L'Église se mobilise et s'engage
CAMEROUN : BENOÎT XVI AUX MALADES (1)
Messieurs les Cardinaux, Madame le Ministre des Affaires
Sociales,
Monsieur le Ministre
de la Santé,
Chers frères dans
l'Episcopat et cher Monseigneur Joseph Djida,
Monsieur le Directeur
du Centre Cardinal Léger,
Cher personnel
soignant, chers malades,
J'ai
vivement souhaité passer ces moments avec vous et je suis
heureux de pouvoir vous saluer chers frères et soeurs qui portez le
poids de la maladie et de la souffrance.
Dans cette douleur, vous n'êtes pas seuls, car le Christ lui - même est
solidaire de tous ceux qui souffrent. Il révèle aux malades et aux infirmes
la place qu'ils ont dans le cur de Dieu et dans la société. L'évangéliste Marc
nous donne en exemple la guérison de la belle-mère de Pierre :
« Sans plus attendre, on parle à Jésus de la
malade, est-il écrit. Jésus s'approcha d'elle, la prit par la main, et la fit
lever » (
Mc 1, 30-31). Dans ce
passage de l'Évangile, nous voyons Jésus vivre une journée auprès des malades
pour les soulager. Il nous montre ainsi, par des gestes concrets, sa tendresse
et sa bienveillance fraternelles pour tous ceux qui ont le coeur brisé et le
corps blessé.
Depuis
ce Centre qui porte le nom du Cardinal Paul-Émile Léger, fils du Canada, qui
était venu chez vous pour soulager les corps et les âmes, je n'oublie pas ceux
qui, chez eux, dans les hôpitaux, dans des établissements spécialisés ou des
dispensaires, sont porteurs d'un handicap, qu'il soit moteur ou mental, ni ceux
qui portent dans leur chair la trace de violences et de guerres. Je pense aussi
à
tous les malades et, spécialement ici,
en Afrique, à ceux qui sont victimes de maladies comme le sida, le paludisme et
la tuberculose. Je sais combien chez vous l'Église catholique est fortement
engagée dans une lutte efficace contre ces terribles fléaux, je l'encourage à
poursuivre avec détermination cette oeuvre si urgente. À vous qui êtes éprouvés
par la maladie et la souffrance, à toutes vos familles, je souhaite apporter de
la part du Seigneur un peu de réconfort, vous redire mon soutien, et vous
inviter à vous tourner vers le Christ et vers Marie qu'il nous a donnée pour
Mère. Elle a connu la douleur, et elle a suivi son Fils sur le chemin du
Calvaire, en conservant dans son coeur l'amour même que Jésus est venu apporter
à tous les hommes.
Devant
la souffrance, la maladie et la mort, l'homme est tenté de crier sous l'effet
de la douleur, comme le fit Job, dont le nom signifie ‘ souffrant ' (cf.
Grégoire le Grand,
Moralia in Job, I,
1, 15). Jésus lui-même a crié, peu avant de mourir (cf.
Mc 15, 37 ; He 5, 7).
Quand
notre condition se dégrade, l'angoisse augmente ; certains sont tentés de
douter de la présence de Dieu dans leur existence. Job, au contraire, est
conscient de la présence de Dieu dans sa vie ; son cri ne se fait pas révolte,
mais, du plus profond de son malheur, il fait monter sa confiance (cf.
Job 19 ; 42, 2-6). Ses amis, comme
chacun de nous face à la souffrance d'un être cher, s'efforcent de le consoler,
mais ils emploient des mots creux et vides.
Face aux tourments, nous nous sentons
démunis et nous ne trouvons pas les mots justes.
Devant un frère ou une sur plongé dans le mystère de la Croix, le silence
respectueux et compatissant, notre présence habitée par la prière, un geste de
tendresse et de réconfort, un regard, un sourire, en font plus parfois que bien
des discours. Cette expérience a été vécue par un petit groupe d'hommes et de
femmes, dont la Vierge Marie et l'Apôtre Jean, qui ont suivi Jésus au coeur de
sa souffrance lors de sa passion et de sa mort sur la Croix. Parmi eux, nous
rapporte l'Évangile, se trouvait
un
Africain, Simon de Cyrène. Il fut chargé d'aider Jésus à porter sa Croix sur le
chemin du Golgotha. Cet homme, bien involontairement, est venu en aide à
l'Homme des douleurs, abandonné par tous les siens et livré à une violence
aveugle. L'histoire rapporte donc qu'un Africain, un fils de votre continent, a
participé, au prix de sa propre souffrance, à la peine infinie de Celui qui
rachetait tous les hommes, y compris ses bourreaux.
Simon de Cyrène ne pouvait pas savoir qu'il avait son Sauveur devant
les yeux. Il a été « réquisitionné » pour l'aider (cf.
Mc 15, 21) ; il a été contraint, forcé à le faire. Il est difficile
d'accepter de porter la croix d'un autre.
Ce
n'est qu'après la résurrection qu'il a pu comprendre ce qu'il avait fait. Ainsi
en va-t-il de chacun de nous, frères et surs : au coeur de la détresse, de la
révolte, le Christ nous propose sa présence aimante même si nous avons du mal à
comprendre qu'Il est à nos côtés.
Seule
la victoire finale du Seigneur nous dévoilera le sens définitif de nos
épreuves.
Ne
peut-on pas dire que tout Africain est en quelque sorte membre de la famille de
Simon de Cyrène ?
Tout Africain et tout
homme qui souffrent, aident le Christ à porter sa Croix et montent avec lui au
Golgotha pour ressusciter un jour avec lui. En voyant l'infamie dont Jésus
est l'objet, en contemplant son visage sur la Croix, et en reconnaissant
l'atrocité de sa douleur, nous pouvons entrevoir, par la foi, le visage
rayonnant du Ressuscité qui nous dit que la souffrance et la maladie n'auront
pas le dernier mot dans nos vies humaines. Je prie, chers frères et soeurs,
pour que vous sachiez vous reconnaître dans ce ‘Simon de Cyrène'. Je prie,
chers frères et surs malades, pour que beaucoup de ‘Simon de Cyrène' viennent
aussi à votre chevet.
Depuis la résurrection et jusqu'à nos
jours, nombreux sont les témoins qui se sont tournés, avec foi et espérance,
vers le Sauveur des hommes, en reconnaissant sa présence au coeur de leur
épreuve. Le Père de toutes les miséricordes accueille
toujours avec bienveillance la prière de celui qui se tourne vers Lui. Il
répond à notre appel et à notre prière, comme Il le veut et quand Il veut, pour
notre bien et non pas suivant nos désirs.
À
nous de discerner sa réponse et d'accueillir les dons qu'Il nous offre comme
une grâce. Fixons notre regard sur le Crucifié, avec foi et courage, car de
Lui nous viennent la Vie, le réconfort, les guérisons. Sachons regarder Celui
qui veut notre bien et sait essuyer les larmes de nos yeux. Sachons nous
abandonner dans ses bras, comme un petit enfant dans les bras de sa mère !
Les saints nous en ont donné un bel
exemple par leur vie entièrement remise à Dieu, notre Père. Sainte
Thérèse d'Avila, qui avait placé son monastère sous le patronage de saint
Joseph, a été guérie d'une souffrance le jour même de sa fête. Elle disait
qu'elle ne l'avait jamais prié en vain et le recommandait à tous ceux qui
prétendaient ne pas savoir prier : «
Je
ne comprends pas, écrivait-elle, comment on peut penser à la Reine des anges et
à tout ce qu'elle essuya de tribulations, durant le bas âge du divin Enfant
Jésus, sans remercier saint Joseph du dévouement si parfait avec lequel il vint
au secours de l'un et de l'autre. Que celui qui ne trouve personne pour lui
enseigner l'oraison choisisse cet admirable saint pour maître, il n'aura pas à
craindre de s'égarer sous sa conduite » (
Vie, 6).
D'intercesseur pour
la santé du corps, Sainte Thérèse d'Avila voyait en saint Joseph un
intercesseur pour la santé de l'âme, un maître d'oraison et de prière.
Choisissons-le,
nous aussi, comme maître de prière ! Non seulement nous qui sommes en bonne
santé, mais vous aussi, chers malades, et toutes les familles. Je pense tout
particulièrement à vous qui faites partie du personnel hospitalier, et à tous
ceux qui travaillent dans le monde de la santé. En accompagnant ceux qui
souffrent, par votre attention et par les soins que vous leur accordez, vous
accomplissez un acte de charité et d'amour que Dieu reconnaît : «
J'étais malade, et vous m'avez visité »
(
Mt 25, 36). À vous, chercheurs et
médecins, il revient de mettre en oeuvre tout ce qui est légitime pour soulager
la douleur ; il vous appartient en premier lieu de protéger la vie humaine, en
étant les défenseurs de la vie, depuis sa conception jusqu'à son terme naturel.
Pour tout homme, le respect de la vie
est un droit et en même temps un devoir, car toute vie est un don de Dieu.
Je veux, avec vous, rendre grâce au Seigneur pour tous ceux qui, d'une façon ou
d'une autre, uvrent au service des personnes qui souffrent. J'encourage les
prêtres et les visiteurs de malades à s'engager par leur présence active et
amicale au sein d'une aumônerie dans les hôpitaux ou à assurer une présence
ecclésiale à domicile, pour le réconfort et le soutien spirituel des malades.
Conformément à sa promesse, Dieu vous donnera le juste salaire et vous
récompensera au ciel.
Avant
de vous saluer plus personnellement, puis de vous quitter, je veux assurer
chacun de vous de ma proximité affectueuse et de ma prière.
Je souhaite aussi vous exprimer mon désir qu'aucun de vous ne se sente jamais
seul. C'est en effet à tout homme, créé à l'image du Christ, qu'il revient de
se faire proche de son prochain. Je vous confie tous et toutes à l'intercession
de la Vierge Marie, notre Mère, et à celle de saint Joseph.
Que Dieu nous accorde d'être les uns pour
les autres, des porteurs de la miséricorde, de la tendresse et de l'amour de
notre Dieu et qu'Il vous bénisse !
1-
ROME,
Jeudi 19 mars 2009 (ZENIT.org <
http://www.zenit.org/> ) - Nous
publions ci-dessous le texte intégral du discours que le pape Benoît XVI a
adressé aux malades qu'il a rencontré cet après-midi à Yaoundé au Cameroun. La
rencontre a eu lieu au « Centre national de réhabilitation des handicapés ».