Paradis fiscaux et judiciaires
PARADIS FISCAUX : UNE LISTE BIAISEE
COMMUNIQUE DE PRESSE DU C.C.F.D.(1)
Pour le CCFD-Terre Solidaire
(2),
qui demande de longue date une liste exhaustive des paradis fiscaux, les listes
de l’OCDE publiées à l’issue du G20 relèvent plus du compromis diplomatique que
de l’évaluation objective. Pour Antoine Malafosse, délégué général du
CCFD-Terre Solidaire,
« cet exercice
ne résout en rien le fléau que
représentent les paradis fiscaux pour les pays pauvres, qui sont les grands
oubliés de ce G20 ».
L’OCDE a publié hier soir, à
l’issue du G20, 4 listes de territoires : noire, gris foncé, gris clair et
blanche
(3).
Pour le CCFD-Terre Solidaire,
le
principe même de dresser plusieurs listes est bienvenu, car les paradis
fiscaux n’ont pas tous la même dangerosité. Ces différentes listes peuvent
encourager chaque territoire à améliorer ses pratiques
pourvu qu’elles s’accompagnent de mesures graduelles de sanction.
Mais les listes publiées hier présentent
plusieurs problèmes :
·
Les pays pauvres laissés pour compte :
Pour figurer sur la liste
blanche de l’OCDE, qui regroupe 30 pays riches, il suffit de signer des
conventions fiscales d’échange d’information avec 12 pays. Autrement dit,
une fois que la France, l’Allemagne et les
principaux pays riches auront obtenu les informations qu’ils veulent, les
paradis fiscaux seront considérés comme fréquentables ! Les pays en
développement, qui voient chaque année 900 milliards de dollars s’envoler
illicitement vers les paradis fiscaux, peuvent toujours attendre.
·
Une liste blanche trop remplie :
Les tractations ont duré
toute la journée hier. Pour Jean Merckaert, spécialiste des paradis fiscaux au
CCFD-Terre Solidaire,
« Cette liste
est le fruit d’un compromis diplomatique, car chaque pays du G20 a veillé à
protéger ses dépendances. C’est toujours mieux que les 3 noms qui restaient sur
l’ancienne liste de l’OCDE, mais le fait
de mettre Jersey, la Barbade ou l’île Maurice sur la liste blanche et
d’épargner Hong-Kong, la City de Londres ou l’Etat du Delaware aux Etats-Unis
enlève toute crédibilité à l’exercice ».
·
Une approche tronquée des paradis fiscaux :
Il existe des paradis
fiscaux, des paradis judiciaires et des paradis règlementaires. Chaque
catégorie a fait l’objet d’une liste, par le passé, par des institutions
distinctes (respectivement, l’OCDE, le GAFI et le Forum de stabilité
financière). Or, ces différents cercles se regroupent largement et les
ministres des Finances du G20 avaient ouvert la porte à une approche globale du
problème. Pour Jean Merckaert,
« en
confiant la liste à l’OCDE, le G20 reconduit une approche tronquée des paradis
fiscaux. On leur demande de coopérer
avec le fisc étranger, mais pas avec la justice ! »
·
Les critères de l’OCDE sont incomplets :
Les critères de coopération
fiscale de l’OCDE sont incomplets. Ils focalisent sur le secret bancaire, qui
est un vrai problème, mais oublient que l’opacité peut prendre d’autres formes
(
trusts,
fondations…). Ils exigent
l’échange
d’information « à la demande »,
et non de façon automatique (comme le prévoit la directive
européenne sur l’épargne).
Ce modèle est
peu efficace : Liée aux Etats-Unis par ce type de convention depuis
2005, Jersey n’a accepté de renseigner l’administration fiscale américaine que
dans 4 cas, qui étaient déjà de notoriété publique.
Contact : Véronique de
La Martinière - 01 44 82 80 64 – 06 07 77 05 80
1- Le
CCFD-Terre Solidaire estime que le problème reste entier pour les pays du
Sud . 3 avril 2009
2-
Première
ONG française de développement, avec 40 millions d’euros de budget et plus de
500 initiatives soutenues chaque année dans 80 pays du sud et de l’est, le
Comité catholique contre la faim et pour le développement (CCFD-Terre
solidaire) a acquis depuis près de 50 ans un savoir faire et de nombreuses
références dans le dialogue avec les sociétés civiles de ces pays. Cette
expertise est utilisée aujourd’hui dans de nombreuses activités de
communication, de plaidoyer et d’éducation au développement en direction du
public français et européen, grâce à un réseau de 15 000 bénévoles militants.