Pages spirituelles
JEUDI-SAINT EN MÉMOIRE DE LA CÈNE DU SEIGNEUR
1°
Livre de l'Exode 12,1-8.11-14 :
Dans le pays
d'Égypte, le Seigneur dit à Moïse et à son frère Aaron : «
Ce mois-ci sera pour
vous le premier des mois, il marquera pour vous le
commencement de l'année. Parlez ainsi à toute la communauté d'Israël : le dix
de ce mois, que l'on prenne un agneau par famille, un agneau par maison. Si la
maisonnée est trop peu nombreuse pour un agneau, elle le prendra avec son
voisin le plus proche, selon le nombre des personnes. Vous choisirez l'agneau
d'après ce que chacun peut manger. Ce sera un agneau sans défaut, un mâle, âgé
d'un an. Vous prendrez un agneau ou un chevreau. Vous le garderez jusqu'au
quatorzième jour du mois. Dans toute l'assemblée de la communauté d'Israël, on
l'immolera au coucher du soleil. On prendra du sang, que l'on mettra sur les
deux montants et sur le linteau des maisons où on le mangera. On mangera sa
chair cette nuit-là, on la mangera rôtie au feu, avec des pains sans levain et
des herbes amères. Vous mangerez ainsi : la ceinture aux reins, les sandales
aux pieds, le bâton à la main. Vous mangerez en toute hâte : c'est la Pâque du
Seigneur. Cette nuit-là, je traverserai le pays d'Égypte, je frapperai tout
premier-né au pays d'Égypte, depuis les hommes jusqu'au bétail. Contre tous les
dieux de l'Égypte j'exercerai mes jugements : je suis le Seigneur. Le sang sera
pour vous un signe, sur les maisons où vous serez. Je verrai le sang, et je
passerai : vous ne serez pas atteints par le fléau dont je frapperai le pays
d'Égypte. Ce jour-là sera pour vous un mémorial. Vous en ferez pour le Seigneur
une fête de pèlerinage. C'est une loi perpétuelle : d'âge en âge vous la
fêterez. »
2°
Psaume 116(115),12-13.15-16.17-18.
Comment rendrai-je au Seigneur tout le bien
qu'il m'a fait ?
J'élèverai la coupe du salut,
j'invoquerai le nom du Seigneur.
Il en coûte au Seigneur de voir mourir
les siens !
Ne suis-je pas, Seigneur, ton serviteur,
ton serviteur,
Le fils de ta servante, moi, dont tu
brisas les chaînes ?
Je t'offrirai le sacrifice d'action de
grâce, j'invoquerai le nom du Seigneur.
Je tiendrai mes promesses au Seigneur,
oui, devant tout son peuple,
3°Première
lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens 11,23-26.
Je vous ai
pourtant transmis, moi, ce que j'ai reçu de la tradition qui vient du Seigneur
: la nuit même où il était livré, le Seigneur Jésus prit du pain, puis, ayant
rendu grâce, il le rompit, et dit : «
Ceci
est mon corps, qui est pour vous. Faites cela en mémoire de moi ».
Après le repas,
il fit de même avec la coupe, en disant : «
Cette
coupe est la nouvelle Alliance en mon sang. Chaque fois que vous en boirez,
faites cela en mémoire de moi ». Ainsi donc, chaque fois que vous mangez ce
pain et que vous buvez à cette coupe, vous proclamez la mort du Seigneur,
jusqu'à ce qu'il vienne.
4°
Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean 13,1-15.
Avant la fête de la Pâque,
sachant que l'heure était venue pour lui de passer de ce monde à son Père,
Jésus, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu'au bout.
Au cours du repas, alors que le démon a déjà inspiré à Judas Iscariote, fils de
Simon, l'intention de le livrer, Jésus, sachant que le Père a tout remis entre
ses mains, qu'il est venu de Dieu et qu'il retourne à Dieu, se lève de table,
quitte son vêtement, et prend un linge qu'il se noue à la ceinture ; puis il
verse de l'eau dans un bassin, il se met à laver les pieds des disciples et à
les essuyer avec le linge qu'il avait à la ceinture. Il arrive ainsi devant
Simon-Pierre. Et Pierre lui dit : «
Toi,
Seigneur, tu veux me laver les pieds ! ».
Jésus lui déclara : «
Ce que
je veux faire, tu ne le sais pas maintenant ; plus tard tu comprendras ».
Pierre lui dit : «
Tu ne me laveras pas les pieds ; non, jamais
! ».
Jésus lui répondit : «
Si je ne te lave pas, tu n'auras point de
part avec moi ».
Simon - Pierre lui dit : «
Alors, Seigneur, pas seulement les pieds,
mais aussi les mains et la tête ! ».
Jésus lui dit : «
Quand on vient de prendre un bain, on n'a
pas besoin de se laver : on est pur tout entier. Vous-mêmes, vous êtes purs, .
. . mais non pas tous ».
Il savait bien qui allait le
livrer ; et c'est pourquoi il disait : «
Vous
n'êtes pas tous purs ».
Après leur avoir lavé les
pieds, il reprit son vêtement et se remit à table. Il leur dit alors : «
Comprenez-vous ce que je viens de faire ?
Vous m'appelez 'Maître' et 'Seigneur', et vous avez raison, car vraiment je le
suis. Si donc moi, le Seigneur et le Maître, je vous ai lavé les pieds, vous
aussi vous devez vous laver les pieds les uns aux autres. C'est un exemple que
je vous ai donné afin que vous fassiez, vous aussi, comme j'ai fait pour
vous ».
5°
Commentaire du jour : Pape Benoît XVI (1):
« Il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis » (Jn
15,13) :
Sacrement
de l'amour, la sainte eucharistie est le don que Jésus - Christ fait de
lui-même, nous révélant l'amour infini de Dieu pour tout homme. Dans cet
admirable sacrement se manifeste l'amour «
le
plus grand », celui qui pousse «
à
donner sa vie pour ses amis » (Jn 15,13). En effet, Jésus «
les aima jusqu'au bout ». Par cette
expression, l'évangéliste introduit le geste d'humilité infinie accompli par
Jésus : avant de mourir pour nous sur la croix, se nouant un linge à la
ceinture, il lave les pieds de ses disciples. De la même manière, dans le
sacrement de l'eucharistie, Jésus continue de nous aimer «
jusqu'au bout », jusqu'au don de son corps et de son sang. Quel
émerveillement a dû saisir le coeur des disciples face aux gestes et aux
paroles du Seigneur au cours de la Cène ! Quelle merveille doit susciter aussi
dans notre coeur le mystère eucharistique !...
En effet, dans ce sacrement, le Seigneur se
fait nourriture pour l'homme assoiffé de vérité et de liberté. Puisque
seule la vérité peut nous rendre vraiment libres (Jn 8,36), le Christ se fait
pour nous nourriture de Vérité... Tout homme porte en effet en lui le désir
inextinguible de la vérité, ultime et définitive. C'est pourquoi le Seigneur
Jésus, «
le Chemin, la Vérité et la Vie
» (Jn 14,6), s'adresse au coeur désirant de l'homme, qui se sent pèlerin et
assoiffé, au coeur qui aspire ardemment à la source de la vie, au coeur quêtant
la vérité.
En effet, Jésus - Christ
est la vérité faite personne, qui attire le monde à lui...
Dans le sacrement de l'eucharistie, Jésus
nous montre en particulier la vérité de l'amour, qui est l'essence même de Dieu.
C'est cette vérité évangélique qui intéresse tout homme et tout l'homme. Par
conséquent, l'Église, qui trouve dans l'eucharistie son centre vital, s'engage
sans cesse à annoncer à tous, «
à temps
et à contretemps » (2Tm 4,2), que Dieu est amour.
C'est justement parce que le Christ s'est fait pour nous nourriture de
la vérité que l'Église s'adresse à l'homme, l'invitant à accueillir librement
le don de Dieu.
6° Messe de
la Dernière Cène : Homélie de Benoît XVI (2)
:
Chers frères et soeurs,
Qui, pridie quam pro nostra omniumque salute pateretur, hoc est hodie,
accepit panem
: ainsi dirons-nous aujourd'hui dans le Canon de la Messe. «
Hoc est hodie» - la Liturgie du Jeudi
Saint insère dans le texte de la prière la parole
« aujourd'hui », soulignant ainsi la dignité particulière de cette
journée. C'est aujourd'hui qu'Il l'a fait :
pour toujours, il s'est donné lui-même à nous dans le Sacrement de son
Corps et de son Sang. Cet «
aujourd'hui
» est avant toute chose le mémorial de la Pâques d'alors. Mais il est davantage
encore. Avec le Canon, nous entrons dans cet «
aujourd'hui ».
Notre
aujourd'hui rejoint son aujourd'hui. Il fait cela maintenant. Par la parole
«
aujourd'hui », la Liturgie de
l'Église veut nous amener à porter une grande attention intérieure au mystère
de ce jour, aux mots dans lesquels il est exprimé. Cherchons donc à écouter de
façon neuve le récit de l'institution comme l'Église l'a formulé sur la base de
l'Écriture, tout en contemplant le Seigneur.
En premier lieu, il est
frappant que le récit de l'institution ne soit pas une phrase autonome, mais
qu'il débute par un pronom relatif :
qui
pridie. Ce «
qui » rattache le
récit entier aux paroles précédentes de la prière, « ...
qu'elle devienne pour nous le corps et le sang de ton Fils bien-aimé,
Jésus - Christ, notre Seigneur ». De cette façon, le récit de l'institution
est lié à la prière précédente, à l'ensemble du Canon, et il devient lui-même
une prière. Ce n'est pas simplement un récit qui est ici inséré, et il ne
s'agit pas davantage de paroles d'autorité indépendantes, qui viendraient
interrompre la prière. C'est une prière. C'est seulement dans la prière que
s'accomplit l'acte sacerdotal de la consécration qui devient transformation,
transsubstantiation de nos dons du pain et du vin dans le Corps et le Sang du
Christ. En priant, en cet instant central, l'Église est en accord total avec
l'événement du Cénacle, puisque l'agir de Jésus est décrit par ces mots : «
gratias agens benedixit -
il rendit grâce par la prière de bénédiction
». Par cette expression, la Liturgie romaine a énoncé en deux mots ce qui dans
l'hébreu
berakha n'est qu'un seul mot
et qui dans le grec apparaît en revanche à travers les deux termes
eucharistie et
eulogie.
Le Seigneur rend
grâce. En rendant grâce, nous reconnaissons que telle chose est un don que
nous recevons d'un autre.
Le Seigneur
rend grâce et par là il rend à Dieu le pain, « fruit de la terre et du
travail des hommes »,
pour le recevoir à
nouveau de Lui. Rendre grâce devient bénir. Ce qui a été remis entre les
mains de Dieu, nous est retourné par Lui béni et transformé. La Liturgie
romaine a donc raison en interprétant notre prière en ce moment sacré par les
paroles : «
offrons », «
supplions », «
prions d'accepter », «
de
bénir ces offrandes ». Tout cela est contenu dans le terme «
eucharistie».
Il y a une autre
particularité dans le récit de l'institution rapporté dans le Canon romain, que
nous voulons méditer en ce moment.
L'Église
priante regarde les mains et les yeux du Seigneur. Elle veut comme
l'observer, elle veut percevoir le geste de sa prière et de son agir en cette
heure singulière, rencontrer la figure de Jésus, pour ainsi dire, même à
travers ses sens. "
Il prit le pain
dans ses mains très saintes...". Regardons ces mains avec lesquelles
il a guéri les hommes; les mains avec lesquelles il a béni les enfants; les
mains, qu'il a imposées aux hommes; les mains qui ont été clouées à la Croix et
qui pour toujours porteront les stigmates comme signes de son amour prêt à
mourir.
Maintenant nous sommes chargés
de faire ce qu'Il a fait: prendre entre les mains le pain pour que, par la
prière eucharistique, il soit transformé. Dans l'Ordination sacerdotale,
nos mains ont reçu l'onction, afin qu'elles deviennent des mains de
bénédiction. Prions le Seigneur pour que nos mains servent toujours plus à
porter le salut, à porter la bénédiction, à rendre présente sa bonté !
De l'introduction à la prière
sacerdotale de Jésus (cf.
Jn 17, 1),
le Canon reprend les paroles suivantes: "
Les yeux levés au ciel, vers toi, Dieu, son Père tout-puissant..."
Le Seigneur nous enseigne à lever les yeux et surtout le coeur.
À élever le regard, le détachant des choses
du monde, à nous orienter vers Dieu dans la prière et ainsi à nous relever.
Dans une hymne de la prière des heures, nous demandons au Seigneur de garder
nos yeux, afin qu'ils n'accueillent pas et ne laissent pas entrer en nous les
"vanitates" - les vanités, les
futilités, ce qui est seulement apparence.
Nous
prions pour qu'à travers nos yeux n'entre pas en nous le mal, falsifiant et
salissant ainsi notre être. Mais nous voulons surtout prier pour avoir des
yeux qui voient tout ce qui est vrai, lumineux et bon; afin que nous devenions
capables de voir la présence de Dieu dans le monde. Nous prions afin que nous
regardions le monde avec des yeux d'amour, avec les yeux de Jésus,
reconnaissant ainsi les frères et les surs, qui ont besoin de nous, qui
attendent notre parole et notre action.
En bénissant, le Seigneur rompit ensuite le pain et le distribua à ses
disciples.
Rompre le pain est le geste du père de famille qui se préoccupe des siens et
leur donne ce dont ils ont besoin pour la vie. Mais c'est aussi le
geste de l'hospitalité par lequel
l'étranger, l'hôte est accueilli dans la famille et il lui est consenti de
prendre part à sa vie. Partager - partager avec, c'est unir. Par le fait de
partager une communion se crée. Dans le pain rompu, le Seigneur se distribue
lui-même. Le geste de rompre fait aussi mystérieusement allusion à sa mort, à
son amour jusqu'à la mort. Il se distribue lui -même, le vrai "
pain pour la vie du monde" (cf.
Jn 6, 51). La nourriture dont l'homme a
besoin au plus profond de lui-même est la communion avec Dieu lui - même.
Rendant grâce et bénissant, Jésus
transforme le pain, il ne donne plus du pain terrestre, mais la communion avec
lui-même. Cette transformation, cependant, veut être le commencement de la
transformation du monde. Afin qu'il devienne un monde de résurrection, un monde
de Dieu. Oui, il s'agit d'une transformation. De l'homme nouveau et du monde
nouveau qui prennent leur commencement dans le pain consacré, transformé,
transsubstantié.
Nous avons dit que le fait
de rompre le pain est un geste de communion, d'union par le fait de partager.
Ainsi, dans le geste même est déjà indiquée la nature profonde de
l'Eucharistie: elle est
agape, elle
est amour rendu corporel. Dans le mot
"
agape" les significations
d'Eucharistie et d'amour s'interpénètrent.
Dans
le geste de Jésus, qui rompt le pain, l'amour auquel nous participons a atteint
sa radicalité extrême: Jésus se laisse rompre comme pain vivant. Dans le
pain distribué, nous reconnaissons le mystère du grain de blé, qui meurt et qui
ainsi porte du fruit. Nous reconnaissons la nouvelle multiplication des pains,
qui vient de la mort du grain de blé et qui continuera jusqu'à la fin du monde.
En même temps nous voyons que l'Eucharistie ne peut jamais être seulement une
action liturgique. Elle est complète seulement si l'
agape liturgique devient amour dans le quotidien. Dans le culte
chrétien, les deux choses deviennent une - le fait d'être comblés par le
Seigneur
dans l'acte cultuel et le culte
de l'amour à l'égard du prochain. Demandons en ce moment au Seigneur la
grâce d'apprendre à vivre toujours mieux le mystère de l'Eucharistie si bien
que de cette façon la transformation du monde trouve son commencement.
Après le pain, Jésus prend la coupe remplie de vin. Le Canon romain qualifie la
coupe que le Seigneur donne à ses disciples, de "
praeclarus calix" (de coupe glorieuse), faisant allusion ainsi
au
Psaume 22 [23], ce Psaume qui
parle de Dieu comme du Pasteur puissant et bon. On y lit: "
Tu prépares la table pour moi devant mes
ennemis... ma coupe est débordante" -
calix praeclarus. Le Canon romain interprète ces paroles du
Psaume comme une prophétie qui se
réalise dans l'Eucharistie: Oui, le Seigneur nous prépare la table au milieu
des menaces de ce monde, et il nous donne la coupe glorieuse - la coupe de la
grande joie, de la vraie fête, à laquelle tous nous aspirons ardemment - la
coupe remplie du vin de son amour.
La
coupe signifie les noces : maintenant est arrivée l'«heure », à laquelle
les noces de Cana avaient fait allusion de façon mystérieuse. Oui,
l'Eucharistie est plus qu'un banquet, c'est un festin de noces.
Et ces noces se fondent dans
l'auto-donation de Dieu jusqu'à la mort. Dans les paroles de la dernière
Cène de Jésus et dans le Canon de l'Église, le mystère solennel des noces se
cache sous l'expression «
novum
Testamentum ». Cette coupe est le nouveau Testament - «
la nouvelle Alliance en mon sang », tel
que Paul rapporte les paroles de Jésus sur la coupe dans la deuxième lecture
d'aujourd'hui (
1 Co 11, 25). Le Canon
romain ajoute : «
de l'alliance nouvelle
et éternelle » pour exprimer l'indissolubilité du lien nuptial de Dieu avec
l'humanité. Le motif pour lequel les anciennes traductions de la Bible ne
parlent pas d'Alliance mais de Testament, se trouve dans le fait que ce ne sont
pas deux contractants à égalité qui ici se rencontrent, mais entre en jeu
l'infinie distance entre Dieu et l'homme. Ce que nous appelons nouvelle et
ancienne Alliance n'est pas un acte d'entente entre deux parties égales, mais
le simple don de Dieu qui nous laisse en héritage son amour - lui-même. Certes,
par ce don de son amour, abolissant toute distance, il nous rend finalement
vraiment «
partenaire » et le mystère
nuptial de l'amour se réalise.
Pour pouvoir comprendre ce
qui arrive là en profondeur, nous devons écouter encore plus attentivement les
paroles de la Bible et leur signification originaire. Les savants nous disent
que, dans les temps lointains dont nous parlent les histoires des Pères
d'Israël, «
ratifier une alliance »
signifie «
entrer avec d'autres dans un
lien fondé sur le sang, ou plutôt accueillir l'autre dans sa propre fédération
et entrer ainsi dans une communion de droits l'un avec l'autre. De cette façon
se crée une consanguinité réelle bien que non matérielle. Les partenaires
deviennent en quelque sorte « frères de la même chair et des mêmes os ».
L'alliance réalise un ensemble qui signifie paix (cf.
ThWNT II,
105-137).
Pouvons-nous maintenant nous faire au moins une idée de ce qui arrive à l'heure
de la dernière Cène et qui, depuis lors, se renouvelle chaque fois que nous
célébrons l'Eucharistie ?
Dieu, le Dieu
vivant établit avec nous une communion de paix, ou mieux, il crée une « consanguinité » entre lui et nous.
Par l'incarnation de Jésus, par son sang versé, nous avons été introduits dans
une consanguinité bien réelle avec Jésus et donc avec Dieu lui-même.
Le sang de Jésus est son amour, dans lequel
la vie divine et la vie humaine sont devenues une seule chose. Prions le
Seigneur afin que nous comprenions toujours plus la grandeur de ce mystère !
Afin qu'il développe sa force transformante dans notre vie intime, de façon que
nous devenions vraiment consanguins de Jésus, pénétrés de sa paix et également
en communion les uns avec les autres.
Maintenant, cependant, une
autre question se pose encore.
Au
Cénacle, le Christ a donné aux disciples son Corps et son Sang, c'est-à-dire
lui-même dans la totalité de sa personne. Mais a-t-il pu le faire ? Il est
encore physiquement présent au milieu d'eux, il se trouve devant eux ! La réponse
est : en cette heure Jésus réalise ce qu'il avait annoncé précédemment dans le
discours sur le Bon Pasteur : «
Personne
ne m'enlève ma vie : je la donne de moi-même. J'ai le pouvoir de la donner, et
le pouvoir de la reprendre... » (
Jn 10,
18).
Personne ne peut lui enlever la vie
: il la donne par sa libre décision. En cette heure, il anticipe la crucifixion
et la résurrection. Ce qui se réalisera là, pour ainsi dire, physiquement
en lui, il l'accomplit déjà par avance dans la liberté de son amour. Il donne
sa vie et la reprend dans la résurrection pour pouvoir la partager pour
toujours.
Seigneur, aujourd'hui tu
nous donnes ta vie, tu te donne toi-même à nous. Pénètre - nous de ton amour.
Fais - nous vivre dans ton «
aujourd'hui ».
Fais de nous des instruments de ta paix ! Amen.
7°
Commentaire du Père Marc Soyer,
supérieur de la communauté spiritaine du 30 rue Lhomond : « Non, tu ne me laveras pas les pieds,
jamais ! » (Jn 13, 8) :
Chers frères et sœurs,
si nous avions vécu 3 ans dans l’intimité,
avec Jésus, comme les apôtres, aurions-nous eu une attitude autre que celle de
Pierre. ?
On m’avait appris à adorer l’Invisible. Je m’en souviens, étant
enfant… Et longtemps après…
Comment
l’accepter aujourd’hui prosterné, à genoux devant moi ?
On me l’avait montré sur des images où Il était là-haut, très haut et très loin,
drapé dans sa dignité… Mais le découvrir avec un linge et une bassine pour me
laver les pieds…. ! Quitter la table qui est
la Table de la première eucharistie ( la première
‘communion’ !) en voilà des façons de faire qui ne peuvent que déranger
les liturgistes de tous les temps…
On m’avait dit que j’étais indigne de l’approcher, mais le voir accourir avec
joie pour embrasser le prodigue, le coupable, le renégat que je suis - ou que je peux devenir – là je n’y arrive
plus !
J’étais ‘formaté’ pour lui
offrir des « sacrifices », des bonnes œuvres pour m’assurer de son
amour…. Et Il m’aime gratuitement. Il n’attend rien de moi…. ; que
moi-même.
Impensable
renversement des choses. Inacceptable don de Celui qui ne demande rien ; mais qui s’offre
entre nos mains. Jusqu’au bout de l’amour.
« Non, Seigneur, tu ne
me laveras pas les pieds ; jamais ! »
Je vous l’avoue ce soir,
j’ai toujours été gêné par ce rite du lavement des pieds que l’on a introduit
dans la célébration de la Cène du Seigneur. Le geste simple et banal de Jésus,
mais très fort en sa signification spirituelle, et j’ose même dire en sa portée
sociale et politique, devenu un acte solennisé, je n’aime guère. Voir un évêque
ou un prêtre, revêtus des habits liturgiques, laver et essuyer des pieds bien
propres et quelquefois parfumés de
quelques paroissiens choisis d’avance….m’a toujours causé un désagrément…
J’ai tort, sans doute, me
diront certains. Mais je préfère de beaucoup écouter le texte de Jean, laisser
retentir en moi les mots de cet évangile ; et surtout contempler Celui qui
osé poser un tel acte, oh ! combien bouleversant !
Je préfère regarder Jésus qui vient de confier à ses apôtres le ministère
presbytéral pour la vie de son Eglise naissante après avoir partagé
l’eucharistie qu’Il vient d’inventer ;
Le regarder aussitôt se mettre à genoux, afin de nous dire, à
travers un geste fort, inattendu,
les conditions d’une vraie communion…Oui,
gardons ce soir, dans le regard de notre cœur, ce visage de Jésus qui laisse
son vêtement de fête, pour revêtir un simple linge autour des reins comme pour
nous dire :
dépouillez-vous du vieux
monde ;
abandonnez vos vieilles pratiques.
L’heure, mon heure est arrivée : non celle de la fausse gloire,
passagère et changeante.
Mais l’heure pour laquelle je suis
venu : celle du service. Celle du don de soi-même, de sa propre vie
même !
Il est Maître et Seigneur.
Et c’est Lui qui se met à genoux aux pieds de ses disciples ; à nos
pieds ; ce soir ! Pour faire ce qui était réservé au valet, au
domestique, à l’esclave. Oui, C’est Lui qui déjà – mais l’aurions-nous oublié
car c’était à Noël, et c’est tellement attendrissant, Noël ! – s’était
fait petit ; enfant, né de la Femme….
Nous
n’avions déjà plus à regarder en haut, loin dans un quelconque ciel : Il
était là, prenant notre condition d’homme, reconnu homme à son aspect.
Enfant, tout-petit, Fils du Très grand ! (Philippiens, Chapitre 2).
Il nous suffisait de baisser
notre regard pour le regarder ; tendre nos bras délicatement pour le
prendre. Oui, Dieu si grand ; choisissant d’être ‘tout petit’.
Et le voici, ce soir, qui suscite notre émotion ; car Il renverse
définitivement l’ordre des choses ; l’ordre ordinaire qui prévaut encore dans notre vie, dans la vie de notre monde
tant qu’on n’a pas accueilli l’énergie de son Evangile. Oui, Jésus modifie
l’ordre du monde. Il nous dit :
le
maître n’est plus en haut et les
autres en bas. Celui qui a l’autorité, un
pouvoir avec moi… devient SERVITEUR.
Désormais, suivre Jésus consistera à entrer dans la mouvance de son
geste qui est d’une simplicité extrême ;
mais dont la signification est elle
aussi, extrême.
Ce geste résume tout son enseignement ; et surtout, toute sa vie. «
Le
fils de l’homme est venu non pour être servi mais pour servir et donner sa
vie ! ».
Servir pourrait encore être
une forme de supériorité et de domination. Mais «
servir et donner sa vie » : là il n’y a pas d’ambiguïté.
Le don de la vie exclut tout soupçon de pouvoir et d’emprise sur ceux que l’on
aime.
Ce soir, puissions-nous
dire :
«
Oh Seigneur ! lave-nous
les pieds… et notre cœur profond ...
Considère-nous comme des
marcheurs, des nomades…. Et non des disciples installés.
Envoie-nous où tu veux pour
dire ta Bonne Nouvelle. Nous revenons à toi, les pieds poussiéreux, recouverts
de boue peut-être…. Enrobés, en tout cas de la terre de notre monde, pas
toujours très propre …
Lave-nous, soigne notre cœur
parfois blessé dans l’engagement apostolique et les épreuves où nous faisons, à
ta suite, l’expérience du passage de la mort à la Vie.
Lave-nous de ce qui nous
blesse dans nos relations entre frères, souvent inachevées….
Fais-nous devenir, Seigneur,
des disciples du passage, unis à Toi dans ton exemplaire Passage.
Merci de nous garder membre
de ton peuple en marche, aux pieds poussiéreux, aux pieds de nomades qui ne craignent pas de marcher sur la route
des hommes pour leur dire ton Amour.
Amen.
1- Exhortation apostolique « Sacramentum
caritatis » (trad. DC 2377, p. 303 © copyright Libreria Editrice
Vaticana) :
2-
ROME, Jeudi 9 avril 2009 (ZENIT.org <
http://www.zenit.org/>
) - Nous publions ci-dessous le texte intégral de l'homélie que le pape Benoît
XVI a prononcée au cours de la messe de la Dernière Cène, présidée en fin
d'après-midi en la basilique Saint-Jean-du-Latran, par le pape Benoît XVI.