DÉCLARATION
DES ÉVÊQUES À LA NATION
« Nous sommes des serviteurs inutiles,
nous avons fait ce que nous devions faire » (Lc 17,10)
Chers concitoyens
Nous avons vécu ensemble les
évènements récents de notre pays : le départ du Président Marc
Ravalomanana, et l’installation de Andry Rajoelina comme Président de la Haute
Autorité de transition.
Au cours de ces deux mois de trouble social, l’Eglise catholique a été
invitée et elle a accepté, au sein du FFKM, de faire la médiation entre les
deux parties.
Elle a fait ce qu’elle a pu en vue du bien commun.
« Nous sommes des serviteurs inutiles, nous avons fait ce que nous
devions faire » (Lc. 17, 10).
Nous pouvons dire maintenant que ce temps de médiation qui nous été
demandé est révolu. C’est une nouvelle étape qui commence. Nous souhaitons plein
succès au Gouvernement de transition pour la grande responsabilité qui lui
incombe : à savoir, la préparation d’une constitution valide et stable,
gage de la vraie souveraineté nationale et de la paix sociale authentique. Nous
vous invitons tous à y prendre part.
Nous tenons à rappeler
encore que les événements qui viennent d’ébranler notre pays demandent une
réflexion approfondie et prolongée.
C’est
la quatrième fois, depuis notre indépendance, que la prise de pouvoir se fait
par des manifestations de rue, devenues hélas une pratique habituelle. Ces
crises chroniques nous interpellent, car elles révèlent des disfonctionnements
structurels dans notre vie politique nationale, incapable d’assurer la paix et
le développement réel. Les valeurs fondamentales, base des droits de l’homme et
de la vie en société, ne sont pas respectées.
Il est donc urgent de commencer à consolider la réconciliation
nationale ; mais il ne peut pas y avoir de réconciliation sans justice,
sans vérité. Le Christ a dit «
la
vérité vous rendra libres ». Il
nous paraît nécessaire d’établir une commission national spéciale : la
commission « vérité et
réconciliation ».
Conformément au rôle
prophétique de l’Eglise, ces dernières années, nous avons eu l’occasion à
plusieurs reprises, au sein de la CEM, de faire connaître publiquement notre
inquiétude et de dénoncer nombre de dérives politiques qui ont porté atteinte à
la vie quotidienne et à la vie sociale.
Au-delà d’un mécontentement
palpable, nous avons signalé un fort sentiment de rejet et de déception
. Non seulement la population
s’appauvrissait pendant que les tenants du pouvoir vivaient dans le luxe, mais
elle se sentait humiliée, du fait du non - respect des droits humains
fondamentaux et du manque de liberté sous plusieurs aspects : liberté
d’expression, des entreprises, des médias, etc.
C’est pourquoi nous
souhaitons que la période de transition qui s’ouvre soit l’occasion de
porter remède en profondeur et d’une
manière durable aux maux dont souffre notre démocratie, en
affermissant la qualité et les pratiques de
notre vivre-ensemble. Nous rappelons qu’il s’agit pas seulement d’adapter
des règles institutionnelles : constitution, lois électorales, lois sur
les partis politiques, lois sur les moyens de communication. Il y a aussi
urgence à tenir les assises
nationales : un rendez-vous général où tous groupes constitués
viendront apporter leur contribution respective.
L’Eglise n’a pas de
programme politique à présenter pour diriger le pays ; elle ne soutient
personne ni aucun parti politique. Elle respecte la laïcité de l’Etat :
Eglise et Etat sont deux Institutions indépendantes l’une de l’autre.
Au nombre des améliorations indispensables,
qu’il nous soit permis de citer, entre autres :
- Le
rétablissement de la Haute Cour de Justice,
-
L’âge limite pour être élu Président, avec la
durée et le nombre des mandats,
- La
liberté d’expression et de manifestation,
-
L’accès de tous à tous les médias,
- Des
élections libres et sans fraude,
- La
transparence dans le financement des partis et des campagnes
électorales,
- Un
statut sur les partis politiques à Madagascar,
- La
transparence dans l’utilisation de l’argent et des biens publics,
- Une
vraie décentralisation,
- La
transparence des contrats signés par l’Etat et les Sociétés
étrangères et portant sur les mines ou les terres, etc.,
-
Le
statut des Présidents qui ont terminé
leur mandat.
Ces dispositions devront
être garanties par la Constitution, et ne devront plus pouvoir être remises en
cause.
C’est une énorme
responsabilité que le Gouvernement de Transition, sous la conduite du
Président Andry Nirina Rajoelina,
accepte d’assumer en vue du bien commun de la nation entière. Avec respect,
nous voudrions
exhorter le Président à
confirmer solennellement la promesse faite à la population
tananarivienne de n’être pas candidat à la prochaine élection
présidentielle. Nous souhaitons aussi que la même décision courageuse soit
adoptées par tous les membres du Gouvernement de transition : ce sera la
garantie qu’ils sont là pour leur patriotisme et non pour d’autres intérêts. Le
succès de cette Transition est à ce prix.
Nous continuons de faire appel à la conscience de chacun de tenir comme la prunelle
des yeux les valeurs authentiques malgaches et chrétiennes : le
fihavanana, le droit et la justice, le
respect mutuel, la tolérance et le renoncement à soi-même et à ses propres
intérêts. Le proverbe dit bien :
Aleo
very tsikalakalambola toy izay very tsikalalam-pihavanana - il vaut
mieux être privé d’argent que du
fihavanana
(bonnes relations).
Continuons à prier pour notre Nation.
Antananarivo, le 24 mars
2009
Les Membres de la CEMM