L'Église se mobilise et s'engage
ARRIVÉE DE BENOÎT XVI AU CAMEROUN :
DISCOURS À L’AÉROPORT(1)
1° DISCOURS DU PAPE :
Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs qui représentez ici
les Autorités civiles, Monsieur le Cardinal, Chers Frères dans l'Épiscopat,
Chers Frères et Sœurs,
Je vous remercie de votre accueil. Et merci à vous, Monsieur le
Président, pour les paroles aimables que vous venez de m'adresser. J'apprécie
vivement l'invitation qui m'a été faite de venir ici, au Cameroun, et je veux,
Excellence, vous en exprimer ma gratitude, ainsi qu'au Président de la
Conférence épiscopale nationale, Monseigneur Tonyé Bakot. Je vous salue tous,
vous qui m'honorez de votre présence en cette occasion, et je désire vous dire
combien je suis heureux de me trouver ici, avec vous, sur la terre d'Afrique
pour la première fois depuis mon élection au Siège de Pierre. Je salue
chaleureusement mes Frères dans l'Épiscopat ainsi que les prêtres et les
fidèles laïcs qui sont ici réunis. Mes salutations respectueuses vont aussi aux
Représentants du Gouvernement, aux Autorités civiles et aux membres du Corps
diplomatique. Alors que votre pays, comme beaucoup d'autres en Afrique,
approche du cinquantième anniversaire de son indépendance, je veux unir ma voix
au chœur des félicitations et des vœux fervents que vos amis de par le monde
entier vous offriront en cette heureuse circonstance. Dans cette assemblée, je
salue aussi avec reconnaissance les membres des autres Confessions chrétiennes
et les fidèles des autres religions. En vous joignant à nous aujourd'hui, vous
donnez un signe éloquent de la bonne volonté et de l'harmonie qui existent dans
ce pays entre les personnes appartenant aux différentes traditions religieuses.
Je viens parmi vous comme un
Pasteur, je viens pour confirmer mes frères et sœurs dans la foi. C'est la mission que le Christ a confiée à Pierre à la dernière
Cène, et c'est la mission des Successeurs de Pierre. Quand Pierre prêchait aux
foules venues à Jérusalem pour la Pentecôte, il y avait, présents parmi eux,
des pèlerins provenant d'Afrique.
Et,
aux premiers siècles du christianisme, le témoignage de nombreux grands saints
de ce continent - saint Cyprien, sainte Monique, saint Augustin, saint
Athanase, pour n'en nommer que quelques-uns -
montre la place remarquable de l'Afrique dans les Annales de l'histoire
de l'Église. Depuis lors et jusqu'à nos jours, d'innombrables missionnaires
et de nombreux martyrs ont continué de rendre témoignage au Christ dans toute
l'Afrique, et aujourd'hui l'Église est bénie par la présence d'environ cent
cinquante millions de membres. Comment dès lors, le Successeur de Pierre ne
serait - il pas venu en Afrique pour célébrer avec vous la foi au Christ, qui
donne la vie ; foi qui soutient et nourrit de si nombreux fils et filles
de ce grand continent !
C'est ici, à Yaoundé, qu'en 1995 mon vénéré prédécesseur, le Pape
Jean-Paul II, a promulgué l'Exhortation apostolique post-synodale
Ecclesia in Africa, fruit de la Première
Assemblée spéciale pour l'Afrique du Synode des Évêques, qui s'était tenue à
Rome l'année précédente. Vous avez d'ailleurs voulu célébrer solennellement le
dixième anniversaire de ce moment historique dans cette ville même, il y a peu.
Et maintenant, je viens moi-même pour remettre l'
Instrumentum laboris de la Deuxième Assemblée spéciale, qui se
tiendra à Rome en octobre prochain. Les Pères du Synode réfléchiront ensemble
sur le thème : «
L'Église en
Afrique au service de la réconciliation, de la justice et de la paix :
"Vous êtes le sel de la terre... vous êtes la lumière du monde" (Mt
5, 13-14) ». A presque dix ans de l'entrée dans le nouveau millénaire,
ce moment de grâce est un
appel pour
l'ensemble des Évêques, des prêtres, des religieux et des religieuses ainsi
que des fidèles laïcs de ce continent,
à
se consacrer avec un élan nouveau à la mission de l'Église : apporter
l'espérance au cœur des peuples de l'Afrique et des peuples du monde entier.
Même au sein de grandes
souffrances, le message chrétien est toujours porteur d'espérance. La vie de sainte Joséphine Bakhita nous montre de manière
lumineuse la transformation, que la rencontre avec le Dieu vivant peut apporter
à une situation d'injustice et de grande épreuve.
Devant la souffrance ou la violence, devant la pauvreté ou la faim,
devant la corruption ou l'abus de pouvoir, un chrétien ne peut jamais garder le
silence. Le message de salut de l'Évangile doit être proclamé de manière
forte et claire, afin que la lumière du Christ puisse briller dans les ténèbres
où les gens sont plongés. Ici, en Afrique, tout comme en de si nombreuses
régions du monde, des foules innombrables d'hommes et de femmes attendent de
recevoir une parole d'espérance et de réconfort. Des conflits régionaux
laissent des milliers d'orphelins et de veuves, de sans abri et de démunis. Sur
un continent qui, par le passé, a vu tant de ses enfants cruellement déracinés
et vendus par - delà les mers pour devenir des esclaves, aujourd'hui le trafic
des êtres humains, en particulier de femmes et d'enfants sans défense, est
devenu une forme nouvelle d'esclavage. Alors que nous connaissons en ce moment
une insuffisance de la production alimentaire, des troubles financiers, et des
perturbations liées au changement climatique, l'Afrique souffre de façon
disproportionnée : de plus en plus d'habitants s'enfoncent dans la pauvreté,
victimes de la faim et des maladies. Ils crient leur besoin de réconciliation,
de justice et de paix, et c'est ce que l'Église leur offre. Non pas de
nouvelles formes d'oppression économique ou politique, mais la glorieuse
liberté des enfants de Dieu (cf.
Rm 8,
21). Non pas l'imposition de modèles culturels qui ignorent les droits de
l'enfant à naître, mais l'eau pure et vivifiante de l'Évangile de la vie. Non
pas les amères rivalités interethniques ou interreligieuses, mais le bon droit,
la paix et la joie du Royaume de Dieu, si bien décrit par le Pape Paul VI comme
civilisation de l'amour (cf.
Regina Coeli
du dimanche de Pentecôte 1970).
Alors qu'au Cameroun plus
d'un quart de la population est catholique, l'Église est en mesure de mener à
bien sa mission de réconfort et de réconciliation. Au Centre
Cardinal Léger,
je pourrai constater par moi-même, la sollicitude pastorale de cette Église
locale envers les personnes malades et souffrantes ; et il est
particulièrement souhaitable que les malades du sida puissent recevoir dans ce
pays un traitement gratuit. L'éducation est un autre aspect essentiel du
ministère de l'Église : maintenant nous pouvons voir les efforts de
générations de missionnaires enseignants porter des fruits, quand nous
contemplons l'œuvre accomplie par l'Université catholique d'Afrique centrale,
qui est un signe de grande espérance pour l'avenir de cette région.
Car le Cameroun est bien une
terre d'espérance pour beaucoup d'hommes et de femmes de cette région centrale
de l'Afrique. Des milliers de réfugiés, fuyant des
pays dévastés par la guerre, ont été accueillis ici. C'est une terre de la vie
où le gouvernement parle clairement pour la défense des droits des enfants à
naître. C'est une terre de paix : à travers le dialogue qu'ils ont mené, le
Cameroun et le Nigeria ont résolu leur différend concernant la péninsule de
Bakassi et montré au monde ce qu'une diplomatie patiente peut produire de bon.
C'est un pays jeune, un pays béni parce que la population y est jeune, pleine
de vitalité et décidée à construire un monde plus juste et plus paisible. À
juste titre, le Cameroun est décrit comme une «
Afrique en miniature » qui abrite en son sein plus de deux
cents groupes ethniques différents capables de vivre en harmonie les uns avec
les autres. Voilà bien des motifs pour rendre grâce et louer Dieu !
Venant parmi vous aujourd'hui, je prie pour que l'Église, ici et
dans toute l'Afrique, puisse continuer à croître en sainteté, dans le service
de la réconciliation, de la justice et de la paix. Je prie pour que les travaux
de la Deuxième Assemblée spéciale du Synode des Évêques fassent briller d'une
vive flamme les dons que l'Esprit a répandus sur l'Église en Afrique. Je prie
pour chacun d'entre vous, pour vos familles et ceux qui vous sont proches, et je
vous demande de vous unir à ma prière pour tous les peuples de ce vaste
continent. Que Dieu bénisse le Cameroun ! Et que Dieu bénisse
l'Afrique !
Merci.
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2° DISCOURS DE BIENVENUE DU PRESIDENT DU
CAMEROUN A BENOIT XVI (2):
Très
Saint-Père,
Vous foulez pour la première fois le sol du Cameroun, je suis
heureux au nom du peuple camerounais et en mon nom propre de vous souhaiter une
chaleureuse bienvenue dans notre pays, tous les Camerounais vous accueillent
avec ferveur avec joie, et se sentent honorés de votre présence. Ils
considèrent votre visite comme un privilège exceptionnel pour le Cameroun.
Les travaux du premier synode des évêques pour l'Afrique, c'était
en quelque sorte achevés au Cameroun par la promulgation en 1995 de
l'exhortation apostolique post-synodale
Ecclesia
in Africa par votre révéré prédécesseur. La providence a voulu que votre
visite offre l'occasion de la publication de
l'Instrumentum laboris qui marquera le début de la préparation
concrète, de la 2e assemblée spéciale du synode des évêques pour l'Afrique qui
doit se tenir à Rome en octobre prochain. Laissez - moi m'en réjouir et me
féliciter de ce que le Cameroun soit ainsi devenu une terre synodale ou tout au
moins comme l'a dit un fin observateur de mon pays un cadre idéal pour s'adresser
à l'Afrique.
Très
Saint.-Père,
Qu'il me soit permis de dire que le thème retenu pour le 2 e
synode
« L'Eglise en Afrique au
service de la réconciliation, de la justice et de la paix » va dans le
sens de nos propres préoccupations.
J'ai en effet souvent déploré, que notre continent soit en
permanence déchiré par les antagonismes sociaux-politiques et les conflits
ethniques.
Le Cameroun a toujours
soutenu les initiatives des organisations internationales, pour réconcilier
les adversaires et apporter sa contribution lorsque il était fait appel à lui.
Grâce au ciel, notre pays qui connaît une
grande diversité ethnique a échappé à de tels excès. Sans doute parce qu'il
existe entre ses différentes composantes une grande tolérance et un véritable
respect mutuel. Probablement aussi, parce que le peuple camerounais est doué
d'un sens de responsabilité qui l'incline à la négociation plutôt qu'a
l'affrontement.
D'autre part comment ne pas souscrire à l'appel de l'Eglise pour
plus de justice pour les populations africaines décimées par les pandémies, la
misère et la faim, parfois privées de leur droits les plus élémentaires et
soumises à des conditions de vie dégradantes.
Comment ne pas entendre le cri de l'homme africain, selon l'expression
d'un prêtre sociologue camerounais. Nous nous efforçons pour notre part de
répondre aux attentes de notre peuple concernant l'exercice de ses
droits civiques et à la satisfaction de ses besoins en matière d'éducation, de
santé et de niveau de vie.
Nous nous sommes engagés depuis une vingtaine d'années sur le
chemin escarpé de la démocratie et du progrès social. Sans prétendre être
arrivés au terme de notre parcours, je crois pouvoir dire que malgré les
obstacles nous avons avancé dans la bonne direction et nous continuons dans
cette voie.
Quant à la recherche de la
paix, elle est le fondement même de notre politique extérieure, parce que nous savons que sans la paix tous nos efforts pour
améliorer le sort de notre peuple serait vain. C'est pourquoi nous menons une
politique de bon voisinage ave nos voisines avec lesquels nous
avons beaucoup en commun. Le meilleur exemple de cette volonté de paix
que je puis citer est le règlement du contentieux sur la péninsule de Bakassi.
Grâce à une bonne volonté partagée et l'appui des Nations unies et de quelques
puissances amies cet épineux problème a pu être résolu à la satisfaction
générale.
La voie a ainsi été ouverte a une coopération mutuellement
bénéfique avec notre grand voisin.
Très
Saint-Père,
Les Africains et les Camerounais en particulier apprécient
hautement votre décision de tenir un deuxième synode des évêques pour
l'Afrique. Ils y voient la marque de l'intérêt constant que vous portez à
ceux qui souffrent de la guerre, de la misère, de la maladie ou de
l'oppression. Cette solidarité affirmée est aussi pour eux un
encouragement à ne pas céder à l'afro - pessimisme et à poursuivre leurs
efforts pour construire une société plus juste et plus solidaire. À cet égard,
votre seule présence est porteuse d'espoir et de confiance en l'avenir.
C'est la raison pour laquelle vos paroles seront suivies avec la
plus grande attention et seront pour nous tous source d'inspiration et de
réconfort.
Très
Saint-Père,
Merci d'être venu vers nous. Permettez-moi de voir en votre visite, la marque de
l'affection réciproque qui existe entre Votre Sainteté et le peuple
camerounais. Nous vous souhaitons un très agréable séjour au
Cameroun.
1-
ROME, Mardi
17 mars 2009 ( ZENIT.org) - Nous publions ci-dessous le
discours que le pape Benoît XVI a prononcé à son arrivée à l'aéroport de
Yaoundé, au Cameroun, ce mardi après-midi, après l'allocution de bienvenue que
lui a adressée le président de la République du Cameroun, M. Paul Biya.
2- ROME, Mardi 17 mars 2009 (
ZENIT.org ) - Nous publions ci-dessous le discours que le président de la
République du Cameroun, M. Paul Biya a adressé au pape Benoît XVI à son arrivée
à l'aéroport Nsimalen de Yaoundé, à 16 heures, ce mardi.