ARRETEZ LES DEMARCHES POUR
UN COMMERCE INEQUITABLE
ENTRE L’EUROPE ET LES PAYS ACP
Paris 31 janvier 072007
Madame la Chancelière Angela Merkel,
Durant l’année 2007, vous avez l’occasion d’exercer une grande
influence sur l’orientation de la politique de l’Union Européenne (UE) grâce à
la présidence de l’UE et comme pays d’accueil du prochain sommet du G8. Dans
votre discours au Parlement Allemand daté du 14 décembre 2006, vous avez
déclaré votre intention
d’encourager un
partenariat sincère entre les pays pauvres en développement d’Afrique et l’UE.
Durant le terme de votre présidence vous avez une occasion historique pour vous
assurer que les accords commerciaux de l’UE avec les pays en développement
contribuent à l’éradication de la pauvreté et encouragent un développement
durable dans beaucoup de pays parmi les plus pauvres.
Dans le contexte des Accords de Cotonou, les
Accords de Partenariat Economique (APE) sont sans cesse en
négociation entre l’UE et 75 pays d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique
(ACP). Ces pays ont répété maintes fois
leur crainte à cause de l’impact de ces accords proposés sur leurs économies,
sur l’environnement, sur les initiatives d’intégration régionale et sur le
gagne-pain de leurs populations.
Les propositions actuelles semblent
laisser des millions de personnes dans la pauvreté, enrayer les industries
naissantes des pays en voie de développement, réduire gravement leur espace
politique pour un commerce autonome et pour des décisions de politique
d’investissement ainsi que détériorer l’environnement.
Plutôt que de pousser les pays ACP à accepter des accords de libre
commerce sans restriction, l’UE doit offrir des alternatives honnêtes qui
promeuvent un potentiel pour le développement des pays ACP.
En 2007, l’Allemagne a beaucoup d’occasions pour aider à l’éradication
de la pauvreté dans les pays ACP. Des organisations de la société civile vous
demandent donc en tant que Présidente de l’UE de vous assurer que les pays
membres de l’UE prennent les recommandations
suivantes en considération.
1. Offrir des alternatives
La Commission Européenne a poursuivi un rythme très soutenu pour les
négociations qui ont trait au commerce et à la coopération au développement
avec les pays ACP vers des accords de libre commerce. D’après les Accords de
Cotonou, l’UE est obligée d’offrir aux pays ACP des alternatives aux APE au cas
où ceux-ci ne peuvent ou ne veulent pas entrer dans les Accords de Partenariat
Economique (APE). Et pourtant, il n’y a
pas
eu de prise en considération sérieuse d’options alternatives aux Accords de
Libéralisation du Commerce. Ceci rend la situation difficile pour les pays
ACP quant à un choix éclairé sur les meilleures options pour eux.
Recommandation :
Il faudrait
examiner rapidement
des options alternatives aux APER, ceci en accord avec l’article 37.6 des
Accords de Cotonou. Il faut que soient inclus des
arrangements sans
libéralisation réciproque du marché, sans les questions de Singapour, sans
les provisions de l’OMC-plus, surtout dans les domaines de la propriété
intellectuelle et des services. Pour que les pays ACP puissent avoir un vrai
choix d’options, des scénarios différents de coopération devraient être
élaborés conjointement.
2. Prendre le temps et faire
cesser la pression sur les négociations
Les négociations APER sont organisées pour être achevées avant la fin
de 2007 pour être appliquées le 1
er janvier 2008. Mais, juste un an
avant la date limite, les
pays ACP ne
voient pas encore les conséquences complexes que les APER auront sur leur
économie. C’est à cause du manque d’évaluation des impacts importants et
aussi du fait qu’un nombre de questions essentielles n’a pas encore trouvé de
solution.
Pour cette raison un nombre croissant de pays ACP a déjà stipulé qu’ils
demandent un délai supplémentaire de 3 ans dans les négociations et cela
dépendra aussi des négociations futures au sein de l’OMC.
Recommandation :
Les pays membres de l’UE doivent
considérer
avec sérieux la demande d’étaler les négociations dans le temps dans le respect
des Accords de Cotonou : « Les pays ACP détermineront les
stratégies de développement pour leurs économies et sociétés en toute
souveraineté.. » Dans la même
veine, un
temps suffisamment long doit
être imparti pour la consolidation des processus régionaux d’intégration
(voir ci-dessous). Les pays membres de l’UE et la Commission Européenne
doivent, dans tous les cas, élaborer rapidement un régime intérimaire qui
équivaut à l’accès au marché des ACP vers l’UE. Ceci garantira la continuation
des exportations ACP vers l’UE au cas où les négociations ne seraient pas
terminées à la fin de 2007.
3. Maintenir la
non-réciprocité et le droit de protester
Sous l’initiative Tout sauf les Armes (TSA), les Pays Moins Avancés
(PMA) ont un accès au marché, levé de toute taxe, pour la majeure partie de
leurs exportations vers l’UE. Mais pour les autres pays en développement
(non-PMA) dans les ACP, il ne semble pas que l’accès au marché sera élargi
beaucoup au-delà des préférences dont ils profitent déjà, selon la Convention
de Lomé. Comme il n’est pas prévu d’accord ni d’arrangements transitoires, ils
s’exposent à perdre même ces importants avantages de marché.
Jusqu’à présent, il ne semble pas que les
barrières qui sapent l’efficacité des accords préférentiels seront levées.
Même avec les APE, les pays exportateurs ACP continueront sans doute à
affronter les règles rigoureuses d’origine, les normes sans cesse plus
exigeantes au plan de l’hygiène et phytosanitaire ainsi que des taxes qui
montent à la hausse et des taxes résiduelles sur les chaînes de production-clé.
Alors que l’accès au marché semble de moins en moins accessible et est de toute
manière sujet à l’érosion en matière de préférence, on demande aux pays ACP
d’abandonner un espace politique très valable dans la protection de leur
agriculture ou de leurs industries naissantes s’ils doivent supprimer les taxes
sur presque tous les produits importés de l’UE.
Recommandation :
Les arrangements
commerciaux futurs doivent procurer un
accès au marché de l’UE pour les pays ACP au moins dans une valeur d’équivalence. De plus, ces négociations
procurent une occasion de prendre en considération des questions comme la
simplification des règles préférentielles d’origine. Elles ont limité les pays
ACP dans leur capacité de faire usage
des schémas préférentiels, parmi lesquels le TSA, dans l’accroissement et la
diversification de leurs exportations. L’UE doit pouvoir répondre aux besoins
de développement des pays ACP, parmi lesquels la protection des petits fermiers, des marchés locaux et des industries
naissantes, la création d’emplois et la promotion du développement rural.
Pour garantir aussi l’espace politique nécessaire à ces gouvernements pour
augmenter leurs propres stratégies de développement, l’UE ne devrait pas exiger la réciprocité dans le commerce avec les ACP.
Tout accord économique ultérieur devrait mettre en place des mécanismes de
sauvegarde adaptés et applicables et devrait permettre la continuation de la
protection douanière dans une part de leurs importations beaucoup plus large
que ce que l’UE est aujourd’hui prête à accepter.
De plus, les règles
d’origine, même celles inclues dans les initiatives de TSA doivent être revues
et simplifiées de toute urgence.
4. Promouvoir des processus
autodéterminés d’intégration régionale
L’art. 35.2 des Accords de Cotonou stipule que : « La
coopération économique et commerciale se construira sur des initiatives
d’intégration régionale des pays ACP, gardant en mémoire que l’intégration
régionale est un instrument clé pour l’intégration des pays ACP dans l’économie
mondiale. » Pourtant,
l’intégration
régionale de la plupart des pays ACP n’en est qu’à ses débuts. Les faiblesses
structurelles continuent d’entraver le développement des économies dans
l’intégration à l’échelle intra-régionale et bien souvent les configurations actuelles des négociations
minent les initiatives existantes d’intégration régionale.
De plus, la
proximité de PD et
de pays non-PMA dans les mêmes groupes de négociations va en fait accroître les
tensions régionales plutôt que d’y promouvoir la coopération. Ceci
s’explique par la disparité des coûts potentiels et des bénéfices que les
nouveaux accords commerciaux de l’UE créent pour des pays qui, dans un même
groupe, sont structurellement inégaux.
Recommandation :
Tous les accords commerciaux
ultérieurs entre l’UE et les pays ACP devraient encourager et non miner les
processus d’intégration entre pays d’une même région. Il faudrait aussi respecter le rythme et les priorités
choisies par les régions ACP. La coopération commerciale devrait soutenir
les priorités politiques existantes des pays ACP ainsi que les initiatives
autonomes en vue d’encourager et consolider leurs propres marchés régionaux et
interrégionaux et respecter aussi totalement les stratégies de développement
régional.
5. Exclusion inconditionnelle des
nouvelles questions liées au commerce et aux provisions de l’OMC-plus
L’UE fait pression sur les
pays ACP pour qu’ils entreprennent des
négociations
sur les nouvelles questions liées au commerce qui incluent l’investissement, la
compétition et les contrats gouvernementaux. Et pourtant les pays ACP ont
répété avec insistance qu’ils rejettent les règles des négociations avec l’UE
qui traitent de ces questions. L’UE exige aussi plus de libéralisation dans le
secteur des services et des règles plus exigeantes pour la propriété
intellectuelle que ce qui est stipulé par l’OMC. En négociant sur ces
questions, cela limite encore davantage la capacité des ACP et ne prend en
aucun compte le manque de positions régionales, de politiques et d’institutions
dans ces domaines plus particulièrement. Ces questions, liées au commerce dans
les choix politiques des pays gouvernants, vont déterminer leur capacité à
faire des choix qui privilégient des entrepreneurs locaux, à sélectionner et
imposer la présence de compagnies multinationales, et même à réguler la
finalisation des buts sociaux et environnementaux.
Recommandation :
Dans tout accord commercial
avec les pays ACP, l’UE devrait cesser
d’insister sur l’ajout de nouvelles
questions qui incluent l’investissement, la politique de compétition
et les contrats gouvernementaux qui dépassent les exigences de l’OMC-plus ayant
trait aux services et au droit de propriété intellectuelle. Si des pays
désirent introduire n’importe quel thème lié au commerce, ils devraient avoir
une perspective claire de développement sans
réduction possible des options politiques auxquelles les pays ACP ne peuvent
renoncer.
6. Assurer la transparence
et la participation de la société civile
Les Accords de Cotonou demandent la participation des organisations de
la société civile « pour encourager l’intégration de tous les secteurs de
la société… dans le courant majeur de la vie politique, sociale et
économique ». Ils stipulent aussi que « les acteurs
non-gouvernementaux seront informés et consultés sur des politiques et
stratégies de coopération, en priorité dans les domaines qui les touchent ou
les concernent directement, ainsi que dans le dialogue politique »
Cependant les
organisations de la
société civile, celles surtout qui représentent les secteurs de la
société les plus touchés et
vulnérables,
sont souvent ignorées lors
d’options politiques cruciales, sans parler du contenu des textes de la
négociation.
Recommandation :
En accord avec les Accords
de Cotonou, la Commission européenne, les pays membres de l’UE et les
gouvernements ACP devraient engager des consultations assez suivies avec les
organisations de la société civile au vu de leur «rôle complémentaire et
leur potentiel dans la contribution… au processus de développement ». Ceci
devrait se faire surtout avec des organisations représentatives des
agriculteurs et des ouvriers car ce sont les secteurs les plus touchés par ces
accords commerciaux.
Respecteusement,
Action for Southern
Africa (ACTSA), United Kingdom
Action medeor,
Germany
Adventistische
Entwicklungs- und Katastrophenhilfe Deutschland (ADRA), Germany
Adventistische
Entwicklungs- und Katastrophenhilfe EU (ADRA), Belgium
Africa Europe
Faith & Justice Network (AEFJN), Belgium
APRODEV -
Association of World Council of Churches related
Development
Organisations in Europe, Belgium
Arbeitsgemeinschaft
Entwicklungshilfe (AGEH), Germany
Arbeitsgemeinschaft
Entwicklungszusammenarbeit (AGEZ), Austria
BanaFair, Germany
Banana Link, United
Kingdom
Berliner
Entwicklungspolitischer Ratschlag (BER), Germany
Brot für die
Welt, Germany
Campaign for the
reform of World Bank, Italy
CARE Denmark,
Denmark
Christian Aid,
Ireland
Christian Aid,
United Kingdom
CIDSE -
International Cooperation for Development and Solidarity, Belgium
Coalition of the
Flemish North-South Movement - 11.11.11, Belgium
Comhlámh - The
Irish Association of Development Workers, Ireland
Comité Afrique Australe,
Belgium
Comité Français pour la
Solidarité internationale (CFSI), France
Dachverband
Entwicklungspolitik Baden-Württemberg, Germany
Das Hunger Projekt,
Germany
Deutsche Kommission
Justitia et Pax, Germany
Deutsche Stiftung
Weltbevölkerung (DSW), Germany
Diakonia, Sweden
Don Bosco Network
for Human and Social Development, Germany
Ecologistas en
Acción, Spain
EIRENE –
Internationaler Christlicher Friedensdienst, Germany
Evangelischer
Entwicklungsdienst (EED), Germany
FIAN Deutschland,
Germany
Foundation for Gaia,
United Kingdom
Frauen für
Gerechtigkeit im Südlichen Afrika (FfG), Germany
Friends of the
Earth, Ireland
GATS Platform,
Netherlands
Réseau Foi et Justice
Afrique-Europe (Antenne de France)
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