L'Église se mobilise et s'engage

ANGOLA : ARRIVÉE ET DISCOURS DE BENOIT XVI AUX AUTORITES ET AU CORPS DIPLOMATIQUE

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1° ARRIVÉE EN ANGOLA : Discours à l’aéroport (1) :

Après l'allocution du président, le pape a prononcé le discours suivant :
 
Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs qui représentez les Autorités civiles et militaires, Chers Frères dans l'épiscopat, Chers amis Angolais !

C'est avec des sentiments de déférente amitié que je foule le sol de cette noble et jeune Nation dans le cadre d'une visite pastorale qui, à mes yeux, a comme horizon le continent africain tout entier, même si j'ai dû limiter mes pas à Yaoundé et à Luanda. Tous, nous savons bien que je garde dans mon coeur et ma prière l'Afrique tout entière et le peuple Angolais en particulier auquel je désire offrir mes encouragements cordiaux à progresser sur les chemins de la pacification et de la reconstruction du pays et de ses institutions.
Monsieur le Président, permettez-moi d'abord de vous remercier pour l'aimable invitation que vous m'avez faite à venir visiter l'Angola et pour les mots de cordiale bienvenue que vous venez de m'adresser. Veuillez accepter mes salutations respectueuses et mes voeux les meilleurs, que j'étends aux autres Autorités qui sont venues pour m'accueillir ici. En la personne de ses Évêques ici présents, je salue l'ensemble de l'Église catholique en Angola. Et je vous remercie, vous tous, amis Angolais, pour l'accueil affectueux que vous me réservez. J'assure aussi de mon amitié ceux qui m'écoutent par la radio et la télévision, dans la certitude que le Ciel veille avec bienveillance sur la mission qui nous a été confiée à tous : édifier ensemble une société plus libre, plus pacifique et plus solidaire.

Comment ne pas évoquer ici le souvenir de l'illustre visiteur qui bénit l'Angola au mois de juin de 1992, mon bien-aimé prédécesseur le Pape Jean-Paul II ? Missionnaire infatigable de Jésus - Christ, jusqu'aux extrémités de la terre, il a montré le chemin vers Dieu, invitant tous les hommes de bonne volonté à écouter la voix de leur conscience formée dans la droiture, et à construire une société de justice, de paix et de solidarité, dans la charité et le pardon réciproques. Quant à moi, vous le savez, je viens d'un pays dont les habitants ont une haute estime de la paix et de la fraternité, en particulier ceux qui - comme moi - ont connu la guerre et la division entre frères d'une même Nation en raison d'idéologies destructrices et inhumaines qui faisaient peser le joug de l'oppression sous la fausse apparence du rêve et de l'illusion. Vous pouvez donc comprendre combien le dialogue entre les hommes est important à mes yeux, car il permet de dépasser toutes les formes de conflits et de tensions et de faire de chaque Nation - et donc de votre Patrie - une maison de paix et de fraternité. Pour atteindre ce but, vous devez puiser dans votre patrimoine spirituel et culturel les valeurs positives dont l'Angola est riche, et aller sans peur à la rencontre les uns des autres, en acceptant de partager pour le bien de tous les richesses spirituelles et matérielles.

Comment ne pas penser aux populations de la province de Kunene frappées par des pluies torrentielles et des inondations qui ont provoqué de nombreuses victimes et ont laissé tant de familles privées de toit en raison de la destruction de leur maison ? À ces populations éprouvées, je désire en cet instant transmettre l'assurance de ma solidarité ainsi qu'une invitation particulière à la confiance pour reprendre, avec l'aide de tous, une vie normale.

Chers amis Angolais, votre territoire est riche ; votre Nation est forte. Utilisez ces atouts pour favoriser la paix et l'entente entre les peuples, sur une base de loyauté et d'égalité capable de promouvoir en Afrique l'avenir pacifique et solidaire auquel tous aspirent et auquel tous ont droit. Pour cela, je vous en prie, ne vous laissez pas prendre par la loi du plus fort ! Car Dieu a accordé aux hommes le pouvoir de s'élever avec les ailes de la raison et de la foi, au-dessus de leurs inclinations naturelles. Si vous vous laissez emporter sur ces ailes, il ne vous sera pas difficile alors de reconnaître dans l'autre un frère, né avec les mêmes droits humains fondamentaux. À l'intérieur de vos frontières, se trouvent malheureusement encore tant de pauvres qui demandent le respect de leurs droits. Il n'est pas possible d'oublier la multitude des Angolais qui vivent au-dessous du seuil de pauvreté absolue. Ne décevez pas leurs attentes !

Il s'agit là d'une immense entreprise, qui requiert le plus grand civisme possible de la part de tous. Il y faut l'engagement de la société civile angolaise tout entière ; mais elle doit se présenter à ce rendez  - vous plus forte et plus organisée, que ce soit entre ses diverses composantes ou dans le dialogue avec le Gouvernement. Pour donner naissance à une société véritablement soucieuse du bien commun, des valeurs partagées par tous sont nécessaires. Je suis convaincu que l'Angola pourra les trouver aujourd'hui encore dans l'Évangile de Jésus - Christ, tout comme cela fut, il y a bien longtemps, avec votre illustre ancêtre, Dom Afonso I Mbemba-a-Nzinga ; grâce à lui, il y a cinq cents ans, fut établi au Mbanza Congo un royaume chrétien qui a subsisté jusqu'au XVIIIesiècle. De ses cendres prit naissance, à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle, une Église renouvelée qui n'a pas cessé de grandir jusqu'à nos jours ; que Dieu en soit remercié ! C'est là le motif premier qui a conduit mes pas en Angola : aller à la rencontre d'une des plus anciennes communautés catholiques de l'Afrique sub - équatoriale, pour la confirmer dans sa foi en Jésus Christ et pour m'unir aux supplications de ses fils et de ses filles afin que le temps de la paix, dans la justice et dans la fraternité, ne connaisse pas de déclin en Angola, lui donnant ainsi la possibilité d'accomplir la mission que Dieu lui a confiée à l'égard de son peuple et dans le concert des Nations. Que Dieu bénisse l'Angola !

2° AUTORITÉS ET CORPS DIPLOMATIQUE (2)
Monsieur le Président de la République,
Mesdames, Messieurs qui représentez les Autorités civiles et politiques,
Messieurs les Ambassadeurs, Chers Frères dans l'Épiscopat, Mesdames, Messieurs,

Par un aimable geste d'hospitalité, Monsieur le Président a souhaité nous accueillir dans sa résidence, m'offrant ainsi la joie de vous rencontrer tous, afin de vous saluer et de vous souhaiter le plus grand succès dans les importantes responsabilités que chacun de vous assume au gouvernement, dans le domaine civil ou diplomatique, où il sert sa nation en vue du bien de toute la famille humaine. Monsieur le Président, je vous remercie de votre accueil et des paroles que vous venez de m'adresser, pleines de considération pour le Successeur de Pierre et de confiance vis – à - vis de l'activité de l'Église catholique en faveur de cette Nation tant aimée.

Chers amis, vous êtes les artisans et les témoins d'un Angola qui se relève. Après vingt - sept années de guerre civile qui ont dévasté ce Pays, la paix a commencé à prendre racine, portant avec elle les fruits de la stabilité et de la liberté. Les efforts tangibles du Gouvernement pour mettre en place les infrastructures et rénover les institutions indispensables au développement et au bien-être de la société ont fait refleurir l'espérance parmi les citoyens. Pour soutenir cette espérance, ont été mises en place différentes actions conduites par des agences internationales, décidées à dépasser les intérêts particuliers pour uvrer dans la perspective du bien commun. Dans diverses régions du pays, les exemples ne manquent pas d'enseignants, de travailleurs sanitaires et de fonctionnaires qui, avec de faibles revenus, servent avec intégrité et dévouement la communauté humaine à laquelle ils appartiennent. De même le nombre des personnes engagées dans des activités de volontariat au service des plus nécessiteux augmente. Que Dieu bénisse et qu'il multiplie toutes ces bonnes volontés et leurs initiatives au service du bien !

L'Angola sait qu'est arrivé pour l'Afrique le temps d'être le continent de l'espérance. Tout comportement humain droit est espérance en action. Nos actions ne sont jamais indifférentes devant Dieu ; et elles ne le sont pas non plus pour le développement de l'histoire. Chers amis, avec un coeur intègre, magnanime et plein de compassion, vous pouvez transformer ce continent, libérant votre peuple du fléau de l'avidité, de la violence et du désordre en le conduisant sur le chemin indiqué par les principes indispensables à toute démocratie civile moderne : le respect et la promotion des droits de l'homme, un gouvernement transparent, une magistrature indépendante, des moyens de communication sociale libres, une administration publique honnête, un réseau d'écoles et d'hôpitaux fonctionnant de façon adéquate, et la ferme détermination, basée sur la conversion des curs, d'éradiquer une fois pour toutes la corruption. Dans le Message de cette année pour la Journée mondiale de la Paix, j'ai voulu attirer l'attention de tous sur la nécessité d'une approche éthique du développement. En effet, plus que de simples programmes et protocoles, les habitants de ce continent demandent à juste titre une conversion profonde, authentique et durable des coeurs à la fraternité (cf. n. 13). Leur exigence vis-à-vis de ceux qui oeuvrent dans la politique, dans l'administration publique, dans les agences internationales et dans les compagnies multinationales est avant tout celle-ci : soyez à nos côtés de façon vraiment humaine, accompagnez-nous, ainsi que nos familles et nos communautés !

Le développement économique et social en Afrique requiert la coordination des actions gouvernementales nationales avec les initiatives régionales et avec les décisions internationales. Une telle coordination suppose que les nations africaines ne soient pas seulement considérées comme les destinataires des plans et des solutions élaborées par d'autres. Les africains eux-mêmes, uvrant ensemble pour le bien de leurs communautés, doivent être les premiers acteurs de leur développement. À ce propos, il y a un nombre croissant d'initiatives qui méritent d'être encouragées. Parmi elles, la New Partnership for Africa's Development (NEPAD), le Pacte sur la sécurité, la stabilité et le développement dans la Région des Grands Lacs, le Kimberley Process, la Publish What You Pay Coalition et l'Extractive Industries Transparency Initiative : leur objectif commun est de promouvoir la transparence, la pratique honnête du commerce et la bonne gouvernance. Quant à la communauté internationale dans son ensemble, la coordination des efforts pour affronter la question du changement climatique est d'une urgence décisive, tout comme l'entière et juste réalisation des engagements pour le développement indiqués par le Doha round, ainsi que la concrétisation de la promesse des Pays développés, faite à plusieurs reprises, de consacrer 0,7% de leur PIB (Produit Intérieur Brut) à l'aide officielle au développement. Cette assistance est encore plus nécessaire aujourd'hui avec la tempête financière mondiale qui sévit. Mon souhait est que cette assistance ne soit pas une autre de ses victimes.

Chers amis, je conclus ma réflexion en vous confiant que ma visite au Cameroun et en Angola suscite en moi cette joie humaine profonde qu'on éprouve lorsqu'on se retrouve en famille. Je crois qu'une telle expérience est le don commun que l'Afrique peut offrir à tous ceux qui sont originaires d'autres continents et qui arrivent ici, où « la famille est le fondement sur lequel l'édifice social est construit » (Ecclesia in Africa, n. 80). Cependant, comme nous le savons tous, ici aussi les familles subissent de nombreuses pressions : angoisse et humiliation causées par la pauvreté, le chômage, la maladie, l'exil pour n'en citer que quelques-unes. Est particulièrement bouleversant le joug opprimant des discriminations qui pèsent sur les femmes et sur les jeunes filles, sans parler de l'innommable pratique de la violence et de l'exploitation sexuelle qui leur cause tant d'humiliations et de traumatismes. Je dois également mentionner un autre grave sujet de préoccupation : les politiques de ceux qui, dans l'illusion de faire progresser l'« édifice social », en menacent les fondements mêmes. Combien est amère l'ironie de ceux qui promeuvent l'avortement au rang des soins de la santé des « mamans » ! Combien est déconcertante la thèse de ceux qui prétendent que la suppression de la vie serait une question de santé reproductive (cf. Protocole de Maputo, art. 14) !

Mesdames et Messieurs, vous trouverez toujours l'Église - par la volonté de son divin Fondateur - aux côtés des plus pauvres de ce continent. Je peux vous assurer qu'à travers les activités diocésaines, les innombrables oeuvres éducatives, sanitaires et sociales prises en charge par les différents Ordres religieux, les programmes de développement des Caritas et d'autres organisations, elle continuera à faire tout ce qui est en son pouvoir pour soutenir les familles - y compris celles qui sont frappées par les effets tragiques du Sida - et pour promouvoir l'égale dignité des hommes et des femmes sur la base d'une harmonieuse complémentarité. Le chemin spirituel du chrétien est celui de la conversion quotidienne. L'Église invite tous les responsables de l'humanité à l'emprunter, afin que cette dernière puisse suivre les chemins de la vérité, de l'intégrité, du respect et de la solidarité.

Monsieur le Président, je vous renouvelle ma vive reconnaissance pour l'accueil que vous nous avez offert dans votre résidence. Je remercie chacun de vous pour son aimable présence et pour son écoute attentive. Comptez sur mes prières pour vous, pour vos familles et pour tous les habitants de cette merveilleuse Afrique ! Que le Dieu du Ciel vous soit propice et vous bénisse tous !



1- ROME, Vendredi 20 mars 2009 (ZENIT.org) - Le pape Benoît XVI est arrivé ce vendredi à 12h45 à l'aéroport « 4 de Fevereiro » de Luanda, en Angola. Il a été accueilli par le président de la République, M. José Eduardo dos Santos et son épouse puis par l'archevêque de Luanda et président de la Conférence épiscopale d'Angola et de São Tomé, Mgr Damião António Franklin
2- ROME, Vendredi 20 mars 2009 (ZENIT.org http://www.zenit.org/ ) - Nous publions ci-dessous le texte du discours que le pape Benoît XVI a prononcé lors de sa rencontre, ce vendredi, en fin d'après-midi, avec les autorités politiques et civiles de l'Angola et les membres du Corps diplomatique, dans le salon d'honneur du palais présidentiel, à l'issue de sa rencontre privée par le président de la République, M. José Eduardo dos Santos.`