L'Église se mobilise et s'engage
POLÉMIQUE EN FRANCE, ENTHOUSIASME EN AFRIQUE MGR RIOCREUX
FAIT LE POINT(1)
Ayant
été témoin de la ferveur, de l'enthousiasme et de la joie de toute l'Afrique
d'accueillir le successeur de Pierre,
je
me dois de crier face au lynchage médiatique contre Benoit XVI en France. Je
dis bien «
en France », car c'est
surtout chez nous que l'incompréhension des propos du pape et l'exploitation
politique se sont manifestées avec une virulence inouïe. Vu de Yaoundé où je me
trouvais avec près de 100 évêques de tout le continent, cette polémique en
France semblait parler d'un autre voyage que celui dont nous étions témoins. Et
je le dis avec force :
j'avais honte de
la présentation journalistique et du raccourcissement du propos du pape dans
l'avion le conduisant au Cameroun.
Invité
par plusieurs évêques de ce pays et comme responsable de la COFRAC (Communauté
Francophone des radios chrétiennes), je tenais à être présent à l'évènement de
la visite papale à Yaoundé. Cela m'a permis de commenter en direct l'arrivée du
Saint Père sur Radio Reine, la radio catholique du Cameroun.
En
allant là bas, je pressentais aussi que
c'était
une occasion unique pour faire remonter l'information du Sud vers le Nord :
faire connaître l'Afrique avec ses drames certes, mais surtout l'extraordinaire
vitalité de l'Eglise catholique et l'aspiration à la paix, à la justice et à la
réconciliation. De cela, rien ou très peu ont été dit puisque la France n'a
entendu parler que du préservatif alors qu'au même moment, la fête autour du
pape fut belle et joyeuse. Mépris d'un côté et propos déplacés qui ont engendré
une incroyable haine contre le pape, et de l'autre côté, la fierté de tout un
pays d'accueillir l'homme de foi, de paix et de compassion, Benoît XVI.
Aussi,
ce fut un vrai scandale pour moi de voir et d'entendre ce qui se disait en
France sur le pape alors que nous vivions tout autre chose à Yaoundé.
Interrogeant les évêques africains, ils me
répondaient tous qu'ils souscrivaient pleinement aux propos de Benoît XVI
puisque celui-ci avait parlé pour l'Afrique ... et non pour la France. Les
évêques de ce continent constatent que les campagnes anti - sida par
distribution de préservatifs ne font qu'augmenter le problème. Quant aux
évêques anglophones, deux jours après la tempête médiatique ... ils ignoraient
la polémique en France ! En conséquence, l'opinion publique française matraquée
par les médias et les politiques n'a rien su des véritables enjeux du voyage
papal dans «
le continent de l'espérance »
que représente l'Afrique sur le plan économique, culturel et chrétien.
Voilà pourquoi maintenant je souhaite
témoigner de ces trois jours avec le pape à Yaoundé.
D'abord
de
l'extraordinaire accueil reçu par le
pape. Sur les 25 kilomètres entre l'aéroport et la ville, une foule
considérable manifestait sa joie et son enthousiasme. En accueillant Benoît
XVI, le président Biya disait au nom du Cameroun la «
fierté » d'avoir été le pays choisi pour accueillir l'Eglise de
tout le continent.
Présent
aux deux grandes célébrations des Vêpres à la basilique Marie Reine des Apôtres
le mercredi et à la magnifique messe au stade Ahidjo le jeudi, j'ai été
impressionné par la
beauté et la ferveur
de ces liturgies, du recueillement et de longs silences contrastant avec
l'exubérance manifestée au moment de l'arrivée du Saint Père. Il y eut même
un symbole immédiatement interprété par nos amis africains.
Alors
que le pape venait d'entrer dans la basilique, une pluie abondante s'est
abattue sur la colline où se dresse la basilique. Pluie, signe de bénédiction
... même si elle contraignait les fidèles amassés à l'extérieur à trouver un
abri précaire ou à subir cette pluie diluvienne. Puis un arc – en - ciel a
suivi ! L'arc – en - ciel de Yaoundé.
Quant
à la messe solennelle, elle a constitué le sommet du voyage pontifical. Les
chants nous rappelaient les messes chez nous, tels le «
Seigneur, nous arrivons des quatre coins de l'horizon » ou «
Le Seigneur nous a aimés » mais mis en
musique à la manière africaine avec accompagnement aux balafons et saxophones.
La
liturgie elle - même était
extraordinairement festive dans un heureux mélange entre Credo et Pater en
latin avec des chants et danses en langues locales du Cameroun et du Congo
pour le Gloire à Dieu et la procession d'offrandes. Beau cadeau pour le pape à
l'occasion de la Saint Joseph !
Et
puis, il y eut cette
émouvante et
touchante rencontre avec les handicapés au « Centre Cardinal Léger » .
Comme l'avait fait Jean Paul II à Tours en 1996 avec les «
blessés de la vie », Benoît XVI s'est penché avec compassion vers
ces malades en leur adressant les mots justes.
Car
ce sont aussi les discours qu'il faut maintenant lire. Chez ce pape, les propos
sont toujours denses et précis à l'image de son discours aux Bernardins à Paris
et de ses méditations à Lourdes. Notre pape donne des textes riches à méditer
et à reprendre.
Le
moment essentiel de cette visite fut naturellement celui de la
remise de l'Instrumentum Laboris aux
présidents des conférences épiscopales d'Afrique pour le synode d'octobre.
Après le premier synode de 1994 et l'exhortation apostolique sur la mission
évangélisatrice, voici maintenant ce travail sur le thème approprié de «
la paix, de la justice et de la
réconciliation ».
Dans
le document «
Ecclesia in Africa » de
1995, il est écrit que
« L'Afrique, dans
la diversité de ses rites, danse de joie, exprime sa foi dans la vie, au son
des tam-tams et d'autres instruments de musique africains ». À Yaoundé,
nous l'avons vu, le pape était visiblement heureux de cet enthousiasme.
Ce même texte aborde aussi la question du
SIDA, en disant que « la lutte doit être
le combat de tous ». Tous savent que, en Afrique, l'Eglise est au
premier rang de cette lutte et le pape l'a rappelé dans l'interview donnée dans
l'avion ... Mais cette mention a été hélas occultée, comme toute la réflexion
qui a précédé ou suivi les deux petites phrases retenues.
En
revenant ici en France et dans mon diocèse, j'étais à la fois rempli de
tristesse devant cette incompréhension de notre pays sur la mission du pape, et
dans le même temps, comblé de joie par la célébration de ce 4ème dimanche de
Carême. En effet, en ce jour, en l'église de Jouy le Moutier, j'instituais
lecteur et acolyte en vue du diaconat un père de famille d'origine
camerounaise, Louis Bède. Présent dans le Val d'Oise depuis 20 ans, il est
ingénieur et actif dans le catéchuménat diocésain. Son père est connu dans le
pays comme un chrétien exemplaire, enseignant et traducteur en langue Ewondo de
la Bible et de la Liturgie. Là bas, à Yaoundé, j'ai rencontré la famille de Louis
Bède et de Bertille, son épouse. Ils étaient heureux de ce lien entre nos
Eglises et fiers de la visite du pape chez eux. C'est ce bonheur que je
retiens, celui de toute l'Afrique, d'avoir accueilli magnifiquement le
successeur de Pierre.
+ Jean Yves Riocreux,
évêque de Pontoise
le 23 Mars 2009