Justice et Paix : ORGANISATIONS INTERNATIONALES
- DETTE



Des règles du jeu pour l’endettement international : un enjeu éthique et économique.

Jean Merckaert – CCFD
et coordinateur de la plate-forme Dette & Développement
Article Altermondes – novembre 2006


Question de survie, de liberté et de justice pour les pays du Sud, l’annulation de la dette est un des combats qui a mobilisé le plus massivement la société civile à travers le monde : 24 millions de signatures adressées au G7 à l’aube de l’an 2000 ; mobilisation colossale de l’Action mondiale contre la pauvreté en 2005. Avec un impact décisif sur le sort de millions de personnes : en Zambie, la dette est passée de 7 milliards à 500 millions de dollars en 2005, permettant de financer l’accès gratuit à la santé de base.

Pourtant, les mesures prises par le G8 frappent surtout par leur insuffisance. En 1999, le G7 de Cologne promettait aux pays pauvres très endettés (PPTE) un allégement « rapide », « large » et « radical (…) pour rendre la dette supportable » et lutter contre le pauvreté. Sept ans plus tard, l’échec est patent et les allègements supplémentaires accordés en 2005 améliorent peu le tableau. Ces mesures sont limitées à une quarantaine de pays, laissant de côté de nombreux pays pauvres et surendettés, comme le Kenya où l’espérance de vie recule et qui consacre 40% de son budget au remboursement de sa dette, ou l’Equateur (50%). En conditionnant l’allègement à l’adoption de lourdes réformes d’inspiration néolibérale, aux conséquences désastreuses pour les plus pauvres, l’initiative PPTE se révèlera extrêmement lente à mettre en œuvre. Fin 2006, seuls 20 pays ont bénéficié de l’allègement promis. En outre, ces initiatives ne suffisent pas à rendre la dette « supportable » : les Nations Unies ont souvent appelé à une annulation totale pour que les pays concernés puissent espérer atteindre les objectifs du Millénaire pour le développement. Enfin, les pays riches n’ont de cesse de présenter les allègements de dette comme un signe de leur générosité, n’assumant jamais leurs responsabilités dans le surendettement des pays du Sud. Celles-ci sont pourtant lourdes, comme en attestent les 8 milliards de dollars de prêts accordés au Zaïre du tyran Mobutu, pour des raisons géopolitiques et économiques, alors que le représentant du FMI sur place avait averti, dès 1981, que le régime était insolvable. L’ajustement structurel imposé aux pays endettés par le FMI s’est avéré pire que le mal, accentuant l’endettement tout en jetant de larges franges de la population dans la misère. Jamais le FMI ni les pays riches qui le contrôlent n’ont payé le prix de leurs erreurs.

Comment expliquer qu’une solution juste et durable n’ait pas été trouvée pour la dette, malgré l’ampleur des mobilisations ? La réponse est simple : que ce soit au G8, au FMI ou au Club de Paris qui réunit 19 d’entre eux, ce sont les créanciers, à la fois juge et partie, qui prennent les décisions… Pour résoudre ce problème structurel, la plate-forme Dette & Développement préconise de longue date la mise en place d’un droit international de la dette, élaboré par l’ensemble des acteurs concernés et non les seuls prêteurs.

Les craintes récemment exprimées par les pays occidentaux, quant à l’inefficacité du système de gestion internationale de la dette, pourraient faire progresser cette idée.

D’une part, les pays riches sont soucieux de la « comparabilité de traitement », c’est-à-dire que tous les créanciers soient logés à la même enseigne. Or, que ce soit à l’égard des PPTE ou de pays comme l’Irak ou le Nigeria ayant bénéficié d’un allègement spécifique de la part du Club de Paris, rien n’oblige les créanciers privés (banques, fonds d’investissement…) et les autres créanciers publics à renoncer eux aussi à leurs créances. Les derniers rapports du FMI ont ainsi mis en exergue le rôle délétère des fonds vautours qui, ayant racheté à vil prix la dette de pays pauvres, en exigent le remboursement intégral devant les tribunaux (cas du Nicaragua ou du Congo-Brazza).

D’autre part, le FMI et la Banque mondiale voient d’un mauvais œil que certains créanciers « free riders » profitent du désendettement des pays pauvres pour leur faire aussitôt de nouveaux prêts. La Chine est notamment montrée du doigt.

Aussi la mise en place d’un cadre contraignant répond-elle non seulement à un besoin éthique, mais également à un souci de rationalité économique. La France pourrait faire des propositions fortes en ce sens, en renonçant par exemple à abriter le cartel des pays créditeurs, le Club de Paris, pour lui préférer un tribunal international indépendant en charge de la question. Les prochaines élections sont l’occasion pour les candidats de s’emparer du sujet.

Pour en savoir plus : chapitre 1 du rapport 2005-2006 de la plate-forme Dette & Développement, disponible sur www.dette2000.org

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