de
solidarité et d’ouverture vers l’Est et vers le Sud.
Malgré l’absence
de mention des racines chrétiennes de l’Europe, nous accueillons positivement
les affirmations de ce traité qui sont, de fait, inspirées de la pensée et des
valeurs chrétiennes. Ainsi, pour la première fois
le traité expose explicitement que la dignité humaine est la première
des valeurs de l’Europe, devant la liberté, la démocratie, l’égalité. Il
rappelle que les o
bjectifs de l’Union
incluent la
paix, le
plein emploi, le
développement durable, le
commerce
libre et équitable, l’élimination de
la pauvreté, la
protection des
droits de l’Homme et le
respect et
le développement du droit international. La notion de
solidarité – terme rarement utilisé en droit communautaire auparavant
– y devient centrale.
La
Charte des Droits Fondamentaux, qui
forme un tout avec le traité, combine les droits fondamentaux classiques avec
les droits sociaux :
-
Elle
garantit ainsi, entre autres,
l'accès à
la sécurité sociale, à l’assistance sociale et au logement;
-
Elle
garantit aussi la
protection de la
famille, les droits des
enfants,
des
personnes âgées et des
handicapés, le
droit d’asile, les principes de
bioéthique tels que l’interdiction du clonage reproductif, des
pratiques eugéniques, de l’utilisation du corps humain à des fins commerciales,
etc.
Le traité
protège le statut des Eglises établies en
Europe selon le droit national, il reconnaît leur identité et contribution
spécifique, et invite l’Union à maintenir un dialogue ouvert et régulier avec
elles.
Enfin, le traité
prévoit entre autres le
renforcement des
pouvoirs du parlement européen et des parlements nationaux, une
plus grande transparence, une
participation plus directe des citoyens, un partage plus clair des compétences
et un meilleur contrôle de la subsidiarité.
Parce qu’il
renforce l’efficacité et la légitimité démocratique de l’Union, le
traité donne à l’Europe la capacité à
relever ce qui nous semble constituer
trois
défis majeurs des temps actuels, la
mondialisation,
le
changement climatique,
l’évolution
démographique.
Pour faire face à
la mondialisation de l’économie, construisons une Europe plus solidaire :
La mondialisation des relations commerciales et financières
a connu un essor foudroyant au cours des deux dernières décennies. Mais tous
n’ont pas profité des fruits de la croissance, loin s’en faut. Chacun peut en
effet observer aujourd’hui la
défaillance
d’un système dominé par une multiplication effrénée des instruments financiers,
marquée par un manque de régulation, de
transparence et de responsabilité des acteurs. De même observe-t-on la
renaissance de tentations protectionnistes et, au sein même de l’Union
Européenne, de réflexes du type chacun pour soi.
Pour éviter de
tels déséquilibres, nous sommes plus instamment
invités à mettre l'économie au service de l’homme et de tous les hommes.
Ce qui signifie
valoriser le travail
humain, promouvoir l’entreprise et restaurer le rôle de l’Etat comme
gardien de l’intérêt général. Le modèle européen de l’économie sociale du
marché doit être modernisé face aux nouvelles réalités. Sa vocation à
réconcilier efficacité économique et justice sociale, égalité de chances pour
tous et solidarité doit être renforcée. Cette solidarité ne peut s’arrêter aux
frontières nationales, mais doit bénéficier de l’irremplaçable expérience
communautaire acquise sur le terrain au fil des ans et se montrer plus
audacieuse dans la défense des intérêts des plus vulnérables.
De ce fait et
compte tenu de son rôle de grande puissance, l’Union Européenne a vocation à
promouvoir une politique de régulation
mondiale, soutenue par des structures internationales de gouvernance et par
le renforcement des instruments de contrôle. Parmi ceux-ci, le FMI, l’OMC, le
système des Nations Unies doivent jouer un rôle essentiel, tout en assurant aux
pays émergents et aux pays pauvres, et spécialement ceux du continent africain,
la part qui doit leur revenir dans les décisions.
Pour faire face au changement
climatique, construisons une Europe plus respectueuse des générations futures
Un changement
climatique majeur est en cours, les conséquences pour les générations futures
sont manifestes et la responsabilité humaine est engagée. Comme chrétiens, nous
croyons que la Création nous a été confiée par Dieu et que nous en sommes les «
intendants » et les utilisateurs
responsables. Pourtant les pays industrialisés et d’autres à leur suite
adoptent encore des méthodes de production et un mode de vie qui conduisent à
une exploitation effrénée des ressources disponibles. Nous le savons, les
conséquences du changement climatique, telles que les tempêtes, les
inondations, ou les sécheresses touchent d’abord les pays pauvres et attisent
les conflits pour l’accès à la nourriture et à l’eau.
Désormais, il
est admis et reconnu que
cette situation
ne peut être maîtrisée qu’au prix d’une réorientation de la croissance
économique afin de réduire la consommation d'énergie et plus généralement
des ressources naturelles non renouvelables. Seule l’Europe unie est à même d’engager
les initiatives courageuses, mais nécessaires malgré la crise financière et
économique. Nous saluons les décisions déjà prises à cet égard, mais pensons
qu’il faut aller au-delà.
Chacun de nous
est amené à contribuer personnellement à cet effort et à
reconnaître qu’un autre mode de vie s'impose en particulier dans
les pays industrialisés. Retrouver une
certaine
frugalité dans la consommation des biens et dans nos déplacements, c’est
d’abord éviter un bouleversement écologique ; mais c’est aussi une chance à
saisir pour nous détourner d’une vie trop matérialiste et nous ouvrir davantage
à la richesse des relations interpersonnelles.
Pour faire face au défi
démographique, construisons une Europe plus généreuse :
Le troisième grand défi auquel sont confrontés la plupart
des pays d’Europe, c’est le
défi
démographique que posent à la fois le vieillissement et la diminution de nos
populations. Au plan international, l’Europe est aujourd’hui le continent
le plus concerné. Parmi les conséquences socio - économiques de ces changements
démographiques figurent :
-
La
surcharge de nos systèmes sociaux,
-
Le
manque de main d’œuvre à moyen terme,
-
L’augmentation
de la dépendance et de l’isolement social dus à l’âge,
-
L’accroissement
des conflits potentiels entre générations.
Les raisons de
cette situation sont multiples, mais les réponses à ce défi
supposent avant tout une attention accrue
au bien–être des familles, cellules névralgiques de nos sociétés, et à
celui des jeunes générations. Les pays membres, tout autant que l'Union
européenne dans le cadre de ses compétences propres, doivent veiller à
l’épanouissement de la vie familiale, la promouvoir, la protéger. Il s’agit de
créer les conditions pour permettre aux
parents de réaliser leur désir d’enfants et de concilier vie familiale et vie
professionnelle.
À cette fin,
l’ensemble des politiques doivent être mobilisées : santé, éducation, emploi ;
c’est la société tout entière qui doit être sollicitée pour
donner toutes leurs chances aux jeunes
générations et valoriser le rôle des seniors.
Aujourd’hui trois quarts environ du taux de
la croissance de population en Europe sont dus à l’immigration internationale.
Ce phénomène d’immigration va se poursuivre du fait de la nécessité de
compenser au moins partiellement le ralentissement démographique. Il
importe donc d’engager nos sociétés à
intégrer les migrants et à promouvoir davantage la diversité.
Plus
généralement, les politiques de la famille ou de l'immigration ne peuvent être
seulement dictées par des nécessités économiques. Le souci de l’immigration
choisie ne saurait prévaloir sur le respect du droit de chacun à vivre en
famille. Les enjeux de la politique d'immigration, tout comme ceux du maintien
de la diversité ethnique, culturelle et religieuse de nos sociétés, touchent en
général au sens de l'accueil et de l'hospitalité et nous engagent,
particulièrement si nous sommes chrétiens.
Il faut
l'admettre cependant, les institutions européennes ont pu sembler mettre en
péril l’intégrité de la cellule familiale. Le risque existe de voir niée
l’altérité des sexes et refusée toute différence entre les fonctions
paternelles et maternelles. Il importe à cet égard, de
souligner que ni les traités européens actuels, ni le traité de
Lisbonne n'autorisent l'Union à légiférer en matière de droit de la famille et
de droit à la vie : ils continuent à relever de la responsabilité exclusive
des Etats.
Nous appelons en définitive tous
les citoyens européens, et en particulier les chrétiens, à intervenir en toute responsabilité
dans le débat démocratique européen :
Citoyens européens, participons aux élections de juin 2009.
Prenons conscience des enjeux de la construction européenne et mesurons
l'espoir que celle-ci continue de représenter pour assurer la paix et la
justice à l'échelle mondiale. Exigeons des diverses formations politiques
qu'elles expriment pour ces élections une véritable vision européenne ;
soutenons les candidats déterminés à
défendre au parlement les politiques inspirées par le
respect de la dignité humaine, dans la perspective d’une Europe plus
solidaire, plus respectueuse des générations futures, plus généreuse.
Électeurs responsables lors du prochain scrutin, restons insensibles aux
slogans populistes. La construction européenne est à nouveau un enjeu central
pour les Européens et le Parlement a, plus que les autres institutions
communautaires, la mission d'incarner les citoyens.
Jamais autant qu’aujourd’hui la
vocation de l’Union Européenne à être acteur de paix dans sa région et pour le monde
n’a été aussi manifeste. Faisons en sorte qu’elle ne manque pas son rendez-vous
avec l'histoire !
(1)
LISTE DES SIGNATAIRES AU 15
Avril 2009 :
-
Jérôme Vignon Président des Semaines Sociales de France – France
-
Hans Joachim Meyer Président du Comité central des catholiques allemands (ZdK)
– Allemagne
-
Michel Camdessus Président d’honneur des Semaines Sociales de France – France
-
Henryk Woźniakowski Président de la maison d’édition ZNAK – Pologne
-
Andrea Olivero Président des ACLI - Associations Chrétiennes des
Travailleurs Italiens – Italie
-
Hein Pieper Directeur du Katholiek Netwerk – Pays-Bas
-
Antoine Arjakovsky Directeur de l‘Institut d‘Etudes Œcuméniques de Lviv,
Université catholique de l'Ukraine, Président de la Semaine Sociale Œcuménique
de Lviv – Ukraine
-
Neven Šimac Vice-président du Centre de documentation et recherches
européennes Robert Schuman, Zagreb/Split – Croatie
-
Anna Moskwa Centre Européen de Rencontre - Fondation Nowy Staw – Pologne
-
Peter Grubits Secrétaire général de l'Action Catholique de l'Autriche
(KAÖ) – Autriche
-
Pierre Lecocq Président d'UNIAPAC Europe - Union Chrétienne Internationale
des Dirigeants d‘Entreprise – France
-
Peter Annegarn Président du Conseil Interdiocésain des Laïcs (CIL) –
Belgique
-
Josiane Caproens Présidente du Conseil Pastoral Interdiocésain (IPB) –
Belgique
-
Carine Devogelaere Coordinatrice du Conseil Pastoral Interdiocésain (IPB) –
Belgique
-
Frank Turner sj Directeur d'OCIPE - Jesuit European Office – Bruxelles
-
Henri Madelin sj OCIPE - Jesuit European Office – Strasbourg
-
Violeta Barbu Membre IXE – Roumanie
-
Pedro Sols Lúcia et María Luisa Lladó Hädinger Membres
IXE – Espagne
-
Anne van der Vaeren Membre IXE – Belgique
-
Pierre Deschamps Président des EDC - Entrepreneurs et Dirigeants Chrétiens –
France
-
Tomáš Halík Président de l'Académie Chrétienne Tchèque – Prague
-
Michel Van Aerde op Directeur de l’association dominicaine ESPACES – Bruxelles
-
Ignace Berten Association dominicaine ESPACES – Bruxelles
-
Markus Schlagnitweit Directeur de l’Académie Catholique Sociale de l'Autriche -
Autriche
-
Clotilde Nyssens ALTERCITÉ – Belgique
-
Francis Davis Institut Von Hugel, St. Edmund's College, Université de
Cambridge – Grande-Bretagne
-
Yves Coulomb Président du Mouvement chrétien des cadres et dirigeants
(MCC) – France
-
Llorenç Puig i Puig sj Directeur de Cristianisme i Justícia – Espagne