L'Église se mobilise et s'engage
CAMEROUN : HOMELIE DE
BENOIT XVI (1)
(FETE DE SAINT JOSEPH)
Chers Frères dans
l'Episcopat, Chers frères et soeurs,
Loué soit Jésus-Christ
qui nous réunit aujourd'hui sur ce stade, afin de nous faire pénétrer plus
profondément dans sa vie !
Jésus
- Christ nous rassemble en ce jour où l'Église, ici au Cameroun, comme sur
toute la terre, célèbre la fête de saint Joseph, époux de la Vierge Marie.
Je
commence par souhaiter une très bonne fête à tous ceux qui, comme moi, ont reçu
la grâce de porter ce beau nom.
Je
demande à saint Joseph de leur accorder une protection spéciale en les guidant
vers le Seigneur Jésus - Christ tous les jours de leur vie. Je salue aussi
les paroisses, les écoles et les collèges, les institutions qui portent le nom
de saint Joseph. Je remercie Mgr Tonyé Bakot, Archevêque de Yaoundé, pour ses
aimables paroles et j'adresse un salut chaleureux aux représentants des
Conférences épiscopales d'Afrique venus à Yaoundé à l'occasion de la
publication de l'
Instrumentum laboris
de la deuxième Assemblée spéciale pour l'Afrique du Synode des Évêques.
Comment
pouvons-nous entrer dans la grâce spécifique de ce jour ? Tout à l'heure, à la
fin de la messe, la liturgie nous dévoilera le point culminant de notre
méditation, quand elle nous fera dire :
«
Par cette nourriture reçue à ton autel, Seigneur, tu as rassasié ta famille,
heureuse de fêter saint Joseph ; garde-la toujours sous ta protection et veille
sur les dons que tu lui as faits ».
Vous
le voyez, nous demandons au Seigneur de garder toujours l'Église sous sa
constante protection - et Il le fait ! - exactement comme Joseph a protégé sa famille et a veillé sur les
premières années de Jésus enfant.
L'Évangile
vient de nous le rappeler. L'Ange lui avait dit : «
Ne crains pas de prendre chez toi Marie, ton épouse » (
Mt 1, 20) et c'est exactement ce qu'il a
fait : «
Il fit ce que l'Ange du Seigneur
lui avait prescrit » (
Mt 1, 24).
Pourquoi saint Matthieu a-t-il tenu à noter cette fidélité aux paroles reçues
du messager de Dieu, sinon
pour nous
inviter à imiter cette fidélité pleine d'amour ?
La
première lecture que nous venons d'entendre ne parle pas explicitement de saint
Joseph, mais elle nous apprend beaucoup de choses sur lui. Le prophète Nathan
va dire à David, sur l'ordre de Dieu lui-même : «
Je te donnerai un successeur dans ta descendance » (
2 S 7, 12).
David doit accepter de mourir sans voir la réalisation de cette
promesse, qui s'accomplira «
quand
[sa] vie sera achevée » et qu'il reposera « auprès de [ses] pères ». Ainsi,
nous voyons qu'un des voeux les plus
chers de l'homme, celui d'être le témoin de la fécondité de son action, n'est
pas toujours exaucé par Dieu. Je pense à ceux parmi vous qui sont pères et
mères de famille : ils ont très légitimement le désir de donner le meilleur
d'eux-mêmes à leurs enfants et ils veulent les voir parvenir à une véritable
réussite.
Pourtant, il ne faut pas se
tromper sur cette réussite : ce que Dieu demande à David, c'est de Lui faire
confiance. David ne verra pas lui-même son successeur, celui qui aura un
trône «
stable pour toujours » (
2 S 7, 16), car ce successeur annoncé
sous le voile de la prophétie, c'est Jésus. David fait confiance à Dieu.
De même, Joseph fait confiance à Dieu,
quand il écoute son messager, son Ange, lui dire : «
Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre chez toi Marie, ton
épouse : l'enfant qui est engendré en elle vient de l'Esprit Saint » (
Mt 1, 20).
Joseph est, dans l'histoire, l'homme qui a donné à Dieu la plus grande
preuve de confiance, même devant une annonce aussi stupéfiante.
Et
vous, chers pères et chères mères de famille qui m'écoutez, avez-vous confiance
en Dieu qui fait de vous les pères et les mères de ses enfants d'adoption ?
Acceptez-vous qu'Il compte sur vous pour transmettre à vos enfants les valeurs
humaines et spirituelles que vous avez reçues et qui les feront vivre dans
l'amour et le respect de son saint Nom ?
Aujourd'hui
où tant de personnes sans scrupule cherchent à imposer le règne de l'argent au
mépris des plus démunis, il vous faut être très attentifs. L'Afrique en
général, et le Cameroun, en particulier, sont en danger s'ils ne reconnaissent
pas le Véritable Auteur de la Vie ! Frères et soeurs du Cameroun et de
l'Afrique, vous qui avez reçu de Dieu tant de qualités humaines, ayez soin de
vos âmes !
Ne vous laissez pas fasciner
par de fausses gloires et de faux idéaux ! Croyez, oui, continuez à croire
que Dieu, Père, Fils et Esprit Saint, est le Seul qui vous aime vraiment comme
vous l'attendez, qu'Il est le seul à pouvoir vous combler, à pouvoir donner la
stabilité à vos vies.
Le Christ est
l'unique chemin de Vie.
Seul Dieu pouvait donner à Joseph la
force de faire confiance à l'Ange. Seul Dieu vous
donnera, chers frères et surs qui êtes mariés, la force d'élever votre famille
comme Il le veut. Demandez-le Lui ! Dieu aime qu'on Lui demande ce qu'Il veut
donner. Demandez - Lui la grâce d'un amour véritable et toujours plus fidèle, à
l'image de son propre amour. Comme le dit magnifiquement le psaume : son «
amour est bâti pour toujours, [sa] fidélité
est plus stable que les cieux » (
Ps
88, 3).
Comme sur d'autres continents,
aujourd'hui, la famille connaît effectivement, dans votre pays et dans le reste
de l'Afrique, une période difficile que sa fidélité à Dieu l'aidera à
traverser. Certaines valeurs de la vie traditionnelle ont
été bouleversées. Les rapports entre générations ont évolué de telle manière
qu'ils ne favorisent plus comme avant la transmission des connaissances
antiques et de la sagesse héritée des aïeux. Trop souvent, on assiste à un exode
rural comparable à celui que de très nombreuses périodes humaines ont connues
elles aussi.
La qualité des liens
familiaux s'en trouve profondément affectée. Déracinés et fragilisés, les
membres des jeunes générations, souvent - hélas ! - sans véritable travail,
cherchent des remèdes à leur mal de vivre dans des paradis éphémères et
artificiels importés dont on sait qu'ils ne parviennent jamais à assurer à
l'homme un bonheur profond et durable. Parfois aussi l'homme africain est
contraint à fuir hors de lui-même et à abandonner tout ce qui faisait sa
richesse intérieure. Confronté au phénomène d'une urbanisation galopante, il
quitte sa terre, physiquement et moralement, non pas comme Abraham pour
répondre à l'appel du Seigneur, mais pour une sorte d'exil intérieur qui
l'écarte de son être même, de ses frères et soeurs de sang et de Dieu lui-même.
Y
a-t-il là une fatalité, une évolution inévitable ? Certes non !
Plus que jamais, nous devons «
espérer
contre toute espérance » (
Rm 4,
18). Je veux saluer ici avec
admiration
et reconnaissance le travail remarquable réalisé par d'innombrables
associations qui encouragent la vie de foi et la pratique de la charité.
Qu'elles en soient chaleureusement remerciées ! Qu'elles trouvent dans la
Parole de Dieu un regain de force pour mener à bien tous leurs projets au
service d'un développement intégral de la personne humaine en Afrique, et
notamment au Cameroun !
La première priorité consistera à
redonner sens à l'accueil de la vie comme don de Dieu.
Pour l'Ecriture Sainte comme pour la meilleure sagesse de votre continent,
l'arrivée d'un enfant est une grâce, une bénédiction de Dieu. L'humanité est
aujourd'hui conviée à modifier son regard : en effet, tout être humain, tout
petit d'homme, aussi pauvre soit-il, est créé «
à l'image et à la ressemblance de Dieu » (
Gn 1, 27). Il doit vivre ! La mort ne doit pas l'emporter sur la
vie ! La mort n'aura jamais le dernier mot !
Fils et filles d'Afrique, n'ayez pas peur
de croire, d'espérer et d'aimer, n'ayez pas peur de dire que Jésus est le
Chemin, la Vérité et la Vie, et que par Lui seulement nous pouvons être sauvés.
Saint Paul est bien l'auteur inspiré que l'Esprit Saint a donné à l'Église pour
y être le « docteur des nations » (
1 Tm
2, 7), lorsqu'il nous dit qu'Abraham «
espérant
contre toute espérance, a cru et est ainsi devenu le père d'un grand nombre de
peuples, selon la Parole du Seigneur : Vois quelle descendance tu auras ! »
(
Rm 4, 18).
«
Espérant contre toute espérance » :
n'est-ce pas une magnifique définition du chrétien ?
L'Afrique est appelée à l'espérance à travers vous et en vous !
Avec le Christ Jésus, qui a foulé le sol africain, l'Afrique peut devenir le
continent de l'espérance !
Nous sommes
tous membres des peuples que Dieu a donnés comme descendance à Abraham.
Chacun et chacune d'entre nous est pensé, voulu et aimé par Dieu. Chacun et
chacune d'entre nous a son rôle à jouer dans le plan de Dieu, Père, Fils et
Esprit Saint.
Si
le
découragement vous envahit,
pensez à la foi de Joseph ;
Si
l
'inquiétude vous prend, pensez à
l'espérance de Joseph, descendant d'Abraham qui espérait contre toute espérance
;
Si
le
dégoût ou la haine vous saisit,
pensez à l'amour de Joseph, qui fut le premier homme à découvrir le visage
humain de Dieu, en la personne de l'Enfant conçu par l'Esprit Saint dans le
sein de la Vierge Marie.
Bénissons
le Christ de s'être fait aussi proche de nous et rendons-Lui grâce de nous
avoir donné Joseph comme exemple et modèle de l'amour à son égard.
Chers
frères et soeurs, je vous le dis à nouveau de tout coeur :
comme Joseph, ne craignez pas de prendre Marie chez vous, c'est-à-dire
ne craignez pas d'aimer l'Église. Marie, Mère de l'Eglise, vous apprendra à
suivre ses pasteurs, à aimer vos évêques, vos prêtres, vos diacres et vos
catéchistes, et à suivre ce qu'ils vous enseignent, à prier aussi à leurs
intentions.
Vous qui êtes mariés,
regardez l'amour de Joseph pour Marie et pour Jésus ;
Vous qui vous préparez au mariage,
respectez votre futur conjoint ou conjointe comme le fit Joseph ;
Vous qui vous êtes donnés à Dieu dans le
célibat, repensez à l'enseignement de l'Église notre
Mère : «
La virginité et le célibat pour
le Royaume de Dieu ne diminuent en rien la dignité du mariage ; au contraire
ils la présupposent et la confirment. Le mariage et la virginité sont les deux
manières d'exprimer et de vivre l'unique mystère de l'Alliance de Dieu avec son
peuple » (
Redemptoris custos,
20).
Je
voudrais encore adresser une
exhortation
particulière aux pères de famille puisque saint Joseph est leur modèle. C'est
lui qui peut leur enseigner le secret de leur propre paternité, lui qui a
veillé sur le Fils de l'Homme.
De
même, chaque père reçoit de Dieu ses enfants créés à sa ressemblance et à son
image. Saint Joseph a été l'époux de Marie.
De
même, chaque père de famille se voit confier le mystère de la femme à travers
sa propre épouse.
Comme
saint Joseph, chers pères de famille, respectez et aimez votre épouse, et
conduisez vos enfants, avec amour et par votre présence avisée, vers Dieu où
ils doivent être (cf.
Lc 2, 49).
Enfin, à tous les jeunes qui sont ici,
j'adresse des paroles d'amitié et d'encouragement : devant les difficultés de
la vie, gardez courage ! Votre existence a un prix infini aux
yeux de Dieu.
Laissez-vous
saisir par le Christ, acceptez de Lui donner votre amour et, pourquoi pas, dans
le sacerdoce ou la vie consacrée ! C'est le plus haut service. Aux enfants qui
n'ont plus de père ou qui vivent abandonnés dans la misère de la rue, à ceux
qui sont séparés violemment de leurs parents, maltraités et abusés, et
incorporés de force dans des groupes paramilitaires sévissant dans certains
pays
, je voudrais dire : Dieu vous aime,
Il ne vous oublie pas et saint Joseph vous protège ! Invoquez-le avec
confiance.
Que Dieu vous bénisse et vous garde tous
! Qu'il vous donne la grâce d'avancer vers Lui avec fidélité !
Qu'il
donne à vos vies la stabilité pour recueillir le fruit qu'Il attend de vous !
Qu'il
fasse de vous les témoins de son amour, ici, au Cameroun et jusqu'aux
extrémités de la terre !
Je
Le prie avec ferveur de vous faire goûter la joie de Lui appartenir, maintenant
et pour les siècles des siècles. Amen.
1-
ROME,
Jeudi 19 mars 2009 (ZENIT.org <
http://www.zenit.org/> ) - Nous
publions ci-dessous le texte de l'homélie que le pape Benoît XVI a prononcée
lors de la messe solennelle de ce jeudi, fête de saint Joseph, dans le stade «
Amadou Ahidjo », à Yaoundé, au Cameroun. C'est également au cours de cette
messe qu'a été publié l'Instrumentum laboris de la deuxième assemblée spéciale
pour l'Afrique du synode des évêques.