L'Église se mobilise et s'engage
VEPRES AU CAMEROUN : DISCOURS DE BENOIT XVI (1)
Chers
Frères Cardinaux et Évêques, Chers prêtres et diacres, chers frères et soeurs
consacrés, Chers amis membres des autres Confessions chrétiennes, Chers frères
et soeurs!
Nous
avons la joie de nous retrouver ensemble pour
rendre grâce à Dieu dans cette basilique Marie Reine des Apôtres de Mvolyé qui a été construite à
l'endroit où fut édifiée la première église bâtie par les missionnaires
spiritains venus porter la Bonne Nouvelle au Cameroun. À l'image de l'ardeur
apostolique de ces hommes qui embrassait dans leurs coeurs votre pays tout
entier, ce lieu porte en lui symboliquement chaque parcelle de votre terre.
C'est donc dans une grande proximité spirituelle avec toutes les communautés
chrétiennes où vous exercez votre service, chers frères et surs, que nous
adressons ce soir notre louange au Père des lumières.
En
présence des représentants des autres Confessions chrétiennes, à qui j'adresse
mon salut respectueux et fraternel, je vous propose de contempler les traits de
saint Joseph à travers les paroles de l'Écriture que nous offre cette liturgie
vespérale.
À
la foule et à ses disciples, Jésus déclare : «
Vous n'avez qu'un seul Père » (
Mt
23, 9). Il n'est en effet de paternité que celle de Dieu le Père, l'unique
Créateur
« du monde visible et invisible ».
Il a cependant été donné à l'homme, créé
à l'image de Dieu, de participer à l'unique paternité de Dieu (cf.
Ep 3, 15). Saint Joseph illustre cela
d'une façon saisissante, lui qui est père sans avoir exercé une paternité
charnelle. Il n'est pas le père biologique de Jésus dont Dieu seul est le Père,
et pourtant il va exercer une paternité pleine et entière.
Être père, c'est avant tout être serviteur de la vie et de la
croissance. Saint Joseph a fait preuve, en ce sens, d'un grand dévouement.
Pour le Christ, il a connu la persécution, l'exil et la pauvreté qui en
découle. Il a dû s'installer ailleurs que dans son village. Sa seule récompense
fut celle d'être avec le Christ. Cette disponibilité illustre les paroles de
saint Paul : «
Le maître, c'est le
Christ, et vous êtes à son service » (
Col
3, 24).
Il s'agit de ne pas être un serviteur
médiocre, mais d'être, un serviteur « fidèle
et avisé ». La rencontre des deux adjectifs n'est
pas fortuite : elle suggère que l'intelligence sans la fidélité comme la
fidélité sans la sagesse sont des qualités insuffisantes. L'une dépourvue de
l'autre ne permet pas d'assumer pleinement la responsabilité que Dieu nous
confie.
Chers frères prêtres, cette paternité,
vous avez à la vivre dans le quotidien de votre ministère.
En effet, comme le souligne la Constitution conciliaire
Lumen Gentium, «
de leurs
fidèles, qu'ils ont engendrés spirituellement par le baptême et l'enseignement,
les prêtres doivent avoir, dans le Christ, un souci paternel » (n. 28).
Comment donc alors ne pas revenir sans cesse à la racine de notre sacerdoce, le
Seigneur Jésus - Christ ? La relation à sa personne est constitutive de ce que
nous voulons vivre, lui qui nous appelle ses amis, car tout ce qu'il a appris
de son Père, il nous l'a fait connaître (cf.
Jn 15, 15).
En vivant cette
amitié profonde avec le Christ, vous trouverez la vraie liberté et la joie de
votre coeur. Le sacerdoce ministériel comporte un lien profond avec le
Christ qui nous est donné dans l'Eucharistie. Que la célébration de
l'Eucharistie soit vraiment le centre de votre vie sacerdotale, alors elle sera
aussi le centre de votre mission ecclésiale. En effet, à travers toute notre
vie, le Christ nous appelle à participer à sa mission, à être ses témoins, afin
que sa Parole puisse être annoncée à tous. En célébrant ce sacrement au nom et
en la personne du Seigneur, ce n'est donc pas la personne du prêtre qui doit
être mise au premier plan ; celui-ci est un serviteur, un humble instrument qui
renvoie au Christ lui-même s'offrant en sacrifice pour le salut du monde. «
Que celui qui commande soit comme celui qui
sert » (
Lc 22, 26) dit Jésus. Et
Origène écrivait : «
Joseph comprenait
que Jésus lui était supérieur tout en lui étant soumis, et, connaissant la
supériorité de son inférieur, Joseph lui commandait avec crainte et mesure. Que
chacun y réfléchisse : souvent un homme de moindre valeur est placé au-dessus
des gens meilleurs que lui, et il arrive quelquefois que l'inférieur a plus de
valeur que celui qui semble lui commander. Lorsque celui qui est élevé en
dignité aura compris cela, il ne s'enflera pas d'orgueil à cause de son rang
plus élevé, mais il saura que son inférieur peut être meilleur que lui, tout
comme Jésus fut soumis à Joseph » (
Homélie
sur St Luc XX, 5, S.C. p. 287).
Chers
frères dans le sacerdoce,
votre
ministère pastoral demande beaucoup de renoncements, mais il est aussi source
de joie. Dans une relation confiante avec vos Évêques, fraternellement unis
à l'ensemble du presbytérium, et soutenus par la portion du Peuple de Dieu qui
vous est confiée, vous saurez répondre avec fidélité à l'appel que le Seigneur
vous a fait un jour, comme il a appelé Joseph à veiller sur Marie et sur
l'Enfant-Jésus ! Puissiez-vous demeurer fidèles, chers prêtres, aux promesses
que vous avez faites à Dieu devant votre Evêque et devant l'ensemble de la
communauté ! Le Successeur de Pierre vous remercie pour votre engagement
généreux au service de l'Église, et il vous encourage à ne pas vous laisser
troubler par les difficultés du chemin. Aux jeunes qui se préparent à vous
rejoindre, comme à ceux qui se posent encore des questions, je voudrais redire
ce soir la joie qu'il y a à se donner totalement pour le service de Dieu et de
l'Église.
Ayez le courage de donner un
oui généreux au Christ !
Vous
aussi, frères et surs qui vous êtes engagés dans la vie consacrée ou dans des
mouvements ecclésiaux, je vous invite à
tourner
votre regard vers saint Joseph. Lorsque Marie reçoit la visite de l'ange
lors de l'Annonciation, elle est déjà promise en mariage à Joseph. En
s'adressant personnellement à Marie, le Seigneur associe donc déjà intimement
Joseph au mystère de l'Incarnation. Celui-ci a consenti à se lier à cette
histoire que Dieu avait commencé d'écrire dans le sein de son épouse. Il a
alors pris chez lui Marie. Il a accueilli le mystère qui était en elle et le
mystère qu'elle était elle-même. Il l'aima avec ce grand respect qui est
le sceau des amours authentiques. Saint Joseph nous apprend que l'on peut aimer
sans posséder. En le contemplant, tout homme, ou toute femme, peut, avec la
grâce de Dieu, être conduit à la guérison de ses blessures affectives à
condition d'entrer dans le projet que Dieu a déjà commencé à réaliser dans les
êtres qui sont auprès de lui, tout comme Joseph est entré dans l'oeuvre de la
rédemption à travers la figure de Marie et grâce à ce que Dieu avait déjà fait
en elle. Puissiez-vous, chers frères et soeurs engagés dans des mouvements
ecclésiaux, être attentifs à ceux qui vous entourent et
manifester le visage aimant de Dieu pour les plus humbles,
notamment à travers l'exercice des oeuvres de miséricorde, l'éducation humaine
et chrétienne des jeunes, le service de la promotion de la femme et de tant
d'autres manières !
La
contribution spirituelle apportée par les
personnes
consacrées est aussi significative et indispensable à la vie de l'Église.
Cet appel à suivre le Christ est un don pour l'ensemble du Peuple de Dieu.
Selon votre vocation, en imitant le Christ chaste, pauvre et obéissant,
totalement consacré à la gloire de son Père et à l'amour de ses frères et surs,
vous avez pour mission de témoigner devant notre monde qui en a tant besoin, du
primat de Dieu et des biens à venir (cf.
Vita
consecrata, n. 85). Par votre fidélité sans réserve à vos engagements, vous
êtes dans l'Église un germe de vie qui grandit au service de la venue du
Royaume de Dieu.
À tout moment, mais
d'une façon particulière lorsque la fidélité est éprouvée, saint Joseph vous
rappelle le sens et la valeur de vos engagements. La vie consacrée est une
imitation radicale du Christ. Il est donc nécessaire que votre style de vie
exprime avec justesse ce qui vous fait vivre et que votre activité ne cache pas
votre identité profonde. N'ayez pas peur de vivre pleinement l'offrande de
vous-mêmes que vous avez faite à Dieu et d'en témoigner avec authenticité
autour de vous . Un exemple vous stimule particulièrement à rechercher cette
sainteté de vie, celui du Père Simon Mpeke, dit Baba Simon. Vous savez combien
«
le missionnaire aux pieds nus »
dépensa toutes les forces de son être dans une humilité désintéressée, ayant à
coeur de secourir les âmes, sans s'épargner les soucis et les peines du service
matériel de ses frères.
Chers
frères et soeurs, notre méditation sur le parcours humain et spirituel de saint
Joseph, nous invite à prendre la mesure de toute la richesse de sa vocation et
du modèle qu'il demeure pour tous ceux et toutes celles qui ont voulu vouer
leur existence au Christ, dans le sacerdoce comme dans la vie consacrée
ou dans divers engagements du laïcat.
Joseph
a en effet vécu dans le rayonnement du mystère de l'Incarnation. Non
seulement dans une
proximité physique,
mais aussi dans l'attention du coeur. Joseph nous livre le secret d'une
humanité qui vit en présence du mystère, ouverte à lui à travers les détails
les plus concrets de l'existence. Chez lui, il n'y a pas de séparation entre la
foi et l'action. Sa foi oriente de façon décisive ses actions. Paradoxalement,
c'est en agissant, en prenant donc ses responsabilités, qu'il s'efface le mieux
pour laisser à Dieu la liberté de réaliser son uvre, sans y faire obstacle.
Joseph est un «
homme juste » (
Mt 1, 19) parce que son existence est
ajustée à la Parole de Dieu.
La
vie de saint Joseph, vécue dans l'obéissance à la Parole, est un signe éloquent
pour tous les disciples de Jésus qui aspirent à l'unité de l'Église. Son
exemple nous incite à comprendre que c'est en se livrant pleinement à la
volonté de Dieu que l'homme devient un ouvrier efficace du dessein de Dieu qui
désire réunir les hommes en une seule famille, une seule assemblée, une seule ‘
ecclesia'. Chers amis membres des autres
Confessions chrétiennes, cette recherche de l'unité des disciples du Christ est
pour nous un défi majeur. Elle nous conduit d'abord à
nous convertir à la personne du Christ, à nous laisser toujours
plus attirer par Lui.
C'est en lui que
nous sommes appelés à nous reconnaître frères, enfants d'un même Père. En
cette année consacrée à l'Apôtre Paul, le grand annonciateur de Jésus-Christ,
l'Apôtre des Nations, tournons-nous ensemble vers lui, pour écouter et pour
apprendre «
la foi et la vérité »
dans lesquelles sont enracinées les raisons de l'unité parmi les disciples du
Christ.
En
terminant, tournons-nous vers l'épouse de saint Joseph, la Vierge Marie, «
Reine des Apôtres » puisque tel est le
vocable sous lequel elle est invoquée comme patronne du Cameroun. Je lui confie
la consécration de chacun et de chacune de vous, votre désir de répondre plus
fidèlement à l'appel qui vous est adressé et à la mission qui vous est confiée.
J'invoque enfin son intercession pour votre beau pays. Amen.
© Copyright : Librairie
Editrice du Vatican
1-
ROME, Mercredi 18 mars
2009 (ZENIT.org <
http://www.zenit.org/>
) - Nous publions ci-dessous le texte du discours que le pape Benoît XVI a
prononcé lors de la cérémonie des vêpres qu'il a présidée ce mercredi en fin
d'après-midi, en la basilique Marie Reine des Apôtres, à Yaoundé, au Cameroun.