Paradis fiscaux et judiciaires
LES ENTREPRISES DU CAC 40 AU PARADIS.FISCAL(1)
«Avec
pratiquement 1.500 filiales offshore, réparties sur près d'une trentaine de
territoires, des Bermudes à la Suisse en passant par Malte et Panama et le
Royaume-Uni, toutes les entreprises françaises du CAC 40 sont présentes dans
les pays offrant des services financiers de type paradis fiscaux», affirme une
enquête du magazine Alternatives économiques. Alors que les paradis fiscaux
sont de plus en plus montrés du doigt, le point avec le responsable de
l'enquête et rédacteur en chef adjoint du mensuel, Christian Chavagneux.
Lefigaro.fr : Comment avez-vous réalisé votre
enquête sur les entreprises du CAC 40?
Christian Chavagneux : Nous avons tout simplement comparé les données sur les sites
Internet de chaque entreprise. Toutes les informations que nous avons utilisé
sont publiques.
Seules quatre sociétés
du CAC 40 (Air France-KLM, STMicroelectronics, Total et Vinci)
ne disent pas combien de filiales elles ont
dans les paradis fiscaux, mais nous n'avons pas cherché à obtenir cette
information en les appelant. Nous avons vraiment souhaité regrouper des données
auxquelles tout le monde avait accès.
Est-ce une première?
À ma connaissance, oui. Seule une enquête de la Cour des Comptes
américaine, dont nous nous sommes d'ailleurs inspiré, a déjà eu lieu. Elle
avait abouti à un résultat similaire :
toutes
les grandes multinationales possèdent des filiales dans des paradis fiscaux.
Par ailleurs, en Grande-Bretagne, une étude est en cours.
Le phénomène est-il récent ?
Relativement, oui. Il
date
de la fin des années 60, mais a explosé à la fin des années 90. C'est là
qu'on s'est aperçu que le phénomène n'était pas du tout marginal, mais massif.
Le problème est que, bien qu'étant légal, il
nourrit l'instabilité financière ainsi que les fuites fiscales (qui
sont extrêmement fortes en France, puisqu'elles représentent 50 milliards
d'euros, soit 3% du PIB).
Concrètement, quel est l'intérêt pour les
grandes entreprises d'avoir des filiales dans des paradis fiscaux ?
En
matière fiscale, tout d'abord, elles utilisent le fait que ces pays offrent des
services offshores. Dans le domaine de la finance, ensuite, elles
prennent des risques dans la plus grande opacité,
comme on l'a vu au moment de la crise.
Dans votre classement, on note une
surreprésentation des banques dans les paradis fiscaux. Comment
l'expliquez-vous ?
C'est un constat normal, à partir du moment où le propre des
banques est d'utiliser ces services
pour elles-mêmes, mais aussi pour leurs clients.
Elles servent d'abord les acteurs financiers. Ce qui est
intéressant, c'est de voir les différences entre les établissements :
BNP-Paribas par exemple, a besoin d'une présence plus de trois fois plus
importante que la Société générale dans ces territoires douteux. Mais on ne
saura pas pourquoi, la banque ayant refusé de nous répondre.
Comment se situent les entreprises françaises
par rapport aux autres ?
Si le secteur bancaire français est très présent, il faut savoir
qu'il reste
bien en -dessous des banques
anglo-saxonnes. Par exemple, en ne prenant pas en compte le Royaume-Uni
(ndlr : la place financière de Londres est considérée comme le premier paradis
fiscal mondial) et les Pays-Bas, HSBC a 529 implantations dans des paradis
fiscaux, Citigroup 427 et Barclays 315. Avec les mêmes critères, BNP en a 93,
donc on est encore bien loin du système anglo-saxon.
Sous la pression, certains pays ont annoncé leur
intention de modifier leurs pratiques pour échapper à une éventuelle liste
noire des paradis fiscaux. Cela peut-il faire évoluer la situation ?
Comme
vous le dites, le
but est bien
d'échapper à une liste noire. Pour l'instant, les «
lâchages» consentis par ces pays sont le plus petit possible. La
Suisse notamment, dit bien qu'elle ne met pas en cause le secret bancaire. La
Belgique et le Liechtenstein bougent un peu plus. Je pense qu'il va falloir
attendre de voir, et décortiquer de manière très précise ces évolutions qui se
font dans un cadre très juridique. Le G20 va être un indicateur pour voir
jusqu'où on peut véritablement aller.
Quelle est la position du gouvernement français à cet égard ?
Il y a une vraie
volonté politique de faire bouger les choses. La crise a été un révélateur dans ce domaine. Il ne faut
pas non plus fermer les paradis fiscaux demain, car cela déstabiliserait le
marché, mais les dirigeants pensent qu'il faut arrêter de jouer, ou bien
infliger des sanctions aux entreprises rebelles. Notre enquête va dans le sens
du gouvernement français, fer de lance dans la lutte contre les paradis fiscaux.
CP : 100% des sociétés du CAC 40 dans les paradis fiscaux(2)
: Le CCFD-Terre Solidaire, les Amis de la Terre et Oxfam France - Agir ici
demandent des explications (3)
Selon
l‚enquête publiée ce matin par Alternatives économiques, 100 % des multinationales
françaises du CAC 40 ont des filiales dans les paradis fiscaux et judiciaires.
A titre d‚exemple, la BNP Paribas a 189 filiales dans des paradis fiscaux, dont
27 au Luxembourg et 21 aux Îles Caïman. Danone a 16 filiales à Singapour,
Schneider en a 24 à Hong-Kong et PPR en a 30 en Suisse.
Alors que la France fait du combat contre les paradis fiscaux sa priorité n°1
pour le G20 ˆ dont les ministres des Finances se réunissent ce samedi à Londres
-, le CCFD - Terre Solidaire, les Amis de la Terre et Oxfam France - Agir ici
demandent que les banques et les entreprises françaises s‚expliquent sur leur
présence dans les paradis fiscaux.
«
On est ravi d’entendre François Fillon
prôner un combat sans merci contre les paradis fiscaux, mais si on veut taper fort,
pas besoin d‚aller très loin : il suffit de sanctionner nos banques et nos
multinationales qui y opèrent » déclare Jean Merckaert, chargé du sujet au
CCFD - Terre Solidaire, qui s‚interroge : « Où
est passée la promesse de Nicolas Sarkozy d‚exclure du plan de sauvetage les
banques ayant des liens avec des paradis fiscaux ? ».
Pour
Maylis Labusquière, dŒOxfam France-Agir ici, « Les paradis fiscaux siphonnent les budgets des pays riches comme des
pays pauvres : la seule fraude fiscale des multinationales coûte plus de 125
milliards d’euros par an aux caisses des pays du Sud, c‚est la somme que les
Nations unies demandent pour réduire de moitié la pauvreté d’ici 2015 ».
Pour
dénoncer le scandale des paradis fiscaux et l‚utilisation massive qu‚en font
les banques et les entreprises multinationales, le CCFD - Terre Solidaire, les
Amis de la Terre et Oxfam France - Agir ici participent les 12 et 13 Mars, aux
côtés de nombreuses associations et réseaux européens, dont Attac et la
plate-forme paradis fiscaux et judiciaires, à un happening sur l‚île de Jersey.
« Jersey est le symbole de ces
territoires opaques qui permettent de bénéficier du secret bancaire et d’une
fiscalité extrêmement réduite. On ne pourra pas réguler l’économie mondiale
tant qu’on tolèrera ces zones de non - droit », indique Yann Louvel des
Amis de la Terre.
Au
programme : conférence débat le 12 mars à 18h45 (heure locale) avec les
habitants et visite guidée des banques et multinationales présentes sur l’île
le 13 mars à partir de 9h30.
Contacts sur place :
- Jean Merckaert (CCFD-Terre solidaire), j.merckaert@ccfd.asso.fr ˆ 06 81 84 30 64
- Maylis Labusquière (Oxfam France ˆ Agir ici) ˆ mlabusquiere@oxfamfrance.org
- 06 74 15 30 70
- Yann Louvel (Les Amis de la Terre) ˆ yann.louvel@amisdelaterre.org
- 06 88 90 78 68
1- INTERVIEW -
Le magazine Alternatives Économiques révèle que toutes les entreprises cotées
en bourse possèdent des filiales dans les paradis fiscaux. Explications avec
son rédacteur en chef adjoint, Christian Chavagneux.Propos recueillis par
Charlotte Menegaux et Jérôme Bouin 13/03/2009
3- 13 mars 2009,Par Yann
Louvel