CEDE, AFRODAD et EURODAD demandent l’annulation
immédiate de la dette du Libéria :
CEDE, AFRODAD et EURODAD ont écrit aux Directeurs
Exécutifs Européens de la Banque Mondiale et du FMI pour les exhorter à trouver
rapidement une solution à l’endettement qui paralyse le Libéria.
Au cours de la
conférence internationale de donateurs sur le Libéria qui s’est déroulée à
Washington DC le 14 février 2007, la Présidente libérienne, Ellen
Johnson-Sirleaf, a exhorté la Banque Mondiale, le FMI et les bailleurs de fonds
bilatéraux à trouver rapidement une solution à la crise d’endettement que son
pays traverse actuellement.
Le Libéria
doit en effet plus de 3,7 milliards de dollars US à ses créanciers, une somme
qui représente 3000 % de ses exportations - alors que les IFI déterminent
qu'une dette est soutenable lorsque le ratio dette/exportations ne dépasse pas
150%. Sur ce montant, 1,5 milliard de USD sont des arriérés que le pays doit au
FMI, à la Banque Mondiale et à la Banque Africaine de Développement. La dette du
Libéria est impossible à rembourser et à collecter. Tout le monde le reconnaît.
Les arriérés du pays à l’égard des trois institutions multilatérales doivent
cependant être annulés pour que ce dernier puisse enfin
« normaliser » ses relations avec la communauté internationale et
obtenir une annulation de sa dette ainsi que de nouveaux financements. La
question du financement d’une opération si massive de liquidation d’arriérés
fait toutefois l'objet de vifs débats politiques.
Dans un
courrier adressé au Directeur Général du FMI, la Présidente Johnson-Sirleaf
déplore que les discussions n’aboutissent pas plus rapidement à une résolution
du problème. La Présidente fait également part de ses préoccupations sur le
fait que le
processus de l’Initiative
PPTE risque d’être long, et argumente que la Banque Mondiale et le FMI
devraient reconnaître que le gouvernement a réalisé de réels progrès en matière
de réformes économiques et de gouvernance. Elle ajoute les IFI devraient tenir
compte de ces progrès dans leur appréciation des performances du pays vis-à-vis
des réformes politiques qu’elles lui imposent en préalable à l’Initiative PPTE.
Le problème
réside dans le
fait que les Fonds
Fiduciaires PPTE et AIDM (qui financent l’annulation de dette
multilatérale)
ne possèdent pas les
fonds suffisants pour compenser les arriérés persistants des trois pays
que sont le Libéria, la Somalie et le Soudan. Le Libéria est le premier des
trois qui soit en mesure d’espérer résoudre la situation d’arriérés et
d’endettement dans laquelle il se trouve.
Sur la somme
de 1,5 milliard de USD d’arriérés, près de la moitié est due au FMI (49%). Au
cours des derniers mois, le FMI a présenté différentes alternatives destinées à
financer l'opération de liquidation des arriérés. Les options proposées
incluent la
vente partielle de stocks
d’or (qui prendrait probablement du temps),
la distribution de réserves collectives (qui nécessite l’accord de
70% des actionnaires),
le recours aux
ressources du Compte Spécial Conditionnel, le CSA-1 (fonds créé en 1987
pour consolider la situation financière du FMI face aux impayés des pays
membres – probablement l’option la plus rapide). Les autres propositions du FMI
incluent notamment la conclusion d’un accord exceptionnel de FRPC qui soit
assez conséquent pour permettre de couvrir les opérations de liquidation
d'arriérés (ce qui générerait également d’importantes nouvelles dettes). Ces
différentes alternatives mises à part, le FMI souligne que la
solution la plus directe serait la
provision de financements bilatéraux extérieurs qui puissent couvrir le
traitement des arriérés. Une proposition qui ne surprend pas vraiment
lorsque l’on sait que
l'institution
traverse actuellement une grave crise financière (dont elle est entièrement
responsable). Quoi qu’il en soit, même si les bailleurs bilatéraux apportent
les fonds suffisants pour compenser le coût de la liquidation des arriérés,
l’opération sera très certainement comptabilisée comme de l’APD, et ce, même si
la somme toute entière est destinée aux institutions multilatérales et que le
Libéria n’en voit pas un centime. La Présidente Johnson-Sirleaf se montre
également inquiète de ce que les querelles des bailleurs sur les montants à
débourser ne ralentissent l’ensemble du processus, et que son gouvernement se
voie finalement accorder moins de financements. Dans sa lettre, elle explique
que «
nous craignons qu'une grande
partie des nouveaux financements [extérieurs] ne freine le processus et ne
réduise le montant des fonds directement alloués au Libéria à des fins de
reconstruction et de développement ». Dans un tel contexte, le FMI –
ainsi que les autres créanciers – devrait assumer les « mauvais prêts »
qu’il a accordés, dont la plupart n’ont jamais servi les intérêts du pays
destinataire en premier lieu.
Concernant la
Banque Mondiale, le Président Wolfowitz a à plusieurs reprises déclaré
publiquement que le gouvernement de la Présidente Johnson-Sirleaf pouvait
compter sur son soutien et qu’il allait être nécessaire « d’assouplir les
règles » pour parvenir à trouver rapidement une solution à l’endettement
qui paralyse le pays. Il a en outre enjoint le G7 et les autres bailleurs de
fonds bilatéraux à promettre d’allouer de nouveaux financements en soutien à la
résolution de la crise d’endettement du pays et en compensation des pertes que
pourrait subir la Banque Mondiale. Au cours de la conférence, il a semblé que
la
Banque Mondiale se dirigeait vers une
solution mixte, grâce à laquelle elle combinerait des ressources internes avec
des contributions bilatérales extérieures. Si c’est bien cette solution qui
est retenue à Washington, les organisations de la société civile devront
surveiller de près les montants déclarés comme APD et révéler l'aide factice
lorsque les bailleurs n’ont en réalité alloué aucune nouvelle assistance.
EURODAD exhorte les bailleurs de fonds européens à montrer l’exemple et à
imiter la Norvège en ne comptabilisant pas les annulations de dette - ou les
opérations de liquidation d'arriérés - comme de l'APD. Les engagements qu’ils
ont pris envers les ODM et pour la reconstruction et le développement du
Libéria n’en seront que plus crédibles.
En somme, il
devient urgent de trouver une issue aux négociations relatives à la
résolution de la crise d’endettement du Libéria. Dans le courrier qu’elle a
adressé au Directeur Général du FMI Rodrigo de Rato, la Présidente libérienne
souligne qu’il est
« important
que les libériens voient des résultats tangibles dès que possible. Le fardeau
de dette étant un des signes les plus visibles de la mauvaise gestion générale
du passé, l’éliminer rapidement récompenserait vraiment nos efforts ».
Tel est indubitablement le message que la Présidente a emmené avec elle à
Washington ce 14 février et que CEDE, AFRODAD et EURODAD reprennent pour
exhorter les créanciers à prendre une décision et à annuler les dettes du
Libéria immédiatement, sans conditions et selon le principe d’additionnalité,
afin de soutenir la reconstruction et le développement du Libéria en période de
post-conflit. Toute solution intermédiaire sera insuffisante.
EURODAD
informera ses lecteurs de l'issue de la conférence de donateurs dès que ces
informations seront disponibles.
Remarque : Les
principaux
créanciers du Libéria sont : l’Allemagne (232 millions de USD), le
Royaume-Uni (76 millions de USD), l’Italie (51 millions de USD), le Danemark
(17 millions de USD), la France (16 millions de USD), la Norvège (9 millions de
USD) et la Suède (9 millions de USD). Dans de nombreux cas (pour ne pas dire
tous), les intérêts et frais de pénalités représentent plus de la moitié des
créances.
Lien vers la lettre : http://www.eurodad.org/articles/default.aspx?id=761
A lire également :
What will the EU do on Liberia
: http://www.eurodad.org/articles/default.aspx?id=741
Liberia needs urgent debt
cancellation, say campaigners: http://www.eurodad.org/articles/default.aspx?id=734
Arrears Clearance, Loan Laundering and Creditor Co-responsibility: http://www.eurodad.org/articles/default.aspx?id=709