L’Observatoire pour
la Protection des Défenseurs des Droits de l’Homme
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Lettre ouverte à
l’attention de M. Denis Sassou Nguesso,
Président de la République du Congo - Brazzaville
Paris-Genève, le 13
février 2007<
Objet : Actes de harcèlement
à l’encontre de MM.
Brice Makosso et Christian Mounzéo,
et entraves à leur liberté de mouvement
Monsieur le Président,
L’Observatoire pour la protection des défenseurs des droits de
l’Homme, programme conjoint de l’Organisation mondiale contre la torture
(OMCT) et de la Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme
(FIDH), souhaite vous faire part de sa vive préoccupation concernant les entraves
systématiques depuis
plusieurs mois à la liberté de mouvement de M.
Christian Mounzéo, président de l’ONG
Rencontre pour la paix et les droits de l’Homme (RPDH) et M.
Brice Makosso, secrétaire permanent
de la Commission épiscopale « Justice et Paix », et tous deux coordinateurs
de la coalition « Publiez ce que vous payez ».
En effet, le 12 février
2007, MM. Mounzéo et Makosso ont une nouvelle fois été empêchés de sortir du
pays, afin de se rendre en France pour prendre part au Sommet citoyen
France-Afrique, organisé du 11 au 13 février 2007 à Paris. Ils devaient tous
deux intervenir en séance plénière, respectivement sur les droits économiques
et sociaux en Afrique et sur les flux financiers et le développement.
Déjà, le 13 novembre 2006,
de retour d’une mission de travail en Europe, M. Mounzéo avait été interpellé
sans mandat à l’aéroport international de Maya-Maya. Il a été détenu jusqu’au
14 novembre 2006, date à laquelle lui a été notifiée une interdiction de
quitter le territoire, émise par le procureur de la République de
Pointe-Noire, pourtant démis de ses fonctions en juillet 2006.
Le 15 janvier 2007, alors
qu’ils se rendaient au Kenya pour participer au Forum social mondial (FSM) à
Nairobi, MM. Mounzéo et Makosso avaient de nouveau été interpellés à
l’aéroport par des agents de la police de l’air et
des frontières sur réquisition du procureur de la République, leur
interdisant de quitter la circonscription de Pointe-Noire. Ils ont alors été
placés en garde à vue pendant près de huit heures, avant de pouvoir
rencontrer le procureur de la République, qui a indiqué que l’assignation à
résidence était toujours valide du fait de la procédure en appel à leur
encontre, encore pendante. MM. Mounzéo et Makosso ont été relâchés en milieu
d’après-midi, après le départ de leur avion. De fait, ils n’ont pu se rendre
au FSM.
Un programme de la FIDH et de l’OMCT -

Fédération
internationale des ligues des droits de l’homme
17,
Passage de la Main d’Or
75
011 Paris, France

Organisation
Mondiale Contre la Torture
Case
postale 21 - 8 rue du Vieux-Billard
1211 Genève 8, Suisse
Ces faits s’inscrivent dans le cadre du harcèlement
judiciaire et policier dont font l’objet MM. Mounzéo et Makosso depuis avril
2006. En effet, l’Observatoire rappelle que, depuis cette date, MM. Mounzéo et
Makosso ont été régulièrement convoqués, placés en garde à vue ou détenus,
suite à une plainte déposée contre eux en février 2006 par M. William Bouaka,
ancien secrétaire général de la RPDH, pour “mauvaise gestion de fonds” et “faux
en écriture” (Cf. appels urgents de l’Observatoire COG 001/0406/OBS 050, 050.1
et 050.2).
Après de multiples reports d’audience et au terme
d’un procès entaché de nombreuses irrégularités, le 27 décembre 2006, le
Tribunal de Pointe-Noire a reconnu MM. Mounzéo et Makosso coupables de “faux et
usage de faux” et “abus de confiance” et les a condamnés à un an de prison avec
sursis et une amende de 300 000 francs CFA (environ 457 euros). MM. Mounzéo et
Makosso ont immédiatement interjeté appel de cette décision, et jusqu’à
présent, aucun verdict définitif n’a été rendu.
L’Observatoire exprime sa profonde préoccupation à
l’égard de ces faits, et craint qu’elles ne s’inscrivent dans le cadre plus général
de représailles à leurs activités de promotion et de défense des droits de
l’Homme. En conséquence, l’Observatoire appelle les autorités à mettre un terme
immédiat à toute forme de harcèlement à leur encontre.
L’Observatoire rappelle également aux autorités
du Congo-Brazzaville leurs engagements internationaux en matière de respect des
droits de l’Homme, notamment l’article 12 du Pacte international relatif aux
droits civils et politiques qui dispose que « quiconque se trouve
légalement sur le territoire d’un Etat a le droit d’y circuler librement »
et que « toute personne est libre de quitter n’importe quel pays, y
compris le sien ».
Plus généralement, l’Observatoire demande aux
autorités nationales de se conformer aux dispositions
de la Déclaration sur les défenseurs des droits de l’Homme, adoptée par l’Assemblée générale des Nations unies le 9 décembre 1998, notamment son
article 1 qui stipule que « chacun a le droit, individuellement ou en
association avec d’autres, de promouvoir la protection et la réalisation des
droits de l’Homme et des libertés fondamentales aux niveau national et
international » ainsi qu’aux instruments internationaux et régionaux de
protection des droits de l’Homme auxquels le Congo-Brazzaville est partie.
En espérant que vous prendrez en compte les
présentes requêtes, nous vous prions d’agréer, Monsieur le Président de la
République, l’expression de notre plus haute considération.
Sidiki
KABA
Eric SOTTAS
>Président de la FIDH
Directeur de l’OMCT
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