NOUVELLES DE MISSIONNAIRES
JEAN VANIER : J’AIME BENOIT XVI,
SON HUMILITÉ, SON
COURAGE, SON ACUITÉ INTELLECTUELLE(1)
Lettres aux catholiques troublés Jean Vanier, fondateur de l’Arche
J’aime Benoît
XVI car il est le successeur de Pierre, le vicaire de Jésus qui lui a donné la
mission d’être le berger des bergers. J’aime son humilité, son courage, son
acuité intellectuelle. Je l’aime aussi parce qu’il est attaqué en ce moment,
avec parfois de la hargne ; j’aime être alors à ses côtés.
J’aime sa recherche d’unité avec les
évêques intégristes, en levant l’excommunication sans les intégrer dans
l’Église tout de suite. J’aime aussi son désir d’unité avec les Églises
orthodoxes, anglicanes et protestantes. Avec ces évêques intégristes, il a
utilisé un geste exceptionnel – peut-être faudrait-il trouver d’autres gestes
innovateurs pour l’unité avec les autres Églises, en particulier orthodoxes.
J’aime aussi son audace, sa force et son
courage dans ses discours en Afrique. Ils m’ont profondément touché et
révélé une véritable vision pour ce continent. Pour ce qui est du préservatif,
le successeur de Pierre ne peut que défendre la famille. La
stabilité d’une société provient en
particulier de deux éléments :
-
La
qualité de la vie familiale,
-
La
qualité avec laquelle une société lutte
contre la corruption et s’engage envers les personnes les plus pauvres.
Une Église qui
sans cesse s’engage aux côtés des pauvres :
Une société ne peut devenir humaine, que
si l’écart entre les riches et les pauvres s’amenuise. C’est vrai au sein d’un pays comme
entre les pays, dans la grande famille humaine.
Il n’y a pas de paix sans justice, pas de paix sans recherche d’une
harmonie entre les nations. Il ne peut y avoir de paix, que si les nantis
acceptent de perdre des privilèges et le monopole du savoir et des richesses
humaines. Ces
nantis sont appelés à
rechercher le vrai bien des êtres humains dans des relations humaines avec une
vraie fraternité, basée sur l’égalité des droits et dans le désir d’une vraie
liberté : celle de ne pas être gouverné par la peur de perdre :
-
J’aime
l’Église de Jésus, j’aime l’Église de saint Jean disant que si quelqu’un voit
un frère dans la nécessité et lui ferme ses entrailles, il n’a pas Dieu en lui
(1 Jn 3, 17) .
-
J’aime
l’Église de saint Jacques, qui a été blessé et en colère à cause de l’écart
entre riches et pauvres dans l’assemblée des chrétiens
(Jc 2) .
-
J’aime
l’Église du diacre saint Laurent, qui a montré aux autorités romaines les
mendiants, les SDF, les malades comme étant la richesse de l’Église et qui pour
cela a été mis à mort. J’aime l’Église de saint Vincent de Paul, qui parle de
ses maîtres «
les pauvres ».
-
J’ai
beaucoup apprécié les encycliques des papes Jean XXIII, Paul VI, Jean-Paul II
et Benoît XVI qui rappellent et répètent la nécessité non seulement de
s’engager auprès des plus pauvres, mais de vivre avec eux.
Il est vrai que
les
tensions en Occident viennent en
partie de l’écart entre les principes et la réalité des personnes. Tensions
augmentées par la façon dont les médias montrent une Église fermée, coupée de
la réalité, s’abreuvant à des dogmes et à des principes plus ou moins
inacceptables pour l’esprit moderne.
Ils cachent
souvent la réalité d’une Église qui sans cesse voudrait annoncer une bonne
nouvelle aux pauvres et s’engage à leurs côtés. Je connais tant de prêtres qui
s’engagent auprès des pauvres et font l’œuvre de Jésus. Je sais le soutien
discret et aimant des papes, des évêques et des prêtres vis-à-vis de l’Arche,
de Foi et Lumière et de tant d’autres communautés et mouvements engagés auprès
des plus démunis.
Un tiraillement au
cœur de notre vie à l'Arche :
L’écart entre
les principes et la réalité des personnes a été dénoncé par le cardinal Tomas
Spidlik comme une des plus grandes questions déchirant l’Occident. À Assise, en
janvier 2005, ce théologien jésuite disait : «
Certains sont pour les principes, d’autres pour les personnes. Nous
nous sentons obligés de choisir et nous rejetons l’autre partie : les uns
refusent tout repère commun et ecclésial, les autres ne laissent aucune place à
l’expérience personnelle qui n’a qu’à tenir dans les normes. De là viennent de
grandes tensions en nous, des conflits entre nous, des excommunications
mutuelles. L’unité n’y gagne pas. »
Ce tiraillement
est au cœur de notre vie à l’Arche. Nous vivons avec des hommes et des femmes
qui sont parfois très éloignés de l’Église, et toujours en marge de la société
venant de familles souvent très pauvres culturellement. Beaucoup sont perturbés
sur le plan de l’agressivité et de la sexualité. Notre rôle est de les
accueillir et de les accompagner avec compétence et compassion, dans leurs
cris, leurs confusions et leurs souffrances. Il s’agit
d’essayer d’aider chacun à faire un petit pas pour devenir un peu plus
humain, plus paisible et plus heureux. Pour certains, c’est un long chemin.
L’autre jour, on m’a parlé d’une jeune fille dans un hôpital psychiatrique ;
chaque fois qu’elle fuguait, elle revenait enceinte. Que faire ? comment faire
? Évidemment, elle avait un grand besoin d’aide sur le plan médical,
psychologique, humain et spirituel.
Le cardinal
Spidlik dit aussi
qu’une des façons de
réduire cette tension entre principes et personnes est la formation de bons
accompagnateurs (qu’il appelle père ou mère spirituels)
comprenant les questions des personnes, leur désarroi, et les
aidant à faire un pas vers la lumière des principes. Il note qu’il y a très peu
de tels accompagnateurs disposés à faire cette œuvre de compétence,
d’intelligence et d’unité.
Ne faut-il pas aussi qu’il y ait de plus en
plus de communautés et de mouvements qui cherchent à vivre non seulement les
principes moraux, mais les principes annoncés dans l’Évangile, les Béatitudes ?
Les personnes pauvres nous montrent un chemin de vérité et d’unité, surtout
quand on vit avec elles. Certes, en ce moment, il y a des turbulences dans
l’Église.
Chaque crise est un appel et
une occasion pour mieux se situer dans son chemin de communion avec Jésus et
avec les plus pauvres et démunis, et avec le pape et les évêques.
1-
Le 08 avril 2009 - Eucharistie Sacrement de la
Miséricorde - Alors que l’Église traverse une crise aux multiples symptômes, «
La Croix » donne la parole chaque jour à une personnalité qui témoigne de ses
raisons d’espérer