L’HUMANITÉ
DES DÉBATS
: Aidez Madagascar à construire !(1)
La
grave crise politique actuelle, qui n’est pas terminée et qui affecte
Madagascar, est la
conséquence de
facteurs à la fois politiques et économiques, qui trouvent leurs racines
dans des périodes lointaines et immédiates.
Cette crise de 2009 est beaucoup plus
violente qu’on ne le dit. Des pillages de magasins ont eu lieu.
La radio nationale malgache a été saccagée, puis brûlée. Il y a eu des blessés
et des morts. À chaque crise, on détruit le peu de biens «
nationaux » qu’on possède.
En
brûlant les usines, en détruisant les appareils de production ou en semant les
troubles, on appauvrit davantage nombre de compatriotes, qui déjà survivent
socialement et économiquement. Certes, les dirigeants de l’opposition qui sont
aujourd’hui au pouvoir ne sont pas directement responsables de ce désastre :
ils s’en nourrissent. Ce désordre leur fait une belle publicité tant sur le
plan local qu’au niveau international. L’opposition fait son travail
(2),
elle est censée être un des piliers d’un système démocratique.
Cependant, aucun responsable de
l’opposition d’hier n’a condamné ces actes de vandalisme, peu dignes d’un « démocrate ». Or,
la démocratie repose sur quelque chose de fondamental : la responsabilité politique.
La pauvreté extrême qui touche ce pays, et principalement les habitants des
centres populaires urbains, fragilise le fonctionnement et la pérennité d’une
vie démocratique toujours en phase d’apprentissage.
Les diverses négociations menées
par la communauté internationale et par le conseil des Églises chrétiennes de
Madagascar, pour instaurer le calme et la réconciliation entre les partisans de
l’ex-président Marc Ravalomanana et ceux de l’ancien maire de Tananarive, Andry
Rajoelina,
n’ont pas abouti.
Elles ont toutes été refusées par le camp
des opposants, qui sont devenus à présent les gouvernants. La mise en place
des assises nationales élargissant le dialogue aux forces vives de la nation a
échoué. La volonté du président Ravalomanana d’organiser un référendum a reçu
une fin de non-recevoir. Andry Rajoelina, aidé par une partie de l’armée, veut
une chose : le départ à tout prix du président élu, Marc Ravalomanana. Exigence
qui est devenue réalité depuis le 17 mars 2009 : le président Marc Ravalomanana
a décidé de donner les pleins pouvoirs à un directoire militaire qui, hélas, a
été suivi d’un coup d’État.
Andry
Rajoelina est, depuis, devenu le président de la haute autorité de transition.
Les
luttes politiques actuelles (3)
masquent les raisons réelles de cette crise « cyclique ». Est-il nécessaire de dire que Madagascar fait
partie des pays les plus pauvres au monde ?
(4)
Au-delà des faits politiques immédiats
qui affectent cette île, celle-ci a besoin de se construire économiquement et
politiquement.
Ce
qui se passe à Tananarive n’est pas qu’une affaire entre Malgaches.
La pression politique et économique des
pays amis ou investisseurs dans l’île peut être déterminante pour amener les
deux parties (dirigeants et opposants)
à
privilégier l’intérêt du pays. Il faut agir vite car les populations
souffrent, elles sont les victimes directes de ces luttes politiques souvent
stériles empêchant la construction du pays et laissant la place à ce constat
accablant : la distribution des richesses ou la répartition des fruits de la
croissance est limitée à un groupe de personnes influentes et à leurs protégés.
Au - delà des intérêts économiques et
des stratégies politiques, il y a des valeurs humaines à défendre. Ces
valeurs sont universelles. Il faut les entretenir, il faut les promouvoir.
L’idée républicaine, le principe démocratique sont l’affaire de tous,
républicains comme démocrates.
L’avenir de l’île dépend également de la
volonté des Malgaches à travailler ensemble pour construire leur pays.
La classe politique regorge d’hommes d’expérience comme Albert Zafy, Norbert
Ratsirahonana, Manandafy Rakotonirina, Richard Andriamanjato, Manassé
Esoavelomandroso, Tovonanahary Rabetsitonta, Pierre Tsiranana, Pierrot
Rajaonarivelo, Gisèle Rabesahala, Marson Évariste, et la liste n’est pas
exhaustive. Ils sont d’accord sur l’essentiel : ils sont républicains, ils
aspirent à la démocratie, tous considèrent leur patrie comme «
sacrée », tous veulent le développement
politique et économique de la nation malgache. Leur manière d’y parvenir
diverge parfois. En dépassant les clivages, en laissant les «
dogmes », en gardant leurs convictions,
en se dépassant, ils pourraient travailler ensemble, ils pourraient concilier
leur capacité à relever, à construire ce pays si cher à tous les Malgaches,
qu’ils soient du Sud, de l’Est, de l’Ouest ou du Nord.
Réunir tous les talents de haut en bas de l’échelle sociale aiderait à
asseoir l’avenir économique et politique immédiat et celui à long terme de
l’île.
La construction peut
rassembler, la distribution des « richesses
» divise. Les Malgaches doivent parcourir un long chemin ensemble pour
espérer réduire les inégalités et améliorer à la fois l’individu et la société.
Toutes les forces vives de la nation sans exception et, avec l’aide des pays «
démocrates », doivent assumer cette
responsabilité pour sortir de cette crise «
structurelle
». L’objectif à atteindre est identifié : la lutte contre la pauvreté et le
développement de l’instruction.
Les
dirigeants de la haute autorité de transition sont maintenant confrontés aux
mêmes problèmes que le gouvernement précédent : plusieurs milliers de
manifestants s’opposent au coup d’État d’Andry Rajoelina et de ses amis. La
manifestation des «
légalistes » du
samedi 28 mars 2009, à Tananarive, a été violemment réprimée par l’armée. Une
grande incertitude politique demeure. Aidez Madagascar à construire, à
construire, à construire.
Tant que la
pauvreté et le manque d’instruction persistent, il ne peut y avoir une
démocratie politique pérenne.
Oui,
les Malgaches doivent se parler, doivent mieux se connaître afin d’oublier les
rancoeurs et d’arrêter ce « cycle » infernal.
Aidez Madagascar à construire à long terme !
2-
Atteintes à la liberté
d’expression, confiscation des richesses ou ventes de terrains aux étrangers
sont les principales raisons invoquées par l’opposition pour justifier sa
défiance à l’égard du gouvernement de Marc Ravalomanana.
3-
Les principaux
protagonistes en 2009 étaient déjà les partisans de l’ancien président Didier
Ratsiraka et ceux de Marc Ravalomanana en 2002. La différence est que, cette
fois, la « guerre tribale » à laquelle on voulait faire croire à l’époque est
éclipsée par une lutte directe entre deux personnalités Merina, issues des
hauts plateaux.
4- En 2007, Madagascar se
trouvait au 143e rang mondial sur l’échelle de l’indicateur de développement
humain (IHD) du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD).