Paradis fiscaux et judiciaires
PARADIS FISCAUX :
LA FIN DES TROUS NOIRS ?(1)
L'ONG Transparence
Internationale organisait jeudi un débat sur les paradis fiscaux en présence du
spécialiste du dossier à l'OCDE et d'un responsable du CCFD. L'occasion de
faire le point sur les suites à donner au dernier G20 de Londres.
Les paradis
fiscaux vont-ils disparaître ? Pas encore, avouaient en cœur jeudi les trois
participants à une conférence organisée par l'ONG
Transparence International France (2)
(TI),
Daniel Lebègue , son
président,
Pascal Saint-Amans , chef
de la division chargée de la coopération internationale et de la compétition
fiscale à l'
OCDE et
Jean Merckaert du Comité catholique
contre faim et pour le développement (
CCFD
), coordinateur de la plateforme «
Paradis
fiscaux et judiciaires (3=».
Au menu des
discussions, l'avenir de ces états stigmatisés par le dernier sommet du G20. «
C'est le début de la fin»,
s'enthousiasmait Daniel Lebègue, évoquant «
un
mouvement irréversible conduisant à une véritable coopération internationale en
matière de lutte contre la fraude fiscale».
Plus de réserve
du côté de Jean Merckaert (CCFD) : «
Soit
on estime que 10% du chemin a été fait et que cela va lancer le processus. Soit
on estime qu'il reste 90% du chemin à faire», explique-t-il. «
Les gens qui ont intérêt à des mécanismes de
contournement des règles fiscales restent nombreux et puissants».
Pascal Saint-Amans, spécialiste des
questions fiscales à l'OCDE, rappelle que le G20 a aussi signifié «
le
début de la fin du secret bancaire». Lucide, il précise que son
organisme ne dispose d'aucun moyen de pression sur les états récalcitrants. «
La pression vient des politiques»,
explique-t-il. «
L'OCDE s'assure du suivi
des engagements, de la mise en place des instruments juridiques». Il balaie
aussi d'un revers de main
les critiques
sur cette liste noire qui ne comporte déjà plus aucun pays (l'OCDE a mis en
place quatre listes : noire, gris foncé, gris clair, blanche correspondant au
degré de coopération en matière fiscale). «
Passer
de la liste noire à la liste grise, c'est secondaire. Ce qui compte c'est de savoir si on appliquera les engagements, dans
les mois qui viennent». Même pragmatisme sur l'absence de certains
territoires régulièrement montrés du doigt (la City de Londres, Macao,
Hong-Kong,
le Delaware , etc.) : «
La City de Londres, c'est un chiffon rouge
qu'on agite. En réalité c'était l'utilisation par la City des juridictions de
Jersey, Guernesey et l'île de Man qui posait problème. Le Royaume-Uni a
clairement indiqué que ce jeu-là était terminé. Aux Etats-Unis, certains états
doivent certes faire des progrès. Mais ils n'utilisent pas le secret bancaire.
C'est la priorité».
«On avait besoin
de la pression politique»
Que ce soit au
CCFD ou chez Transparence International, on veut désormais aller plus loin
-
Daniel
Lebègue souhaite que les
sociétés cotées
publient une information plus précise sur leurs activités dans les paradis
fiscaux (le CCFD souhaiterait les exclure des marchés publics). Il soulève
aussi le problème persistant des structures opaques, du type sociétés écran.
-
«
Nous souhaitons des listes plus complètes
portant également sur la coopération en matière judiciaire», ajoute Jean
Merckaeart pour le CCFD. Il plaide pour
l'échange
automatique d'information fiscale entre pays. Il faut aussi une
approche multilatérale : «
Aujourd'hui, si un pays signe douze
conventions fiscales bilatérales, il quitte la liste grise. Nous voudrions au
contraire que quand un pays refuse de communiquer des informations fiscales, il
soit forcément sur liste noire». Le représentant du CCFD évoque enfin
l'impact sur les pays en développement : «
chaque
année ce sont 900 milliards de dollars qui s'envolent vers les paradis fiscaux».
En septembre
prochain, l'OCDE doit produire un rapport d'étape sur les engagements pris. «
Il
faut garder la pression politique et s'assurer des progrès», plaide Pascal Saint-Amans. «
Déjà quelques pays majeurs ont pris des
engagements. C'est bien mais nettement insuffisant». Quant au passage de
tous les pays situés sur liste grise vers la liste blanche, «
ce ne sera sans doute pas pour le prochain
G20 mais pour le suivant, en 2010». Peu de risque en revanche que le combat
contre les paradis fiscaux ne soit ramené au second plan selon nos
interlocuteurs. «
On avait besoin de la
pression politique et toutes les conditions étaient réunies pour qu'elle soit
du plus haut niveau. Maintenant on va mettre en place un mécanisme de revue par
les pairs (les pays s'évaluent entre eux, ndlr) que rien ne pourra arrêter»,
juge Pascal Saint-Amans. «
Derrière ce combat, il
y a plus généralement une exaspération dans la population contre tous les
passe-droits. Nous croyons que ce malaise dans la société ne va pas
s'arrêter», ajoute Jean Merckaeart.
1- Jérôme Bouin (lefigaro.fr) 24/04/2009
2- Section française de Transparency International (TI).
3-
La plateforme rassemble des ONG qui luttent pour la
disparition des paradis fiscaux et judiciaires.