Justice et Paix : ORGANISATIONS INTERNATIONALES
- DETTE



Christian Aid étudie les possibilités de répudiation:

EURODAD 21FEVR07


 Les possibilités de répudiation : Trop c’est trop

Introduction

Les choses se sont calmées depuis la vaste mobilisation ‘Make Poverty History’ de 2005, et les accords d’annulation de dette annoncés en grande fanfare sont finalement en cours de signature. Mais qu’ont réellement fait les riches pays créanciers en faveur des pays pauvres depuis qu’ils leur ont promis, il y a dix ans, de les mener vers une « sortie durable » de la crise de la dette ? Certes, ils ont accordé une annulation conséquente de leur dette à quelques pays élus parmi les plus pauvres du monde – une vingtaine (certains d’entre eux connaissent pourtant encore de réels problèmes d’endettement). Mais les autres pays n’ont eux bénéficié que d’une annulation minime de leur dette -  quand ils en ont reçu une – et une grande partie d’entre eux ont des problèmes d’endettement aujourd’hui bien plus graves que ceux qu'ils connaissaient il y a dix ans. En septembre 2005, Christian Aid a publié un rapport annonçant une nouvelle ère de campagnes sur la dette, intitulé « Et nous alors ? La dette et les pays oubliés du G8 ». Nous avons demandé qu’un processus d’arbitrage équitable et transparent soit instauré, par le biais duquel les pays puissent bénéficier d’une solution juste après des années de servitude pour dettes, et qui prenne réellement compte des dettes odieuses et du rôle nuisible que les créanciers jouent bien souvent dans l’accumulation de la dette. Nous soutenons aujourd’hui encore les mêmes recommandations et exhortons la communauté internationale à les prendre en considération. Mais nous reconnaissons également qu'il est urgent de régler la question de la dette. De plus en plus d’experts et de militants, parmi lesquels l’économiste de renom Jeffrey Sachs, demandent aux pays de tout simplement envisager de ne pas payer leurs obligations de dette, au moins en partie, et de consacrer leur argent aux services publics fondamentaux pour la population. Dans son rapport, Christian Aid se joint à cet appel.

Les deux premières parties du document s’emploient à démontrer que la dette est aujourd'hui un des principaux obstacles au développement dans bien des pays pauvres et dans un grand nombre de pays dits « à revenus intermédiaires ». Nous affirmons qu’une grande partie de ces dettes est illégitime. Cela est d’ailleurs de plus en plus largement reconnu, et vient conforter l’idée de répudiation. Le reste du document argumente qu’il serait dans l’intérêt des populations pauvres que leur gouvernement répudie la dette. Jusqu’à présent, les débats présentant la répudiation de la dette comme une solution morale et positive pour les pays débiteurs ont été faussés par les menaces des créanciers. Les pays qui, par le passé, ont décidé de répudier leur dette ou de manquer à certains paiements ont parfois été « punis » par les créanciers et les futurs financiers potentiels. Leurs financements, en particulier les financements concessionnels, ont été suspendus ; les relations diplomatiques sont devenues glaciales ; les actifs détenus à l’étranger ont même été saisis. Les pays qui envisagent de refuser de payer sont menacés d’être exclus du marché financier international par les créanciers. Le prix à payer pour la répudiation de dettes n’est en réalité pas si élevé que ce que certains voudraient nous faire croire. En fait, dès lors qu’il peut raisonnablement espérer un rendement décent, l’investissement privé existe. Les investisseurs se préoccupent peu de « punir » les pays désobéissants. En outre, la menace de se trouver politiquement exclu est peu convaincante dans un monde où les pays riches subissent des pressions électorales s’ils agissent à l’encontre des pays pauvres.

La répudiation a cependant un coût, et doit être prise très au sérieux. Ses bénéfices semblent pourtant avoir été largement ignorés. Les recommandations des créanciers comme la Banque Mondiale et le Fonds Monétaire International (FMI) sont largement connues pour avoir eu des conséquences désastreuses dans un grand nombre de domaines, que ce soit la libéralisation et la privatisation expresses de l’économie, la réduction des contrôles des capitaux ou encore l’instauration de frais de scolarité et de santé. Le point de vue des créanciers sur la question du non-paiement des dettes est à la fois intéressé et partial. Réserver l’argent actuellement consacré au service de la dette pour assurer des services d'éducation et de santé ou satisfaire d’autres besoins urgents a des répercussions sociales clairement bénéfiques. Les pays très endettés consacrent souvent bien plus d’argent au service de leur dette qu'aux services de base qu'ils devraient assurer. En détournant davantage d'argent des remboursements de dette pour assurer les besoins de la population, il serait possible de sauver des vies et d’en améliorer un grand nombre à court terme. Mais les simples bénéfices économiques de la répudiation de la dette sont les plus négligés. Oui, il y a un prix à payer pour refuser de payer sa dette – un prix sans doute exagéré, mais un prix quand-même. Mais c’est également cher payer que de se trouver aujourd’hui avec toute une génération de jeunes gens sans éducation, une main-d’œuvre en mauvaise santé sans accès aux soins médicaux, ou encore des millions d’enfants que le virus HIV a rendus orphelins. Ne pas pouvoir promouvoir le marché national et les exportations par manque d’infrastructures  coûte également très cher. Comment peut-on fomenter la prospérité économique sur de telles bases ? Il est temps que les économistes et les politiciens de tous pays évaluent le pour et le contre du non-paiement des dettes et agissent enfin dans l’intérêt des citoyens plutôt que dans celui des puissantes institutions financières.

Les gouvernements ne doivent pas tous être encouragés à répudier leur dette. Si un gouvernement ne mène aucune politique en faveur des populations pauvres, la répudiation de la dette – tout comme l’allègement traditionnel de la dette, l’allocation d’aide ou tout autre financement – n’aura alors probablement aucune conséquence positive pour les populations pauvres. Mais, replacée dans le contexte d’un plan de développement en faveur des pauvres, la répudiation doit être sérieusement considérée comme étant une solution réaliste. Même lorsque la répudiation n’est pas une bonne solution, les militants contre la dette et les gouvernements des pays en développement doivent de toute façon entamer un débat sur la question. La question de l’illégitimité est prédominante. Combien de temps encore va perdurer le mythe que les créanciers sont exempts de toute responsabilité ? Pour casser ce mythe, des processus d’audit de dettes sont instaurés dans les pays en développement, qui devraient répondre aux questions des citoyens, anxieux de connaître la vérité sur les fardeaux de dette qui les empêchent de se développer. Ces audits exposent au grand jour le secret, les échecs et bien souvent la criminalité qui existent autour des prêts, et devraient donc voir les appels à répudiation se multiplier. En révélant la véritable histoire des prêts et de l’accumulation de la dette au public, ces processus devraient contraindre les gouvernements à rendre davantage de comptes à leurs parlements et à leurs citoyens. 

Christian Aid appelle les pays à répudier leurs dettes lorsque cela leur permet d’apporter de réelles améliorations aux services fondamentaux qu’ils fournissent à la population. Comme nous l’affirmons dans le rapport « Et nous alors ? », les pays en développement ne doivent pas attendre que les créanciers annulent leur dette, car cela promet d’être encore long. Rien n’a changé depuis notre évaluation de 2005. L’heure est venue que les pays débiteurs agissent de leur propre initiative, dans l’intérêt de leur population. L’heure est venue que les faibles résistent aux forts. L’heure est venue, pour certains pays, de répudier leur dette.
 Rapport complet : http://www.eurodad.org/articles/default.aspx?id=763

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