L'Église se mobilise et s'engage
CHRETIENS ET MUSULMANS POUR UN NOUVEL ORDRE SOCIAL EN COTE
D’IVOIRE
Forum d’échanges entre
la Banque mondiale et les leaders religieux à Cocody(1)
«
L'heure est venue de nous débarrasser du
mensonge, de quitter l'arène des coups bas, de la duplicité et de l'hypocrisie
pour adopter désormais le langage de la vérité libératrice et constructrice »,
a déclaré l'archevêque d'Abidjan après avoir dressé un tableau particulièrement
sombre de la société ivoirienne qui selon lui, « a perdu tous ses repères
».
D'après
un compte-rendu du forum d'échanges par la presse ivoirienne, en particulier
des quotidiens Fraternité matin et nord-sud, le prélat de l'Eglise catholique
ivoirienne a
passé en revue les maux qui
affligent le pays, (exploitation politicienne de la régionalisation,
injustices, dépravation des murs, chômage, pauvreté accrue.)
avant d'indiquer qu'il est temps pour le
pays de tourner une nouvelle page de son histoire.
À
la lumière des prochaines élections présidentielles, attendues depuis la fin du
mandat de Laurent Gbagbo, en octobre 2005, mais sans cesse repoussées, en
raison de la crise politico-militaire qui afflige le pays depuis septembre
2002, Mgr Kutwa estime que
les
Ivoiriens, que ce soit avant ou après les élections, doivent de toute façon
travailler à « une vraie réconciliation
».
«
Dans un premier temps, nous avons à
rechercher la paix avec tous nos frères, quelles que soient leurs origines ou
leurs croyances (...) puis dans un deuxième temps à établir un projet de
société consensuel », a-t-il recommandé, souligne le quotidien nord-sud
dans son article.
Mgr
Kutwa s'est dit «
d'accord pour aller aux
élections », mais, a-t-il précisé, «
il
ne faut pas y aller pour y aller », rapporte pour sa part Fraternité matin.
Evoquant
des informations faisant état d'irrégularités ou de fraudes dans l'enrôlement,
l'archevêque estime qu'«
il serait bon
que la Commission électorale indépendante assume ses responsabilités en prenant
des dispositions justes et audacieuses,
pour garantir la démocratie et permettre au peuple ivoirien d'exercer sa
souveraineté »
« Tant que ces dispositions ne seront pas
prises, dit-il, une élection précipitée entraînerait le pays dans le chaos
».
Selon
lui, rapporte Fraternité matin, «
la
religion et la dimension spirituelle peuvent aider à la sortie de la crise en
renonçant à toute ambition, implication politique dans le sens de
l'accaparement de l'exercice ».
Un
avis que partage le Cheick Aboubacar Fofana qui, durant son intervention au
Forum d'échanges, a insisté sur les origines de la crise que traverse la Côte
d'Ivoire, estimant que pour en sortir, rapporte le journal nord-sud, «
il ne faut pas s'attendre seulement à ce que
les fusils se taisent ou croire que les élections vont résoudre tous les
problèmes du pays ».
Il faut selon lui, poursuit le
quotidien ivoirien, «
réconcilier les Ivoiriens entre eux à
travers un nouveau contrat social
comme projet de société pour penser à mettre une nation en place et qu'on accepte nos diversités culturelles,
ethniques, religieuses, d'opinion et de pensée. C'est indispensable et nous n'avons pas le choix ».
L'Imam
suggère qu' «
une véritable alchimie se
fasse dans les esprits afin de signer un nouveau contrat social entre les fils
et filles de la Côte d'Ivoire ».
En
résumé, pour les deux responsables religieux
« l'instauration de la paix n'est pas seulement synonyme de cessation
du conflit armé, mais plutôt l'élimination de ses causes ».
Et
pour Aboubacar Fofana, cela «
doit passer
par la promotion d'une saine spiritualité », l'imam estimant à ce propos
qu'«
il y a des lieux de culte qui
devraient êtres fermés en Côte d'Ivoire, puisque dans ces espaces, il y a des
gens qui mettent à l'index d'autres Ivoiriens comme des diables », rapporte
le quotidien nord-sud.
Isabelle
Cousturié
1-
ROME, Mardi 31 mars 2009
(ZENIT.org <
http://www.zenit.org/>
) - « Perspectives des leaders religieux pour une sortie de crise et une
cohésion sociale durable en Côte d'Ivoire ». Tel était le thème du forum
d'échanges qui a eu lieu le 23 mars dernier, à Cocody, à l'est d'Abidjan, entre
la Banque mondiale et les leaders religieux conduits par l'archevêque
d'Abidjan, Mgr Jean-Pierre Kutwa et le président du Conseil supérieur des Imams
de Côte d'Ivoire, Cheick Aboubacar Fofana, qui ont tous deux plaidé pour
l'avènement d'un « ordre nouveau » en Côte d'Ivoire.