L'Église se mobilise et s'engage
DECLARATION DE LA CONFERENCE EPISCOPALE NATIONALE DU
CAMEROUN RELATIVE AU MESSAGE DU SAINT-PERE SUR LA LUTTE CONTRE LE VIH/SIDA LORS
DE SA VISITE APOSTOLIQUE AU CAMEROUN (1)
Après
la visite de Sa Sainteté le Pape Benoît XVI au Cameroun, une certaine presse
s'est fait l'écho d'un malaise qu'auraient suscité les propos du Saint - Père
sur l'usage des préservatifs et sur le VIH/SIDA. Cette presse ne cesse de
traiter d'irresponsable la position du Pape
au sujet de l'usage des préservatifs et donne à croire que ses propos sur
ce sujet ont eu un effet négatif et
porté
un coup de froid sur sa visite au Cameroun.
Consciente
des enjeux d'une telle désinformation, la Conférence Episcopale Nationale du
Cameroun, par la voix de son Président, S.E. Mgr. Victor Tonye Bakot, fait la
mise au point suivante :
Alors
que le Pape se trouvait dans l'avion qui devait l'amener jusqu'au Cameroun, il
a accordé une interview à la presse à bord du même avion. Cette interview s'est
limitée à six questions dont la cinquième à polémique posée par le journaliste
de France2 Philippe Visseyrias :
«
Votre
Sainteté, parmi les nombreux maux qui affligent l'Afrique, il y a également en
particulier celui de la diffusion du Sida. La position de l'Eglise Catholique
sur la façon de lutter contre celui - ci est souvent considérée comme n'étant
pas réaliste et efficace. Affronterez - vous ce thème au cours du voyage ?
».
Voici
in extenso
la réponse du Saint-Père :
«
Je dirais le contraire : je pense que la
réalité la plus efficace, la plus présente sur le front de la lutte contre le
sida est précisément l'Eglise catholique, avec ses mouvements, avec ses
différentes réalités. Je pense à la Communauté de Saint'Egidio qui
accomplit tant, de manière visible et aussi invisible, pour la lutte contre le
Sida, aux Camilliens, et tant d'autres, et d'autres, à toutes les soeurs qui
sont au service des malades. Je dirais qu'on ne peut pas surmonter ce problème
du sida uniquement avec de l'argent, pourtant nécessaire. Si on n'y met pas de
l'âme, si les Africains n'aident pas [en engageant leur responsabilité
personnelle], on ne peut pas résoudre ce fléau par la distribution des
préservatifs : au contraire, ils augmentent le problème. La solution ne peut se
trouver que dans un double engagement :
-
Le
premier, une humanisation de la sexualité, c'est-à-dire un renouveau spirituel
et humain qui apporte avec soi une nouvelle manière de se comporter l'un envers
l'autre,
-
Le
deuxième, une véritable amitié également et surtout pour les personnes qui
souffrent, la disponibilité, même au prix de sacrifices, de renoncements
personnels, à être proches de ceux qui souffrent.
Tels sont les facteurs qui aident et qui
et qui conduisent à des progrès visibles. Je dirais donc cette double force de
renouveler l'homme intérieurement, de donner une force spirituelle et humaine
pour un juste comportement à l'égard de son propre corps et de celui de
l'autre, et cette capacité de souffrir avec ceux qui souffrent, de rester
présents dans les situations d'épreuve. Il me semble que c'est la juste
réponse, et c'est ce que fait l'Eglise, offrant ainsi une contribution très
grande et importante. Nous remercions tous ceux qui le font ».
Les
évêques du Cameroun s'étonnent de ce que les journalistes ne retiennent de
cette déclaration du Pape tout à fait complète que l'opposition aux
préservatifs,
occultant toute l'action
de l'Eglise sur la lutte contre le sida et la prise en charge des malades.
Ils
s'étonnent surtout de ce que la presse veuille faire croire à un malaise de
l'opinion camerounaise pendant la visite du Saint - Père, consécutivement à ses
déclarations.
L'épiscopat
camerounais
souligne et de manière très
forte, que les Camerounais ont accueilli avec joie et enthousiasme le Pape
Benoît XVI, confirmant ainsi leur hospitalité légendaire. Il ne nie pour
autant pas la réalité du sida, ni son effet dévastateur dans les familles au
Cameroun.
Le
Saint - Père met l'homme au centre de ses préoccupations et rappelle
l'enseignement du Christ et de l'Eglise.
L'engagement
de l'Eglise Catholique auprès des personnes vivant avec le virus du Sida,
l'accompagnement des personnes infectées et affectées sont des priorités pour
l'Eglise Catholique. L'accompagnement des personnes et des familles ainsi
que l'enseignement de l'Eglise permettent à chacun de se valoriser dans sa
dignité de fils adoptif de Dieu. Cette dignité oblige à porter un regard neuf
sur l'autre et sur le monde. Au lieu de chercher des expédients, l'Eglise
propose à l'homme des valeurs pérennes.
L'Eglise catholique est partout engagée quotidiennement
dans la lutte contre le sida. À cet égard, elle a
mis en place des structures adaptées pour l'accueil, le suivi et le traitement
des personnes infectées du VIH. Cette assistance est à la fois morale,
psychologique, nutritionnelle, médicale et spirituelle. Voilà le premier
message du Saint - Père sur le sida.
À côté de cette action multiforme et
constante, l'Eglise, force morale, a l'impérieux devoir de rappeler aux
Chrétiens que toute pratique sexuelle en dehors du
mariage et non rangée est dangereuse et propice à la diffusion du sida. C'est
pourquoi elle prône l'abstinence pour les célibataires et la fidélité au sein
du couple. C'est son devoir. Elle ne saurait s'y soustraire. Voilà le second
message du Saint - Père.
Les Evêques du Cameroun
regrettent par conséquent que les médias
occidentaux notamment aient oublié les autres aspects pourtant essentiels du
message africain du Saint Père sur la pauvreté, la réconciliation, la justice
et la paix. Ceci est très grave, lorsqu'on sait le nombre de morts que
causent d'autres maladies en Afrique et sur lesquelles il n'y a aucune
publicité véritable ; lorsqu'on sait le nombre de morts que causent en Afrique
les luttes fratricides dues aux injustices et à la pauvreté.
Avec
le Pape, les
Evêques du Cameroun
rappellent à tous les Chrétiens et à tous les Camerounais :
1)
Que les rapports
sexuels ont pour finalité première la procréation voulue par Dieu lui-même
au début de la création. Le mariage entre un homme et une femme est le cadre
idéal voulu par Dieu pour cette procréation.
2) Que
l'Eglise
catholique ne méprise pas les malades du Sida et n'encourage nullement la
propagation de la maladie comme lui prêtent certains médias. Elle est et
restera toujours active dans la lutte multiforme contre la maladie.
Les Evêques du Cameroun
1-
ROME,
Mercredi 25 mars 2009 (ZENIT.org
http://www.zenit.org/
) - Nous reprenons ci-dessous le texte publié par les évêques du Cameroun
concernant la déclaration que le pape Benoît XVI a faite concernant la lutte
contre le SIDA, dans le cadre de son voyage en Afrique, au Cameroun et en
Angola du 17 au 23 mars.